Il existe dans le monde vidéoludique des jeux qui sortent de l’ordinaire, que ce soit par leur gameplay ou par leur scénario. Avec Blackwood Crossing, le studio PaperSeven offre l’un d’eux. Jeu narratif à la première personne plein de promesses, il se laisse enfin découvrir. Nous en avions fait la preview lors de la bêta, voyons ensemble ce qu’il vaut aujourd’hui. 

Un train pas comme les autres.

Blackwood crossing

Flynn et Scarlett

Elle se réveille dans un train, dont la destination nous est inconnue. Scarlett, héroïne de Blackwood Crossing, voyage avec son frère Flinn. Dès le début, l’on commence à jouer. Pas de longue cinématique, pas de récit narré par une voix off. On ne sait rien du personnage. Et c’est une des grandes forces du jeu. Tout ce que l’on a à savoir, le jeu va nous l’apprendre au fur et à mesure de notre avancée dans le train. Car oui, le train est très important. Symbole très usité en cinéma, lié à l’avancée psychologique et mentale des personnages, il est quasiment le seul lieu que vous verrez dans le jeu.

Il y en aura quelques autres, mais tous liés au train. Et plus vous avancez dans la rame, moins vous en comprenez la raison. Au début, le jeu nous embrouille. Sommes nous dans un rêve, dans la réalité ? Impossible de ne pas faire le rapprochement avec le chef d’Oeuvre de Lewis Carroll, ou, après quelques péripéties scénaristiques, avec Inception. Jeu narratif oblige, le scénario est le point le plus important du jeu, je ne vais donc pas vous en dire beaucoup plus.

Pour résumé, l’histoire porte sur les deux protagonistes sus-cités. Leur relation, plus complexe qu’il n’y parait, sera le fil rouge de l’aventure. Cette aventure se révèle fluide, bien écrite et surtout crédible. Même si certains détails semblent incompréhensibles quand ils apparaissent, au final, tout s’imbrique et le puzzle se révèle de qualité. C’est avec plaisir, voire même avec impatience que l’on avance dans ce train pour en apprendre toujours plus.

Un gameplay simple mais efficace

L’avancée dans ce train se fait d’ailleurs relativement facilement. Jouable au combo clavier/souris ou à la manette, le jeu ne requiert que quelques touches. Le déplacement se révèle un peu lourd, surtout au début, le temps que l’ambiance et le scénario nous fassent penser à autre chose. En effet, Scarlett avance lentement. Et même si cela s’accorde bien avec l’environnement du jeu,  c’est parfois ennuyeux dès que l’on doit revenir sur ces pas. Il faut cependant noter que cela arrive rarement, le level design étant très linéaire. Cela n’enlève rien au plaisir du jeu, chaque pas révélant des détails nouveaux. Les environnements ne se ressemblent pas, et c’est ce qui rend le train de Blackwood Crossing aussi agréable à parcourir.

Blackwood Crossing : énigme

Une interface épurée…

Les autres commandes sont utilisées bien moins souvent, et sont toutes liées à des interactions avec l’environnement. Toujours affichées à l’écran quand elles sont disponibles, ces actions consistent soit à examiner ce que l’on regarde, soit à interagir avec. Dans le premier cas, Scarlett va parler avec Finn, ou seule, pour apporter une pièce, plus ou moins importante, au puzzle de sa relation avec son frère. Dans le second cas, tout est possible, que ce soit simplement parler avec un pnj ou utiliser quelques pouvoirs mystérieux dont je vous laisse la surprise. On regrette un peu le panel restreint d’action, même si l’ensemble s’intègre très bien à l’aventure.

Les énigmes qui la parsèment se révèlent agréable à résoudre pour la plupart. La majorité d’entre elles demandera aux joueurs de lier entre eux des pnjs pour reconstituer des conversations. Efficace, mais parfois un peu long quand on doit faire des aller-retours entre chaque participant. Les autres énigmes sont principalement basées sur la découverte d’objets et l’utilisation de l’environnement. Sans renouveler le genre, et sans être vraiment compliquées, les énigmes sont joliment intégrées à la trame et à l’ambiance.

