Des jeux de type OVNI on en voit pas mal ces dernières années, en grande partie grâce à l’essor invraisemblable qu’a connu le monde indépendant. Mais il en existait aussi avant cela, principalement des titres japonais. Il faut dire qu’outre les sushis et… les sushis, on les connaît principalement pour leur culture de l’absurde (et le manga, certes). Alors quand en 2016 on tombe sur un jeu comme Earth Defense Force, développé par une boite japonaise telle que D3 Publisher, on n’est presque plus étonné. Cette série de TPS très discrète par chez nous prend le pari osé de proposer au joueur une immersion dans les films de SF ultra kitchs, du genre avec des insectes géants, des soucoupes volantes et des robots crachant des lasers. Suite directe de Earth Defense Force 2017, sorti au préalable sur Xbox 360 en 2007 avant de revenir dans une version améliorée sur Vita en 2013, Earth Defense Force 2 : Invaders From Planet Space est un portage de la version PSP d’un jeu sorti initialement sur PlayStation 2. Vous avez tout suivi ?

2017 est décidément une année horrible. D’abord j’y fête mes 23 ans, premier pas vers la lente agonie de l’adulte et de sa vie monotone, et ensuite la planète Terre est envahie par des extraterrestres sadiques, qui décident de nous exterminer lentement en nous faisant dévorer et écraser par toutes sortes de créatures et de robots géants choisis par leurs soins. Et alors que la bataille s’achève sur une courte victoire de l’humanité, l’année 2018 marque le grand retour des envahisseurs, plus préparés et féroces que jamais. La belle affaire…


 

Une affaire de lacunes

Qu’on se le dise, et vous en êtes pleinement conscient si vous connaissez la licence (ce qui n’est sans doute pas le cas), Earth Defense Force n’est pas, n’a jamais été, et ne sera jamais un modèle de beauté, d’ergonomie, ou bien de quoi que ce soit d’autre. Ceci pour la simple et bonne raison que, malgré le fait qu’ils se prennent totalement au sérieux, les développeurs ne ressentent absolument aucun besoin de s’attarder là dessus. Une erreur pensez vous ? Peut-être… Quoiqu’il serait sans doute encore plus absurde de consacrer plusieurs semaines de leur vie à monter un jeu beau et bien fichu, alors qu’à l’arrivée il n’intéressera quoi qu’il arrive personne ! Maintenant que tout est clair, il est plus aisé d’aborder le cas Earth Defense Force 2 : Invaders From Planet Space, dont les qualités ne reposeront pas sur le modèle établi : beauté/ergonomie. À vrai dire, vous ne lui trouverez pas le moindre intérêt si vous n’êtes pas vous-même un peu barré. On parle d’un jeu de shoot avec des insectes géants là !

Comme indiqué plus haut, Earth Defense Force 2 est un portage de portage. En effet le titre est d’abord sorti sur Playstation 2, avant d’être réadapté et un poil limité pour la PSP, puis cette seconde version a été un minimum retravaillée pour sortir sur PS Vita… Bien que le terme « retravaillée » soit encore un peu trop fort pour désigner le travail réalisé sur le gameplay par les développeurs, qui n’avaient déjà pas beaucoup planché auparavant. En effet, s’il fallait parler en terme d’améliorations, alors nous ne pourrions aborder que l’ergonomie supérieure de la Vita par rapport à sa grande sœur. En effet, s’agissant d’un shooter en vue à la troisième personne, sur PSP il fallait diriger son personnage avec les touches directionnelles ou bien le moignon qui lui servait de joystick. Quant à la caméra… Il fallait se contenter des boutons PlayStation, pour un résultat somme toute rustique. Grande avancée donc avec la dernière née de la gamme consoles portables de Sony, puisque celle-ci dispose de deux confortables joysticks.

