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Les informations ne sont plus une denrée rare, nous en avons plus que ce que nous savons faire avec. Nous les percevons de manière sélective, subjective, sans prendre réellement conscience des déformations que cela provoque. Nous pensons que nous voulons de l’information quand nous avons plutôt besoin de connaissance. Le signal est la vérité. Le bruit est ce qui nous détourne de la vérité. – The Signal and the Noise, Nate Silver.

Après s’être intéressé aux statistiques en tant que tel dans le premier dossier, un œil plus avisé était nécessaire. Pour cette seconde itération de #D4TA, nous accueillons donc GuySake, analyste français actuellement chez Splyce.

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Bonjour GuySake, avant toute chose, pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours ?

Bonjour ! Je suis à l’origine développeur mais avant tout passionné de jeux vidéo. Actuellement je travaille en tant qu’analyste pour l’équipe Splyce LoL. J’habite à Paris depuis le début de mes études. J’ai étudié le Game Design et la Programmation à Isart Digital. La formation de 3 ans était en alternance j’ai donc rejoint Qunb, une startup spécialisée dans le big data, pendant mes études. A la fin de celle-ci Qunb s’est fait racheter et j’ai passé un an de plus dans cette équipe data. A ce moment-là j’ai postulé pour devenir analyste chez Fnatic. J’ai travaillé à Berlin avec Deilor (NDLR : head coach des Fnatic durant les années dorées) pendant un an. Finalement je suis revenu à Paris, je me suis amusé sur des projets plus perso et je travaille maintenant pour Splyce depuis Paris.

Pourquoi avoir voulu devenir analyste ?

Ce n’est pas une vocation. J’ai toujours aimé les jeux vidéo et l’esport. J’ai développé un réel intérêt pour la donnée et les stats au sein de Qunb. Quand j’ai vu l’annonce de Fnatic en 2016, je me suis dit que c’était un bon moyen de combiner mon expérience et mes passions.

Qu’est-ce qu’un analyste chez Splyce ? Y a-t-il des différences en fonction des organisations ?

Le métier d’analyste esport n’est pas encore complètement défini. Pour moi il dépend moins de l’organisation que de l’analyste et de ses compétences. Quand j’ai postulé chez Fnatic et Splyce, j’ai mis en avant mes compétences de développeur et mon expérience avec la donnée et les stats. J’essaie au maximum de faire gagner du temps au coach et aux joueurs tout en leur donnant les informations dont ils ont besoin pour s’entraîner. Tout dépend des besoins de l’équipe et de ce que l’analyste est capable de produire pour y répondre.

Quelle est votre journée-type, en tant qu’analyste ?

J’ai trois types de tâches récurrentes. J’aime bien regarder des matchs et prendre des notes sur les équipes le matin. L’après-midi, en fonction de notre partenaire de scrims (NDLR : matchs d’entraînement) je regarde les scrims. Si je ne fais pas l’un ou l’autre je travaille sur nos outils et stats internes.

Quelle partie du travail est la plus complexe à réaliser ?

Gagner la confiance des joueurs. Le milieu est encore un peu étrange. Comme je l’ai dit, le métier d’analyste n’est pas encore bien défini. Les joueurs ne sont pas tous prêts à accepter les commentaires de quelqu’un qui n’a pas fait ses preuves dans le jeu. C’est regrettable puisqu’il y a un grand nombre de domaines extérieurs au jeu, comme l’analyse de données, qui peuvent leur être utiles. Mais c’est difficile de convaincre quelqu’un qui n’a pas spécialement envie d’être convaincu.

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Êtes-vous en contact avec d’autres analystes ou faites-vous cavalier seul ?

Je suis en contact avec quelques analystes mais je travaille généralement seul. J’aime partager mes idées pour avoir un avis extérieur. Mais quand il s’agit d’appliquer je travaille toujours seul. Je ne serais pas contre le travail en groupe cela dit. Cependant je ne pense pas qu’un groupe de trois ou quatre analystes soit capable d’apporter suffisamment de valeur pour justifier l’investissement. En tout cas pour le moment.

Que pensez-vous des sites comme op.gg, ProBuilds… pour vous mais aussi pour les joueurs amateurs ?

