No Man’s Sky est très certainement un des jeux les plus attendus de 2016. Mais il est encore entouré d’une aura de mystère. À moins d’un mois de la sortie, il est temps de faire le point.

Au début des années 2010, Hello Games était sur le développement de Joe Danger 2. Sean Murray était le cofondateur de l’entreprise, et s’inquiétait de tomber dans le piège des suites en série, son expérience à Criterion et sur Burnout l’ayant quelque peu refroidie. Profitant du succès de Joe Danger, Murray passa quelques jours par semaine, pendant un an, à travailler en secret sur le développement du moteur de No Man’s Sky. Il ne mit son équipe dans la confidence que pendant le développement de Joe Danger 2 en 2012. Murray s’inspira d’Asimov, Clarke, Heinlein et de son expérience sur Elite étant jeune, pour proposer No Man’s Sky à ses collègues. Pendant l’année qui suit, jusqu’en 2013, une petite équipe de 4 personnes travaille sur le jeu, jusqu’à son annonce à la VGX de 2013, via une démo qui fit grand bruit.

Sony s’intéressa vite au jeu et aida Hello Games à se développer et à travailler sur le titre, permettant à la petite équipe de s’agrandir. C’est là que commence la campagne marketing intense, orchestrée par Sony et d’où est issue cette aura de mystère et d’inconnu. Alors qu’au fond nous en savons beaucoup sur le jeu. Pendant tous les E3 et autres Paris Games Week à partir de là, No Man’s Sky sera à chaque fois présenté, via une nouvelle démo, mais évidemment les détails seront laissés dans le noir, teintant l’excitation des joueurs d’une forme de méfiance. Faisons le point sur ce que nous savons, et essayons de déterminer si le soft sera réellement la révolution vendue par Sony.


No Man’s Sky révèle enfin sa date de sortie par CooldownTV

Le procédural : c’est mieux dans les jeux vidéo qu’en série

Comme dit plus haut No Man’s Sky est un projet très personnel de Sean Murray. Inspiré par les grands-parents de la SF, et par Elite, Murray veut très clairement proposer une expérience unique, dans une galaxie immense.  C’est bien beau, mais il faudrait remplir cette galaxie et à la main ça risque de prendre un peu de temps.

No Man's Sky lune

Hello Games a personnalisé la physique pour obtenir ce genre de vue

Déjà, parlons du moteur du jeu. No Man’s Sky utilise la génération procédurale. Au même titre qu’Elite Dangerous, ou le futur Star Citizen, le procédural permet de générer très facilement d’immenses étendues d’espaces. La théorie est la suivante : vous faites un moteur, avec des règles (dans Elite ce sont les règles de la physique pour les objets célestes. C’est presque la même chose dans No Man’s Sky à la différence près que les équipes d’Hello Games ont un peu adapté les règles de la physique pour obtenir des choses plus « cinématographiques », comme des lunes très grosses, et très proches de leurs planètes), vous entrez une seed, une graine dans ce moteur, et il vous générera votre galaxie, semi aléatoirement, via des algorithmes très compliqués. Voyez Minecraft, mais avec une galaxie entière. Cette technique a l’avantage d’être relativement rapide, mais aussi très peu gourmande en ressources (il s’agit pour l’ordinateur d’entrer seulement quelques bits de texte dans le moteur, pour générer l’environnement), et si le moteur est bien conçu, d’offrir une variété quasi infinie de paysages. Là où No Man’s Sky se démarque d’Elite, c’est que l’intégralité des objets du jeu est générée de cette manière. La galaxie, les systèmes, les planètes, la surface de ces planètes, la flore, la faune, les vaisseaux, les armes, les objets, les bâtiments, tout est généré via une seed, et géré par le moteur procédural, qui obéit aux règles mathématiques fixées par les développeurs, qui pioche les éléments dans les assets créés par Hello Games, peuplant, en théorie, l’univers d’une infinité d’éléments, tous différents. Ainsi selon Sean Murray la galaxie de No Man’s Sky est peuplée de 264 planètes, toutes explorables, toutes différentes. Affirmation impossible à vérifier puisqu’il est extrêmement improbable qu’un joueur, ou que l’intégralité des joueurs, puisse explorer l’intégralité de la galaxie.

