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Parfois, il est bon de tourner la page ; laisser les reliques où elles reposent et leur accorder la paix qu’elles méritent. Parmi ces reliques, il y a bien quelques jeux vidéo. Et dans ce grand mausolée trône en bonne place DOOM, le père des FPS modernes, comme on se plait à le décrire si souvent. Un titre que le jeu d’id Software n’a pas volé. Depuis son apparition en 1993 sur PC, jusqu’à la sortie de son dernier opus en date en 2005, le sillon de DOOM a été creusé si profondément que l’on a même tardé à offrir au genre un terme plus générique que celui de Doom-like. Annoncé de longue date, le grand retour du fils prodige est fixé au 13 mai prochain. Sur PC, évidemment, mais également sur consoles de salon. Actuellement en phase de Bêta fermée, prenons le temps d’observer si la relique brille encore un peu de son éclat d’antan.

Voilà presque 10 ans que les fans attendent de pouvoir mettre la main sur Doom 4. En 2007, John Carmack – éminence grise d’id Software – nous vantait déjà les mérites de son prochain jeu, qui reviendrait au fondamentaux de la série après un Doom 3 plus horrifique que jamais. Neuf ans, et un rachat par Zenimax Studios (société-mère de Bethesda Softworks) plus tard, Doom 4 perd sa numérotation et se fait majuscule, avec une ambition en ligne de mire : concurrencer Call of Duty et Battlefield dans une bataille de laquelle il a trop longtemps été absent.

Une transition qui ne s’est pas faite sans heurts. Certaines sources internes affirment que id Software a dû revoir sa copie à la racine, en 2011. Un développement tumultueux, donc, qui n’a pas été servi par le départ prématuré de John Carmack du navire, alors parti faire son bonhomme de chemin chez Oculus VR, au sein de laquelle il occupe désormais un poste important. L’hydre a perdu sa tête, mais avance toujours. Clavier en main, les errances d’une conception mouvementée se font-elles ressentir ? Difficile de le nier, non sans un pincement au coeur.


DOOM présente sa bêta multijoueur par CooldownTV

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Les emotes, le mal du siècle des FPS

Nul besoin de préambule. DOOM se veut brutal, sanglant, sans équivoque. Un credo qu’il n’a jamais trahi, mais qui nous échappe pourtant lorsque l’on lance une partie sur cette bêta fermée. À un mois et demi de la sortie du jeu, on en viendrait presque à s’inquiéter. Alors que la bêta s’offre actuellement aux joueurs ayant mis la main au porte-monnaie lors de la sortie de Wolfenstein : The New OrderDOOM montre d’ores et déjà un encéphalogramme défaillant. À commencer par un manque cruel de feedback lors des parties. S’il y a bien une chose que l’on désire lorsque l’on joue à un FPS, c’est ressentir la puissance. Se faire arme de destruction massive, prédateur sans foi ni loi ; voilà ce que l’on veut, surtout en jouant à DOOM. Dommage que la réalisation passe à côté de cette profession de foi qui aurait dû être sienne, plutôt que de s’essayer au mimétisme peu inspiré. Il est indéniable que plus de soin a été apporté à offrir au joueur de nombreuses options de personnalisation (modifier votre personnage avec armures, couleurs criardes et emotes kikoolol) que de leur offrir de vraies sensations de jeu.

Jamais, jusqu’ici, un Fast-FPS n’aura été aussi mou. Un aveu qui sort dans la douleur, mais qui n’en est pas moins vrai : DOOM accuse de mécaniques de gameplay d’un autre âge, et le joueur moderne n’y trouve pas son compte. Impossibilité de sprinter, déplacements patauds, double saut à peine convaincant … Call of Duty Black Ops III peut dormir sur ses deux oreilles. Ce n’est clairement pas la proposition d’id Software qui viendra mettre son dynamisme à l’épreuve. Pire : que ce soit en attaquant ses adversaires, ou en se faisait prendre en chasse, rien ne nous fait ressentir cette position agressive ou ce danger. Au point qu’il vous faut plusieurs secondes avant de vous apercevoir que l’on vous tire dessus. D’un autre côté, les développeurs ont jugé bon d’ajouter à l’interface un affichage des dégâts infligés aux ennemis. Une feature sans intérêt, si ce n’est de rendre le HUD plus brouillon qu’il ne l’est déjà.

