Autrefois parfaitement inconnue en Occident parmi le grand public, quoique ayant passionné nos amis japonais pendant plus de 20 ans, la franchise JoJo’s Bizarre Adventure a fait son entrée fracassante chez les amateurs de mangas et animes grâce à une adaptation télévisée des plus savoureuses. Restait un certain vide vidéoludique à combler comparé aux ténors du genre comme One Piece ou Naruto, outre de sympathiques jeux de bastons ici et là et un obscur RPG sur Super Nintendo. La développeuse nippone Clayman a pris le taureau par les cornes et après 5 ans de labeur a accouché de The 7th Stand User, RPG en noir et blanc revisitant la troisième saison de JoJo, nommée « Stardust Crusaders ».

(NDLR : le jeu est actuellement uniquement disponible en japonais, ou avec un patch le traduisant en anglais disponible ici.)

Tout d’abord, présentons les fondamentaux de la série. Nous sommes en 1989, et le vampire Dio est repêché au fond de l’océan Atlantique, exerçant un nouveau règne de terreur sur le Caire. La famille Joestar, némésis du fringant suceur de sang, prend les armes avec différents compagnons d’infortune pour mettre un terme à ses sinistres activités. La particularité du manga est que les différents combattants possèdent un « Stand », manifestation de leur psyché leur conférant un pouvoir unique (pyrokinésie, soleil miniature, voire canne à pêche démoniaque). Seuls les possesseurs de Stands peuvent voir un autre Stand.

Combat de spectres

Le brave Speedwagon vous accueille dans l’univers de 7th Stand User, et vous fournit les informations les plus cruciales.

Il est donc judicieux pour le jeu d’articuler ses mécaniques de gameplay autour des Stands. Proposant d’abord au joueur de choisir son sexe et apparence, il va ensuite, tel un Pokémon Donjon Mystère, faire passer au joueur un test de personnalité afin de lui attribuer un des 16 Stands disponibles ; plus le test est long, plus les statistiques de votre Stand seront élevées. Les Stands se divisent en plusieurs catégories : Puissance, Vitesse, Contrôle, Nuée, Spécial et Soutien. Sans en faire la description exhaustive, les pouvoirs conférés varient entre manipulation de la météo et stylo produisant du napalm. Selon le Stand que vous possédez, différentes actions contextuelles et quêtes secondaires deviendront disponibles. Seul problème : certains pouvoirs sont fortement délaissés par le jeu. Bien qu’avoir des Stands pleinement orientés combat soit sympathique, cela finit par devenir pénible lorsque vous explorez, impuissant, les environnements regorgeant d’activités.

Mais votre Stand modifie également votre façon de vous battre. Règle d’or de la série, plus un Stand est puissant physiquement, plus sa portée est faible et vice-versa (bien qu’il existe des exceptions). En combat, 7th Stand User se joue donc comme un Final Fantasy classique, avec des sorts, des items et du mana, mais introduit la gestion de la distance par rapport à votre adversaire. En effet, il existe une distance Proche, Moyenne et Lointaine. Cela va influer sur les dégâts que vous infligez. Chaque compétence affiche sa distance maximale d’utilisation. Cela apporte un élément tactique bienvenu : en effet, selon votre vitesse, il est entièrement possible que votre adversaire s’éloigne tout à coup et fasse échouer votre attaquer. Faut-il alors essayer de le prévoir, et consommer plus de mana pour lancer un sort de zone ?

Sauver le monde, oui, mais avec ses amis

Mais ce n’est pas la seule donnée à prendre en compte. Vous avez également la possibilité de parer les attaques ennemies, ou bien, durant les combats scénarisés, de… réfléchir. Cela amènera votre personnage à utiliser son environnement selon un script pour défaire son adversaire, et lui mettre une sacrée rouste. Pas forcément du goût de chaque joueur, mais cela permet de retrouver et de s’immerger dans l’ambiance de la série, scrupuleusement respectée. Il est toutefois possible d’essayer de vaincre le boss sans utiliser la commande de réflexion. Les combats de boss vous soumettent également des conditions particulières, comme une limite de tours à ne pas dépasser pour obtenir un bonus. D’autres fois, vaincre un boss débloquera une nouvelle quête ou fera disparaître certains ennemis de la map.

Les Stands peuvent avoir une apparence des plus hétéroclites.

Heureusement, vous n’êtes pas seul dans votre quête. Vos fidèles compagnons vous accompagnent au combat, chacun avec leur spécialité : Polnareff le franco-français est le membre le plus rapide du casting, alors que Kakyoin l’étudiant se spécialise en combat à distance et sorts de zone. Vous pouvez changer de compagnon en vous promenant dans les villes, et chacun débloque aussi son lot d’interactions dans les environnements visités. Cependant, pour une obscure raison, vous ne pourrez avoir qu’un compagnon à la fois. Cette difficulté artificielle est incroyablement frustrante, surtout quand l’histoire met l’accent sur les liens de camaraderie.

 

 

Vivre en société

Vous êtes également accompagnés via talkie-walkie par Steel, mystérieux personnage vous coachant durant votre aventure. Par lui, vous pourrez évaluer vos relations avec vos alliés, modifier votre équipement ou même changer vos tactiques de combat. Se cache derrière ce terme les stats que vous allez adopter : vous pouvez augmenter votre agressivité au détriment de votre défense, ou bien tenter d’équilibrer les deux. Reste un arrière goût d’inachevé dans ce système, car une seule tactique est souvent suffisante pour un Stand donné.

Le jeu est parsemé de boss optionnels à dénicher.

