Le jeu vidéo à l’instar de nombre de support vidéo-ludique puise sa créativité et son imaginaire dans l’Histoire et la Culture de l’humanité. Depuis que l’homme est “Homme”, déjà à peine debout, il gravait sa “vision” sur les murs des grottes et transmettait aux générations futures ses traditions.
Esprits, divinités, puissances de la nature, créatures, monstres et dieux, ces mythes et légendes nous parviennent encore aujourd’hui plus vivantes que jamais au travers de nos jeux vidéos préférés.

Un peu de culture

Avant d’aborder le vif du sujet, une petite définition s’impose :
La mythologie est (du grec μυθολογία, de μῦθος / mýthos « parole » et λόγος / lógos « discours »), soit un ensemble de mythes liés à une civilisation, une religion ou un thème particulier, soit l’étude de ces mythes. Les chercheurs qui étudient les mythologies sont appelés « mythologues ». Comprise comme ensemble de mythes, la notion de mythologie est généralement utilisée pour décrire des ensembles de récits et de figures divines, humaines ou monstrueuses brassés par les systèmes religieux des civilisations anciennes ou de sociétés traditionnelles, éloignées dans l’espace ou dans le temps.

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Le but ici n’étant pas de lancer un débat entre mythe et religion puisque la distinction entre mythologie et foi ou encore théologie peut fortement varier d’un individu à un autre, l’ensemble des chroniques que je vous présenterais se bornera à présenter les choses d’un point de vue neutre, à chacun ensuite de faire sa propre cuisine.

Ceci étant dit passons au vif du sujet avec le premier thème de ce vaste dossier.
J’ai nommé : Le Vampiiiiire [insérer ici musique dramatique]
Avec la sortie récente de Castlevania : Lords of Shadows 2 le thème me semblait approprié.

Le mythe du Vampire

Difficile de connaître les origines exactes du mythe du vampire ou tout du moins d’une créature ni vivante ni morte qui se nourrit de sang humain, tant ses racines se perdent dans l’histoire de l’humanité. Mais une chose est certaine, ce personnage fascine autant qu’il répulse et le jeu vidéo n’est pas en reste pour jouer – justement – avec cette image.

Historique vidéo-ludique

Après recherches il semblerait que le premier jeu a avoir exploité le personnage du vampire soit l’inévitable Castlevania premier du nom développé en 1986 par Konami. Jeu de plateforme ultra connu où le héros (Belmont) parcours des décors lugubres dans le but d’affronter et de détruire le Comte Dracula himself. Largement inspiré de l’univers du Dracula de Bram Stocker, Castlevania incarne ni plus ni moins que la lutte entre Abraham Van Helsing et Dracula.
D’abord très traditionnel dans sa vision des choses (le vampire est le méchant et doit être détruit) la saga des Catlevania va évoluer doucement jusqu’à permettre aux joueurs d’incarner Dracula lui-même ou son fils, Alucard, dans une lutte pour la rédemption de leur âme.
Le mythe du vampire est ici très largement teinté de tradition chrétienne où l’âme est l’objet d’une lutte sans merci entre les forces du bien et du mal sur fond de damnation et de rédemption.
Le thème a en tout cas sûrement beaucoup plu, puisque la saga des Castlevania a été extrèmement prolifique avec le dernier né sorti en 2014 : Castlevania : Lords of Shadows 2.
Entre les reboot, les reboot de reboot et les cliffhangers j’avoue qu’il est facile de s’y perdre mais une chose est certaine Dracula a le cuir solide puisque depuis 1986 il n’est toujours pas mort !

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De nombreuses autres licences se sont inspirées du Dracula romantique de Bram Stocker, comme Bram’s Stocker Dracula en 1993, développé par Traveller’s Tales, Dracula : Resurrection développé par Index + en 1999 et ses suites Dracula 2 : Le dernier sanctuaire (Wanadoo Edition en 2000) ou encore Dracula 3 : La voie du dragon (Khéops Studio 2008), ou encore Dracula : Origin sorti sur PC en 2008 (Frogware). ( Vous noterez l’originalité dans les titres)

Plus original dans le concept fut le jeu Darkstalkers (alias Vampire Hunter) développé par Capcom en 1993, puisqu’il s’agit d’un jeu de baston. Vous pouvez y incarner toute sorte de créatures mythiques, de la succube au vampire en passant par le fantôme et l’extraterrestre. Assez peu connu en occident ce jeu a toutefois connu un réel succès au Japon où il fut apparemment le premier jeu de combat à autoriser la parade aérienne.

Plus audacieux dans sa façon d’appréhender le thème du vampire c’est en 1996 que le jeu Blood Omen : Legacy of Kain développé par Silicon Knights permet au joueur d’incarner un vampire qui sera le héros de l’histoire. Le vampirisme prend alors une autre ampleur et devient lui-même la base du gameplay. Le joueur doit se nourrir de sang pour survivre, il se transforme en brume pour passer les obstacles et doit éviter les sources d’eau bénite sous peine de brûlures au 39ème degré. Bien que cette fois le vampirisme soit au service du jeu et non plus prétexte ou toile de fond d’une histoire, il n’en reste pas moins ancré dans la plus pure tradition chrétienne avec une fois de plus le thème de la déchéance et du monde céleste.