Earth Defense Force 2 Invaders From Planet Space

Mais ne vous y trompez pas, cela ne signifie pas véritablement que le gameplay en est amélioré. On retrouve en effet la grande raideur de la version PSP, avec une caméra fluide comme la soupe aux grumeaux de grand-mère, et un personnage se mouvant aussi bien qu’un camion. D’ailleurs à en juger par sa vitesse de déplacement, proche d’une course de déambulateurs, c’est sans doute l’effet qu’avaient recherché les petits gars de chez D3 Publisher. Le jeu propose trois classes de soldat différentes, à savoir Infanterie, Air Raider et Pale Wing, les deux premiers correspondants au modèle décrit ci-dessus. Quant au dernier, il s’agit en fait d’un soldat pourvu d’une sorte de jetpack, ce qui le rend plus rapide et un poil plus maniable… Mais malheureusement beaucoup moins efficace. En effet, chaque classe dispose de ses armes affiliées, et comme par hasard la seule intéressante est rendue quasiment impuissante par un arsenal ridicule. La poisse non ?

En outre les différentes spécificités de la PS Vita, hormis ses joysticks, n’ont pas été exploitées un seul instant, pas même l’écran tactile qui aurait au moins pu servir à faire défiler un menu principal pourtant plutôt sympa. La seule véritable nouveauté, et elle est finalement de taille, est son mode de jeu en ligne. Car s’il y a bien quelque chose de fun avec cette série, c’est d’y jouer à plusieurs. L’ennui c’est que… Le jeu n’intéressant personne, et D3 Publisher n’ayant pas pris la peine de prévenir convenablement de son arrivée en Occident, il n’y a en toute logique pas un chat sur le réseau. Et ce n’est absolument pas exagéré, vous aurez beau attendre, il y a excessivement peu de chances pour que vous tombiez sur le moindre joueur. Reste toujours le multijoueur local, qui par ailleurs fonctionne plutôt bien, mais encore faut-il avoir sous la main un camarade assez barré pour posséder à la fois la Vita et EDF 2.

Hormis ce mode multijoueur plutôt sympa, qui propose en outre à la fois de la coopération et de l’affrontement, Earth Defense Force 2 a tout de même son petit lot de qualités. Car le fait est que malgré les nombreux soucis de gameplay, dont on pourra aussi citer l’IA aléatoire et à la ramasse, on s’amuse pas mal, surtout si l’on est un tant soit peu amateur d’explosions et de challenge. Le jeu propose en effet tout un tas de modes de difficulté, pour un total de plus de 80 niveaux, soit le double de ce qu’offrait EDF 2017. Sachant par ailleurs que même en mode Easy vous aurez un mal de chien à dépasser la cinquantaine en solo, et ce quelle que soit la classe que vous utiliserez. Et comme il y a très peu de chances pour que vous trouviez un ou plusieurs camarade(s) de jeu, alors il ne vous reste plus qu’à farmer. Il arrive en effet que les monstres laissent tomber des items en rendant l’âme, et ceux-ci se révèlent être votre seule et unique chance de survie ou d’évolution.

Il faudra en effet en récolter un paquet pour espérer pouvoir rivaliser avec les niveaux les plus complexes. Tout particulièrement de l’armure, qui viendra s’ajouter à votre barre de vie à la fin de chaque partie, et qui monte vraiment très lentement, peut-être même trop. Il reste cependant important de récupérer aussi des armes, dont la qualité et la puissance dépendent entièrement du mode de difficulté dans lequel vous jouez. En Ultra Hard, par exemple, vous obtiendrez un arsenal surpuissant, qui vous permettra de balayer les monstres du mode Normal sans aucun effort. Mais encore faut-il être suffisamment préparé pour mettre les pieds dans cette difficulté insoutenable. N’oublions pas les items de soin, véritablement indispensables. Enfin le jeu propose parfois de monter dans des véhicules (tank, moto et hélicoptère) qui sont d’ailleurs de bons alliés puisque plutôt puissants. Cependant, on en revient au syndrome PSP, ils sont évidemment difficilement jouables, tout particulièrement l’hélico…

De la PSP à la Vita

Rappelons le une dernière fois : EDF 2 sur PS Vita est un portage de portage. Ainsi les graphismes de la version originale sur PlayStation 2 n’étaient pas si immondes que cela, du moins au premier coup d’oeil, tandis que l’édition PSP, en toute logique diminuée, donnait par moment l’impression de regarder du vomi. Sur la portable aux deux joysticks de Sony, les développeurs ont toutefois eu l’excellente idée de revenir sur l’aspect visuel. Ainsi les façades des bâtiments ont été affinées, les ennemis ne sont plus pixelisés à outrance, et certaines textures auparavant répugnantes ont été remplacées. Certaines seulement, malheureusement, quelques environnements ruraux n’ont pas eu cette chance. Il arrive donc encore parfois de tomber sur la bouillie dégueulasse que servait la version PSP… Quoique le reste du jeu, même les parties retravaillées, reste laid lui aussi. Heureusement, en parallèle les développeurs se sont occupés du plus gros problème de la série, à savoir les ralentissements, qui ont presque totalement disparu de cette version.

