Bande annonce Battlefield 1
La série des Battlefield s’est toujours trouvée dans l’ombre de Call of Duty depuis l’arrivée du fameux épisode Modern Warfare. Il faut dire que les deux ip d’EA et d’Activision se faisaient le guerre sur une même période, le combat moderne, et sur des bases multijoueur différentes. Activision a toujours été leader dans ce domaine car, en plus d’un multijoueur efficace, les Call of Duty nous proposaient une aventure solo souvent spectaculaire et très Hollywoodienne. Battlefield, lui, ne s’est vu doté d’une campagne qu’à partir de l’épisode Bad Company. Bref, la série d’Electronic Arts était à la peine ces dernières années avec son épisode 4 buggé et son Hardline pas très intéressant. Est-ce que 2017 sera enfin l’année de Battlefield ? Oui, très probablement.

En mai dernier, Dice et Electronic Arts nous dévoilaient enfin le cinquième épisode canonique de la série des Battlefield. Appelé Battlefield 1, ce nouvel opus a surpris son monde en proposant aux joueurs de retourner pendant la Première Guerre mondiale, époque sous représentée s’il en est, alors que son concurrent faisait le choix des guerres futuristes spatiales. Après des mois de communication intense, ce Battlefield nouveau qui ne sent pas le neuf est enfin arrivé. Le jeu tient ses promesses et c’est ce que je vais vous expliquer dans ce test réalisé sur la version PC du jeu.

Battlefield 1 – Bande-annonce officielle du… par CooldownTV

Un solo intéressant

Battlefield 1 solo

Un prologue et cinq histoires dans cinq lieux différents

EA, lors de sa communication autour du titre, m’avait intrigué avec sa présentation du mode solo de Battlefield 1. On n’y jouera pas un seul type capable de renverser des montagnes à lui tout seul, ou tout du moins des organisations terroristes internationales, c’est plus simple, mais on suivra en fait plusieurs soldats sur différents fronts de la Grande Guerre. Moi qui aime les aventures solo, il ne m’en fallait pas plus pour m’exciter. Mais avant de parler de ça, mesdames et messieurs, il convient de mettre au point une chose. Non Battlefield 1 n’est pas réaliste. Non Battlefield 1 ne respecte pas la guerre comme elle se faisait en 14-18 et, très franchement, on s’en fiche un peu. Au moins vous êtes prévenus et vous verrez que le jeu sait se faire pardonner ses écarts.

Le mode solo de ce Battlefield donc, vous fait incarner cinq personnages différents (plus si on compte le prologue) à travers cinq « carnets de guerre » ou histoires si vous préférez. Nous avons par exemple, un aviateur casse-cou (original), un nouvel arrivant dans un tank (ça me fait penser à un film non ?), une suiveuse de Lawrence d’Arabie (qui n’est pas joué par Peter O’Toole), un italien, un Australien plus tout jeune, et même un pigeon (GOTY).
Très honnêtement, ce mode solo est tout à fait plaisant. Les mauvaises langues vous diront qu’un Battlefield ce n’est qu’un multijoueur. A ces personnes je réponds non. Dice a très visiblement fait des efforts et s’est impliqué dans cette campagne et cela se ressent. Une certaine sensibilité se dégage des dialogues entre les soldats et des cutscene (qui sont, elles, beaucoup trop nombreuses, bien que très jolies). Le parti pris du studio suédois est de présenter une vision de la guerre différente à travers des combattants tout à fait lambda se trouvant au milieu de l’horreur. Le spectacle n’est pas mis de côté avec des scènes d’une beauté folle. Je pense ici à la fin de la mission en biplan au-dessus de Londres contre les gigantesques zeppelins allemands ou encore le panorama qu’observe notre officier australien du haut d’une forteresse ottomane.

