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En 1995, le monde répondait un gros « nope » à un Nintendo pourtant sûr du potentiel de son Virtual Boy, première tentative grand public de casque de réalité virtuelle. 20 ans plus tard, nous y revoilà. Les promesses semblent plus plausibles que jamais ; la technologie a bien progressé. Mais tel un prophète, un certain Illidan Hurlorage prévenait « vous n’êtes pas prêts« . C’était en 2007, et ça n’a aucun rapport. Pourtant, aujourd’hui, j’ai annulé ma précommande du PlayStation VR, le casque de réalité virtuelle de Sony. Et je vous explique pourquoi.

Vous n’êtes pas sans savoir que Sony organise toute cette fin d’année la « PlayStation VR Experience », série d’événements dans diverses capitales régionales de l’Hexagone afin de faire essayer au plus grand nombre son PlayStation VR. Des sessions courtes (moins de 10 minutes), en plein centre commercial, pile entre le dernier disque commis par Maître Gims et la dernière tentative littéraire de E.L James.

Ayant testé le casque dans des conditions similaires à la Paris Games Week, j’étais pourtant convaincu. Je n’ai pas rechigné lors de rentrer le code de ma carte bleue sur mon site favori afin de passer commande du casque prévu pour le 13 octobre. Un acte un brin impulsif, je l’avoue. C’est que ce n’est pas rien, 400€. Mais outre le prix, c’est l’utilité du machin qui commençait à me titiller. Quid du catalogue ? C’était le 15 mars. Nous sommes aujourd’hui le 11 septembre, le casque sort dans très exactement 31 jours, et aucun « jeu » ne semble sortir du fameux lot des cinquante jeux PSVR prévus pour la fin d’année.

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Très discret sur la communication de son casque jusqu’à présent, Sony n’a rien fait pour me rassurer. En multipliant les annonces autour des « expériences », ou — autre terme à la mode — des « missions », j’en suis venu à me dire qu’il n’existait en réalité aucun jeu prévu pour le PlayStation VR. Est-ce ça l’avenir du jeu vidéo ? La révolution du multimédia que l’on nous vend depuis que l’Oculus Rift a pointé le bout de son nez ?

Pour l’heure, sur le line-up de sortie du casque, seuls RiGS et Robinson : The Journey semblent proposer un véritable jeu vidéo. Avec du gameplay et tout. Le reste ? Des initiationsBatman : Arkham VR ne sera qu’un point n’click d’une heure ou deuxUntil Dawn : Rush of Blood un rail shooter à la rejouabilité quasi-nulle et les EVE : Valkyrie et son petit frère Gunjack, aussi sympathiques soient-ils, ne sont que des jeux parfaitement statiques pour le joueur.

Malgré tout, je suis retourné il y a quelques jours tester le casque. Histoire de confirmer, ou d’infirmer mes craintes. Comme vous pouvez le lire sur le site, j’ai eu l’occasion de tester Until Dawn : Rush of BloodOcean Deep (faisant partie du bundle VR Worlds) ainsi que la version VR de l’intrigant Bounddans des conditions bien plus agréables qu’auparavant, et avec une contrainte de temps moindre.

Et me voilà guéri. Je n’achèterai pas le PlayStation VR à sa sortie.

Ma décision n’a pas grand-chose à voir avec l’incapacité de la PS4 à proposer des graphismes en réalité virtuelle satisfaisants. La technique, je m’en moque ; j’étais prévenu. Je ne l’achèterai pas car, de ces quelques démos passées devant ma rétine, j’entrevois un champ des possibles laissé complètement en friche. Une technologie de toute façon bien trop contraignante en termes physiologiques (le cerveau apprécie moyennement d’être dupé) pour autoriser les développeurs à proposer des expériences de jeu trop longues. Impossible de laisser le casque plus d’une trentaine de minutes, sous peine de vous griller la vue à cause d’un aliasing omniprésent, et accessoirement à cause d’un écran full HD placé à trois centimètres de votre oeil.

Le plus gênant dans l’histoire, ce n’est même pas que je n’y crois plus. C’est que Sony semble faire de même. Officialisé dans une salle ridicule de la Game Developpers Conference, au cours d’une pseudo conférence même pas retranscrite en direct, le casque s’est depuis fait absent des différentes présentations de la firme, au point de n’être même pas abordé durant le PlayStation Meeting, qui a pourtant vu une console plus puissante — la PS4 Pro — être révélée. L’occasion eut été bonne de donner à voir en quoi cette puissance de calcul supplémentaire pourrait servir l’accessoire.

Le PS VR sort dans un mois et Sony, au lieu de communiquer à base d’annonces, d’applications possibles pour son accessoire, préfère se la jouer vendeur à la sauvette dans les galeries marchandes de France pour susciter un effet wahou auprès de personnes qui n’auront pour d’autre réaction que « Incroyable ! Ça sort quand déjà ?« . Encore une fois : six minutes. Juste assez pour imaginer, pour rêver. Loin d’être suffisant pour se rendre compte que les applications sont d’une part très limitées, que le peu de jeux qui proposeront au joueur de déplacer leur avatar avec un stick, tout en leur permettant d’observer leur environnement en bougeant la tête leur donneront la gerbe ; d’autre part qu’il est peu probable que les développeurs mettent temps et argent dans le développement « VR Only » d’un jeu dont les ventes sont directement assujetties à celle d’un accessoire.

En l’état le PS VR est une bonne expérience de réalité virtuelle. Possiblement la toute meilleure avec le HTC Vive. L’appareil est d’un confort absolu, et ne pèse aucunement sur le nez, ni ne gêne les porteurs de lunettes. Ce n’est pas le produit que je remets aujourd’hui en cause. Ni même Sony et son absence de communication. Je remets en cause l’emballement, la promesse. Celle d’une industrie toute entière, qui nous a refait le coup du « cette fois-ci, c’est prêt. La VR, c’est en 2016 ». C’est faux. La différence tient simplement au fait que, cette fois, elle ne fera pas un flop. Les gens sont informés, et intéressés avec ça. Tout le monde aime l’idée. Qui n’aimerait pas ? Il est tellement facile d’entrevoir toutes les possibilités de la technologie. Des possibilités… trouveront-elles seulement un écho ?

P.S : Les éditos ont vocation à défendre une idée, une opinion tranchée sur une question en particulier. Il ne s’agit nullement de l’avis général de la rédaction de Cooldown.fr, mais uniquement de celui qui a rédigé l’édito. Ce format a pour objectif de lancer un débat sur la thématique qu’il porte, et d’amener à un échange d’idées avec des personnes qui ne partageraient pas l’opinion défendue dans ses lignes.

P.P.S : La catégorie « Edito » du site est en construction, ce qui explique pourquoi ce premier texte est pour le moment rangé avec les dossiers sur le site.