À côté de cela le jeu propose, comme ses prédécesseurs, des environnements gigantesques. Mais surtout la possibilité de détruire quasiment tout ce qui a été construit par l’homme. Ainsi lors des missions en ville, il sera tout simplement possible de rayer de la carte absolument tous les bâtiments, et en campagne de réduire en poussière les ponts et autres maisons. Et si l’animation de ces destructions est relativement foireuse (même pour un jeu PSP), force est de constater que cette possibilité ajoute grandement au fun que procurent les parties déjà explosives, et qu’on se prend vite au jeu. Et bien que cela soit rare, il arrive même que des niveaux aient un level design sympa, ou encore que certaines interactions soient possibles. C’est le cas par exemple des missions prenant place à côté de la raffinerie, cette dernière pouvant être utilisée comme piège à grande échelle, particulièrement efficace.

La bande-son n’a pas changé, et reste très kitch, avec des musiques à l’aspect SF des années 50, et des doublages faits à l’arrache. Si cela est plutôt amusant dans un premier temps, on se lasse vite des morceaux qui tournent en rond, et sont très peu nombreux. On aura même, lors de longues sessions de jeu, le réflexe radical de couper le son. Quant au scénario, si l’on peut l’appeler ainsi, outre le fait qu’il soit quasiment inexistant, il se révèle en outre parfaitement inutile. Sous forme de petites cinématiques au début de quelques missions, on apprend simplement où en sont les avancées de l’humanité dans la guerre, ou bien quelles sont les nouvelles armes déployées par les aliens… Autant être clair, cela n’a pas le moindre intérêt. Pour finir, Earth Defense Force 2 n’a pas été traduit de l’anglais, ce qui complique légèrement la compréhension des caractéristiques des nouvelles armes que l’on ramasse, mais rien de bien méchant.


 

Vous en conviendrez, ce test n’est qu’une longue énumération de défauts en tous genres. Car en effet, Earth Defense Force 2 n’a en aucun cas, sous aucun angle, l’aspect d’un bon jeu. Il est clairement laid, et se revendique remake d’un jeu PSP alors qu’il n’en est finalement qu’un portage très légèrement lifté. Son gameplay est en outre plutôt raide, et ne parlons pas de la conduite des véhicules, pourtant indispensables dans certaines missions. Alors pourquoi cette note ? Eh bien tout simplement parce qu’en dépit de ses très nombreuses tares, on prend du plaisir sur ce jeu absurde. Et c’est tout. Il n’a pas besoin d’être beau, ni même d’être ergonomique, puisqu’il reprend une recette qui a déjà porté ses fruits, et permet de passer du bon temps. Alors évidemment il n’aspire pas à grand-chose, pas même à se vendre, et il ne plaira quasiment à personne, principalement à cause de son aspect et de son univers infâmes et absurdes. Mais le fait est que si l’on apprécie la série ou qu’on aime les shooters bêtes et méchants, alors on a toutes les chances d’en penser autant de EDF 2, qui se révèle en outre un poil mieux réussi que son prédécesseur sur Vita.

Earth Defense Force 2 : Invaders From Planet Space

Earth Defense Force 2 : Invaders From Planet Space

Les plus
  • Plus fluide que tous ses congénères...
  • Jusqu'à 4 joueurs en Ad Hoc ou en ligne...
  • Complet et complexe
  • L'un des rares OVNIS japonais à arriver jusqu'en Europe
Les moins
  • Mais visuellement immonde
  • Mais un lobby totalement vide
  • Une bande son horrible
  • Le gameplay super raide
  • Temps de chargement un peu longs
  • Des véhicules quasimment injouables
6 10