Sorti le 07 octobre dernier, Alien : Isolation est un jeu de genre survival horror, développé par le Studio britannique The Creative Assembly qui a déjà largement fait ses preuves sur PC avec entre autre la licence Total War.
S’attaquer au genre du survival horror alors que la tendance du marché est à l’opposé de ce type de jeu était sacrément couillu, encore plus avec une licence comme Alien plus habituée à être traitée de façon plus bourrine (et pourrie ?), façon Alien 2.
The Creative Assembly ont ils réussis là où tant d’autres se sont cassés les dents avec des ersatz de survival truffé de jumpscare ?

Je précise que ce test a été réalisé sur PC en qualité ULTRA.

Le début du jeu vous proposera 3 modes de difficulté : facile – normal – difficile. Les développeurs conseillent d’opter directement pour le mode difficile qui est le plus fidèle à l’expérience qu’ils ont voulu rendre, mais ne m’étant pas frotté à un vrai survival horror depuis un bon moment j’avoue ne pas avoir voulu faire mon kéké et j’ai préféré opter pour le mode normal.

Alien : Isolation situe son action entre les deux premiers films de la série. 15 ans après la disparition d’Hélène Ripley la boîte noire du Nostromo est retrouvée. Amanda Ripley, sa fille, part avec l’équipe en charge de récupérer la précieuse découverte espérant ainsi en apprendre plus sur sa mère. Direction Sevastopol, station spatiale vieillissante plantée au milieu du trou du cul de l’espace et qui a bizarrement cessé d’émettre…

The bitch is back

La première heure du jeu a été pour moi une grosse claque, un tour de magie, un hommage vibrant au Alien de 1979. J’avais l’impression de “vivre” le film tant l’ambiance, les clins d’oeil et la direction artistique clignotaient de partout pour me crier “he’s back !”
The Creative Assembly ont parfaitement réussi à se réapproprier l’univers du film de Ridley Scott tout en en respectant les codes. Point de folies hi-tech ultra technologiques, c’est encore le règne des disquettes, des ordinateurs qui ressemblent à des consoles de jeu, du bricolage “made in humanity qu’on se demande comment ça tient”, les débuts de la conquête de l’espace où l’homme semble encore si fragile et ignorant. Le Torrens, premier vaisseau du jeu, ressemble à s’y méprendre au Nostromo et bizarrement vous vous sentez en stress dès que vous êtes sortie de votre hyper-sommeil. Rassurez-vous cela ne va pas aller en s’améliorant et vous risquez de flipper grave, avant même d’avoir ne serait-ce qu’entre-aperçu le Xenomorphe, alors imaginez une fois qu’il sera à vos trousses…

Une fois dans la station Sevastopol le jeu impose sa propre identité graphique tout en appliquant toujours les codes du film. Sans avoir une variété monstreuse, (vous êtes tout de même coincé dans une station spatiale) les décors se renouvellent suffisament pour éviter la lassitude et je n’ai personnellement ressenti aucun ennui à passer les différents stages.
Afin d’éviter également une certaine répétition, votre aventure vous fera croiser différents pnj/ennemis : humains, synthétiques (androids) et bien sûr l’alien.
Selon les cas les humains seront agressifs (mode survie totale on tire sur tout ce qui bouge et différentes factions se sont formées sur la station) ou alliés, pour un bout de chemin. Les androids ont le plus souvent pété un câble et obéissent à l’IA de la station, Apollo, qui suit de lui-même d’obscures directives. Et enfin l’alien qui n’a de toute façon pas d’amis ni de vie sociale (mode destruction /ON).

