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Final Fantasy Versus XIII Noctis

Cette année la communication de Square Enix autour de son principal investissement Final Fantasy XV s’est intensifiée à tel point que des choix douteux ont été faits. L’idée la plus discutable a été de communiquer le plus d’infos possibles sur le jeu jusqu’à me faire dire que cette communication est si maîtrisée qu’elle me fait appréhender la réception du jeu en novembre.

Ceux qui lisent mes articles sur Cooldown ou mes scripts pour le JT de l’e-sport auront peut-être remarqué une de mes manies : j’aime beaucoup parler de la communication lorsque je couvre une vidéo promotionnelle d’un éditeur, car c’est un peu comme démonter les mécaniques scénaristiques d’une fiction. En tant que grand consommateur des produits de Square Enix, Final Fantasy XV me fait de l’œil, malgré l’orientation controversée de la saga depuis le XIII. On me communique un jeu sublime graphiquement avec un gameplay orienté Action-RPG qui a l’air de fonctionner et un scénario épique. J’étais conquis dès les premières images, quand soudain la date de sortie était annoncée et que la campagne de communication a pris de l’ampleur. Depuis cet été, pas une semaine passe sans que de nouvelles vidéos ou de nouvelles informations tombent sur le prochain FF et l’annonce du report de sa date de sortie a fini de me mettre en PLS : avant, j’attendais la sortie de FFXV simplement pour y jouer, désormais je l’attends pour en finir avec cette communication que je considère contre-productive.

Final Fantasy XV Spoilers Compilation

Connaissez-vous Final Fantasy XV, ce jeu de Square Enix désormais prévu pour le 29 novembre 2016 sur PS4 et Xbox One ? Ce projet ambitieux de l’éditeur attendu depuis 10 ans maintenant mélange des éléments de fantasy et du monde contemporain pour nous proposer un Action-RPG à la qualité graphique époustouflante ? Le quinzième épisode de la saga phare de Square Enix consacre son évolution initiée depuis l’épisode XIII en termes de gameplay et d’occidentalisation. Le joueur de FFXV incarnera Noctis, prince du royaume de Lucis. Accompagné de sa bande d’amis, celui-ci part à la reconquête de son royaume aux mains du tout-puissant Empire de Nilfheim.

L’insulte que je viens de vous faire a un intérêt : selon moi, ce résumé représente tout ce que le joueur a besoin de savoir s’il compte acheter le jeu. Vous avez les plateformes, le genre, le pitch et les objectifs du titre. Bien sûr, ce bref paragraphe en dit peu et sa fonction est juste informationnelle ; c’est le rôle de la communication de l’éditeur de vous donner l’envie d’acheter son produit à grand coup de trailers, conférences et autres vidéos de présentation. Sans vous faire tout un cours d’économie pour lequel je n’aurais de toute manière aucune compétence, susciter l’achat chez le consommateur passe par les sentiments de désir et de frustration. Vous vous doutez bien que si je vous en parle aujourd’hui, c’est que la communication de FFXV ne remplit plus ces critères (euphémisme) et cela de plusieurs manières.

Je considère qu’une bonne communication d’un jeu vidéo doit d’abord insister sur la jouabilité du produit. C’est un objectif peu évident à atteindre par des trailers, et, ne nous le cachons pas, ce n’est pas la première préoccupation des éditeurs d’aujourd’hui. La communication de Square Enix est si exhaustive que la jouabilité de FFXV n’a plus de secret pour nous. On a pu l’observer par l’intermédiaire de trailers mais aussi l’expérimenter grâce à deux démos, l’une gratuite et l’autre payante. Si la communication de Square s’était arrêtée là, elle aurait remplie sa mission en informant les joueurs potentiels sur ce que le jeu leur offre comme gameplay. Sauf que l’éditeur a considéré qu’il n’avait pas donné assez d’arguments pour les inciter à acheter, il a donc inventé une nouvelle communication que j’appelle le spoiler de mécaniques de gameplay.

FFXV est un Action-RPG et un jeu FF, la communication excessive de Square Enix a donc consisté à rappeler sans cesse ces deux caractéristiques. La dernière vidéo en date présente le visuel du sort emblématique « Mort » sous toutes les coutures. Il s’agit d’une sorte de fanservice, même si ça ne me fait pas exulter de voir qu’un simple sort, qui plus est cheaté, est de retour. Square Enix a donc dévoilé une simple référence à la saga qui aurait fait sourire un fan comme moi au moment de sa partie. Désormais, le sentiment que j’aurais inévitablement c’est : « Tiens, on la récupère à ce moment cette bague ! En effet, c’est comme dans la vidéo… Bon, où en étais-je ? » J’ai donné qu’un seul exemple ; il y en a d’autres, mais je ne suis pas Square Enix, alors j’essaie de spoiler le moins possible, ceux qui auront eu la chance de ne pas jeter un œil à ces vidéos.

