Deus Ex: Mankind Divided Test PS4

En 2011, Eidos Montréal a ressuscité avec succès une grande licence du jeu vidéo avec Deux Ex : Human Revolution. 5 ans plus tard, voici la suite intitulée Mankind Divided. Adam Jensen reprend du service dans un monde où les augmentés ne sont plus les bienvenus. Human Revolution avait réussi à conquérir le cœur du public et des critiques, mais le jeu n’était pas exempt de défaut. Voyons voir si quatre années de développement ont permis à Eidos Montréal d’équiper son œuvre des meilleures augmentations.

Il est enfin là après avoir joué un peu à l’arlésienne avec nos nerfs, Deus Ex : Mankind Divided montre le bout de sa barbiche. Human Revolution nous avait rassuré quand à la ligne suivie par Eidos Montréal. A savoir rester fidèle à l’œuvre de Warren Spector mais y en intégrant des nouveautés. En terme de scénario, Human Revolution et Mankind Divided se situent avant les premiers Deus Ex. Adam Jensen héros mécaniquement augmenté se retrouve pris dans la toile d’un énorme complot mondial. Le précédent opus nous avez donné un bon aperçu de ce que pouvait donner la licence dans les mains d’une autre équipe même si il existait des ombres au tableau. Mankind Divided avait pour ambition de corriger ces défauts. Sans gâcher le suspens, on peut dire que le pari est plutôt réussi.

 
Deus Ex Mankind Divided – Trailer de lancement par CooldownTV

Un gameplay sentant bon la madeleine de Proust

Deus Ex : Mankind Divided Gameplay Test PS4

Deus Ex et les conduits d’aérations. Tout un programme.

Qu’est ce qu’un Deus Ex ? La question peut sembler naïve mais il existe des éléments indispensables à la formule qui a fait naître la légende. Le plus important étant la liberté d’approche. Human Revolution avait su la retranscrire mais il y avait un sentiment d’inachevé. Mankind Divided repousse les limites en offrant une vraie liberté aux joueurs. Le jeu est adapté à tous les styles de jeu : Les bourrins pourront bourriner, les professionnels de la discrétion s’infiltrer, les diplomates discuter. Le level design est parfaitement maîtrisé, cohérent et surtout immense. Les missions peuvent donc s’enchaîner sans la moindre gêne et surtout sans un sentiment de répétition. Préparez vous à passer un grand nombre d’heures accroupi dans des conduits d’aération. Il n’existe pas une solution pour finir une mission mais plusieurs. J’exclue de ce propos le premier niveau de Dubaï qui fait office de didacticiel mais nous donne quand même un bon aperçu de la suite. Par exemple à Prague lors d’une des premières missions, il est possible de foncer dans le tas ou s’infiltrer dans un secteur pour prendre la porte de derrière avant de finalement trouver le conduit de la victoire. Cela permet donc une très bonne rejouabilité, d’autant que la difficulté n’est pas forcément au rendez-vous. Nous y reviendrons.

Autre élément d’un Deus Ex, l’aspect RPG. Le jeu se veut être un FPS parce qu’il est à la première personne mais en réalité il est plus proche du jeu de rôle. Jensen a la possibilité d’augmenter ses capacités en gagnant de l’expérience de plein de manières différentes : exploration, quête, combat, neutralisation, lecture... Cette expérience vous permettant d’acquérir des augmentations. A vous de choisir celles que vous voulez : mettre un implant permettant de convaincre un interlocuteur, être plus silencieux ou simplement plus mortel. Tout est possible et s’intègre avec ce qui a déjà été dit plus haut. A noter que l’arbre a été quelque peu remanié mais je vous laisse la surprise. Selon votre style, vous choisissez vos talents. Là où la liberté est totale c’est que choisir une voie plus qu’une autre ne vous bloquera plus contrairement à Human Revolution. Je prends en exemple les combats de boss de ce dernier, extrêmement décriés car obligatoires (et assez inédit par rapport à l’ADN de la licence). Si vous aviez choisi un style furtif ces combats devenaient un chemin de croix dans une arène fermée. Bonne nouvelle ! Exit les combats de boss (à peu de chose près). A vous de choisir l’affrontement ou non. On est presque proche de l’époque ou un mot suffisait à tuer un boss. Précision importante, il est à 100% possible de finir le jeu sans tuer une seule personne, peut être même sans tirer un coup de feu pour les plus pointilleux.

