call of duty: infinite warfare test

En mai dernier, Activision franchissait la ligne rouge tacitement définie par les fans de sa licence : le prochain Call of Duty jouerait à fond la carte du futurisme. Si le mariage des petits soldats avec des exocombinaisons est consommé depuis deux ans déjà, jamais un opus du célèbre FPS ne s’était risqué à partir à la conquête de la voix lactée. La levée de boucliers n’a pas tardé, et la guerre contre l’ennemi Battlefield qui, lui, a opté pour un bond de cent ans en arrière s’est déclarée plus tôt que prévu. Mais si Activision se voulait rassurant en arguant que la réception des trailers de Black Ops 2 avait elle aussi été catastrophique, et que ça n’avait en rien entaché le succès du jeu, le démarrage commercial de Call of Duty: Infinite Warfare est plutôt mou du genou. La faute à un titre moyen ? Clairement.

Passer après un Call of Duty: Black Ops 3 qui faisait montre de tout le talent de Treyarch était une gageure pour Infinity Ward. Le studio à l’origine des inoubliables Call of Duty 2 et Modern Warfare devait redorer son blason après un Ghost massivement boudé par les fans de la licence. Pire, la guéguerre habituelle entre Call of et Battlefield s’agrémentait cette année d’un outsider de choix avec l’excellent Titanfall 2 (notre test). C’est donc avec l’ambition d’entériner la franchise Infinite Warfare comme une nouvelle sous-série de la licence d’Activision qu’Infinity Ward prenait part à ce combat de titans. Un essai qui, malheureusement, se révèle insuffisant au vu des efforts déployés par ses concurrents. Laissez-moi vous expliquer pourquoi.


Call of Duty : Infinite Warfare – Trailer de l… par CooldownTV

Space cheap

L’une des promesses des développeurs d’Infinite Warfare a été, dans le but de rassurer les joueurs, de mettre à l’honneur une campagne solo digne des grands classiques du film de guerre. L’espace et le cadre futuriste de l’histoire proposée ne seraient alors que des accessoires servant une bonne vieille querelle belliqueuse. Et effectivement, il n’y a pas d’époque quand il s’agit de se foutre sur la tronche. Dans le Call of cuvée 2016, il s’agit des forces de l’Alliance Spatiale des Nations Unies contre le Front de Défense des Colonies (ou SetDef). Pourquoi ? Eh bien… mais si, vous voyez ?

Plus sérieusement, les motivations du SetDef sont floues. Mené par un Kit Harington (Salen Kotch) qui est visiblement devenu très cher depuis qu’il est connu, au vu du nombre extrêmement réduit de ses apparitions, le Front souhaite grosso modo que la Terre leur foute la paix. Sauf que lorsque l’on s’approprie des colonies terrestres par la force, il ne faut pas s’attendre à ce que la coalition de la planète bleue s’abstienne à venir demander son reste. Mais non, plutôt que de se la jouer low profile histoire de ne pas attiser le feu, le SetDef a choisi une approche plus frontale en attaquant Genève un jour de commémoration. Cette attaque, point de départ du jeu, signe l’arrêt de mort de toute crédibilité scénaristique d’Infinite Warfare. Qu’importe : on joue à Call of Duty pour son rythme et sa mise en scène, pas pour réviser sa géopolitique.


Call of Duty: Infinite Warfare – Les 15… par CooldownTV

Fort heureusement, la production d’Infinity Ward remplit bien mieux son office de ce côté-là. Du moins pour ce qui est de la mise en scène. Plus parcimonieux, les moments de bravoure visuels n’en sont que plus marquants qu’à l’accoutumée. Les scripts bien écrits, l’immersion est totale, et certaines missions se terminent avec le palpitant à 200 battements par minute. Problème : à vouloir être moderne (j’entends par là « proposer des missions secondaires »), Infinite Warfare perd en rythme et donc en tension. Les incessants passages par votre QG (le destroyer stellaire Retribution) sont d’une lenteur à déprimer une huitre, et d’une répétitivité sans nom. Du reste, comme dans Black Ops 3, on peut choisir son équipement avant de partir en mission et personnaliser ses armes à l’envi. De quoi vous faire la main avant le grand bain du multijoueur, évidemment.

Comme je le disais, Infinite Warfare est donc le premier Call of Duty à rompre avec la linéarité de la licence. L’auteur de ces lignes doute que cela ait été l’idée la plus judicieuse du studio. Néanmoins il faut reconnaître que cela permet d’étirer considérablement la durée de vie du jeu, d’autant que les missions secondaires sont de loin les plus intéressantes du jeu. Celles-ci tirent astucieusement parti de l’autre grosse nouveauté du titre : les vaisseaux spatiaux. Totalement pilotables, vous serez amenés à conduire des assauts contre la flotte du SetDef à plusieurs reprises avec votre Jackal. Ces phases de shoot spatial soufflent un vrai vent de fraicheur sur la saga. Dotés d’une maniabilité exemplaire, les vaisseaux donnent lieu à des affrontements intenses et grisants. Jackpot lorsqu’une mission particulièrement éprouvante vous propose d’alterner phases au sol, séquences de pilotage et déplacements en zéro-gravité parmi les astéroïdes grâce à votre grappin.

