L’arrivée sur le marché des consoles de salon next gen : Xbox One et Playstation 4, a marqué un tournant dans l’univers jusque là bien réglé du marché du jeu vidéo, car pour la première fois une génération de consoles est techniquement dépassée dès sa sortie, créant un déséquilibre dangereux pour l’ensemble du segment.
Le fait est qu’à ce stade d’évolution les consoles ne pourront plus jamais rivaliser en terme de puissance et de capacité avec l’univers pc, à moins d’en devenir elles-mêmes définitivement un, rendant par là-même leur existence inutile.

sony et microsoft

Le bilan actuel du marché est sans équivoque : les éditeurs roulent pour tous les supports et le portage global est devenu la norme. Inexistence ou presque des exclusivités, lissage des catalogues de consoles, tests comparatifs pour déterminer quel support présente les meilleures performances… et le portage penche aujourd’hui indéniablement vers le PC. Dire qu’il y a quelques années les “professionnels” du jeu vidéo prédisaient la mort des jeux pc …

Un exemple récent avec Watch Dogs. En dehors du fait que le jeu vendu au départ par Ubisoft n’a rien à voir avec le jeu définitif, l’on a compris récemment que c’était sans doute pour ne pas concurrencer outre mesure les consoles que le jeu avait été volontairement bridé sur PC.

watchdog-logo

Car ne vous y trompez pas, le déclin des consoles pénalise autant les éditeurs de jeu que les créateurs desdites consoles. Vendre le même jeu sur 3 supports différents semble bien plus rentable pour l’éditeur que s’il n’existait aucune concurrence dans le domaine du hardware, sinon pourquoi s’obliger à développer un jeu pour 3 supports, démultipliant ainsi les coûts de productions de façon exponentielle ? Tout cela en sachant que la course à la performance graphique actuelle explose lesdits coûts (Il suffit de recenser le nombre de studios qui ont fermés depuis l’arrivée en masse de la HD…).

Si aujourd’hui beaucoup de consommateurs pensent encore que cela vaut la peine économiquement parlant d’acheter une console plutôt qu’un PC, la différence entre l’investissement et le bénéfice apporté s’amenuise de plus en plus face à un marché en pleine mutation axé sur la masse.

Quelles sont les principales raisons d’être d’une console ?

1 – le coût
2 – un catalogue de jeu spécifique
3 – l’aspect social et familial plus prononcé

Pendant longtemps la console est restée un investissement moins important qu’un ordinateur dans le cadre familial et ludique, offrant un catalogue différent et souvent plus original que celui du PC.
Aujourd’hui cela reste encore vrai pour la console elle-même, mais :

  • au vu du coût des jeux neufs
  • de la guerre ouverte pour briser le marché de l’occasion menée par les éditeurs et les fabricants de consoles
  • de la démocratisation du PC dans le cadre familial
  • de l’explosion des ventes de jeux dématérialisés (ci-inclu les soldes Steams, jeux indés à prix cassés etc…)
  • de l’obligation quasi systématique d’avoir internet pour jouer aux jeux même sur console (ainsi que pour les mises à jour et autres dlc)
  • du coût de l’abonnement PSN ou Xbox
  • la mode des jeux indés
  • la quasi-disparition des exclusivités consoles
  • le statut “multi-tâches” du PC qui ne se réduit pas à une utilité ludique.
  • la démocratisation du net qui a favorisé les mode multi en ligne au détriment des sessions de jeux irl ou autres lans
  • l’apparition d’un concurrent monstreux incarné par le social gaming et les jeux sur smartphone.

La donne a changée et l’investissement paraît beaucoup plus hasardeux.

Certains argueront que les évolutions technologiques rendent un ordinateur rapidement obsolète augmentant ainsi son coût sur le long terme. Mais si l’on reste dans une logique de comparatif console/pc l’argument n’est plus valable puisque face à une console qui n’évoluera pas sur le plan technologique avant d’être remplacée (soit plusieurs années après sa sortie), l’ordinateur sera toujours supérieur. Ceci est encore plus vrai aujourd’hui sachant que les consoles ne pourront plus rattraper les pc technologiquement parlant.

A trop vouloir imiter le pc la console aurait-elle perdu son âme et oublié sa fonction première ?

Ce multi-portage systématique qui a énormément profité aux éditeurs et pour lequel les constructeurs ont joué un rôle fondamental pourrait bien devenir demain la cause de leur perte ou espérons le plutôt, le début d’une nouvelle ère pour le marché du jeu vidéo.

Les plus avertis auront noté que je n’ai pas encore abordé Nintendo qui pourtant, malgré, ou plutôt grâce, à une stratégie complètement différente pourrait être celui qui tire son épingle du jeu.

N’en déplaise à ses détracteurs, Nintendo a toujours protégé outrageusement son catalogue et c’est bien sur ses consoles que se trouvent aujourd’hui la grande majorité des exclusivités et des jeux “home made”. A défaut de cinématiques HD, de scénario holywoodiens ou autres amazing voix digitales vous y trouverez du gameplay, de l’originalité, une narration particulière et des interactions sociales.
Evidemment le côté un peu lisse et sage du catalogue Nintendo ne peut pas plaire à tout le monde mais si l’on fouille un peu sous les Mario, Donkey Kong, Pokémons et autres Zelda, vous découvrirez un panel de jeux extrêmement variés et une prise de risque certaine.

Fanboys-Eyes-Microsoft-Sony-Nintendo

Heureusement Nintendo n’est pas le seul à encourager cette créativité principalement via ses studios second-party, Sony et Microsoft ont aussi su miser sur les “petits” studios pour revaloriser leurs catalogues et l’avenir pourrait bien se situer là pour les consoles : un retour aux sources, à la prise de risque et à un savoir-faire un peu perdu au milieu des multiples clones insipides qui nous sont offerts depuis quelques années.

Les consoles parviendront-elles à passer le cap des 10 prochaines années et à renouveller leur stratégie marketing afin de ne plus chercher à rivaliser en terme de performances et de cinématiques mais plutôt en terme de gameplay ? Sauront-elles également séduire cette nouvelle génération de joueurs nourris aux fps, jeux en ligne et social gaming sur smartphone ?

Le bilan actuel n’est pas très prometteur si l’on considère les échecs commerciaux des jeux qui sortent des sentiers battus. Et il est amusant d’observer sur les forums et autres sites communautaires les “vieux” jeux aujourd’hui devenus “cultes” alors même qu’à l’époque de leur sortie ils furent purement et simplement boudés par la majorité des joueurs et finirent en échecs commerciaux ou presque (Resident Evil, Shenmue, Okami, Bayoneta….)

So.. wait and see.