Ce moteur est en soi la chose la plus intéressante du jeu. On pourrait en parler pendant des heures, des algorithmes, des méthodes qu’ils ont utilisées pour donner de la variété aux environnements, jusqu’à la manière dont le moteur utilise des fractales et des équations mathématiques pour recréer la nature et sa diversité. Ou alors que l’univers étant tellement immense, les équipes d’Hello Games ont du créer des sondes dans leur propre titre pour pouvoir explorer leur galaxie, et vérifier que tout se passait bien au niveau du moteur et de la génération procédurale (permettant à la poignée d’humains derrière leur écran d’affiner le code du moteur). Cet aspect du jeu restera, même en cas d’échec de No Man’s Sky, l’accomplissement le plus intéressant au niveau technique des équipes de chez Hello Games. Mais vous êtes ici pour savoir ce que vous pourrez faire dans cet univers.

Une galaxie c’est cool, une galaxie avec des trucs c’est mieux

Ici, plutôt qu’une description point par point des mécaniques de gameplay, on va adopter la forme d’une vraie/fausse session de jeu potentielle dans No Man’s Sky, à partir de ce que l’on sait du titre. Déjà, car c’est plus intéressant qu’une bête liste, mais aussi car ça donne peut-être une idée plus précise de ce qu’il sera.

No Man's Sky vaisseau

Vaisseaux générés par le moteur du jeu

Donc voilà : vous êtes capitaine de votre vaisseau personnel, une espèce de mélange entre un chasseur de l’US Air Force, et un Viper de Battlestar Galactica. Évidemment ce vaisseau est lui aussi généré via le moteur procédural, ainsi que toutes ses améliorations. Donc vous êtes assis là dedans, et vous contemplez l’immensité de la galaxie. Vous ouvrez la carte de celle-ci et regardez les systèmes accessibles avec votre portée de saut, et ce qu’il vous reste comme carburant. Vous avez fait le plein à la station, mais vous avez aussi profité de vos Unités (la monnaie du jeu) pour améliorer vos équipements et les statistiques de votre appareil. Vous repérez un système inexploré sur la carte de la galaxie, système que nous appellerons « Meh ». Vous le sélectionnez, décollez de votre station, et engagez le saut.

Vous voilà arrivé à Meh. Aussitôt, une petite notification vous attribue la découverte du système. Et vous êtes content, car votre nom brillera à travers la galaxie, tel un Jean-Luc Picard. Vous remarquez vite un certain nombre de planètes autour de Meh. Vous vous dirigez vers Meh-4, et sa lune Meh-4-B. Vous ne pouvez pas visitez Meh-1, car elle est toxique, ou Meh-8, car elle est désertique, il vous faudra améliorer votre combinaison pour visiter ces planètes (il y a d’autres types de mondes, tout aussi inexplorables sans l’amélioration adéquate. A noter que l’écologie des planètes est déterminée par la distance qui la sépare de son étoile). Arrivé à Meh-4 la transition espace-surface se fait sans temps de chargement, et la planète s’offre à votre regard, pleine de vie, et vous êtes notifié que vous avez découvert la planète. Vous atterrissez près d’une structure visiblement artificielle, et votre curiosité fait le travail. Vous sortez (non sans avoir vérifié votre combinaison) et vous vous dirigez vers cette structure. Vous croisez de multiples espèces de plantes, d’animaux, et quand vous les regardez un nom leur est automatiquement attribué, ainsi que votre nom pour la découverte de ces espèces.  Vous remarquez que les animaux ont des comportements différents : de paisibles herbivores prennent peur et s’éloignent de vous, tandis que des animaux à l’air peu commode vous suivent, essayant de déterminer si vous êtes comestible (indice : vous l’êtes). Vous êtes un vieux de la vieille, et vous savez que la faune et la flore sont protégées par les Sentinelles, et ceci à travers toute la Galaxie, ou presque. Si vous avez le malheur de tuer trop d’animaux, ou d’exploiter trop de ressources, ces robots vous pourchasseront. Et cela même si vous êtes agressé. Donc vous surveillez les carnassiers, et évitez de les engager.