L’idée que la communication doit montrer la jouabilité du titre est moins vraie aujourd’hui, puisque les goûts des joueurs ont été façonnés pour qu’ils demandent un scénario et un logiciel tape-à-l’œil avant tout. C’est sans doute le pire de tout concernant la communication de FFXV. Il y a une mesure entre présenter le pitch, montrer subrepticement des scènes spectaculaires du jeu et dévoiler plusieurs minutes de scènes-clé. Parce que c’est ce à quoi on a eu le droit avec FFXV ! Lors de la gamescom 2016, Square Enix a eu la bonne idée de publier CINQUANTE MINUTES de scènes du jeu montées dans leur ordre chronologique et en commençant par le début bien évidemment. Dans mon article de l’époque, j’ai supputé la raison d’une telle hérésie communicationnelle : après l’annonce du report de la date de sortie, il fallait rassurer les joueurs sur le fait que le jeu est bien fini et que le 29 novembre serait la vraie date de publication. Mais à quel prix… Fallait-il compenser une erreur de calendrier par une vidéo de let’s play gâchant toute la découverte du début du jeu ? Il fallait que Square Enix assume d’avoir surestimé la date de sortie de son énorme investissement, et cela aurait suffi. Parce que n’oublions pas que les joueurs attendent le jeu depuis 10 ans maintenant, et ce n’est pas la frustration de devoir attendre 3 mois de plus qui les auraient fait abandonner l’idée d’acheter le jeu.

Mais il y a une autre raison à ce que l’on doive se taper des images inutiles et contre-productives sur le sort « Mort » ou des morceaux de cutscenes : c’est l’autosatisfaction de Square Enix par rapport à la direction artistique et à la qualité graphique de FFXV. Si l’éditeur spoile allègrement des scènes de dialogue qui sont en aucun cas spectaculaires, c’est parce que le spectacle c’est de voir le moteur Luminous en action et la réalisation qui sublime le rendu. Il est vrai que l’esthétique de FFXV fait baver, la répétition pédagogique des trailers nous fait comprendre que la distinction entre cinématiques en image de synthèse et cutscenes est de moins en moins visible, mais pas au point de me faire oublier le contenu des images qui me gâchent ma future expérience de jeu. Si cette raison est la bonne, elle prouve que Square Enix est dépassé par son projet au point d’en oublier les bases nécessaires à son succès commercial (et critique ?).

« C’est pas du spoil, c’est de la communication, gnagnagna ! »

Une déception programmée

Final Fantasy XV PS4 Pro comparatif chocobo

Un jeu beaucoup plus coloré sur PS4 Pro ?

Et ça, c’est juste mon sentiment en ce qui concerne les spoils communiqués, pourtant d’autres aspects douteux de la communication me font dire que FFXV est loin du projet artistique et révolutionnaire qu’il est dit être. Selon moi, on vend le jeu avant tout sur sa beauté graphique, cela ne vous rappelle rien ? Moi, ça me fait penser aux cas de downgrade qu’on a pu avoir ces dernières années comme avec The Witcher 3 ou Watch Dogs. Les images du jeu font quand même penser à un cas similaire au jeu de CD Projekt : le jeu sera un peu moins beau que prévu, mais cela s’explique par les contraintes techniques de l’open-world et de la durée du jeu. Qu’est-ce qui me fait penser ça ? D’abord mon scepticisme par rapport aux vidéos de l’éditeur qui sont sans doute des captures du jeu sur un PC en ultra, une habitude douteuse et généralisée des gros éditeurs. Il y aussi cet article de Siliconera qui montre des visuels du jeu sur la PS4 Pro encore plus impressionnants que ceux qu’on a pu voir jusqu’à présent. Autrement dit, la version PS4 toute simple, pour laquelle tout le monde optera en novembre, sera une sorte de downgrade de l’édition PS4 Pro, en tout cas une version moins léchée. Cette critique est d’ailleurs valable pour tous les jeux qui auront le droit à cette « remise à niveau ». À croire que la PS4 actuelle n’était pas la vraie PS4 et que FFXV ne serait pas la révolution graphique escomptée sur cette première console.

Ce qui me déçoit le plus concernant la communication de FFXV, c’est qu’elle est conforme à son époque. Depuis les DLC honteux de Final Fantasy XIII,  Final Fantasy est devenue une franchise comme les autres (Call of Duty, Assassin’s Creed, Battlefield). Square Enix communique sur des éditions collector et un season pass qui contiendra pas moins de 6 DLC qui sont autant de morceaux du jeu amputés car prévus avant sa sortie. Toutes ces choses, qui personnellement m’horripilent au plus haut point, sont la conséquence de l’investissement financier auquel a eu droit FFXV : Square Enix rentabilise son produit le plus possible et s’éloigne en même temps un peu plus des intérêts artistiques qui font l’identité de FF aux yeux des joueurs.

Alors qu’est-ce qu’on fait ? On achète pas le jeu ? À vous de voir. Je l’achèterai, j’y jouerai pour en avoir le cœur net. J’espère m’amuser malgré les redites avec la communication. Quelques trailers, une démo, même le film Kingsglaive suffisent à vous donner une idée du titre. Si le jeu vous intéresse ensuite, vous n’aurez qu’à l’acheter et profiter pleinement de l’expérience. Mais comme pour les FFXIII, je n’achèterai sûrement pas d’édition collector, ni le season pass, ni aucun DLC à l’unité. Si ça m’empêche d’apprécier entièrement le jeu, c’est que celui-ci était incomplet. Quant à Square Enix, il serait bon de ne pas répéter ces maladresses (soyons gentil…), car je pense notamment à votre autre arlésienne (KHIII) à laquelle je tiens particulièrement.

P.S : Les éditos ont vocation à défendre une idée, une opinion tranchée sur une question en particulier. Il ne s’agit nullement de l’avis général de la rédaction de Cooldown.fr, mais uniquement de celui qui a rédigé l’édito. Ce format a pour objectif de lancer un débat sur la thématique qu’il porte, et d’amener à un échange d’idées avec des personnes qui ne partageraient pas l’opinion défendue dans ses lignes.