BERSERK and the Band of the Hawk titre

Chef d’oeuvre du manga de Dark Fantasy publié (irrégulièrement) par Kentaro Miura depuis presque trente ans, Berserk a un rapport complexe à ses adaptations. Un excellent animé hélas laissé sans suite en 1997, un reboot de cet animé sous forme de trois films d’animation palpitants mais inégaux en 2012, puis une suite/préquelle/reboot confuse et médiocre sous forme de deux séries d’animation assez hideuses en 2016 et 2017. Côté jeu vidéo, c’est encore plus chaotique : un hack and slash tout mou sur Dreamcast en 1999, un autre sur PS2 en 2004. Les aventures ténébreuses, martiales et tragiques du rude épéiste Guts se prêtaient pourtant assez bien au développement d’un jeu d’action ou d’un jeu de rôle de grande envergure. Mais puisque c’est Omega Force qui se charge de nos jours d’adapter le tout venant des licences japonaises populaires sous formes de Musou plus ou moins réussis, c’est ce que nous aurons à nous mettre sous la main aujourd’hui avec Berserk and the Band of the Hawk. 

L’enjeu principal sera de savoir de quel côté de la tartine de ces Dynasty Warriors pondus au kilomètre va tomber ce Berserk. Plutôt du côté des bonnes surprises pleines de bonnes idées à la Hyrule Warriors, ou plutôt du côté de ces spin-off de crossover ultra génériques à la Dynasty Samurai Omega Machin Truc : Forces of the Revolution Heroes, consistant essentiellement en un reskin des jeux précédents avec de nouveaux costumes et quelques généraux de la Chine impériale en plus. Omega Force partait avec un atout dans sa manche : Berserk est un manga se prêtant assez naturellement au modèle Musou : une poignée de combattants très identifiables et très puissants, et des tas de trucs qui saignent à découper en face. Ce n’est pas une raison pour autoriser la paresse : nous attendons mieux qu’un simple coloriage de Guts et de Griffith plaqué sur un autre jeu du studio. Et comme on va le voir, même après la quinzaine d’heures nécessaire pour boucler l’aventure principale, pas facile de trancher (haha).


Berserk and the Band of the Hawk – 7 minutes de… par CooldownTV

Encore l’Age d’Or

BERSERK and the Band of the Hawk Titre

Les fans ne seront pas dépaysés : on est bien dans l’univers de Miura

Revenons aux bases, car si je me contente de vous dire que Berserk and the Band of the Hawk adapte (à nouveau) « l’Arc Golden Age » et « l’Arc Hawk of the Millennium Empire » du manga de Miura, vous ne serez pas bien avancé. Berserk, c’est avant tout l’histoire de Guts, un musculeux et taciturne épéiste errant dans un monde maudit ravagé par les démons, les guerres et les épidémies suite à une éclipse qui s’est, disons-le tout net, assez mal passée. En quête de vengeance contre une entité maléfique nommée Griffith, Guts va vivre tout un tas d’aventure, rarement rigolotes qui lèveront le voile sur les raisons de sa vindicte. Le manga est découpé en arcs narratifs racontant des périodes diverses de la vie de Guts et des compagnons ayant croisé sa route. Autant vous le dire tout de suite : le début du manga n’est pas adapté dans ce jeu, dont la trame s’ouvre quelque part dans le premier tiers de l’arc de l’Age d’Or.

Pas très grave si vous êtes un néophyte complet : l’Age d’Or, deuxième grande « époque » de Berserk, est une préquelle racontant la naissance, l’enfance puis la jeunesse de Guts. Le jeu passe très rapidement sur les premières années de Guts, et vous place directement dans la peau du jeune homme propulsé sur le champ de bataille, mercenaire solitaire où il fera la rencontre du charismatique et ambitieux Griffith, chef de la fameuse Bande du Faucon, qui se bat pour le plus offrant tout en servant ses propres intérêts. Oui, le même Griffith que Guts poursuit au début du manga. Pas de panique, je ne vous spoile rien : le tutoriel ne laisse aucun doute sur ce qu’il adviendra de l’amitié de Guts et Griffith.