Toutes ces histoires nous transmettent un petit quelque chose. Cela peut s’expliquer déjà par les compositions magistrales qui collent toujours à l’action : on se sent tantôt héroïque, tantôt légèrement triste. Chapeau à Dice là-dessus. Toujours sur le son, les personnages sont tous très bien doublés (en VO) et nous sortent du « mate » et du « chap » de façon très naturelle. C’est dommage qu’on ne contrôle pas de français ou qu’on n’entende même pas une phrase prononcée dans la langue de Molière. Cela en dit long sur les choix de EA mais nous reviendrons dessus (une lettre ouverte ça vous convient ?).
Bon, évidemment, si impressionnante, mais courte que soit cette campagne solo, Battlefield 1 possède un mode multijoueur qui la surpasse de loin, et c’est plutôt normal. Il me semblait tout de même important de préciser le rôle du solo et sa qualité. En revanche, ne soyons pas fous, on voit bien que les différentes missions, qui mettent en scène de l’infiltration, avec un gameplay efficace mais déjà vu à base d’assassinats discrets et de diversion par le bruit, ou du pilotage, ne sont qu’un long tutoriel pour nous préparer au cœur du jeu, son multi en ligne. J’entends par là que le titre nous propose de découvrir un panel assez large d’armes au travers de caisses à ouvrir, réparties sur les maps plus ou moins ouvertes (certaines sont grandes et permettent d’aborder plusieurs objectifs de la façon qui nous convient le mieux). Mais il est également possible de contrôler des avions, des chevaux et un tank, qui seront présents dans les modes multi. Bref, même si on met de côté l’IA des ennemis qui laisse vraiment à désirer, on découvre toutes les mécaniques de gameplay qui seront utiles pour le online.

Battlefield 1 mission

Les images de ce Battlefield 1 sont superbes

Viens donc tirer un coup

Attention, ici nous entrons dans la vraie force de Battlefield 1. Si j’avais passé des heures sur le mode en ligne de Bad Compagny ou de Battlefield 3, voyant là déjà des parties intenses, j’étais loin de me douter que Dice pouvait faire mieux. Et pourtant. Les Suédois nous livrent ici leur meilleure expérience multijoueur depuis au moins Bad Compagny.
Les modes de jeu sont certes classiques : Conquête, qui vous demande de prendre et de tenir un certain nombre de drapeaux ; Ruée, un mode dans lequel une équipe doit détruire des postes de télégraphe, pendant que l’autre doit les défendre ;  le traditionnel match à mort par équipe ; le mode Domination qui est un mode Conquête sur des maps plus confinées ; mais aussi le mode Pigeon de guerre qui vous demandera de prendre un pigeon voyageur avant l’équipe adverse, le mettre en sécurité et envoyer un message à votre artillerie pour pilonner vos adversaires. Si une certaine intensité est présente sur ces différents modes (notamment la Conquête qui peut se jouer à 64 joueurs), on retiendra surtout un tout nouveau mode que l’on sent un brin inspiré du jeu Verdun, qui représentait aussi la même époque.
Les Opérations demandent à une équipe de capturer deux points sur un front, pour pouvoir ensuite avancer, prendre les deux points suivants et arriver jusqu’au bout de la map. Trois essais sont possibles pour les attaquants avant un game over définitif. Un mode d’attaque-défense plutôt bien pensé à 64 personnes (ou 40) dans lequel la force des affrontements atteint son paroxysme. C’est ici peut-être que Battlefield 1 est le plus réaliste. Les défenseurs établissent une ligne de défense fixe et mitraillent les attaquants qui n’ont d’autre choix que de foncer tête baissée, au milieu des tirs et des explosions pour essayer d’atteindre les points à contrôler. Ca canarde dans tous les coins, on entend les cris de douleur, le bruit des balles qui sifflent à nos oreilles ajoute du stress et les explosions déversent des kilos de terre sur notre visage.

L’immersion n’a jamais été aussi forte

Dice a effectué un énorme travail d’immersion grâce, notamment, au sound design toujours plus impressionnant de la série. On pourrait presque sentir les acouphènes après une explosion d’obus à quelques mètres de soi. Le feeling des armes est très bien rendu, même si leur utilisation est loin de la réalité historique. Par exemple, les fusils à verrous représentaient au moins 80 à 90 % des armes utilisées pendant la guerre. Hors, ici, un panel d’armes beaucoup plus élargi nous est offert, avec notamment une présence régulière des mitraillettes, fusils auto et autres mitrailleuses lourdes. Mais qu’importe, on est loin ici de la précision d’un M14 équipé d’une visée laser et d’une poignée stabilisatrice. Dans Battlefield 1, les mitrailleuses ne sont pas précises à longue portée et serviront surtout à harceler les ennemis qui chargent en mode yolo.
On déplorera une utilisation, si ce n’est massive, au moins trop importante, des fusils de sniper. Mais bon, Battlefield a toujours été conçu pour l’utilisation de toutes les armes, dont celles à longue distance. De plus, des armes spéciales peuvent apparaître sur la map à tout moment, conférant alors à son porteur une puissance de feu (c’est marrant de dire ça parce qu’il y a un lance-flamme dans cette catégorie) et/ou une résistance accrue.

