Bravely Second - Artwork

Attendu des joueurs européens depuis près de deux ans, Bravely Second : End Layer débarque dans nos contrées précédé d’un lourd tribut, celui de succéder à son prédécesseur qui avait réussi l’exploit de se faire une place aux côtés des franchises historiques du J-RPG. Alors que nombre de suites s’y étaient cassé les dents, Bravely Second arrive avec l’ambition de placer définitivement la franchise sur orbite. Parvient-il à remplir sa mission ?

Le 6 décembre 2013, Bravely Default posait le pied sur le sol européen, près d’un an après sa sortie au pays du Soleil levant. Un événement pour les amateurs de J-RPG old school qui voyaient en le bébé de Silicon Studios la renaissance d’un genre quelque peu délaissé ces dernières années. Entre tradition et modernité, il avait su s’attirer les faveurs du public et de la critique qui ne manquèrent pas de saluer la fraîcheur et l’enthousiasme d’un titre à l’aura pourtant si familière, à mi-chemin entre Final Fantasy III et Final Fantasy IX.  Pourtant, diverses critiques pointaient du doigt le relatif manque d’ambition d’un jeu qui se présentait surtout comme étant un hommage à l’âge d’or du J-RPG, allant jusqu’à parler de classicisme un peu désuet. Avec Bravely Second, Silicon Studios comptait bien corriger le tir en offrant une seconde mouture capable de transcender une formule qui avait su faire ses preuves.


Bravely Second – Vidéo d introduction par CooldownTV

 

Au service de la papesse !

Le jeu débute par une courte vidéo rétrospective retraçant les grandes lignes de l’histoire du premier opus, afin de ne pas perdre en route ceux qui prendraient le train en marche. Deux années se sont écoulées depuis la sauvegarde des cristaux et la victoire de nos valeureux héros aux dépens de Ourobouros et Airy, et c’est une Luxendarc apaisée qu’on a le plaisir de retrouver comme principal cadre de ce nouvel épisode. Qui dit nouvelle aventure dit nouveaux protagonistes, et c’est ainsi avec une certaine surprise qu’on débute notre partie sous les traits de Yew Généolgia, jeune érudit assisté de ses deux compères Janne Angard et Nikolaï Nikolanikov, tous trois membres de la garde cristalline et au service de l’ex-vestale du vent Agnès Oblige, désormais devenue papesse. Au terme d’une introduction assez brève, cette dernière se fait capturer par l’inquiétant et surpuissant Kaiser, lequel a le temps d’infliger une sévère rouste à notre héros qui ne peut qu’assister impuissant à la scène. Désormais à la recherche de la papesse, avec laquelle ils sont mis en relation via une relique leur permettant de communiquer, nos trois mousquetaires se mettent en route pour la Forteresse Céleste dans laquelle est retenue prisonnière la captive. Voyant son chemin rapidement éloigné de celui de ses deux coéquipiers, Yew fera la rencontre de Magnolia Arch, une mystérieuse jeune femme qui semble avoir perdu connaissance suite au crash de son vaisseau, et qui prétendra venir de la Lune. Très vite, les deux seront rejoints par deux têtes bien connues, Tiz Arrior, héros de l’opus précédent, et Edea Lee, révélation du casting de ce même jeu.

Le set-up du jeu est ainsi posé, et sachez que l’histoire se révélera suffisamment riche en rebondissements et en triturations pour que le tout se suive avec un intérêt suffisamment maintenu, quand bien même les ficelles employées ne surprendront pas vraiment le joueur aguerri aux J-RPG, habitué aux révélations fracassantes et aux questions métaphysiques en tous genres. D’ailleurs, alors que le premier épisode disposait d’une histoire relativement classique sous fond de sauvegarde du monde et de réveil de cristaux, celle de Bravely Second semble complètement assumer son influence des shōnens, de la structure narrative au ton employé, plus léger que dans Bravely Default, qui n’était déjà pas un jeu réputé pour sa profondeur thématique. L’inspiration est encore plus criante lorsqu’on visionne la cinématique d’introduction qui se lance avant chaque nouveau chapitre, qu’on jurerait tirée d’un animé japonais. Outre le fil rouge constitué par la quête principale, il est à noter que diverses missions annexes jalonneront votre aventure, permettant d’accéder à des sous-intrigues qui bien que permettant des situations plutôt variées, ne sont pas nécessaires à la bonne compréhension de l’histoire comme c’était le cas dans le premier opus. Toujours consacrées à la collecte des astérisques, elles offrent néanmoins une nouveauté non négligeable dans la mesure où vous devrez choisir quel porteur d’astérisque affronter (et donc quelle spécialité récupérer).