No Man's Sky animaux

Animaux dévoilés lors de la première vidéo du jeu

Vous vous dirigez vers la structure artificielle. La galaxie regorge de ces bâtiments, hérités d’anciennes civilisations ayant colonisé l’espace. Ce que vous savez également c’est que souvent ces structures regorgent d’informations et de textes qui vous permettront d’améliorer votre matériel, ou vous donneront des informations sur les systèmes voisins (étrangement plus vous vous rapprochez du centre de la galaxie, plus les choses intéressantes abondent). Ce que vous savez également c’est que votre traducteur universel ne fonctionnera peut-être pas, et qu’il faudra scanner pas mal de textes, illisibles, avant d’avoir une idée de ce qu’était cette structure, et les informations qu’elle contient. Mais vous n’êtes pas trop inquiet : au fil de vos aventures, vous avez croisé des dizaines de bâtiments du genre, et de marchands aliens, votre traducteur universel a appris de tous ces langages différents, il ne devrait pas avoir trop de mal à s’occuper de traduire les textes sur cet artefact. Vous vous souvenez de votre premier contact avec un membre d’une autre race, la communication était impossible, mais finalement, après beaucoup d’efforts, et de réponses parfois au hasard, votre traducteur a appris, et vous avez pu parler à cet étrange marchand.

Vous avez traduit les inscriptions sur le bâtiment. Elles vous ont permis d’apprendre comment améliorer votre moteur de saut. Vous repérez un dépôt de ressources minières plus loin. Vous avez tout de même besoin des Unités que pourront vous apporter ces ressources, alors vous prenez le risque de mettre en colère les Sentinelles. Si vous restez raisonnable, il ne devrait pas y avoir de problèmes, mais ces robots sont imprévisibles, et il suffit parfois de miner une unité pour attirer leur courroux. Tant pis : vous équipez votre arme, ce n’est pas la meilleure de la galaxie, mais elle vous a sauvé de situations délicates par le passé. Vous repérez la route optimale pour regagner votre vaisseau, qui est toujours garé là où vous l’avez laissé, vous calculez le temps pour le rejoindre et commencez à miner. Manque de chance les Sentinelles de cette planète sont d’une humeur massacrante et, à peine quelques minutes après avoir commencé à creuser, votre radar indique des contacts. Vous rangez votre équipement minier, équipez votre arme, et courrez, vite, vers votre vaisseau. Les tirs des Sentinelles vous manquent de peu. Vous répliquez, mais votre pistolet à bouchon ne peut pas grand-chose contre des robots antiques surarmés. Il vous faut la puissance de feu de votre vaisseau. Vous sautez dans le cockpit, attendez qu’il démarre. Finalement vous décollez, abattez deux trois Sentinelles pour le plaisir, et repartez dans l’espace, puis vers la station que vous avez quitté.