Deux Ex : Mankind Divided critique PS4

On retrouve l’arbre des augmentations permettant de transformer Jensen en véritable machine de guerre.

Qui dit RPG, dit aussi gestion d’inventaire. Tout ou presque peut se ramasser et être stocké. La gestion est quasi identique à Human Revolution. Il existe toutefois une possibilité de raccourci grâce à un menu radial. La vraie nouveauté vient de l’ajout d’un système de bricolage. Jensen troque ses lunettes pour une casquette de Bob le bricoleur et peut fabriquer quelques objets lui facilitant la progression comme un outil multifonction faisant office de décodeur. Il faudra pour cela trouver des pièces éparpillées un peu partout. Une récompense pour les explorateurs en herbe. On évite ainsi d’y avoir trop souvent recours puisque les pièces se méritent et le coup des fabrications est élevé même si le nombre d’éléments à fabriquer est un peu faible. Le jeu intègre aussi un système de customisation des armes. Ce dernier est plutôt anecdotique par rapport au reste. Il est toutefois bien mieux conçu que dans le premier opus.

Le gameplay avec un grand G n’a pas tant évolué que cela depuis le premier opus. On y retrouve les mêmes mouvements. Jensen est peut être plus facile à diriger en phase d’infiltration ou de gunfight. Le passage d’une planque à une autre est plus intuitif car on peut cibler précisément son point de chute. Ceux qui avaient décrié le passage à la 3ème personne lors de ces phases ou lors des neutralisations continueront de le déplorer. Ces dernières n’ont pas beaucoup évolué. Vous pouvez choisir de ne pas faire de bruit en assommant vos adversaires ou alors utiliser les bras-lames de Jensen pour découper vos ennemis dans tous les sens. Le tout s’exécutant avec classe et au prix d’énergie. Les possibilités de recharges de l’énergie nécessaire aux améliorations et aux neutralisations sont limitées aux biocells qui demanderont plus de recherche de votre part ou d’être fabriquées. Un mot sur le piratage qui s’est offert un joli lifting sans vraiment changer. Il est juste un poil plus difficile. Pas de réelles (human) révolutions donc. On peut le regretter mais pourquoi changer ce qui est stable et efficace ?

Mankind Divided reprend l’essentiel de son illustre prédécesseur en améliorant notablement la recette. Le jeu est passé en 2.0 sur le gameplay en corrigeant ses erreurs de jeunesse et s’offre le luxe de se rapprocher du premier opus par son level design et ses nombreuses possibilités d’approches. Toutefois, ces efforts ne seraient rien sans l’ambiance si particulière de Deus Ex et d’un scénario digne ce nom.

Un sombre univers cyberpunk

Deus Ex est aussi une question d’ambiance. Un univers cyberpunk sombre où le futur semble incertain, une vision pessimiste de l’humanité en somme. Human Revolution avait su nous (re) transporter dans ce monde où l’augmentation humaine est perçue comme un nouveau stade de l’évolution. Le tout en nous rappelant que nous avions à faire à un pré-séquel . Les clins d’œil aux premiers opus étaient nombreux. Le jeu s’est parfaitement intégré à la saga. Mankind Divided suit le même chemin, en mieux.

Deus Ex: Mankind Divided Review PS4

Des personnages connus de la série font leur apparition.

Je tiens à rassurer nos lecteurs : Il n’est pas nécessaire d’avoir fini Human Revolution pour comprendre Mankind Divided. Une vidéo de 12 minutes est incluse. Elle explique la plupart des événements qui ont eu lieu jusque là. Une pirouette scénaristique permet de faire fi de vos choix à la fin de Human Revolution. On ne peut toutefois qu’inviter le joueur à s’y essayer afin de mieux saisir toutes les allusions présentes dans sa suite. Sans trop déflorer le scénario, il faut savoir que les augmentés ne sont plus en odeur de sainteté depuis qu’ils sont devenus comme fou et ont attaqué les humains. Dès lors, l’humanité se méfie d’eux au point d’en faire des parias, mais certains ne restent pas sans défense. Des attentats ont lieu, tantôt lié aux humains, tantôt aux augmentés. En 2029, deux ans après ce tragique événement, Jensen a intégré une équipe tactique d’intervention et cherche des réponses dans la ville de Prague où il a élu domicile. Il se heurte à une organisation bien connue de la série, invisible et puissante. Si vous êtes fan des théories complotistes Deus Ex va vous régaler et peut être même vous faire douter encore plus de la réalité des choses. Les références à l’ensemble de la série sont de plus en plus nombreuses. Même s’il faut savoir garder la tête froide car on ne touchera que du doigt le rapprochement avec Deus Ex premier du nom notamment par l’ambiance qui y ressemble fortement.