Bravely Second - Histoire

Bien que disposant d’un ton relativement léger, le jeu sait aussi resituer ses enjeux avec des instants plus tragiques

 

On ne change pas une formule qui marche

En parlant de ces fameuses astérisques, ces reliques qui une fois assignées permettent à leur porteur de se spécialiser dans la classe choisie (ce qui s’apparenterait à un dérivé du système de jobs de Final Fantasy V), elles se présentent sous la même forme que dans Bravely Default. Mais les développeurs ont tenu à allonger la liste des porteurs d’astérisque, se laissant aller à toutes les excentricités. Ainsi, aux classes « Valkyrie » ou « Ninja » déjà présentes dans le jeu précédent, il faudra également composer avec des classes aussi loufoques que « Exorciste », « Félinomancien » ou encore « Pâtissier », chacune de ces nouvelles spécialités contribuant à densifier encore davantage le système de jeu grâce aux effets et capacités qu’elles procurent. Outre ces dernières, nous retrouvons évidemment le système de combat qui avait fait le succès de l’épisode originel. Pour rappel, il consistait à jongler entre deux commandes, « Brave » et « Default », ceci afin de mener à bien l’issue d’un combat. Quand « Brave » permettait à un personnage d’attaquer plusieurs fois au sein d’un même tour, il l’empêchait d’attaquer lors des suivants si jamais sa jauge de PB tombait en dessous de zéro, tandis que « Default » le mettait en position de garde pendant un tour tout en augmentant d’un point sa jauge de PB, ce qui incitait ainsi le joueur à faire preuve de stratégie face à certains ennemis coriaces. Dans Bravely Second, ce système est complété par l’arrivée du mode éponyme. Articulé autour des points PS (récupérables graduellement hors combats), il permet au joueur de « freezer » le temps de façon à attaquer jusqu’à quatre fois lors d’un tour, et ce sans consommer de points PB. Un ajout qui bien que relevant plutôt de l’accessoire, pourrait se révéler fort utile contre certains boss. Enfin, le joueur possède toujours la possibilité de régler la fréquence des combats, toujours pratique lorsqu’on désire ne se consacrer qu’à la découverte des donjons.

Outre les ajouts et améliorations se rapportant au système de combat, on retrouve également le système de reconstruction de village, déjà présent dans le premier Bravely Default. Cette fois-ci, le joueur doit œuvrer à la rénovation du village d’origine de Magnolia, situé sur la Lune. Fonctionnant toujours avec l’horloge interne de la console, il permet au joueur de récolter des récompenses au fur et à mesure de l’avancée de son travail, qu’il s’agisse d’armes, d’équipements, de compétences, d’objets, d’ingrédients… Pour mener sa tâche au plus vite, il pourra compter sur le renfort de joueurs rencontrés via StreetPass. Parmi les nouveautés les plus remarquées, on note l’arrivée du Masticart, un mini-jeu consacré à la confection de poupées de chiffon destinées à la vente. S’il pourrait s’avérer facultatif à première vue, il devient très vite extrêmement addictif du fait de la simplicité du concept et de l’instantanéité de sa prise en main. Plus le joueur fait fructifier sa production, plus il arrive à se doter des équipements les plus performants ceci afin de créer les poupées les plus rares, qui sont aussi les plus chères à la revente. Il est à noter que les revenus se font sous la forme de masticapièces, qui plus tard dans le jeu pourront être échangées contre de la monnaie physique. Au bout de quelques heures de pratique, les revenus accumulés vous paraîtront colossaux, ce qui ne sera pas de trop pour le joueur étant donné le prix exorbitant des armes et armures les plus chères du jeu.

 

Une suite trop sage ?