Ces sites font parties de ceux qui répondent aux besoins génériques d’une équipe pro. Savoir qui joue quoi et comment globalement. Mais ils sont limités pour le suivi de l’entraînement des joueurs ou pour une compréhension approfondie de la méta. Pour un joueur amateur, je pense que ces sites font très bien le travail de suivi de sa performance. Un conseil pour les joueurs amateurs qui cherchent à s’améliorer, cherchez des stats qui correspondent à votre niveau de jeu (NDLR : Pourquoi les statistiques ne doivent pas être mises de côté par les joueurs). Inutile de suivre la meta challenger si vous jouez en Silver.

Un conseil pour les joueurs amateurs qui cherchent à s’améliorer, cherchez des stats qui correspondent à votre niveau de jeu. Inutile de suivra la meta challenger si vous jouez en Silver.

De votre côté, quels outils utilisez-vous ? Certains outils sont-ils meilleurs que d’autres ou se complètent-ils ?

Il y a pas mal de sites qui se complètent. Ils répondent relativement bien aux besoins généraux d’une équipe. Sinon je préfère développer mes propres outils pour les demandes spécifiques du coach ou des joueurs.

Selon vous, quel rôle les statistiques doivent avoir dans l’esport ?

Un rôle bien plus important qu’aujourd’hui. Beaucoup de choses se font à l’instinct alors que l’utilisation de donnée peut donner un réel avantage. Selon moi, les statistiques devraient être utilisées comme une boussole. Elles doivent indiquer la direction à prendre en fonction des objectifs d’une équipe. Que ce soit pour le recrutement, le plan de jeu, la stratégie de draft. Une équipe est libre d’aller dans la direction qu’elle désire. Mais sans stats elle avance sans savoir vers où elle se dirige.

Selon moi, les statistiques devraient être utilisées comme une boussole.

Finalement, comment comprendre une méta ainsi que les données offertes par le jeu ?

Comme la majorité des jeux, League of Legends est un jeu de distribution de ressources. Comprendre la meta revient à trouver quels sont les éléments du jeu qui ont le meilleur rapport investissement/gain. Les stats peuvent servir à calculer l’importance des objectifs et quelles ressources sont nécessaires pour les obtenir. Elles répondent à des questions génériques, par exemple, perdre sa T1 limite les possibilités de farm et entraîne une perte de CS. Savoir calculer cette perte peut permettre d’évaluer quelle T1 a le plus de valeur. C’est un exemple simplifié, mais le jeu est trop complexe pour rentrer plus dans les détails sans se perdre.

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Est-ce qu’une statistique ou une donnée vous a particulièrement marqué ces derniers temps ?

Non pas spécialement. La meta est très portée sur la capacité des équipes à trouver des kills en mid game pour débloquer la prise d’objectifs. C’est donc plus une question de macro que de pures stats. Toutefois, je suis impressionné par le niveau de jeu de Fnatic sur ce point. Toute la map leur appartient, ils donnent l’impression qu’ils ne back jamais.

Que conseillerez-vous aux joueurs qui souhaitent se lancer en tant qu’analystes ?

Je conseillerais de faire des études ou de travailler dans des milieux liés à l’analyse ou aux jeux vidéo. Il n’y a pas que l’esport. Les mathématiques, le game design, la programmation. Ces domaines vous donneront de l’expérience et une expertise pour être un potentiel analyste esport. Ensuite, lancez-vous dans un projet personnel lié à l’esport. Que ce soit une méthode d’analyse, un site internet, des vidéos explicatives, l’idée est de créer du contenu esport à partager dans vos candidatures. N’hésitez pas à contacter d’autres analystes pour avoir des retours sur votre travail. J’essaie de répondre un maximum aux questions sur Twitter et je ne suis pas le seul, la communauté est plutôt cool.

Nous arrivons à la fin de cette interview. Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions, et bonne chance pour la suite. Je te laisse le mot de la fin.

Merci à vous. C’est toujours cool de pouvoir parler de mon expérience. L’analyse et les stats ont un côté fun et enrichissant pour la compétition donc j’espère qu’il y aura de plus en plus d’analystes.