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Le scénario reprend les ficelles classiques du huit-clos. Vous devez aller du point A au point B mais forcément il n’y a rien qui se déroule comme prévu et vous devrez passer par tout l’alphabet pour atteindre l’objectif final qui est bien evidemment de fuir la station.
Respectueux, The Creative Assembly n’ont pas choisi de réinterprêter les bases de la saga cinématographique et au final Hélène Ripley et le Nostromo ne servent que de toile de fond pour revivre l’angoisse du film de Ridley Scott avec un autre personnage, sans avoir à justifier quoique ce soit puisque c’est une histoire parallèle. Les différents pnj sont insipides et leur sort nous est finalement assez égal, seule l’héroine que l’on incarne, Amanda Ripley s’en sort honorablement avec une personnalité un peu plus aboutie. On notera le doublage français très correct pour une fois.
Alien : Isolation ne vous marquera donc pas par son scénario qui joue son rôle correctement en arrière plan, malgré quelques bonnes surprises et une fin atypique.
Le jeu offre par contre une excellente durée de vie, compter en moyenne 20 heures pour le terminer la première fois, ce qui est bizarrement également l’un de ses principal défaut.
Les 15 premières heures du jeu sont un bonheur total qui fini par virer à la lassitude à force de pirouettes scénaristiques qui frisent le comique de répétition. Comme un morceau de beurre étalé sur une tartine trop grande, Alien : Isolation lasse de vouloir trop bien faire. Quand vous avez dû remettre le courant 275 fois, trouver une pile machin 300 fois, dévérouiller bidule 423 fois etc, arrive un moment où vous avez envie de voir la fin. Surtout si l’on considère que la difficulté s’accroit au fur et à mesure de l’aventure. Donc non seulement vous finissez par “subir” les longueurs du jeu mais vous mourrez aussi de plus en plus du fait de sa difficulté croissante.
Ne vous méprenez pas, les mécaniques de jeu et l’ambiance restent excellentes du début à la fin, mais le côté redondant et un peu too much de l’histoire qui s’éternise fini par gâcher un peu le plaisir.

Que vous avez de grandes dents

Graphiquement le jeu est superbe. Jeux de lumières, textures, animation de l’alien bluffante. Il y a eu un gros efforts de fait sur les humains au niveau des visages, grain de peau etc… toutefois les animations des humanoïdes (humains ou synthétiques) restent encore assez rigide. J’ai envie de dire que je n’en avais pas grand chose à faire au final puisque la star du jeu c’est l’alien et que lui est juste magnifique, que ce soit au niveau animation, graphique ou artistique. Le niveau de détails des stages est hallucinant, la réalisation ultra soignée et l’ensemble est digne des jeux triple A de l’industrie.
Je n’ai rencontré aucun véritables bugs qui bloqueraient le gameplay ou gèneraient la progression, mon jeu a planté une fois, quelques petits bugs graphiques ça et là et un ragdoll bien moche mais vraiment rien de méchant. La finition du jeu est vraiment soignée et il ne nécessite pas 50 patchs pour devenir jouable : amen !

Gros point fort du jeu : la bande son. Comme un PNJ à part entière la bande son (musiques, bruitages, effets sonores…) va rythmer votre progression et devenir à la fois votre pire ennemie et votre meilleure amie. Tantôt ultra stressante : pour souligner un moment dramatique/suspens, vous faire flipper dès que vous faites tomber un objet … ou tantôt utile : pour repérer vos ennemis, juger du caractère amical ou non d’un npc, localiser l’alien à tout moment… la bande son magnifie le jeu à l’image d’un Silent Hill. Une totale réussite avec en prime par moment les musiques du film.

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Mais où est mon bazooka ?