Bravely Second - EdeaCependant, il faut avouer que Bravely Second : End Layer laisse un goût un peu amer de suite facile pour celui qui a déjà tout vu du précédent opus. Ce second volet n’arrive que trop peu à se distinguer de son prédécesseur pour n’apparaître comme étant autre chose qu’un simple prolongement de ce dernier. Déjà décrié pour son recours systématique au recyclage, il laissait déjà de nombreuses questions en suspens quant à l’avenir de la série et force est de constater que ce nouveau volet ne parvient pas à en gommer tous les défauts, quand bien même il évite d’en réitérer les plus grandes erreurs. Le fait est que beaucoup de personnages, de lieux, de musiques ou d’assets sont directement issus de Bravely Default, ce qui est susceptible d’en lasser certains. À la décharge du jeu, ces derniers sont surtout rattachés au contenu annexe, la quête principale permettant quant à elle de se délecter des magnifiques nouveaux décors, tous étant bien mis en valeur par l’effet 3D de la Nintendo 3DS. Si l’aspect technique et artistique du titre ne souffre d’aucune contestation, donnant l’occasion d’apprécier la finesse et la beauté des décors, on pourra néanmoins regretter que l’exploration soit toujours aussi minimaliste, la faute à des villages toujours aussi restreints et ne laissant que peu l’occasion au joueur de s’imprégner de leur atmosphère. Même constat au niveau des donjons, qui s’ils se révèlent plus soignés dans la forme avec une jolie variété de détails et des effets de profondeur souvent saisissants, se résument toujours à une succession de couloirs avec deux ou trois embranchements proposés au joueur. Ce qui est fort dommage pour une série dont l’ambition affichée est compter aux côtés des ténors du J-RPG.

Au niveau de la partie sonore, le groupe REVO a laissé sa place à Ryo du groupe Supercell, et autant le dire tout de suite, les nouvelles compositions musicales ne sont malheureusement pas à la hauteur des anciennes. Alors que l’OST de Bravely Default se singularisait par son éclectisme et la justesse quasi-systématique dont elle faisait preuve, les musiques exclusives à cette nouvelle mouture manquent globalement d’une patte suffisamment caractéristique pour tenir la comparaison. Les thèmes d’affrontement sont par exemple un petit peu convenus comparés à des thèmes comme That Person Name Is ou Wicked Flight, et il n’y a guère que les thèmes d’ambiance et ceux accompagnant les instants dramatiques qui sauront retenir votre attention. Heureusement, de nombreux remix et ré-utilisations de thèmes présents dans le premier épisode viennent se greffer à l’OST, ce qui n’est malheureusement pas pour lutter contre ce sentiment de déjà-vu persistant. Alors que le bilan pourrait apparaître mitigé à première vue, la bonne surprise vient de la possibilité de choisir entre deux doublages indépendamment de votre avancée dans l’aventure : le doublage originel, le japonais, et le doublage américain. Il est à ce titre assez amusant de constater les différences existantes entre les deux versions, chacune d’entre elles arrivant à insuffler une personnalité propre aux différents protagonistes du jeu. Pour ma part, je ne saurais que vous conseiller le doublage anglais, qui vaut le détour rien que pour le franglais absolument tordant de Magnolia !


En résumé, l’appréciation de ce Bravely Second : End Layer dépendra essentiellement de l’expérience que vous aviez eue du premier opus. Reprenant énormément de ce dernier, il est fort possible que cette nouvelle mouture vous laisse un goût d’inachevé dans la bouche, d’autant plus qu’il n’arrive pas à en gommer tous les petits défauts qui feront tiquer certains. Reste un J-RPG difficilement attaquable sur la forme qui arrive à sublimer une formule qui avait déjà su faire ses preuves par le passé. Quant à ceux qui prennent le train en marche, qui n’ont pas joué à Bravely Default, ils sont sûrs de trouver un jeu d’une finition béton et au charme impitoyable qui les scotchera de nombreuses heures devant leur écran. Quoi qu’il en soit une valeur sûre de la ludothèque de la Nintendo 3DS.
Bravely Second : End Layer

Bravely Second : End Layer

Les plus
  • Réalisation toujours aussi soignée
  • Le système de combat imparable
  • Les jobs encore plus nombreux et délirants que par le passé
  • Le feeling old school avec une touche de modernité
  • De nombreuses heures de jeu au programme
  • La possibilité de choisir entre le doublage japonais et le doublage anglais
  • Une galerie de personnages attachants
  • Des nouveautés bienvenues (le Masticart !)
Les moins
  • Un arrière-goût persistant de Bravely Default 1.5
  • Les nouvelles compositions globalement moins bonnes que les originales
  • Manque de surprise dans le scénario
  • Exploration des villes toujours aussi minime
  • Donjons toujours aussi anecdotiques
7 10