blackwood crossing preview

Blackwood Crossing fait partie de ces petites pépites à côté desquelles on regrette d’être passé lors de leur annonce. Teasé pour la première fois au tout début du mois de juin, le jeu d’aventure narratif (d’aucuns diraient walking simulator) de Paper Seven s’est offert à nous dans une version preview basée sur un build en bêta. Le jeu, prévu pour un vague 2017 sur PC, PS4 et Xbox One se révèle pour l’heure à la hauteur de sa promesse d’ascenseur émotionnel. Récit d’un voyage en train dont vous vous souviendrez.

All aboard the hype train

Scarlett, la protagoniste, s’éveille dans la charmante cabine d’un petit train britannique. Les GameBoy Color et autre Tamagochis que l’on peut trouver sur le siège devant nous nous mettent la puce à l’oreille concernant l’époque à laquelle nous nous trouvons. Soudain, la voix d’un garçon — Finn, votre petit frère — vous sort de votre torpeur. Il vous appelle à l’aide. Ce qui n’était en fait qu’une mauvaise farce du sémillant frérot aura pourtant vite fait de servir de fil d’Ariane à toute l’aventure que vous vivrez dans Blackwood Crossing. On vous demande votre attention. La vôtre, en tant que joueur, mais également celle de votre avatar, Scarlett, 14 ans seulement mais déjà si mature.

Les deux enfants sont orphelins, et Scarlett porte sur elle le poids des responsabilités à assumer trop tôt. C’est dans ce cadre émotionnel un peu chagrin que s’entame votre périple sur rails. Si vous commenciez l’aventure en vous réveillant, rien ne vous garantit que vous ne soyez pas effectivement en train de rêver. Blackwood Crossing fait de son onirisme un gimmick des plus réussis. Improvisé magicien, avec tout ce que cela implique de cape et de grosse lettre « F » imprimée sur son t-shirt, Finn guidera les pas de sa grande soeur dans les wagons de ce train qui commence vraiment à ressembler à une métaphore de la courte vie qu’ils ont déjà vécu.

Suivre le lapin blanc

Cette année, le lapinou a la côte. À l’instar de l’excellent Furi, qui voyait son protagoniste guidé par un personnage au masque de léporidé, un enfant portant pareil costume se mettra sur votre route ; non sans susciter quelque effroi chez notre chère Scarlett. Lui aussi faisant office de guide, il fait prendre conscience à notre personnage les choses qui se jouent autour d’elle. Tout commence à être plus clair lorsque, pensant être seule à bord avec son frère, Scarlett découvre dans le wagon voisin ses grands-parents, son ex-petit ami… et même ses parents, tous vêtus de masques en carton représentant un animal singulier.

En optant pour le fantastique et l’onirisme, Peper Seven s’est accordé le droit de céder à toutes les folies de mise en scène. Un vrai bon point qui permet assez souvent de s’échapper de la portion congrue d’un train qui ressemble finalement à n’importe quel autre. Aussi d’un wagon à l’autre vous pourrez rencontrer votre famille, la brute qui s’amuse à tabasser Finn à la récré, et même votre ancienne prof de primaire. Toutes ces personnes qui

ont compté pour vous, d’une manière ou d’une autre, et qui aideront indirectement Scarlett à réaliser ses torts. Comme des projections d’un subconscient qu’on a voulu taire trop longtemps.

A link to the past

Mais qu’y a-t-il donc à faire dans Blackwood Crossing ? L’aventure se pose clairement comme un rite initiatique qui, si vous succombez rapidement à l’écriture fine et bien construite du titre, vous suffira amplement. Mais comme souvent dans les jeux narratifs de cette trempe (Firewatch, Everybody’s Gone to the Rapture), quelques énigmes viennent émailler votre progression et justifier que vous soyez en train de tenir une manette et pas que vous vous trouviez devant un écran de cinéma.

Les puzzles, pas bien sorciers, s’insèrent parfaitement bien à la narration de Blackwood Crossing. Si l’on prend en compte que Scarlett ne comprend pas plus que le joueur ce qui lui arrive, le fait de se creuser la tête pour déjouer certaines énigmes fait parfaitement sens. On regrette néanmoins que — dans cette bêta du moins — un seul puzzle ne s’offre à nous. Très accessible, celui-ci demande simplement de lier des protagonistes dispersés dans un wagon pour recréer une réalité. Pour ce faire il suffit de parler avec les personnages et de déduire par leurs réponses à qui ils s’adressent. Le petit ami Cam demande avec force marque de respect où se situe Scarlett ? Probable qu’il faille aller parler au grand-père pour pouvoir débloquer la situation. Ça fonctionne, mais ça demande de faire d’innombrables allers-retours pour peu qu’il y ait plus de 5 personnages à appairer. Sans parler de la visée qui est plus qu’hasardeuse et qui vous demande de déplacer les sticks de votre manette avec délicatesse.

blackwood crossing preview


Blackwood Crossing a pour l’heure toutes les cartes en main pour marquer les joueurs rompus à l’exercice du jeu narratif. Loin de ne proposer qu’une direction artistique ou des graphismes cartoon ravissants, le premier jeu de Paper Seven envoûte par son écriture inventive, servie par un onirisme omniprésent autorisant toutes les folies de mises en scène. Le fait d’incarner des enfants contraste parfaitement avec la gravité du background scénaristique, ce qui permet au jeu de naviguer constamment dans une espèce de zone grise, en se permettant régulièrement quelques ascensions émotionnelles mémorables. Un jeu qui respire la sincérité.

blackwood crossing

Blackwood Crossing

Les plus
  • Très agréable à l'oeil
  • Musiques envoûtantes
  • Écriture sensible
  • Des thématiques poignantes
Les moins
  • Des animations pas très finaudes
  • Quelques difficultés de ciblage
  • Beaucoup d'allers-retours dans certains wagons