Souvent méconnus, incompris, parfois moqués par des cuistres, les jeux de type Visual Novel, (pour faire bref : les romans interactifs), ont pourtant débarqué en masse sur les boutiques dématérialisées depuis quelques années. Des productions japonaises, bien sûr, mais également de nombreux titres occidentaux, voire issus des pays émergents du Jeu Vidéo. Au milieu du flot ininterrompu du Rio Grande des sorties Steam, très difficile de s’y retrouver dans les centaines de jeux du style balancés dans le catalogue. C’est pourquoi il nous a semblé que ces soldes d’hiver étaient un bon moment pour vous en concocter une petite sélection parfaitement subjective. Tous ces jeux à l’exception des jeux gratuits sont disponibles sur Steam et ils sont, pour l’immense majorité, en anglais uniquement.

Si vous aimez beaucoup, beaucoup lire et que vous voulez une histoire haletante

steins gateAlors on ne saura que trop vous conseiller Steins;Gate, dont la préquelle vient par ailleurs de sortir il y a quelques semaines. Steins;Gate est un jeu dont l’interactivité se résume à bien peu de choses (répondre ou non à des SMS à quelques moments clés), mais qui parvient à instaurer une ambiance que très peu de jeux arrivent à ne serait-ce qu’effleurer. Véritablement culte au Japon, Steins;Gate met le joueur dans la peau de Rintaro Okabe, un savant fou autoproclamé et véritable cas social, qui va, avec quelques amis un peu dérangés, accidentellement découvrir une méthode pour envoyer des messages dans le passé puis se retrouver embrigadé dans une des plus étranges histoires de boucle temporelle de l’Histoire de la SF. Comptez tout de même une cinquantaine d’heures pour en voir le bout et débloquer toutes les fins.

Si vous aimez vraiment, mais alors VRAIMENT les histoires tordues

Zero Time DilemmaC’était tout sauf évident, mais Zero Time Dilemma a débarqué il y a quelques mois sur PC. Troisième volet d’une série de VN cruels mettant toujours en scène une bande de malheureux enfermés dans une structure glauque, et devant accomplir le pire pour s’en sortir, la recette ne change pas : trahisons, meurtres, complots, et manipulateur psychopathe opérant en coulisse. La série s’est faite remarquer pour sonbackground particulièrement étoffé -les mauvaises langues diront incompréhensible-, aussi il est préférable d’avoir joué à 999 et Virtue’s Last Reward pour en profiter. Coup de chance, une version PC de ces deux jeux, regroupée dans un bundle nommé “The Nonary Games” devrait arriver dans le courant du premier trimestre 2017.

Si vous voulez un jeu d’enquête avec des gravures d’oiseaux du XIXè siècle

Aviary AttorneyAviary Attorney est fait pour vous. Pari un peu fou d’utiliser les gravures de Grandville (libres de droit) pour faire un Ace Attorney-like dans le Paris révolutionnaire de 1848 où tous les protagonistes sont des animaux en costumes de notables, le jeu s’avère être plus qu’un simple what the fuck, pour proposer des enquêtes fouillées au dénouement parfois inattendu. L’histoire de ce Visual Novel n’est pas bien longue, mais est à la fois bien écrite et bien rythmée.  Une bonne initiation à ce style de jeu, en somme.

Si vous aimez VRAIMENT les oiseaux, au point qu’Aviary Attorney ne suffit pas

Hatoful BoyfriendLe cas d’Hatoful Boyfriend aura beaucoup fait rire au moment de son portage occidental, mais combien de moqueurs bas-du-front ont VRAIMENT joué à ce simulateur de vie scolaire, où vous incarnez une jeune humaine qui doit trouver l’amour dans une bande de beaux-gosses pigeons ? Le titre est en japonais un jeu de mot entre le mot Hato (pigeon) et Hateful (haineux), mais au-delà de la blague, Hatoful Boyfriend est un Visual Novel qui réussi le pari d’être à la fois vraiment très drôle et assez bien écrit. Des surprises attendent le joueur jusqu’à la fin du jeu, beaucoup moins joyeuse et légère qu’on pourrait le supposer.

Si vous aimez l’horreur à la japonaise (et que vous avez 150H devant vous)

higurashiDans ce cas, ruez-vous sur les jeux de la série Higurashi et sa suite, Umineko. Plus proches du roman kinétique (sans aucune autre interaction que la lecture du texte) que du roman interactif, ces titres ont pour particularité d’avoir débuté comme une série de jeux amateurs ayant gagné une notoriété considérable au Japon (entraînant la publication de romans, mangas, animés, etc.). Si les premières minutes du premier chapitre d’Higurashi sont assez légères, avec son lycéen qui débarque dans un petit village de campagne, l’histoire vire rapidement au meurtre, à l’horreur et au fantastique. Particulièrement longs (comptez plus de cent heures rien que pour Higurashi), et au style graphique clairement daté voire rebutant, la profondeur de l’écriture et la complexité de l’univers construit dans ces titres valent qu’on s’y attarde, si, bien sûr, on est victime d’insomnies chroniques ou de chômage prolongé.