Alien : Isolation est un survival en vue à la première personne. Ce mode de vue renforce l’impression de claustrophobie inhérente au huit-clos et le sentiment angoissant d’avoir toujours quelque chose derrière soit. Vous pouvez même régler dans les options l’angle de vue d’Amanda afin de pousser le sadisme au maximum si vous le souhaitez.
Comme tout bon survival qui se respecte la proie c’est vous. Oubliez tout de suite la manière forte, car mieux vaut éviter au maximum la confrontation, même si parfois vous n’aurez pas le choix, principalement avec les humains ou les androids. Les dégâts reçus font extrêment mal et vous soigner prend un temps non négligeable en plein combat puisqu’évidemment votre barre de vie ne remontera pas automatiquement. Il faudra également adapter vos armes à vos cibles, qui selon leur nature ne seront pas sensibles au même chose. Les pnj les plus coriaces (en dehors de l’alien que seul votre lance-flamme ou les cocktails molotov feront fuir quelques secondes) sont les androids non industriels (androids avec une combinaison spéciale) qui sont quasiment immunisé à tout, une horreur.
Tout le gameplay va résider dans votre capacité à vous déplacer discrètement pour atteindre vos objectifs le tout servi par un level design des stages aux petits oignons : Il y a quasiment toujours un moyen de la jouer furtif. Pour les plus à l’aise vous disposerez en plus de tout un arsenal d’objets qui vous permettra de créer des diversions afin de vous rendre dans un endroit un peu trop peuplé ou même d’atteindre un objectif sans risquer d’avoir l’alien aux fesses : fumigènes, bombes aveuglantes, bombes sonores…

Ces fameux items ne tomberont évidemment pas du ciel et les développeurs ont trouvé un moyen ingénieux de vous stresser encore plus en vous obligeant à les crafter. Pour ce faire vous devrez ramasser différents composants disséminés un peu partout, ce qui vous oblige à explorer au maximum les stages et à ne pas vous contenter d’aller directement à votre objectif. La majorité des items sont craftables, même les soins, à l’exception des items uniques comme le pistolet, les balles, les piles ou le taser… vous avez compris l’idée.

A ce niveau l’IA réagit très bien et vous obtiendrez l’effet escompté dans la majorité des cas. Attention toutefois car à mesure de votre progression l’alien va se montrer de plus en plus malin et retors. Idem au niveau des cachettes qu’il vous faudra rejoindre extrèmement discrètement puisqu’il va petit à petit avoir tendance à fouiller/renifler partout, surtout si vous n’avez pas été assez discret.

Nous sommes bien d’accord que dans la “réalité” de l’univers alien il n’y a quasi aucune chance qu’un alien ne vous repère pas à 100 mètres, mais il a bien fallu adapter cette règle intransigeante au gameplay afin de vous donner une chance de survie. Aussi les critiques du genre “il m’est passé 3 mètres devant sans me voir” me semblent injustifiées à partir du moment où vous n’avez rien fait qui soit susceptible d’attirer son regard vers vous. On notera donc, comme indiqué précédemment, une certaine “évolution” de l’IA de l’alien qui a force de vous traquer va s’adapter à votre gameplay, vous obligeant parfois à changer un peu vos habitudes puisque la marge d’erreur va se réduire d’autant.

Le gameplay simple et efficace est ainsi très bien exploité grâce à une IA très correcte et parfois même surprenante et surtout à un level design des différents stages excellent qui vous permettra d’essayer différentes façons d’aborder votre progression.

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Attention toutefois, les sauvegardes automatiques ne survenant qu’après un évènement particulier ou la réussite d’un objectif important (du coup plutôt rarement), vous devrez sauvegarder manuellement à des points de contrôles disséminés dans les stages. A ce sujet beaucoup de tests pointent du doigts des placements incongrus ou illogiques qui entraineraient une frustration du joueur puisque le jeu est basé sur une mécanique de die and retry.
Pour ma part, bien au contraire, je trouve le positionnement des points de sauvegarde extrêmement bien étudiés. Chaque stage a sa ou ses sauvegardes et il y en a toujours une après un évènement particulièrement marquant. Au joueur de prendre le risque ou pas, et de doser progression/efficacité et progression/sécurité. Les emplacements semblent vraiment prendre en compte votre objectif et ajouter le sel nécessaire à votre stress continuel.
J’ai plutôt le sentiment que beaucoup ont oublié ce que c’était que de ne pas avoir de sauvegarde automatique et le soulagement intense que peut procurer le simple fait de pouvoir sauvegarder dans un jeu de ce type.