« Ne soyez pas si pressé de croire tout ce que l’on vous raconte »

Blackwood Crossing : le lapin blanc

Mais qui est ce lapin blanc ?

C’est cette ambiance qui, combinée à une trame narrative bien ficelée et intrigante, nous fait voyager dans ce train mystérieux. Tout est là pour nous faire croire que la vérité n’est qu’un rêve et que l’inverse est tout aussi vrai. Scarlett se retrouve comme Alice, perdue dans un monde qu’elle ne semble pas connaitre mais qui finalement ne lui est pas si étranger. Le joueur, n’ayant aucune information préalable, se doit de croire ce qu’il voit pour avancer, sous peine d’être perdu. Et tout est fait pour l’intriguer, le faire douter. La musique, tantôt mélancolique, tantôt pleine d’espoir, parfois absente… Le simple reflet de Scarlett dans les vitres du wagon, indécise, inquiète.

Visuellement, c’est maîtrisé, dans la veine des dessins d’animation modernes, mais avec une patte graphique plus sombre, plus dérangeante. Là encore, difficile d’en dire davantage sans en dire trop. Cependant, on peut reconnaître le travail réalisé, l’importance donnée aux détails. Dans le train, le joueur pourra découvrir des affiches de films célèbres, remodelées par le monde qui les entoure. Chacune d’entre elles, outre la référence cinématographique, apporte un véritable éclaircissement à la trame du jeu, permettant d’en apprendre plus sur l’un des protagonistes.

Tout est visuel et sonore dans Blackwood Crossing. L’interactivité limitée permet de se plonger sans réserve dans l’ambiance à la Caroll, bien maîtrisée. On peut même, à certains moments, être déçu qu’une énigme nous barre la route, tant l’on aimerait continuer et découvrir la suite. Puis un cri, un appel à l’aide ou un objet nous en apprenant un peu plus sur l’univers que l’on parcoure relancera l’envie. Car outre les objets nécessaires à la résolution des énigmes, plein d’autres permettent simplement à Scarlett de se livrer un peu plus afin que l’on puisse la comprendre plus aisément. Jusqu’à ce que, finalement, tout se démêle et que, finalement, le rideau tombe…

Blackwood Crossing : Scarlett

Pour qui ?

Pour les joueurs qui aiment rêver : On ne va pas se mentir, le scénario et l’atout principal de Blackwood Crossing. Et il est une invitation au rêve, parsemé de questions d’enfants/d’adolescents, le tout parfaitement mis en scène.

Pour ceux qui aiment les scénarios mélancoliques : Car bien que magnifique, le scénario du jeu est bien plus lourd et profond qu’il ne le laisse présager.

Pour ceux qui ont deux heures à remplir :  C’est le temps qu’il vous faudra pour profiter pleinement de l’ambiance et de la trame. Car même s’il est possible de le refaire pour rattraper les quelques secrets ratés et pour changer certaines décisions, les surprises n’en seront plus une fois la fin atteinte.

 


 

Il est toujours difficile d’être objectif sur un jeu d’aventure narratif. Du moment que le gameplay n’est pas un frein au déroulement de l’intrigue et que l’expérience est fluide, tout est question de subjectivité. Je peux cependant dire que Blackwood Crossing est maîtrisé. Son scénario est fluide, surprenant et bien écrit. On se surprend très vite à se mettre à la place de Scarlett et à ressentir ce qu’elle vit. C’est tout cela qui fait que ce jeu est bon. Son seul défaut est sa durée de vie, qui, même si le scénario se suffit à lui même, nous laisse un peu un vide, un creux que l’on aimerait continuer à remplir. Je conseille donc ce jeu pour tous les amateurs de poésie vidéoludique. 

 

Test réalisé à partir d’une version fournie par l’éditeur.

blackwood crossing

Blackwood Crossing

Les plus
  • Histoire passionnante, tenant en halène du début à la fin
  • Ambiances visuelle et sonore maîtrisées
  • Gameplay au poil, ponctué de nombreuses découvertes et de quelques énigmes
Les moins
  • Trop court, on en redemande encore
  • Animations et déplacements un peu lourds
8 10