Si vous avez envie d’un slasher avec des procès et des ours maléfiques

DanganronpaC’est vers l’excellentissime série Danganronpa qu’il faut vous tourner. Eux aussi débarqués sur PC après un passage sur PS Vita (console qui croule sous les excellentes pépites du genre pour peu qu’on s’y attarde), ces thrillers surréalistes mettent en scène des groupes d’élèves surdoués détenus par un mystérieux ours en peluche maléfique, l’iconique Monokuma. Leur seule chance de s’échapper : assassiner un de leurs camarades et échapper à la condamnation lors du procès qui s’ensuit. Au joueur de rassembler des indices, de démonter les conspirations et de parvenir à faire triompher la vérité. Jeux au ton assez drôle, mais au fond particulièrement sombre, la série des Danganronpa est assez exigeante, parfois éprouvante, mais incontestablement gratifiante, en grande partie à cause de son casting de personnages mémorables et d’un scénario qui frise la perfection. Le gameplay, plus porté sur l’action et les réflexes qu’un Ace Attorney, peut agacer, mais les développeurs ont eu la bonne idée d’intégrer des niveaux de difficulté pour le réduire si le joueur le souhaite à sa plus simple expression.

Si vous êtes fauchés

Digital Love StoryIl existe des tonnes de VN totalement gratuits. Mais il me semble indispensable de commencer par un des plus réussis. Digital : a Love Story, vous mettra dans la peau d’un utilisateur ou utilisatrice de usenet dans les années 80, qui va se lier d’amitié, voire un peu plus, avec quelqu’un à l’autre bout de la ligne via des forums de discussion. Construit comme une enquête émouvante dans la Préhistoire de l’Internet, Digital épate par sa capacité à saisir le joueur par le fond des tripes et à lui faire ressentir tout ce qu’un jeu vidéo procure rarement : la grâce, l’amour, la connexion avec un être virtuel. Premier jeu de Christine Love, il est disponible gratuitement sur son site.

Si vous avez aimé le jeu précédent et qu’en fait vous avez un peu de sous

Analogue Hate StoryChristine Love a développé deux jeux prenant place dans le même univers que Digital, mais situés dans un futur lointain : Analogue : a Hate Story et sa suite Hate Plus. Explorant toujours les thèmes de l’identité amoureuse et sociale et plaçant la notion d’intelligence artificielle au cœur de son propos, le diptyque se place cette fois-ci dans une société assez sombre que le joueur, archiviste explorant les logs d’un vaisseau spatial abandonné, va découvrir avec le sentiment glaçant de lever le voile sur une tragédie irréparable. Un Visual Novel en forme de fable sur l’intolérance et le rejet qui arrive à faire beaucoup plus que David Cage, avec beaucoup moins.

 

Si vous ne pouvez vraiment plus vous passer des jeux de Christine Love

Ladykillers in a BindAlors il sera toujours temps de vous pencher sur Ladykiller in a Bind, sous-titré My Twin Brother Made Me Crossdress as Him and Now I Have to Deal with a Geeky Stalker and a Domme Beauty Who Want Me in a Bind!! (et ça, croyez-moi, ça ne s’invente pas). VN érotique et humoristique, mais souhaitant peindre avec respect les sexualités marginales, tout en mettant la notion de consentement au centre de son propos. Car oui, c’est aussi ça, le monde étrange des Visual Novel.

Si vous voulez picoler avec des robots

va11la11aVA-11 HALL-A: Cyberpunk Bartender Action vous attend. Visual Novel péruvien (mais oui !) vous mettant dans la peau d’un barman du futur devant écouter les misères de ses clients, dans une société totalement bouleversée par le transhumanisme. Acclamé par la critique, VA-11 HALL-A ne se contente pas d’être un petit jeu de préparation de cocktail, mais est avant tout une excellente expérience de narration non-linéaire, posant des réflexions assez crues et radicales sur la condition humaine, autrement plus abouties que dans, mettons, Deus Ex (cet avis n’engage que l’auteur de ces lignes).

Si ce que vous cherchiez, en fait, c’est un guide de voyage

Go go NipponGo ! Go ! Nippon ! My First Trip to Japan est un Visual Novel pseudo-éducatif enrobé dans un jeu de drague un peu pataud. Le joueur incarne un Otaku qui, comme l’indique le titre, effectue son premier pèlerinage au Japon (et devra bien entendu y choisir l’amour entre deux sœurs qui l’hébergent pendant son séjour). Si la partie romantique n’a pas un intérêt très poussé, le guide touristique, en forme de leçons d’histoire, de géographie et de sociologie sur le Japon dispensées lors des différents déplacements des personnages, est très efficace. Si le jeu d’origine n’était pas très long, il a été enrichi de deux éditions, 2015 et 2016, doublant quasiment le contenu de base. Très bon outil de préparation à un voyage dans l’archipel, le jeu dispense aussi tout un tas de conseils pratiques à l’attention des voyageurs sur les transports, l’hébergement, les usages sociaux, etc.

