Bolloré OPA Gameloft

Vivendi lance une OPA sur Gameloft

Le suspense est à son comble dans le feuilleton qui retient le monde du jeu vidéo en haleine depuis octobre dernier. Vivendi, le géant contrôlé par Vincent Bolloré a annoncé lancer une OPA (Offre Publique d’Achat) sur Gameloft, l’éditeur de jeux mobiles appartenant à Ubisoft. L’entreprise des frères Guillemot s’affole.

Vivendi a annoncé hier qu’il lançait une OPA sur Gameloft, étape obligatoire pour acquérir une entreprise après avoir pris possession de plus de 30 % de ses actions, ce que Vivendi a fait ce jeudi 18 février en augmentant sa part à 30,01 %. Si cette annonce ne surprend pas forcément, le monde du jeu vidéo déplore une action agressive à l’encontre de l’éditeur français qui avait fait savoir, l’année dernière, qu’il ne souhaitait en aucun cas devenir la propriété de Vincent Bolloré. Le projet d’OPA est annoncé au prix de 6 euros par actions (contre 5,48€ à la clôture de la bourse hier), valorisant alors la société Gameloft, dirigée par Michel Guillemot, à hauteur de 512 millions d’euros.

L’annonce du groupe Vivendi est tombée, non pas par hasard, alors que Yves Guillemot présentait son plan de développement auprès de ses actionnaires à Londres hier. Le président d’Ubisoft prévoyait un chiffre d’affaire de 2,2 milliards d’euros d’ici à 2019, soit une augmentation de 60% par rapport à aujourd’hui. Alors qu’il essayait de convaincre les actionnaires de laisser son indépendance à Ubisoft, l’OPA de Vivendi apporte un tournant qui a de quoi faire frémir les frères Guillemot ainsi qu’à un certain nombre de leurs employés. Frémir, mais pas plier. Le Figaro a publié une interview de Yves Guillemot juste avant l’annonce du projet d’OPA, et celui-ci assure que les actionnaires ne semblent pas pour une assimilation de l’éditeur de jeux mobiles et même d’Ubisoft en général, par Bolloré.

 

Yves Guillemot Ubisoft

Yves Guillemot, un des fondateurs et président d’Ubisoft mène une lutte acharnée avec son frère Michel pour tenir Vivendi loin de leur bébé

Dans cette interview, Yves confirme que Vivendi n’a jamais prévu de faire les choses gentiment, en établissant par exemple un dialogue pour trouver des solutions de synergie.

Nous avons demandé à avoir des précisions par écrit sur leurs intentions et sur les synergies potentielles entre nos deux groupes. À ce jour, nous n’avons pas de réponses.

Il continue en affirmant que « la première étape dans une alliance, c’est d’apprendre à se connaître », raté, puisque Vivendi a commencé à racheter des titres sans prévenir quiconque. Nous parlions d’OPA agressive plus haut dans cet article, la journaliste à l’origine de l’interview a posé la question suivante à Yves Guillemot :

En refusant d’entrée le dialogue avec Vivendi, ne craignez-vous pas qu’ils s’imposent par la force?
Ils ont déjà cassé la porte, ils ne peuvent pas la briser encore plus. La méthode du contrôle rampant n’est satisfaisante ni pour nos actionnaires ni pour nos employés. Cela a pour but d’utiliser la société dans une constellation d’entreprises, et non de favoriser la croissance et l’évolution d’Ubisoft. Cela ne correspond pas à ce qui est bon pour le futur de notre entreprise.

Il faut croire que cette réponse n’est plus d’actualité, avec le projet d’OPA lancé par Vivendi peu après. Nous ne pouvons que vous conseiller de lire le reste de l’interview sur le site du Figaro pour en apprendre plus sur ce que pense Yves Guillemot de l’histoire et ce qu’a pu apporter Vivendi à Activison – Blizzard lorsque le groupe dirigeait encore le géant américain.

Cette opération agressive de Vivendi vient confirmer l’intention du groupe de se positionner en « leader mondial des contenus et des médias » selon le président du directoire du groupe, Arnaud de Puyfontaine. On peut comprendre que leur attention soit particulièrement portée sur Gameloft, la branche mobiles d’Ubisoft. En effet, l’industrie du jeu mobile, depuis quelques années, est en plein essor et les experts annoncent même que ses recettes dépasseront celles des jeux PC et consoles dans l’année 2016. Gameloft a, de plus, vu son chiffre d’affaires augmenter de 13% en un an, s’élevant à 256 millions d’euros.

La famille Guillemot entend bien ne pas se laisser faire et a annoncé une réunion de son conseil d’administration la semaine prochaine pour réfléchir à un plan de préservation. Si Vivendi venait à acquérir Gameloft, la voie lui serait alors ouverte pour enfin mettre la main sur Ubisoft. Rappelons que le groupe de Bolloré détient environ 15 % du capital de l’éditeur. Si Ubisoft a déjà du se battre il y a 10 ans contre la volonté d’Electronic Arts de racheter l’entreprise, ce combat sera plus dur, plus éprouvant et pour un résultat encore très flou. Nul doute que les prochains jours seront décisifs pour le géant français du jeu vidéo.