Vous pensiez vous reposer là, mais, surprise, elle est attaquée par une bande de pirates. Vous engagez immédiatement le combat pour protéger la station. Votre vaisseau est faiblard, mais heureusement la station ne l’est pas. Le combat tourne en sa faveur, mais vous vous faites tuer en cours de route. Par la magie du gameplay (oui là il est difficile de donner une explication romancée) vous vous réveillez à la station que vous venez de défendre (si vous mourez dans l’espace vous revenez à la station la plus proche, si vous mourez à la surface d’une planète vous revenez à côté de votre vaisseau), vous avez perdu toutes vos données d’exploration que vous n’aviez pas encore uploadées, ainsi que toutes les ressources collectées. Par contre vous avez encore votre matériel. Si vous n’aviez plus l’argent pour repayer votre vaisseau les Autorités du Gameplay vous auraient donné le vaisseau de base. Vous êtes prêt à continuer votre quête : aller au centre de la Galaxie. Quête partagée par tous les autres pilotes que vous avez croisés (nombre s’élevant à 1, et vous avez eu de la chance).

No Man’s Sky sera-t-il à la hauteur de sa réputation ?

Donc voilà ce que donne une session de jeu probable de No Man’s Sky. Évidemment cela peut changer du tout au tout en fonction de ce que vous faites, ou de ce que le moteur de génération procédurale a « décidé ». Le titre propose du gameplay émergeant, c’est à dire que vous ne savez jamais sur quoi vous allez tomber, et le semi-aléatoire joue un rôle majeur dans votre expérience de jeu. Tout est généré par ce moteur : les stations, ce qu’elles proposent, les factions qu’elles représentent, les évènements que vous croiserez (batailles, convois, marchands, et j’en passe), les animaux, planètes, structures. Tout est semi-aléatoire. Les gens de chez Hello Games veulent proposer une expérience unique, qui laisse la part belle à l’improvisation du joueur. Pas question de scripts, pas question de quêtes, ni de scénarios. Vous êtes libre, et vous progressez comme bon vous semble.

No Man's Sky

Si vous n’êtes pas sûr ne pré-commandez pas

Et c’est là que le problème probable du titre est. Beaucoup de joueurs, du moins c’est l’impression que ça donne, s’attendent à un EVE-Like. Un jeu multijoueur, où vous vous installez dans votre coin de l’espace, et essayez de bâtir votre petit empire. Or ce n’est absolument pas le concept. Sean Murray et Hello Games veulent que le joueur avance constamment qu’il ne reste jamais au même endroit plus de quelques heures. À tel point que toute modification sur une planète ne sera pas « persistante ». Quittez un astre, et il sera remis à zéro, comme avant votre passage. Limitations techniques, ou choix de design, impossible de le savoir. Mais cela joue en la faveur de la philosophie du titre. Vous ne pouvez pas fabriquer de base ni de station, vous ne pouvez pas exploiter les ressources d’une planète à la Minecraft, pour faire votre petit trou dans ce coin de la Galaxie. Le coeur du jeu c’est l’exploration, avancer vers un but : le centre de la Galaxie (quant à savoir s’il y a un truc là, mystère).

Donc No Man’s Sky est ambitieux. Possiblement trop pour son propre bien. Et il y a un risque de déception, car les joueurs semblent s’attendre à quelque chose qu’il n’est pas. No Man’s Sky ne se veut pas comme un bouffe temps à la EVE. C’est fort probablement un jeu qui se jouera par petites touches, quelques heures de temps en temps, histoire de s’évader, de découvrir de nouveaux paysages, de nouvelles formes de vie. Comme avec tout titre nous ne sommes pas à l’abri d’une énorme déception, mais en l’état de ce que l’on sait, le public cible risque d’être aux anges lorsque le soft sortira. En revanche ceux qui pensent être le public cible risqueront de subir une certaine désillusion sur ce qu’il proposera. Au final No Man’s Sky semble offrir quelque chose que peu de jeux ont osé. Un univers vaste, libre, et sans contraintes. Le risque est qu’il soit vite ennuyeux, un peu comme Elite Dangerous qui manque toujours cruellement de contenu, mais il peut également être une invitation à l’évasion, et au final ce n’est pas si mal. Et puis un univers dans son ordinateur, l’idée même est folle, laissons le bénéfice du doute (tout en s’extrayant de la hype). Réponse définitive le 22 juin.