Test de Final Fantasy VIII

1999, une année à marquer d’une pierre blanche : le retour de Star Wars au cinéma mais surtout, pour ce qui nous concerne, la sortie de Final Fantasy VIII. Un épisode attendu comme le messie après un Final Fantasy VII qui a laissé une marque indélébile dans l’histoire du jeu vidéo et dans l’esprit des joueurs. La communication autour du jeu a battu son plein et l’occident a attendu ce nouvel opus avec impatience. Le poids à porter est lourd pour un titre qui se veut une confirmation d’un style et en même temps promet d’être suffisamment innovant afin de nous faire oublier les anciens Final Fantasy. 

Au risque de briser tout suspens, l’attente fut longue mais en valait la chandelle. Final Fantasy VIII est un très bon RPG. Toutefois, il n’est pas pour autant dans l’excellence, dans cette perfection attendue après l’épisode VII. De gros espoirs quelque peu déçus par certains aspects du jeu mais rien de bien grave dans le fond quand on connaît la suite de la saga et les très limites épisodes XIII. Des reproches sur des aspects qui sont avant tout axés sur la perception que l’on peut se faire d’un jeu plus que sur la logique de la saga qui est d’évoluer, voir de se renouveler à chaque épisode. Une prise de risque salutaire et on aimerait que d’autres licences s’inspirent de cette logique et soient moins timorées dans leur approche d’un nouvel épisode. Final Fantasy VIII est avant tout l’ancrage de la saga en occident, preuve que l’engouement autour de son prédécesseur n’était pas un hasard.

Final Fantasy Cœur à Vif

Au moment de la sortie de Final Fantasy VIII, France 2 diffusait à l’heure du goûter une série australienne du nom de Hartley Cœur à vif. La vie d’un lycée de banlieue difficile en Australie avec les relations professeurs et élèves, leurs histoires de cœur etc… Je ne sais pas si Hironobu Sakaguchi a regardé cette série avant de réaliser Final Fantasy VIII mais en enlevant l’aspect lycée à problème (quoique certains protagonistes ont des problèmes du même ordre) force est de faire un parallèle entre les deux puisque notre héros, Squall Lionheart (oui, on aimerait tous porter ce nom), est un étudiant à la faculté de Balamb Garden comme la plupart de ses compères. Pas de preux chevaliers donc, ni de héros sortant de l’enfance, ce sont de jeunes adultes confrontés à la réalité de la guerre. Leur institution n’est ni plus ni moins qu’une académie militaire et eux finissent par devenir des Seeds, des mercenaires effectuant des missions à travers le monde.

Squall, dont le design est simplement à tomber, est un garçon plutôt réservé et froid. Sa première mission en tant que Seed va le mener à combattre une sorcière qui menace de plonger le monde dans le chaos. Il devra aussi faire face à son rival de toujours Seifer qui rejoint la prêtresse Edea dans son œuvre de destruction. Squall est épaulé de divers personnages dont le comportement tranche avec le sien, et surtout de Linoa. Cette dernière est le pivot de l’histoire personnelle, presque intimiste de ce jeu tournée vers la relation entre elle et Squall. Il faut dire que la cinématique de départ, le logo et la première rencontre ne laissent aucune place aux doutes : Final Fantasy VIII est une histoire d’amour.

Final Fantasy VIII test

Promis, je ne spoile rien ceci est dans l’introduction.

Ici est surement la beauté du scénario mais aussi sa grande faiblesse. Pas de surprise quant au destin de ces deux héros. Une romance classique entre un bougon qui apprend à vivre et une optimiste, un peu naïve, qui brise la glace grâce à sa fraîcheur et son sourire (et sa beauté ). Beau assurément, mais classique voir un peu dégoulinant de bons sentiments. D’ailleurs cette relation laisse peu de place aux autres protagonistes dont l’écriture est peu développée mais qui bénéficient d’un design plutôt réussi. Zell est l’excité un peu brutal de la bande, Irvine est classe simplement, Quistis est la touche sexy (une professeur qui se bat avec un fouet…) de l’équipe et Selphie, la petite excitée capable de s’émerveiller devant les pâquerettes. Une équipe sympathique mais dont la légèreté d’écriture a du mal à les rendre touchantes ou inoubliables. La surprise vient des passages avec Laguna, Kiros et Ward. Pour une raison inconnue, nos héros sombrent parfois dans un sommeil mystérieux et vivent la vie de ces trois soldats galbadiens devenus par la force des choses des globes trotteurs. Des personnages attachants surtout par la personnalité de Laguna à l’opposé de celle de Squall : un grand rêveur dont les gaffes n’ont d’égales que son courage mais ses amis doivent souvent en faire les frais.