Pour aborder cette ambiance sans trop spoiler, parlons de Prague qui oscille entre le modernisme et une architecture plus ancienne et caractéristique de ce joyau de l’Est. Une marque de fabrique de la série qui nous a déjà emmenée dans des destinations européennes ou l’ancien côtoie la haute technologie à la Blade Runner. La ville a une activité humanoïde cohérente. On sent la tension qui règne entre les augmentés et les humains même si l’hostilité est parfois un peu caricaturale. Deus Ex est sombre mais c’est au joueur de se faire sa propre opinion de la situation. Toutefois, on peut ne pas reprocher aux développeurs d’avoir voulu nous présenter au mieux le malaise d’un monde qui se cherche. En tant qu’augmenté, le joueur aura alors à faire face à un choix crucial : Rejoindre ces frères mécaniques ou ravaler sa haine en montrant qu’il reste humain.

Deus Ex : Mankind Divided Critique PS4

Adam Jensen, un héros classe mais un homme meurtri.

Ce choix ne serait rien sans un travail d’écriture de qualité. La narration poursuit parfaitement son œuvre en nous laissant face à nos choix et notre façon de jouer, tel un peintre devant sa toile. Adam Jensen, ce héros meurtri, trahi, nous fait vibrer à chacune de ses répliques. Les quêtes ont bénéficié d’un soin tout particulier, même les annexes. Ces dernières ne sont plus là uniquement pour nous apporter un bonus supplémentaire. Il existe des histoires dans l’histoire principale. Pour reprendre l’exemple cité plus haut, le fait de chercher un autre chemin permet de découvrir la situation d’une jeune femme exploitée qui vous demande de l’aider. Par ce biais vous vous dégagez un chemin pour la quête principale mais cela reste à votre discrétion. Vous pouvez très bien lui dire non. Ce que le joueur décide lors d’une quête annexe peut avoir des répercussions un peu plus tard dans l’aventure. Elles ont une identité propre et cela se ressent tout au long de vos pérégrinations. La quête principale n’est pas en reste. On ne cesse jamais de se poser des questions sur ce qu’il faut dire ou faire. Les personnages sont suffisamment complexes pour nous perdre en nous donnant l’impression d’avoir fait un mauvais choix. Grisant.

Sachez que pour finir cette tortueuse aventure, il vous faudra compter entre 30 et 40 heures en prenant son temps, 20 heures en rushant droit dans le tas. Vous passerez quand même à côté d’un univers d’une incroyable richesse avec cette méthode.

Enfin, quelques mots sur le mode de jeu « bonus » du titre, le mode Breach. Ce mini jeu de scoring en ligne vous met dans la peau d’un hacker chargé de récupérer des données. L’aspect ressemble assez fortement à celui d’un Metal Gear VR Mission ou à Tron. Votre avatar est stylisé ainsi que le monde qui vous entoure. En un temps chronométré, introduisez vous, piratez et disparaissez. Selon votre score, vous serez classé. De quoi prolonger un peu le plaisir d’autant qu’il y a un effort de scénarisation. Vous pouvez utiliser différentes tactiques ou améliorations disponibles dans le jeu peaufinant au passage votre maîtrise du gameplay.

En tant que ripper infiltrez-vous dans la Breach

 Des défauts dans les augmentations

La perfection n’est toujours pas dans les augmentations de Mankind Divided car même si nous avons le droit à un très bon Deus Ex, il reste quelques défauts qui, selon votre appréciation, seront plus ou moins gênants.

Deus Ex : Mankind Divided test PS4 défauts

Non, l’ennemi n’est pas manchot. Ce sont simplement ses bras qui se sont repliés en tombant.