BERSERK and the Band of the Hawk cinématique

La mise en scène repose en grande partie sur les extraits des trois films d’animation de 2012-2013

S’étalant sur plusieurs années, le jeu retranscrit assez fidèlement (mais attention : textes en anglais, voix en japonais) l’ambiance et l’intensité des arcs 2 à 4 du manga. Cependant, la narration reste celle d’un Musou : hachée, fragmentaire, parfois expéditive. Plus les missions avancent et moins les enjeux deviennent clairs pour le joueur peu familier de l’oeuvre de Miura. Notons tout de même une mise en scène plus travaillée que ce dont on a l’habitude dans ce genre de jeu, même si la présence de (très) nombreuses scènes des trois films d’animation de 2012 en guise de cinématique y est pour beaucoup. Retenons que pour un travail d’adaptation, tout a été fait pour que le fan retrouve son univers aussi fidèle que possible, et que de toutes façons, on est surtout la pour taper dans des trucs.

Quand est-ce qu’on Berserk ?

Dans le cas hautement improbable où vous ne connaîtriez pas encore la formule Dynasy WarriorsVous incarnez divers personnages issus d’une même époque ou franchise, on vous lâche sur un champ de bataille un peu moche où vous devez découper des centaines, voire des milliers de petits bonshommes jusqu’à ce qu’on vous dise que vous avez gagné. De temps en temps, il y a de petites subtilités : bases à capturer, petit bonhomme un peu plus solide, trucs à récupérer, personnage à escorter mais grosso modo, l’idée directrice c’est : vous avez des trucs qui font mal dans les mains, vous allez vous en servir pour faire saigner tout ce qui n’est pas vous.

Comme d’habitude, peut-être plus que d’habitude, Berserk and the Band of the Hawk ne fait pas dans la subtilité. Peu importe le personnage que vous contrôlerez (selon les missions, vous aurez ou non le choix parmi un casting modérément étendu), vous allez surtout matraquer le bouton d’attaque normal, un peu le bouton d’attaque forte, et un peu moins mais pas mal quand-même le bouton d’attaque spéciale, dès que votre jauge de grosse colère sera pleine. C’est assez jouissif, parce que ça couche tous vos adversaires par terre dans une gerbe de sang et d’explosions. Et… C’est l’essentiel de ce que ce jeu proposera en terme de gameplay.

BERSERK and the Band of the Hawk combat

Le Musou se prête particulièrement bien au style Dark Fantasy de l’oeuvre.

Non pas que ça soit un reproche : ça fait partie du deal. Les Musou sont des jeux qui font généralement l’économie de toute subtilité. Force est cependant de constater que cet épisode est en mode service minimum du côté des nouveautés. La possibilité pour les personnages d’avoir une arme secondaire est un gadget. Les boss de grande taille ? Pas les moments les plus intéressants du jeu. Le craft ? mal équilibré et pas très intéressant. La jauge de rage ? du remâché de tout ce qu’on a déjà vu et revu. La où certains titres d’Omega Force ont su apporter de véritables nouveautés (c’était le cas de leur adaptation de l’Attaque des Titans), Berserk se contente plutôt d’écrémer, pour ne garder que la violence brute.

Bienvenue en enfer

La seule petite innovation du titre est à aller chercher du côté du mode « Endless Eclipse », qui vous occupera au choix dix minutes ou quelques dizaines d’heures selon votre envie de vous adonner à un jeu massacre très, très répétitif. Située dans une sorte de dimension infernale, il s’agit d’un mode survie où un personnage de votre choix devra survivre à des dizaines de vagues de monstres dans des environnements pour le moins dérangeants.

A la clé : le déblocage de compétences et de transformations uniques pour les personnages qui viennent à bout de l’épreuve. Et une montée en expérience qui vous permettra, avant tout, de taper plus fort sur encore plus de trucs. Le passage par l’éclipse sans fin est une des seules méthodes pour venir à bout des niveaux de difficulté les plus extrêmes de la campagne principale car si le jeu en mode « normal » est d’une facilité déconcertante, il faudra suer un peu pour terminer les batailles en mode « Berserk ».

Si l’ensemble est bien entendu assez peu varié, on doit tout de même reconnaître à ce Berserk and the Band of the Hawk un certain sens du timing. Les missions ne sont ni trop longues ni trop courtes, proposant pile poil la bonne dose d’action pour être un sympathique défouloir, sans pour autant s’éterniser comme peuvent le faire certains jeux du studio (pensons à Hyrule Warriors dont certaines maps pouvaient mettre des dizaines de minutes à être nettoyées). Tout au long de mes sessions de jeu,  je n’ai ainsi que très rarement ressenti l’ennui habituel, car rarement une bataille a excédé le quart d’heure.