Zell, Quistis et Rinoa : Design classe et charme

Enfin, un mot sur le/les antagonistes de Final Fantasy VIII. Seifer est le rival de Squall . Facile de le définir : fonceur, crâneur, désobligeant… des « qualités » qui font qu’on ne peut que le détester. Le problème est là : aucune profondeur particulière. Un personnage insipide qui a du mal à trouver sa place dans l’histoire (lui même dans le scénario étant en quelque sorte un jeune « perdu »). Son côté « jeune à problème » le rend difficilement crédible. Quant à Edea elle est juste méchante et c’est tout… Enfin il y a bien quelques surprises mais là aussi la profondeur fait défaut. Ainsi, nous avons un rival insipide et une super méchante qui fait son boulot… Après avoir connu Séphiroth dans Final Fantasy VII le choc est plutôt rude.

On peut donc en conclure que Final Fantasy VIII, bien que nous faisant vivre de grands moments d’émotions, a un scénario fort maigre en rebondissements. A chacun son avis sur ce point bien entendu. On peut s’amuser à classer les Final Fantasy selon leur scénario et chacun aura un top différent selon ses goûts. Il faut tout de même avouer que cette histoire d’amour qui aspire le joueur au point de lui faire occulter la gravité de la situation manque cruellement de surprise et surtout écrase les autres protagonistes qui auraient mérité un traitement scénaristique plus abouti.

Entre tradition et renouveau

Le trait principal de cette œuvre est surement ici : se renouveler comme à chaque épisode sans pour autant se renier. La tradition est d’une certaine façon respectée même si la formule est fort remaniée pour notre plus grand plaisir.

Un Final Fantasy à cette époque répond à certains codes notamment dans le gameplay. Les combats se déroulent avec le Time Action Event, un système au tour par tour sans temps mort entre les actions des combattants. Seulement ces dernières sont devenues pleinement paramétrables dans le menu du jeu. Mis à part l’action « attaquer », les autres sont entièrement laissées à la discrétion du joueur. On peut très bien se dispenser de l’action « objet ». Stratégiquement, je préfère « voler ». Cette action est peut être la plus importante car elle permet de voler de la magie aux ennemis afin de la lancer directement ou de la stocker pour l’utiliser plus tard. Pas de PM donc mais un nombre limité d’utilisation. Sachant qu’en se baladant on peut trouver des sources magies nous permettant de stocker des sorts parfois très rares et puissants. Le stockage outre le côté collectionneur va s’avérer d’un intérêt stratégique primordial. Déjà pour sortir le bon sort au bon moment mais surtout pour améliorer le personnage via les G-Force.

Parlons en justement. Les invocations jusque cet épisode étaient un peu le bonus non nécessaire à la progression. On pouvait s’en servir mais on n’avait parfois des sorts puissants et moins coûteux à sortir. Ici, elles gagnent en importance au point de se révéler indispensable dans certains combats et contre les boss. Il faut commencer par équiper votre G-Force sur un personnage et mettre la commande d’invocation dans sa barre d’action. L’invocation, selon le lien qu’il entretiendra avec la bestiole, prendra plus ou moins de temps. On peut améliorer ce temps en utilisant régulièrement la G-Force. Durant l’invocation, le personnage ne peut plus attaquer et sa barre d’énergie est remplacée par celle de la G-Force qui prend alors les coups à sa place. Pratique donc pour se protéger d’une attaque puissante. La G-Force fini par apparaître et lance son attaque durant une longue voir très longue séquence. Amusant au départ mais un poil lassant à force sauf si l’on a débloqué la capacité « Turbo » qui permet d’appuyer sur un bouton à des moments précis afin d’augmenter la puissance de la G-Force (jusqu’à 250 et pas de dépassement ou de ratage sinon retour à 0).

Final Fantasy VIII G-Force

Les G-Forces doivent parfois être combattues avant de rejoindre l’équipe.

