Pourquoi ce domaine se pose comme chasse gardée des PGM ?

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Depuis bientôt un an, les analystes fleurissent dans les équipes professionnelles. Analysant chaque action réalisée par les joueurs, ils fournissent des informations précises sur le déroulement d’un match. Leur travail ne s’arrête pas pour autant là. En agrégeant les statistiques des personnages, des items ou des mobs, ceux-ci conseillent directement les joueurs, leur enlevant une tâche qu’ils réalisaient auparavant. En effet, bien souvent ce furent les joueurs eux-mêmes qui par leurs connaissances du jeu effectuaient le travail d’analystes. Ce n’est donc pas une surprise si les analystes sont, pour une partie non négligeable, d’anciens joueurs professionnels. Mais si les « PGM » étaient capables de réaliser de longues sessions de jeux tout en les analysant ensuite, pourquoi les joueurs amateurs ne le font-ils pas ?

Principal obstacle pour les joueurs amateurs, le temps. Lire les caractéristiques d’un item est rarement suffisant. Bien souvent, il est nécessaire de les mettre en relation avec les variables proposées par le jeu. Lorsqu’il n’existe qu’un nombre restreint de variables comme dans Call of Duty, sélectionner l’item adéquat est aisé. SMG dans les petites maps, AR dans les plus grandes. Quant au sniper, il est parfait pour les modes de jeux où la patience est la clé. Mais lorsqu’il existe une quantité conséquente de variables, leur compréhension devient plus complexe. Dans le cas des MMO, chaque donjon se veut différent. Siège de boss aux caractéristiques uniques, il est primordial d’adapter son équipement et son équipe aux statistiques de ces derniers. Toutefois, il arrive que ces caractéristiques changent.

Au gré des patchs, les développeurs modifient ces variables à l’aide de nerfs ou de buffs. Si certains sont minimes, d’autres sont conséquents et obligent les joueurs à reconsidérer leurs builds. Dans le cas des joueurs professionnels, seule la victoire compte. Ils se doivent donc d’être à l’affût de chaque changement, tout en l’incorporant le plus rapidement possible dans leurs calculs. Mais pour les joueurs amateurs, la finalité est autre.

Certes, la victoire compte, mais le plaisir tout autant. Très longtemps, l’agrégation et la compréhension des statistiques furent rebutantes, en témoigne ce tableur.

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Statistiques des champions de League of Legends

Comme vous le remarquez, connaître les statistiques de son ou de ses champions n’est pas chose aisée. Riot Games par son souci d’équilibrage a bien souvent octroyé des nombres décimaux à ses créations. Mais ce ne sont que des statistiques de base. Il ne faut pas oublier ensuite d’ajouter les runes et les maîtrises, souvent en pourcentages puis les objets. Le raisonnement des joueurs amateurs en découle. À quoi bon perdre son temps à tenter de comprendre ces données quand des joueurs plus expérimentés font la même chose ?

Ainsi, au sein de la plupart des jeux multijoueurs règne une logique « top-down ». Les meilleurs créent un chemin de « référence » puis les joueurs d’elo inférieurs le suivent. Ce n’est pas un hasard si probuilds.net revendique en moyenne 18 millions de visites uniques mensuelles sur son site[2]. En agrégeant les builds des joueurs professionnels, ProBuilds est rapidement devenu incontournable parmi les joueurs amateurs. Cela confirme le fait que les joueurs de faible elo sur LoL préfèrent recopier les runes, les maîtrises et les builds des professionnels plutôt qu’investir du temps à analyser des données indigestes. Si les professionnels le font, ils ont forcément raison, au risque d’uniformiser l’expérience de jeu.

Deux obstacles se posent donc aux joueurs amateurs face aux statistiques. D’une part le temps, les joueurs amateurs ont des contraintes que les joueurs professionnels n’ont pas. Tandis que la vie des « PGM » est calquée sur celle du jeu, celle des joueurs amateurs ne l’est pas. Travailler ou étudier est bien plus important pour la majorité des joueurs. Cela explique, d’après Pin-Yun Tarng, Kuan-Ta Chen et Polly Huang, la présence du double voire du triple de joueurs sur les serveurs WoW à 22 heures par rapport à 14 heures[3]. Seconde contrainte, la complexité des données. Agréger manuellement les données est fastidieux. En rajoutant l’analyse, le processus devient plus complexe. Mettre en relation des données qui ne semblent pas avoir de lien n’est pas chose aisée. Dès lors, cette pratique semble être aux antipodes d’un des désirs des joueurs amateurs, le fun.

[2] https://www.similarweb.com/website/probuilds.net#overview

[3] http://www.iis.sinica.edu.tw/~swc/pub/wow_player_game_hours.html#CITEMCCG Fig.4