Si vous voulez un chef d’œuvre (hélas inachevé) de la Science Fiction vidéoludique

dysfunctional systemsDysfunctional Systems n’aura hélas jamais de suite (le studio s’est écroulé après un kickstarter mal géré), mais vous devriez tout de même y jeter un œil, les quelques heures offertes par son chapitre un ne manquant pas de panache. Plaçant le joueur au cœur d’un futur où une civilisation très évoluée s’invite dans des mondes étrangers pour en gérer et réguler le “chaos” en fonction de critères qui lui sont propres, Dysfontionnal Systems est une réflexion amère sur la notion d’ingérence politique, et a le mérite rare de ne pas clairement placer le joueur en situation de bienfaiteur naïf. Un Visual Novel au style littéraire assez abouti, bien qu’un brin verbeux. Dommage que, faute de suite, le dénouement ne soit pas très convainquant.

Si vous aimez un bon mélo (et c’est pas grave si c’est moche)

ClannadC’est alors Clannad qu’il vous faut. L’histoire longue et souvent tire-larmes d’un jeune homme et de ses premiers émois au lycée. Très classique dans la forme d’un dating sim à embranchements où il vous faudra choisir quelle jeune fille sera votre petite amie, Clannad a été remarqué à l’époque de sa sortie, voilà déjà 12 ans, pour la qualité de son écriture et la puissance des émotions qu’évoque son script. Bon, même s’il faut admettre que graphiquement, ça pique un peu. Attention cependant, comme Higurashi évoqué plus tôt, ce jeu fait partie des Visual Novel qui nécessitent d’avoir quelques RTT à lui consacrer pour pouvoir le finir en moins d’un an.

Si vous voulez vous vanter d’avoir joué à un truc tordu alors que vous n’êtes, au fond, qu’un grand romantique

Katawa ShoujoKatawa Shoujo est fait pour vous. Monstrueuse créature issue de l’esprit dérangé des utilisateurs de 4Chan, le projet a commencé comme une blague : créer un Visual Novel de drague dont toutes les filles auraient un handicap physique lourd. Même si tout était parti pour donner un résultat abominable, le produit final est… loin d’être mauvais. Souvent drôle, parfois touchant, mais inégal (chaque “route” ayant été écrite par une équipe différente), Katawa Shoujo est gratuit, et il serait bien dommage de s’en priver. Attention cependant, il s’agit d’un des rares jeux de la présente sélection à proposer du contenu clairement Not Safe For Work et est à déconseiller fermement aux mineurs.

Si vous voulez jouer à la poupée

Long Live the QueenLong Live the Queen vous place dans la peau d’une jeune princesse de 14 ans qui devra monter sur le trône dans quarante semaines. Au joueur de lui faire acquérir les compétences nécessaires pour devenir une bonne souveraine au gré des choix de cours et d’événements scriptés qui viendront infléchir son destin. Évolution ultime des jeux de type Princess Maker, Long Live the Queen est un Visual Novel assez difficile, parfois impitoyable, et qui surprend par l’étendue des possibilités offertes au joueur. Offrant une grande rejouabilité (16 fins à débloquer, avec des choix radicaux à effectuer pour les balayer toutes), le jeu n’est, heureusement vu le thème casse-gueule, jamais de mauvais goût, et se paye le luxe d’avoir une écriture tout à fait acceptable.

Si vous êtes un déglingo complet et que ce que vous voulez, c’est un truc complètement zinzin.

love at First SightLove at First Sight ne s’embarrasse pas, lui, de notions de bon goût ou de bienséance, puisque durant trois heures assez surréalistes, vous allez devoir draguer la fille-cyclope de votre lycée. Effet de bord étonnant de la mondialisation, ce genre de Visual Novel a désormais des traductions officielles en anglais, et est désormais tout à fait légalement accessible chez nous. On en pense ce qu’on veut, toujours est-il que c’est le style de référence que vous serez probablement ravi de placer en soirée mondaine, pour montrer que vous êtes un vrai de vrai.

 

Si vous en avez marre de draguer des nanas, et que vous voulez changer un peu

Code RealizeLe genre Otome Games (littéralement : jeux de beaux gosses) n’est pas celui dans lequel je m’y connais le mieux, mais sachez-le : le VN est un des rares genres dans lesquels on peut être aussi bien servi si on cherche à draguer des garçons que des filles. Le marché japonais, très large, n’a jamais oublié sa clientèle féminine et produit chaque année des dizaines de jeux qui, à leur tour, sont traduits en occident. Il me semble important de citer a minima Code : Realize et son ambiance Steampunk, le thriller Amnesia : memories, la poignante histoire d’Always Remember Me ou encore les beaux criminels d’Ozmafia. Un site internet  répertorie d’ailleurs ce style de jeux très spécifique, et ils sont depuis quelques mois taggés “Otome” sur Steam, avis à ceux et celles qui voudraient explorer la question.

Si vous voulez jouer à un Visual Novel sans en avoir l’air parce que quand même c’est un peu la te-hon ces jeux d’Otakus libidineux

Ah bon d’accord.