Les G-Forces sont des membres à part entière de l’équipe qui vont gagner en niveau, peuvent être soignées ou ressuscitées et ont aussi des compétences à développer. Certains spéciales comme « voler » ou « carte » sont directement utilisables en combat. D’autres en revanche vont vous permettre d’associer de la magie stockée à une statistique d’un personnage pour l’améliorer. Plus la magie est puissante et nombreuse, plus la statistique augmente. Par exemple 100 brasier sur Def-Elem fait baisser de 50% les dégâts de feu, 100 de brasier + rend le feu inopérant et 100 de brasier X permet d’absorber l’élément. Un système complet et complexe d’autant qu’il faut parfois bien répartir les G-Force afin d’avoir le plus d’associations possibles et surtout les entraîner afin de débloquer les compétences, certaines nécessitant beaucoup de patience. Le jeu en valant la chandelle puisque les possibilités tactiques sont énormes. Elles ont aussi une petite place dans le scénario mais je vous laisse le découvrir. Un système bien pensé donc qui donne une véritable importance aux invocations en plein combat et permet de multiples possibilités afin de paramétrer votre personnage.

Toutefois, le système fait presque passer les attaques classiques pour obsolètes. Il existe aussi des limit breaks pour chaque personnage mais qui ne s’activent qu’en état de danger (ou via la magie aura) : Squall déclenchant alors une série de combos sur les ennemis avant de les finir avec un coup spécial dépendant de son arme, Irvine tire différents types de balles ou Zell déclenche des attaques spéciales selon une combinaison de touches un peu comme Sabin dans Final Fantasy VI. On regrette tout de même la barre de limite de Final Fantasy VII. Très puissant mais moins facilement utilisable que les limit breaks de Final Fantasy VII (du moins au départ).

L’aspect gênant du gameplay voir frustrant vient du fait que des G-Force peuvent vous passer sous le nez. En effet, certaines sont possédées par des boss et si on ne pense pas à les « voler » rien n’indique la présence des G-Forces. Si on les rate on ne peut plus les obtenir. Enfin, on remarque une disparition totale de l’équipement. Pas d’armure ni d’accessoire mais cela est compensé par le système des G-Forces. Que dire des armes que l’on apprend à fabriquer via la lecture de magazine. Les composants sont parfois très difficiles à trouver et il faut s’acharner pour obtenir l’objet nécessaire sur un ennemi.

Ainsi le gameplay du titre garde des éléments des anciens Final Fantasy comme le Time Action Event mais apporte suffisamment de choses pour donner l’impression de nouveauté. Le système des G-Force est un peu complexe au départ mais avec le temps il devient un prolongement de vos stratégies de combats permettant de finement paramétrer les personnages.

Beauté, magie, ambiance et jeu de cartes

Malgré de légers défauts, le titre n’en demeure pas moins attachant grâce une ambiance moins tournée vers le médiéval et beaucoup plus vers le moderne comme son prédécesseur mais en plus poussée encore. Ce style ne plaît pas à tout le monde. Force est de constater que cet univers est loin d’être désagréable. Ce modernisme pittoresque entre haute technologie, futurisme et quelques lieux plus bucoliques est enchanteur, avec une touche parfois de « vieillerie » qui peut détonner un peu comme la tour satellite de Dolet. L’ambiance de la fac de Balamb par exemple est des plus agréables et reposantes (la fac que tout le monde voudrait avoir). On reste contemplatif devant la très technologique ville d’Esthar et on appréciera la French touch de la ville de Deling City, un bel hommage à Paris by Night, arc de triomphe éclairé en prime. On trouve aussi des voitures, des trains, des vaisseaux volants, des stations spatiales… bref, l’univers nous prend à contre-pieds dans nos habitudes mais pour le meilleur plutôt que pour le pire.

Cela rend Final Fantasy VIII savoureux à parcourir. On ne boude d’ailleurs pas son plaisir durant l’exploration car les décors en 3D précalculés sont simplement superbes et les personnages sont modélisés avec soin. Les graphismes sont un des meilleurs points de cet épisode avec des cinématiques toutes plus magnifiques les unes que les autres. Enfin la bande son est un petit bijou sur quasiment tous les thèmes avec une mention spéciale pour la musique « Eyes on me » par Faye Wong à faire fondre les cœurs. Les plus romantiques seront instantanément sous le charme et les autres reconnaîtront simplement la beauté du thème. La magie, le transport dans un autre univers le temps d’une session de jeu, c’est ça l’esprit d’un Final Fantasy et celui ci nous fait rêver encore maintenant.