Le salut d’Infinite Warfare se trouve donc plus dans ce qu’il apporte de neuf que dans ce qu’il essaie d’emprunter à ses prédécesseurs. Signe ô combien ironique que réfréner une démarche iconoclaste n’est pas toujours une bonne idée.

call of duty infinite warfare test ps4

Smooth operator

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Le multijoueur est dans la lignée de BO3

Chacun le sait : le coeur d’un Call of Duty se situe dans son multijoueur. Toujours aussi populaire malgré les plus récents bouleversements (double sauts, wallrun, glissades propulsées), l’aspect online des jeux de la licence fait dans l’instantané et le nerveux. Les parties s’enchaînent rapidement, et surtout le contenu est au rendez-vous. Si on peut reprocher aux jeux de la licence leur manque d’originalité d’une mouture à l’autre, il est impossible de nier la solidité de son aspect multijoueur et la tonne de contenu qu’il propose.

Infinite Warfare, c’est une grosse dizaine de modes de jeux, allant du plus classique Deathmatch au très inspiré par CS:GO Course aux armes (tout le monde commence avec un pistolet et chaque frag vous offre une arme plus puissante), mais également six « armures » ; les remplaçants des spécialistes de BO3. Ceux-ci disposent évidemment d’atouts (ou capacités ultimes) distincts et relativement bien pensés : un fusil d’assaut qui fait ricocher les balles, un retour dans le temps qui rend munitions et santé (coucou Tracer) ou encore un pistolet complètement fumé qui tue en un coup, peu importe la distance de tir.

Sans parler de l’arsenal très fourni comprenant cinq armes différentes par classe de pétoires (fusils d’assaut, mitraillettes, mitrailleuses, etc.). Gros twist cette année : certaines armes sont désormais complètement hybrides. Le fusil sniper EBR par exemple, peut se convertir par une simple pression sur Y/⧍ en fusil d’assaut. Même chose pour une mitraillette convertible en fusil à pompe, et j’en passe. Une certaine flexibilité s’offre donc aux joueurs, d’autant que vous en aurez également fini avec l’éternel dilemme du choix du viseur. Zoom X4, simple Reflex ? Au diable les compromis ! Certains mods de viseurs vous permettent de switcher entre une lentille grossissante et une simple croix de visée. Côté pétoires, le seul gros point noir vient des nouvelles armes à énergie qui manquent cruellement de pêche et de feedback.

Évidemment, comme d’habitude, tout est personnalisable. Votre armure, votre bannière (qui peut désormais être animée), vos armes et même vos réticules de visée. Call of Duty n’a jamais autant permis aux adorateurs de couleurs flashy de laisser s’exprimer leur fibre artistique.

Âme enraillée

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Certaines cartes en jettent pas mal

Et côté level design, ça donne quoi ? Eh bien voilà sans doute le plus gros reproche que l’on peut opposer à Call of Duty: Infinite Warfare. La douzaine de cartes que comporte pour l’heure le multijoueur du titre ne brille pas forcément par son inventivité. Mention spéciale à Frontier qui se déroule dans une station spatiale. Pourquoi limiter autant le mouvement des joueurs dans des couloirs étroits alors que le jeu se targue justement d’offrir une mobilité exemplaire aux joueurs ? Pourquoi ne pas proposer de carte en zéro-gravité alors que la feature fonctionne à merveille dans la campagne ? Le mystère est complet.

Du reste, le reste des cartes fait le travail sans trop se fouler. Mayday impressionne lors de la première partie grâce au trou noir qui surplombe le théâtre des affrontements, et Throwback jouit de son charme 50’s qui fonctionne toujours aussi bien dans un Call of Duty (souvenez-vous de Nuketown). Et que serait un CoD sans une map « héritage » pour appâter le fan nostalgique ? C’est Terminal, de Modern Warfare 2, qui s’y colle. Dans une version spatiale, évidemment. On ne boude pas notre plaisir de fouler de nouveau du pied cet aéroport que l’on a tant arpenté il y a 7 ans déjà. Mieux : Infinity Ward a déployé un mode « Terminal 24/7 » permettant de ne jouer qu’à cette même map indéfiniment.