En outre, je n’ai pas ressenti/subi plus que ça la mécanique du die and retry. Si vous vous montrez patient, inventif, prudent et n’hésitez pas à faire des détours pour atteindre vos objectifs, il n’y a aucune raison de vous faire prendre constamment. Le temps que vous perdez pour faire les choses prudemment vous le gagnerez à ne pas mourir. Certains passages seront évidemment plus compliqués que d’autres, mais j’ai personnellement trouvé la difficulté très bien dosée.

Autre mécanique importante du jeu : les ouvertures de portes. Les habitués des premiers Resident Evil ne seront pas dépaysés puisque cela leur rappellera les clefs carreau, trèfle, bleues et j’en passe. A l’exception près que chaque ouverture ou presque nécessite une manipulation de quelques secondes qui vous sembleront des plombes quand vous avez un alien qui rôde dans le coin. N’allez pas croire pour autant que notre xenomorphe ne pourra pas vous suivre car il ouvre les portes sans problème et peut se déplacer absolument partout en passant par les conduits, mais plutôt que pendant que vous manipulez une ouverture de porte vous ne pourrez pas vous cacher en cas d’urgence.
Mécanisme classique qui vous oblige à explorer et aux aller-retour, ce système qui ajoute encore au stress et à l’urgence est fort bien intégré à l’univers, très cohérent et ne pousse absolument pas à la consommation. J’entends pas là que toutes les missions pourront être réussies sans avoir forcément exploré tout un stage et le choix est laissé au joueur de pousser plus avant sa découverte au risque de se faire prendre mais avec le bénéfice de récupérer beaucoup plus d’items.

Seul véritable point noir du jeu à mon sens : l’interface. Celui-ci se montre plutôt mal fichu et pas du tout intuitif, vous êtes en plus très peu guidé et c’est en tatonnant que l’on fini par comprendre comment les choses fonctionnent. Le changement d’armes en pleine action est épouvantable et je me suis retrouvée souvent à ouvrir ma fenêtre de craft en lieu et place de sélectionner l’item que je souhaitais utiliser. Volonté des développeurs pour vous sentir encore plus démuni ou erreur de casting je ne sais pas, mais j’ai trouvé le système très gênant surtout en plein combat… La map également, que vous devrez compléter grâce à des bornes disséminées dans les stages, gagnerait à être améliorée pour plus lisibilité, même si on fini par s’y habituer.

Pour conclure

Alien : Isolation est un excellent survival horror, l’un de ces jeux que j’attendais depuis des années pour renouer avec ce genre que j’affectionne beaucoup. The Creative Assembly ont réalisé un petit bijou qui, même si il souffre principalement d’un problème de rythme du fait de sa longévité (un comble !) et d’une interface à mon goût perfectible, propose une expérience de jeu unique basée sur une ambiance, un gameplay et un level design très bien réussis. Pari gagné pour le studio qui a su prendre des risques et donner enfin la part belle à un personnage jusque là plutôt mal exploité dans l’industrie du jeu vidéo. Pour dire qu’il n’avait jamais réalisé de fps et encore moins de survival horror on peut dire que la maîtrise du sujet est excellente et les petites imperfections pardonnables. L’alien est la star, une machine à tuer, flippante à souhait et magnifique. Et Ripley ? et bien cela doit être de famille mais elle va en baver… beaucoup.
Alien : Isolation vaut largement un 8/10, voir un 9, tant par le soin de sa réalisation que par la prise de risque assumée et maîtrisée.

Alien : Isolation

Alien : Isolation

Les plus
  • L'ambiance excellente
  • L'alien
  • Le gameplay
  • Le level design
  • Les graphismes
  • La durée de vie
  • La bande son
  • Les clins d'hommages aux films de la saga
Les moins
  • L'interface et la map perfectibles
  • problèmes de rythme (durée de vie surexploitée)
  • Les androids non industriels trop frustrants (avis très perso)
8.5 10