Mais il y a d’autres éléments à l’ambiance Final Fantasy et la recette avait pris du piquant avec le contenu gargantuesque de Final Fantasy VII. Quid de Final Fantasy VIII ? Du bon et du moins bon. Le bon étant que l’aventure est toujours aussi longue à boucler et qu’à côté Final Fantasy VIII a pour lui un des meilleurs mini jeux de l’histoire de la saga. Personnellement je dirai que seul le Gwynt arrive à dépasser le Triple Triad, le jeu de carte de Final Fantasy VIII. Un jeu de carte avec différentes règles de victoires ou de jeu selon les régions. En résumé vos cartes, représentant des monstres jusqu’au personnage du jeu, ont des chiffres sur chaque côté. Il faut essayer de poser la carte de manière à ce que le chiffre le plus élevé se retrouve face à une carte adverse au chiffre le plus faible afin de la retourner. Simple mais le jeu devient complexe avec des règles comme les combos ou aléatoires qui piochent au hasard les cartes dans votre Deck. Ce mini jeu vous permet de collectionner nombre de cartes, celles de G-Forces et des personnages étant les plus rares et difficiles à obtenir. Elles ont aussi une autre fonction avec la compétence de la G-Force Golgotha qui vous permet de transformer des cartes en objet. Les objets plus rares à obtenir peuvent l’être par ce biais. Attention les cartes sont définitivement perdues avec cette méthode. Elle s’avère toutefois nécessaire afin d’en découdre avec le boss ultime du jeu. De nombreuses heures sont à prévoir pour compléter ce mini-jeu qui reste encore un des meilleurs dans un Final Fantasy et peut-être dans un jeu vidéo.

Il existe nombre de choses à faire mais certaines sont plus anecdotiques comme la recherche des Timber Maniacs ou encore les forêts de chocobos. Les bestioles sont toujours présentes et une série de mini jeu de recherche vous fera découvrir les secrets des chocobos mais on est très loin de l’aventure et de l’élevage proposé par Final Fantasy VII. Il faut aussi savoir que tout à une fin mais dans Final Fantasy VIII l’exploration peut être littéralement bloquée à la fin du disque 3. Le passage au disque 4 vous emmenant dans un autre lieu et en revenant sur la carte du monde vous ne pourrez plus rentrer en ville ni utiliser tous les moyens de transports. Seul le Ragnarok, votre vaisseau, sera accessible et quelques lieux en plus. Un conseil donc si on vous demande de prendre d’assaut un monolithe géant prenez votre temps avant de le faire… Un point frustrant car rien ne prévient d’avance les conséquences de l’avancée dans le scénario et on peut dire adieu à certaines quêtes.


Etre le successeur de Final Fantasy VII est une mission difficile. Final Fantasy VIII n’arrive pas à faire oublier son illustre aîné malgré beaucoup de qualités. Les quelques défauts, en particulier scénaristiques, poussent à la critique. Il fait toutefois parti de ces « échecs » (un qualificatif fort, j’en conviens) proches de la grandeur car il continue la série à merveille. Il ne peut en aucun cas laisser de marbre la personne derrière l’écran. La marque de fabrique de la série est ici respectée : l’audace. Chaque Final Fantasy a ses fans et ses détracteurs. La série ne cesse de chercher à évoluer pour le pire ou le meilleur. On peut donc être fort critique envers cet épisode mais il reste toutefois dans le meilleur et montre bien la volonté de changement que ce soit dans le gameplay ou le design par exemple. Personnellement je le vois un peu comme un épisode de transition nécessaire avant l’œuf d’or de cette génération de console. Final Fantasy VIII est un épisode émouvant, imparfait et pourtant indispensable pour comprendre ce qu’est un Final Fantasy. Il ancre définitivement la série dans le paysage vidéoludique et ça c’est mission accomplie chef.

Final Fantasy VIII

Final Fantasy VIII

Les plus
  • Graphiquement au top
  • Des héros au design travaillé...
  • Scénario captivant...
  • Le système des G-Forces efficace...
  • Le Triple Triad
  • Bande son sublime
Les moins
  • Un modernisme qui ne peut pas plaire à tout le monde
  • ... mais qui manquent de prestance
  • ... ménageant peu de surprises
  • ... avec des invocations bien trop longues
  • Les quêtes annexes parfois anecdotiques
  • Un CD 4 très light en contenu.
8 10