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2000 marque l’apparition de Vampire : La Mascarade – Redemption développé par Nihilistic Software. Jeu PC basé sur l’univers du jeu de rôle papier Vampire : L’Age des Ténèbres et Vampire : La Mascarade, lui même inspiré de la saga des vampires de la célèbre Anne Rice. Le gameplay reste toutefois très orienté action et porte-monstre-trésor, l’univers ne servant finalement que de toile de fond, sans la richesse du jeu de rôle ou des romans concernant la diplomatie, la gestion de son humanité ou le simple role-play. Il faudra attendre 2004 et Vampire : The Mascarade – Bloodlines, seconde adaptation de l’univers du JDR développé par Troika Games, pour avoir un RPG honorable qui bien que bourré de défauts parvient à transposer un minimum de l’univers du JDR et de ses intrigues politiques, vous renvoyant au début de la chaine alimentaire, à peine au-dessus des humains.

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La saga des Elder Scrolls ne sera pas en reste et proposera en 2006 avec Oblivion sa propre version du vampirisme : la porphyrie. Rien que le nom fait peur et en plus il s’agit d’une véritable maladie. Une fois votre personnage atteint de porphyrie il deviendra vampire ce qui le rendra extrêmement puissant mais avec un gros malus : vous ne pourrez plus vous déplacer de jour. Heureusement tata Bethesda a pensé à tout et vous pourrez en guerir, puisqu’il s’agit ici d’une maladie et non pas d’une malédiction divine quelconque.

En 2003 c’est le studio Konami qui renouvelle de façon originale le genre sur Gameboy avec le premier opus de Boktai : The Sun is in your hand. Jeu d’action infiltration d’Hideo Kojima qui propose un gameplay surprenant : la cartouche du jeu est en effet équipée d’un capteur solaire qui va vous permettre de recharger les batteries de votre arme. Sur fond de fin du monde et de retour des morts vivants vous y incarnerez Jango jeune héros qui part venger son père, chasseur de vampire professionnel. Le vampire retrouve donc ici le rôle traditionnel du grand méchant.

La même année c’est Terminal Reality qui fait son show en sortant BloodRayne, sorte de blougiboulga mélangeant gaiement zombies, nazies, mutation-minute, magie et autres joyeuseté. L’héroine est une jeune femme mi-humaine mi-vampire qui à l’image de Blade n’a gardé que les avantages sans les inconvénients avec un look de succube. Du fun mais un gameplay répétitif et une histoire vite ennuyeuse. Rien de bien transcendant donc.

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Les FPS ont également exploité le mythe avec la sortie en 2005 de Darkwatch (High Moon Studio) qui revisite le genre sur fond de western spaghetti vampirique. Toutefois, malgré un design classy et original le jeu restait manifestement très décevant au niveau du gameplay et du level design.

Et puisque cette série ne serait pas complète sans un bon vieux point&clic n’oublions pas A Vampyre Story développé par Autumn Moon Entertainment. Sorti sur PC en 2008 ce jeu est basé sur la nouvelle de John Polidiri, The Vampyre, sortie en 1819, et dont le héros mort-vivant s’inspire de Lord Byron. Il gagnera même le prix des meilleurs graphismes en 2009 décerné par le site Adventure Gamers (Les Aggies Awards).

Du côté des MMORPG nous pouvons souligner Everquest 2 par exemple, qui propose non seulement les classiques vampires à zigouiller mais, plus original, la possibilité d’incarner un personnage jouable de race vampire. Ou encore le projet très attendu bien que très hypothétique à ce jour de CCP : World of Darkness Online, basé sur l’univers JDR du même nom, où les vampires seraient apparemment la seule classe jouable.

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Enfin dans l’univers des MOBA le potentiel du personnage a également su séduire avec le champion Vladimir de League of Legend notamment, mage spécialisé dans la magie du sang qui puise dans sa propre santé pour utiliser certaines compétences, ainsi que dans celle des autres pour se régénérer.

Je ne bois jamais… de vin …

Classes, torturés, jouables ou tuables, le mythe du vampire reste une inépuisable source d’inspiration pour les créateurs de jeu vidéo et une bonne façon de se défouler pour les joueurs.
Nous pouvons toutefois regretter que la plupart des licences se contentent d’exploiter le personnage de façon classique (grand méchant, minions ou chair à canon) sans chercher à mettre le gameplay au service des possibilités offertes par le mythe.
Mind control, métamorphe, contrôle des animaux, suceur de sang, séducteur ou effrayant, créature de la nuit surpuissante condamnée à une damnation éternelle, le vampire semble pourtant une parfaite machine à tuer, mais peut-être trop puissante et solitaire finalement.

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Certains jeux, comme la saga des Kain ou des Boktai ont réussi le pari d’exploiter un minimum ce qu’implique le mythe du vampire en le mettant au service du gameplay, mais avec une histoire plutôt classique comme toile de fond. Même chose avec le pourtant très récent Castlevania : Lord of Shadows 2, qui exploite bien le potentiel du vampire avec un gameplay plutôt varié et dynamique, mais pour mieux nous servir un faux anti-héros aux aspirations de rédemption et de pardon cucul.
A ce jour le vampire reste donc condamné aux rôles de boss de fin de jeu ou aux héros torturés, pétris de culpabilité sur fond de damnation et de rédemption, le tout empreint de pure tradition chrétienne.
Difficile de sortir du mythe romantique à la Bram Stocker pour dépoussiérer le genre et donner au personnage une toute nouvelle ampleur.
A voir si le MMORPG de CCP saura donner une toute autre dimension à ce personnage en exploitant les côtés les plus sombres de ses joueurs …