Hors combat, vous pourrez interagir avec vos partenaires et gagner avec eux des points d’amitié, débloquant de nouvelles scénettes et à terme des attaques combinées. Vous pourrez également modifier votre karma, en positif ou négatif, selon vos actions, ce qui influencera vos rapports avec votre équipe. Selon vos points d’amitié et votre karma à la fin du jeu, vous débloquerez une des nombreuses fins.

Point positif de 7th Stand User, sa grande rejouabilité : en effet, vos meilleurs actes de bravoure vous vaudront des badges d’honneur à garder soigneusement, et à échanger contre des bonus lors de votre New Game +. Ces bonus vont des items, au scénario supplémentaire… à la possibilité de sauter les cutscenes, en option. Un peu scandaleux. Vous pourrez également changer de Stand pour votre nouvelle partie, mais cela réinitialisera votre niveau. Et bien sûr, refaire le jeu vous permettra d’apercevoir de nouveaux détails ou quêtes jusque là esquivés.

Sans oublier les divers et variés boss cachés, évidemment. Si certains sont tout à fait standard et se découvrent au détour d’une sombre ruelle, d’autres nécessitent tout un guide ou une intime connaissance de la saga. Comment sinon deviner le nom à écrire en dernière page d’un carnet carbonisé? L’intérêt de ces divers boss va varier, selon les cas. Parfois ils feront avancer une quête secondaire, et reviendront vous défier ultérieurement, d’autres fois ils représentent simplement un challenge pour le joueur adepte de la douleur. Le vice est poussé à son paroxysme une fois que vous aurez terminé 7th Stand User, ce qui débloquera des superboss pour reprendre un terme de Final Fantasy.

Vous affronterez bien d’autres Stands tout au long de votre aventure.

Ces superboss se cachent dans la Ghost Room, présente dans quasiment chacune des maps du jeu, la porte dissimulée dans un banal mur. Vous y découvrirez tout un tas de choses, comme les spectres des PNJs décédés au cours de l’aventure, mais aussi les fameux boss une fois que votre niveau sera suffisamment élevé. Ceux-ci partent du challenge raisonnable pour aller au totalement atroce, nécessitant de tricher ouvertement pour les battre. Ces défis devraient plaire aux amateurs de difficulté. Dans cette salle, vous pourrez également affronter le maître des lieux en New Game +, ou bien parcourir un labyrinthe bonus.

 

 

Affronter les hordes… de contenu

Les opportunités de dialogues ne manquent pas, et certaines influenceront même la personnalité de votre personnage.

La qualité et le défaut de 7th Stand User, c’est qu’il est dense, très dense. Généreux avec les fans de la série, il regorge de cutscenes, caméos et événements bonus qui, s’ils font plaisir aux connaisseurs, peuvent totalement noyer le néophyte, qui n’aura pas forcément l’envie de lire des pages de guide en ligne pour comprendre ce qu’il se passe.  Heureusement, le jeu possède assez d’embranchements alternatifs pour garder le joueur en haleine durant une seconde partie. Il propose aussi un scénario complémentaire à la trame originale, suivie fidèlement, qui aborde de manière intéressante le concept de fangame. Cette quête bonus met en avant Vins, énigmatique leader d’une secte terroriste souhaitant tuer le/la protagoniste. Loin d’être un gimmick,  le jeu étoffe cette histoire au fil de l’aventure et donne ainsi un peu plus d’intérêt au personnage principal.

Point négatif sur la rejouabilité, la difficulté très inégale de 7th Stand User. Autant vous pourrez parfois massacrer des boss à la pelle, autant vous serez parfois bloqué à farmer des ennemis pour le moins énervés, qui vont consommer vos objets de soin à vitesse grand V. Vous pourriez profiter des hôtels pour vous reposer, mais c’est sans compter sur la limite de jours imposés par le jeu, 50 tout pile. Il se crée donc une fausse difficulté, où vous devenez incertain de la marche à suivre : faut-il farm cette zone pendant plusieurs jours, ou bien avancer rapidement, sans savoir combien de temps prendront les événements suivants ?

Le jeu se complique encore lorsque l’on réalise que selon le nombre de jours écoulés depuis notre départ, certaines quêtes vont apparaître et d’autres disparaître. Cela va ainsi permettre de personnaliser l’expérience pour le joueur. Par exemple, un joueur en pleine galère au début du jeu ratera certains événements du milieu, alors qu’un joueur en rade face aux boss de milieu de jeu vivra une aventure différente. Si cette mécanique est majoritairement utilisée pour des quêtes secondaires, sachez qu’elle influe également sur la fin que vous obtiendrez.

 


 

Croisant J-RPG à l’ancienne et manga foufou, 7th Stand User offre une expérience dense et mémorable dans un univers des plus singuliers. Si les personnages sont attachants et charismatiques, et qu’il se joue avec grand plaisir, ses attachants défauts parfaitement assumés pointent ici et là sous la couche de kitsch brillant. Impossible cependant de le résumer à des mécaniques de gameplay : ce fangame existe avant tout pour revivre une des sagas de JoJo, et étendre sa mythologie. Votre avis variera donc fortement selon votre appréciation et connaissance de la licence. Mais pourquoi ne pas la découvrir ?

The 7th Stand User

The 7th Stand User

Les plus
  • Système de combat original et limpide
  • Ambiance unique du manga respectée
  • Protagonistes attachants
  • Grande rejouabilité
  • Plein de détails à découvrir pour les fans et curieux
Les moins
  • Avalanche de références obscures pour le néophyte
  • Difficulté arbitraire et inégale
  • Des Stands bien moins intéressants que d'autres
  • Impossible d'avoir plus d'un compagnon à la fois
  • Certaines idées de gameplay ne sont qu'effleurées
6.5 10