world of warcraft edito

A chaque sortie d’extension, à chaque patch, à chaque attente un peu longue entre deux mises à jour, le refrain est le même depuis des années : « World of Warcraft, c’était mieux avant ». WoW était déjà considéré comme « mieux avant » durant Burning Crusade, puis Wrath of the Lich King (que nombre de joueurs ont qualifié de mauvaise extension à l’époque pour le petit rappel) et ainsi de suite depuis maintenant plus de 10 ans. Maintenant que Legion est sorti et après un petit passage sur serveur privé Burning Crusade, une nouvelle conclusion s’impose : WoW n’était pas forcément mieux avant.

Alors oui, l’évolution de World of Warcraft n’est pas exempte de reproche. Tout le monde se rappelle du goût amer qu’a laissé Cataclysm dans la bouche des joueurs, même si on a parfois un peu de mal à mettre le doigt sur le pourquoi de la chose, et de cette sensation de voir le MMORPG se dégrader un peu plus à chaque extension qui a suivi. Le premier coup dur a été du côté du social. La recherche automatisée de donjons a détruit un aspect du jeu qui était primordial pendant la montée en niveau, la recherche de compagnons d’aventure à la dure. Passer des heures à écumer une liste de personnes à peu près du même niveau que le sien, demander à des dizaines de prêtres s’ils étaient en spé heal ou dps, devoir trouver un nouveau dps parce que celui-ci était lassé d’attendre depuis 45 minutes un tank providentiel. C’était long, fastidieux mais ça permettait de faire de belles rencontres sur son propre royaume. La recherche de donjon a tué ce côté-là, permettant à tout le monde d’être connecté et téléporté automatiquement auprès de personnes d’autres royaumes qui ne serviraient que de compagnons de jeu temporaires par la construction-même de l’outil.

L’histoire aussi en a pris pour son grade. Les premières années étaient cohérentes avec ce qui avait été établi avec Warcraft, même si elles consistaient souvent à massacrer en groupe les héros et méchants d’Azeroth que les joueurs avaient précédemment incarné, tout ça renforcé à grand coup de corruption. Puis au bout d’un moment, Blizzard a commencé à manquer de personnages emblématiques. Il était temps pour eux de passer à la phase numéro deux, le recyclage, en faisant apparaître Aile-de-Mort dans World of Warcraft, prétexte pour faire revenir ses enfants Nefarian déjà combattu aux débuts du jeu et Onyxia, qui avait déjà été défaite tellement de fois que l’on se demande ce qu’il restait encore de son corps à ressusciter. Cette formule ne rencontrant pas un fort succès, ils tentèrent donc la nouveauté, en faisant d’un simple héros neutre de Warcraft 3 une extension entière et même une race jouable avec Mists of Pandaria. Cependant, même le joueur le moins concerné par l’histoire se rend bien compte que quelque chose ne va pas lorsqu’il passe de héros acclamé d’Azeroth à cueilleur de carottes.

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Mais tout n’est pas à jeter dans ce qui a été fait. Il faut comprendre que l’on parle d’un jeu qui va bientôt fêter ses 12 ans d’existence, avec 110 niveaux à monter. Nombreux sont ceux qui regrettent le leveling à l’ancienne, lorsque l’on devait faire toutes les quêtes d’une région pour espérer gagner assez d’expérience pour passer à la suivante, avec des groupes de mobs très agressifs capables de te voir venir avant qu’on puisse les voir soi-même. D’autres critiquent la facilité des donjons, dont les récompenses sont devenues obsolètes avec l’arrivée de l’équipement héritage. Mais ces critiques en sont-elles vraiment ? N’est-ce pas le propre du genre du MMORPG de rendre l’ancien contenu « inutile » au fur et à mesure des extensions, afin de faciliter l’accès aux joueurs au contenu de haut niveau, le seul vraiment valable ?

Pour moi, World of Warcraft est simplement un jeu qui a grandi avec ses joueurs. J’avais 12 ans quand j’ai commencé à y jouer, j’en ai 21 aujourd’hui et nombreux sont ceux qui ont commencé comme moi au collège/lycée. Alors oui nous avions de grandes disponibilités, on pouvait se permettre de prendre plusieurs semaines pour monter au niveau maximum, de passer des heures à farmer et à mourir en boucle durant les quêtes. Mais aujourd’hui, comme nombre de joueurs, ma vie a changé et mes disponibilités aussi. Je suis heureuse de pouvoir me connecter et trouver un groupe rapidement pour faire un donjon/raid/champ de bataille, de ne pas avoir à monter une compétence d’arme en allant taper du mob niveau 1 parce que j’ai looté une hache meilleure que mon épée, de pouvoir faire mes quêtes tranquillement sans avoir à aller retrouver mon corps toutes les 5 minutes. On peut considérer cela comme un appauvrissement du gameplay, pour moi ce n’est que l’évolution logique d’un vieux jeu dont le contenu s’est nettement agrandi, au point de nécessiter des modifications drastiques dans la façon de jouer.

Au final, la critique du « c’était mieux avant » n’est que le reflet d’une nostalgie d’un temps révolu, où nous étions plus jeunes et éblouis par la découverte d’un monde qui paraissait immense et que l’on connaît aujourd’hui par coeur. Certains changements sont effectivement critiquables, comme la suppression massive de sorts ou la facilité des donjons durant certaines extensions. Mais d’autres sont salutaires et contribuent même à la survie du jeu. Si World of Warcraft n’avait pas changé avec ses joueurs, ceux-ci seraient sûrement encore moins nombreux qu’aujourd’hui, découragés devant l’ampleur de la tâche à accomplir pour arriver au niveau maximum et donc au coeur de ce qui fait un MMORPG. Preuve que le concept séduit toujours malgré toutes ces modifications, Legion a connu un lancement record, avec 3,3 millions de copies vendues en 24h. Finalement, World of Warcraft n’est pas mieux ou pire qu’avant, il est juste différent. Et nous aussi.

P.S : Les éditos ont vocation à défendre une idée, une opinion tranchée sur une question en particulier. Il ne s’agit nullement de l’avis général de la rédaction de Cooldown.fr, mais uniquement de celui qui a rédigé l’édito. Ce format a pour objectif de lancer un débat sur la thématique qu’il porte, et d’amener à un échange d’idées avec des personnes qui ne partageraient pas l’opinion défendue dans ses lignes.

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