La première chose qui choque et aurait pu être évoquée en premier dans ce test est l’aspect graphique. Loin d’être moche, on a seulement l’impression que le moteur a subi un léger lifting depuis Human Revolution. Beaucoup de textures sont à revoir et les personnages ont des animations approximatives dignes de Robocop. Certains bugs sont proprement inadmissibles comme des bras qui disparaissent sur les cadavres ennemis (en réalité, le corps tombe sur ses bras, drôle de physique). Le genre de chose qu’on ne devrait plus voir depuis Tomb Raider I. Heureusement, Deus Ex est autre chose qu’une claque technique. De plus la direction artistique est de qualité et permet de cacher moult défauts. Tout dépendra de votre exigence à ce niveau. Ce n’est pas le premier jeu à sacrifier la technique pour la profondeur du scénario. Précisons que Eidos a évité de nous prendre pour des cerveaux non-augmentés en incluant des CG de qualités comparées à celle de Human Revolution, proprement scandaleuses. Sur la version PS4, on peut aussi remarquer des baisses de FPS . Le phénomène est rare et ne se passe que lorsque l’écran est vraiment saturé.

Parlons un peu du son. La BO signée Michael Mc Cann reste magistrale. Le thème colle à l’ambiance et la renforce. En revanche, la version française est comme le premier opus : très inégale. La voix de Jensen est plutôt correcte mais certains autres doublages sont clairement à la masse. La synchronisation labiale est très approximative pour les personnages secondaires. Les dialogues sont tout de même suffisamment intéressants pour nous faire oublier ce défaut. Là aussi, tout dépendra de votre niveau d’exigence. Rien ne vous empêche de passer le jeu en VO et profiter d’un doublage plus convaincant. Un petit mot pour signaler que nous n’entendrons bien sur pas la célèbre voix du regretté Marc Alfos mort en 2012. Les fans s’en souviendront surement. Les bruitages sont plutôt réussis mais certaines armes restent un peu en deçà de ce que l’on pourrait attendre d’elles comme le pistolet. A moins que la technologie ne les rende moins bruyantes. Si vous évitez de faire parler la poudre, vous ne vous en rendrez même pas compte.

Deux Ex: Mankind Divided review PS4 bug

L’IA qui s’inquiète pour une porte qui se referme entre une zone normale et interdite.On a déjà fait mieux.

Si le gameplay a été décrit comme plus que correct. On ne peut que pleurer devant la simplicité, osons même dire parfois stupidité, de l’IA. Cette dernière arrive parfois à nous surprendre dans les phases d’action en cherchant à nous encercler ou nous prendre à revers mais cela s’arrête là. Vous pouvez prendre tout ce que vous voulez, pénétrer un peu partout (sauf les zones non autorisées) sans que personne ne vous dise quoi ce soit. Par exemple, assommez un malfrat dans son appartement devant sa copine et celle-ci vous toisera d’une inaction digne d’un veau. Trimbalez ensuite très gauchement son cadavre (toujours cette sensation que le corps flotte) partout et rien de plus ne se produit. On aurait aimé une IA plus réactive. Elle reste facile à berner en infiltration ce qui diminue quelque peu la difficulté du titre. On ne peut que vous conseiller de mettre tout de suite le jeu en difficulté Deus Ex afin d’avoir un défi à la hauteur de votre dépense.


Le verdict est sans appel, Deus Ex : Mankind Divided est une réussite qui échappe de peu au terme de « chef d’œuvre ». La faute a une technique parfois mal maîtrisée (quatre années de développement tout de même) et une IA parfois trop perfectible. On le regrette mais Deus Ex est heureusement, plus que cela. L’ambiance est bien là et c’est surement le point le plus important. Les erreurs ayant entaché Human Revolution comme les combats de boss ont été corrigées. Vous avez le choix de votre style. La narration est impeccable, la BO est sublime et la rejouabilité excellente. Malgré ses défauts, nous sommes face à un grand jeu. Suivre les nouvelles aventures de Jensen nous plonge dans cet univers à l’ambiance si particulière. Un polar Cyberpunk où toutes les cartes sont voilées. Le tout desservi par un gameplay qui a fait le succès de la série depuis ces premières heures. Eidos Montreal a su faire renaître la licence et la confirmation nous laisse pantois de joie. On peut espérer encore plus pour la suite. Deus Ex était mort, Vive Deus Ex.

Deus Ex : Mankind Divided

Deus Ex : Mankind Divided

Les plus
  • Un level design tortueux
  • Une liberté d'action quasi-totale
  • Plus de combat de boss
  • Scénario impeccable
  • Une ambiance et un univers cohérent
  • BO de qualité
  • Une durée de vie conséquente
  • Excellente rejouabilité
  • Mode "Breach" sympathique
Les moins
  • Techniquement faible
  • Des bugs encore et toujours
  • Synchronisation labiale très aléatoire
  • VF peu convaincante
  • Une IA très perfectible
  • Quelques nouveautés mal exploitées comme la fabrication
8.5 10