BERSERK and the Band of the Hawk griffith

Le casting n’est pas très étendu, mais on retrouve les principales figures du manga.

Beau comme un jeu PS Vita

BERSERK and the Band of the Hawk moche

Vous n’êtes pas sur PS2.

S’il fallait chercher des poux dans la tête de Guts (on vous le déconseille), c’est du côté de la technique qu’il faudrait se tourner. oh, on ne peut pas accuser le jeu de manquer de fluidité ou d’accuser des pertes de framerate remarquables : vu la qualité graphique générale du titre, cela serait un comble. Développé pour la Playstation 3, pensé pour un portage Vita, le jeu n’a ni l’odeur ni l’aspect d’un jeu moderne. Les modélisations des personnages sont grossières (on croirait un lissage HD d’un jeu PS2), les mouvements des personnages sont rigides, les ennemis se ressemblent tous et ne ressemblent à rien, et les environnements sont encore plus pauvres que le standard habituel des Musou.

Reste une ambiance travaillée autant que possible avec des moyens manifestement faiblards : la musique fait le job, l’hommage au manga de Miura est palpable, mais peu importe les attentes en général assez basses qu’on peut placer dans le style, force est de constater que pour un jeu Playstation 4, le compte n’y est pas. Sans doute ne jouera-t-on pas à ce Berserk and the band of the Hawk avec des attentes particulières en terme de modernité, mais d’autres jeux nous ont prouvé qu’Omega Force était capable de mieux.

Pour Qui ?

Pour les fans de l’oeuvre de Kentaro Miura : Si Berserk and the Band of the Hawk n’est pas le jeu du siècle, c’est tout de même un produit assez fidèle à ce chef d’oeuvre de la Dark Fantasy. On ne peut pas en dire autant de tous les jeux adaptés de franchises à succès !

Pour les stressés qui ont un gros besoin de se défouler : bourrinissime, le jeu d’Omega Force propose des sessions de jeu courtes et intenses où vous allez découper à l’épée géante des tonnes de grouillots stupides dans un bain de sang Grand-Guignol en diable. De quoi retourner tout penaud à la dure réalité de la machine à café.

Pour ceux qui veulent leur dose de Musou pour le trimestre : Koei Tecmo l’a bien compris : éditer des Dynasty Warriors à la chaîne, c’est simple, c’est facile, et ça fait rarement de mauvais jeux, à défaut de produire des jeux originaux. Les prochaines productions du style devraient être un peu plus variées (on parlerait même de Mondes Ouverts…), mais en attendant, ça fait le job.


On ne va pas se mentir, outre un respect certain et massif pour le matériau qu’il adapte, le Berserk and the Band of the Hawk d’Omega Force n’a qu’une seule vraie cartouche à mettre dans le barillet infernal : son sens de la violence défoulante, épurant la formule Dynasty Warriors jusqu’à l’extrême pour n’en garder qu’un beat them all hargneux ou les mobs se fauchent par paquet de cent en poussant de grands cris à la lune. Techniquement pauvre et forcément répétitif, le jeu n’est pas mauvais pour autant. Il ne sera sans doute pleinement apprécié que par des joueurs accros à la formule ou par des fans du manga de Kentaro Miura. Mais en livrant un jeu de ce type, l’éditeur Koei Tecmo ne vise sans doute pas un public beaucoup plus large. La licence Berserk est très forte au Japon et ce titre en est une adaptation honorable. A vous de voir si vous vous sentez concerné !

Berserk and the Band of the Hawk a été testé sur une version PS4 fournie par l’éditeur

Berserk

Berserk and the Band of the Hawk

Les plus
  • Défouloir redoutable
  • Contenu généreux
  • Retranscrit bien l'univers de Miura
  • Fluidité de l'action
  • Des missions qui ne s'éternisent pas trop
  • Le mode Endless Eclipse, variation bienvenue
Les moins
  • 0% subtilité, même pour un Dynasty Warriors-like
  • Chaque hideux pixel du jeu crie qu'il a été développé pour la PS3 et la Vita
  • Progression un peu hachée du mode story
  • Difficile de rentrer dedans sans connaitre le manga
6.5 10