En réalité, le level design peu inspiré d’Infinite Warfare paie le prix de l’absence de direction artistique sur le titre. Tout est lisse, déjà vu mille fois. Aucun élément du décor, aucun détail d’une arme ni l’apparence de votre propre soldat ne sauront vous titiller la rétine. Le jeu d’Infinity Ward offre une sorte d’ennui oculaire qui est bien regrettable. Heureusement, il est un tout dernier chapitre qu’il nous faut aborder avant de livrer un verdict final à cette nouvelle mouture : le mode Zombies qui, vous allez le voir, fonctionne toujours aussi bien. Pour quelle raison ? Parce qu’il assume pleinement son concept du début à la fin.

Zombie goes to Hollywood

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Zombies in Spaceland est très agréable à arpenter

Loin de moi l’idée de vous faire croire que ce mode Zombies offre quelque chose de différent comparé à ses prédécesseurs. Ici aussi, nous sommes dans une forme de classicisme fonctionnel qui dérange sans vraiment susciter l’indignation. On est contents d’y retourner. Comme une sorte de réaction épidermique au futurisme exacerbé d’Infinite Warfare, le mode Zombies et sa carte Zombies in Spaceland vous ramène tout droit dans les années 80, au sein d’un parc d’attractions animé par les DJ Sets d’un certain David Hasselhoff. Irrésistible.

Le casting, tout aussi déluré, vous fait incarner du rappeur en survêt rouge, du geek à lunettes à scotch, du quarterback à cheveux de blé et de la bimbo à jupe léopard. Du cliché par paquets de douze qui s’insère, vous l’aurez compris, parfaitement au cadre fantasmé de ces années 80 rétrofuturistes et éclairées aux néons.

Je laisse tout le soin aux spécialistes de theorycrafter sur le scénario de ce nouveau mode zombie riche en easter eggs. Côté gameplay, Zombies in Spaceland nous propose de reprendre les marques des précédents opus. Tuer des vagues de zombies, amasser de l’argent, acheter des armes plus puissantes, ouvrir des portails permettant d’accéder à une autre zone de la carte. Jusqu’à la mort. Et si l’on déplorait un level design au rabais dans le mode multijoueur, on ne peut que saluer l’ingéniosité déployée sur celle-ci. Mention spéciale aux pièges (les attractions elles-mêmes) qui vous permettront de vous débarrasser rapidement d’une horde en la plaçant par exemple sous le réacteur d’une fusée factice.

Autre point positif : le mode zombies se déleste du système de Gobblegum au profit d’un simple deck de cartes offrant des atouts intéressants en partie. Un peu comme l’ultime du mode multijoueur, chaque frag fait grimper une jauge vous permettant de déclencher une carte aux effets divers : précision accrue, corps incendiaire, grenades à volonté… Il y a de quoi faire pour agrémenter vos parties.


Pour un épisode qui se voulait en rupture, Call of Duty: Infinite Warfare se révèle finalement d’un classicisme absolu. Aucun dépaysement à prévoir du côté du multijoueur pas plus que du mode zombies, qui s’inspirent tous deux de l’excellent Black Ops 3. On doit reconnaître à la campagne solo d’essayer de nouvelles choses : combats spatiaux, missions secondaires, aventure délinéarisée… De bonnes idées qui permettent de varier l’expérience et d’étirer la durée de vie aux alentours de 7 heures de jeu. Néanmoins l’aventure se veut moins rythmée et la tension fait le yoyo dans des phases de bavardage plus fréquentes que d’habitude. Soulignons enfin le rôle, plus qu’anecdotique, de Kit Harrington, et nous avons donc sous la main une campagne mi-figue, mi-raisin. Du reste, Activision fait honneur à la licence en proposant une tonne de contenu et des modes de jeu en pagaille qui occuperont les fans durant de très longs mois. Néanmoins on ne saurait que conseiller à Sledgehammer Games qui, logiquement, devrait être l’ouvrier du prochain épisode, de sortir de cette zone de confort qui finira forcément par lasser. On en reparle l’année prochaine.

call of duty infinite warfare test ps4

Ne pleure pas Nick, vous ferez mieux l’année prochaine

Le test de Call of Duty: Infinite Warfare a été réalisé sur PS4 Pro avec une version fournie par l’éditeur

Premier teasing pour Call of duty infinite warfare

Call of Duty : Infinite Warfare

Les plus
  • Une campagne solo qui essaie de nouvelles choses...
  • L'ajout bénéfique des phases de shoot spatial
  • Une durée de vie correcte (environ 7 heures)
  • Une tonne de contenu déblocable en multijoueur
  • Un mode zombies toujours aussi barré
Les moins
  • ... mais qui y perd en rythme et en tension
  • Aucune prise de risque
  • Une direction artistique trop peu prononcée
  • Level design peu inspiré
6 10