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L’affichage des dégâts : aussi inutile qu’intrusif

Seule la métamorphose en démon saura vous sortir de la torpeur dans laquelle vous immerge le gameplay de DOOM. Ponctuellement, un item vous permettant de vous transformer en créature sanguinaire surpuissante fera son apparition sur la map. Un endroit qui attirera tous les joueurs comme des mouches, vous vous en doutez. Celui qui parvient à s’emparer de l’artefact devient une machine à tuer capable d’inverser la tendance en quelques tirs de lance-roquettes bien placés. Bon point : la chose est assez bien équilibrée. La métamorphose dure 60 secondes, et le joueur-démon possède une barre de vie propre à sa transformation. S’il est tué, son meurtrier peut prendre sa place et continuer de défourailler en prenant le relais sur le temps restant. Une feature qui peut faire office de « gamechanger » sur des parties difficiles, et sur laquelle il faudra assurément garder un oeil lors de vos parties en ligne. Concernant les autres items au sol, ils sont bien plus classiques : fioles de vie, pièces d’armure, caisses de munitions, et armes surpuissantes (que nous détaillions dans cet article).

doompreview2Nous l’avons compris : le gameplay de DOOM n’est pas tout à fait ce à quoi on s’attendait. Le Fast-FPS a pris du plomb dans l’aile, et les avatars paient manifestement le poids des lourdes armures qu’ils trimbalent. Malgré tout, s’ajoute à la déception du plaisir du jeu celle de l’oeil. Non, DOOM n’est pas beau. Eprouvé par un ordinateur le faisant tourner au maximum, le jeu affichait un 60 fps constant et très agréable, mais des textures assez grossières et un manque d’audace artistique surprenant. Comme vous pouvez le constater dans les captures ci-dessous, le jeu n’est pas pour autant déplaisant, mais fait lever un sourcil quand on se souvient à quel point Doom 3 était une vraie mise à l’épreuve graphique en son temps. Les douches froides s’accumulent.


Les deux maps proposées ce week-end ne sont pas représentatives du produit fini, mais elles démontrent déjà un problème de taille : le manque de personnalité. Si l’on en croit les descriptions rédigées par Bethesda de chaque map (9 au total), on se rend bien compte que la lave coulera à profusion, masquant de son épaisseur un déficit de créativité dommageable. Dommage, également, que nous oreilles ne soient pas mises plus à l’épreuve ici. Les premiers trailers, et le menu principal du jeu, donnaient pourtant le change. On y entendait du gros Metal Industriel en accord total avec la patte brutale et techno du jeu de id Software. Finalement, les parties sont terriblement silencieuses, et laissent place à un vide sonore sidérant, pour le peu que l’on se perde dans un couloir un peu trop éloigné de la mêlée.

Côté modes de jeu, il y a du mieux. L’indécrottable Team Deathmatch est évidemment de la partie, mais on retiendra davantage le mode Sentier de la Guerre, qui redéfinit les codes du mode Roi de la Coline à bon compte. En effet dans celui-ci, le point à tenir est mouvant. En clair, une petite zone à conserver se déplace suivant un chemin prédéfini. Il n’appartient qu’à votre équipe de vous mobiliser pour tenir cette position en déplacement afin de remporter la partie. Un petit twist qui permet de dynamiser un peu le gameplay, et d’opérer une convergence des joueurs vers plusieurs goulets d’étranglement.

L’avis de Lo_Zero, streamer pour Cooldown TV
Je suis très déçu de cette bêta, il faut espérer un énorme boulot de correction. Je ne relève que des points négatifs, du feeling des armes très mou, et qui va de pair avec des déplacements trop lents, une direction artistique hideuse et un jeu qui abandonne son héritage PC sur l’autel de l’accessibilité à la console. Lui préférer l’Alpha du prochain Unreal Tournament.

L’avis de Tritri, rédacteur Cooldown.fr
Je n’en attendais rien, et je suis déçu quand même. Je retiens surtout un manque énorme de feedback au niveau des armes. On ne ressent rien en se faisant toucher par l’ennemi, pas plus que l’on n’a l’impression d’infliger des dégâts à nos adversaires. Les déplacements sont lents, le double saut se remarque à peine, et le level-design est peu inspiré en plus de ne rien offrir de très satisfaisant niveau graphismes. Je retiens juste le gameplay en tant que démon qui est bien fun et bourrin.


C’est la gorge serrée et le coeur plein de sel que nous sommes forcés de constater que l’avenir de DOOM ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Cette phase de Bêta fermée a mis l’exergue sur la grande difficulté d’id Software a se moderniser. Tant au niveau graphique qu’à l’indispensable volet du gameplay de cette nouvelle itération, tout semble à revoir pour que le jeu parvienne à passer l’épreuve du feu lors de sa sortie. Avec un contenu aussi chiche (9 maps au lancement), DOOM devra compter sur sa faculté à proposer une expérience neuve aux joueurs. Un contrat qui, dans l’état, est loin d’être respecté. Autant dire qu’à très exactement 1 mois et 10 jours de sa sortie, il sera compliqué pour les développeurs de corriger le tir.

Doom

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Les plus
  • Plutôt fun quand on apprivoise le gameplay
  • Possibilité de personnaliser son avatar...
  • Les transformations, bien brutales
Les moins
  • La molesse du gameplay
  • Un gros manque de sensations
  • ... Si vous aimez les couleurs criardes
  • Graphiquement pas top
  • Beaucoup trop calme