Une magnifique fausse guerre

Battlefield 1 tank

Les tank sont puissants et très (trop ?) robustes

Une petite dizaine de maps sont disponibles (une nouvelle arrivera gratuitement en décembre) proposant  une variété d’environnements allant du no man’s land de Saint Quentin aux Alpes italiennes en passant par le désert du Sinaï ou une forteresse ottomane et la ville d’Amiens qui offre des combats urbains intenses. En fait, tous les théâtres d’opérations sont intenses. Une amplitude soulignée, comme je l’ai dit plus haut, par un sound design exemplaire mais aussi par une réelle maitrise du moteur Frostbite, offrant les meilleurs graphismes à ce jour.
Lors de mes premières parties, j’ai pu me retrouver plusieurs fois à simplement me tenir debout et regarder tout autour de moi pour essayer de comprendre ce qu’il se passait. Regarder les explosions, écouter les cris des blessés, voir les vagues d’ennemis déferlant sur nos positions, ou juste pour admirer le crash d’un zeppelin au beau milieu de la map.
Ce zeppelin est d’ailleurs l’un des bonus que peut recevoir une équipe malmenée pendant une partie. Que ce soit un train blindé dans le désert ou encore un navire de guerre, ceux-ci permettent d’obtenir une puissance de feu redoutable pour essayer de rétablir la balance. Moi qui ne suis pas très branché compétition et recherche absolue de points, je me suis souvent amusé à jouer en role play durant les parties, et j’ai pu m’apercevoir que pas mal de monde faisait la même chose. C’est pourquoi, malgré une légère tendance à rager, j’ai pu passer d’excellents moments à me prendre pour un soldat de la Grande guerre, mais pas pour un poilu.

Forcément il fallait qu’on en arrive là. EA a fait le choix de ne pas proposer les camps français ou russe, pourtant au premier plan lors de la guerre, pour le lancement du jeu, mais de les incorporer via des DLC payants. Un choix qui aura fait tiquer et réagir nombre de joueurs (dont moi) mais qui, avec le recul, n’est pas si dramatique. On passe juste à côté de skins qu’on ne voit même pas en partie et leurs équipements sont déjà présents dans le jeu. Alors oui, cette politique de DLC a de quoi scandaliser, mais de là à écrire un édito s’adressant directement à EA pour leur donner des cours d’histoire, ou boycotter le jeu, c’est un peu tiré par les cheveux. Cela étant dit, Dice nous propose déjà tellement qu’on en oublie très vite cette absence, et c’est très bien comme ça.


Battlefield 1, si on ne peut pas parler de chef d’œuvre à proprement parler, est sans doute un des meilleurs FPS sortis ces dernières années. Le mode solo est évidemment intéressant bien que prévisible et rempli de clichés. Mais là où Dice impressionne, c’est sur son mode multijoueur maîtrisé de bout en bout. Que ce soit au niveau des modes de jeu, des maps, de la technique ou du sound design, c’est presque un sans-faute que nous proposent les Suédois. Et que dire de cette bande-son magnifique qui colle parfaitement à l’action et rajoute encore de l’intensité ? A l’heure où Call of Duty semble lasser les fans et continue son avancée dans le futur, Battlefield 1 a, lui, fait le pari de revenir en arrière, dans un conflit qui a eu lieu il y a 100 ans. Mission réussie pour EA et Dice, qui pourrait faire basculer la balance du côté de leur jeu pour gagner le titre de meilleur FPS de l’année.
Bande annonce Battlefield 1

Battlefield 1

Les plus
  • Un solo intéressant...
  • Les graphismes
  • Le sound design et les musiques
  • L'intensité des combats
  • Le gameplay au poil
Les moins
  • ...mais pas très original
  • Quelques bugs
  • Les batailles en multi peuvent être confuses
9 10