Sorti le 25 Septembre 2015, Grand Ages : Médiéval est un jeu développé par Gaming Minds et édité par Kalypso, le célèbre studio connu notamment pour sa série à succès Tropico.
Se rapprochant d’un jeu de stratégie en temps réel, l’on aurait tendance à le juger de prime abord comme un Wargame à la sauce Total War. Pourtant, dès que l’on se penche d’un peu plus près sur ce titre, l’on se rend bien vite compte que nous allons au final nous retrouver à devoir nous étendre et dominer l’Europe, non pas par voie militaire, mais grâce au commerce, en pleine expansion pendant la période historique du Haut Moyen-Age…

 

ENTRE ESTHETISME ET DECEPTION VISUELLE:

Difficile de déterminer exactement si ce Grand Age : Médiéval s’oriente plutôt vers un jeu de stratégie, de gestion, voire encore un pur 4X. En effet, l’on retrouve bel et bien tous les éléments de ce dernier genre, à savoir l’exploration du continent européen, l’expansion d’un royaume, l’exploitation de ressources, et l’extermination, même si ce dernier point est à relativiser de suite car l’on se rend compte très vite que nous ne sommes absolument pas face à un Total War par exemple, dont les graphismes du jeu se rapprochent pourtant grandement.

C’est en effet à s’y méprendre de prime abord, car Grand Ages : Médiéval nous propose d’évoluer sur une carte de l’Europe, géographiquement très fidèle. L’on y retrouve à la bonne échelle et aux bons emplacements tout le relief : mers, montagnes,…, ainsi que les villes les plus importantes de l’Europe médiévale.
Si le décor est bel et bien fidèle, les graphismes, eux, restent dans l’ensemble très moyens pour un jeu de 2015. Outre les textures pas toujours extrêmement détaillées, on notera également les avatars de personnages tous droits sortis d’un temps bien révolu.
A l’inverse de la partie jeu en lui-même, il faut souligner le très joli effort effectué pour les phases scénarisées : ces dernières sont composées d’images fixes qui apparaissent peu à peu à l’écran, venant agrémenter la narration d’une voix off déclamant tel un historien. Elles s’affichent à l’écran comme un dessin ou une peinture, dont l’artiste serait en train de confectionner son chef-d’œuvre en temps réel. Une très belle façon de procéder, qui ajoute de l’intérêt au scénario, et nous donne surtout envie de le suivre et l’écouter.

L’histoire, justement, se déroulant au tout début du Haut Moyen-Age à une époque à la fois de grand essor économique et de conquêtes militaires importantes, nous conte assez sobrement mais de manière efficace l’ascension sociale d’un certain Léon Vasselios, fils d’un ami très proche de l’Empereur Constantin X. Dirigeant de la cité florissante de Sofia, il va devoir tout au long du scénario faire prospérer sa propre ville tout en déjouant les complots menés à Constantinople, afin de garder uni et agrandir plus encore le gigantesque royaume d’Orient.

 

ENTRE BON GUIDE ET PRISE EN MAIN DIFFICILE:

Le mode « campagne », qui est la plus grosse composante du jeu, est plutôt bien mené, à travers différents chapitres découpés comme un long tutoriel venant peu à peu nous apprendre tous les rouages du gameplay. Si nous sommes bien encadrés la plupart du temps et guidés dans le moindre de nos faits et gestes, il n’est toutefois pas facile de prendre le jeu bien en main. Il n’est en effet pas rare de se poser un instant devant les objectifs, et « tiquer » en ne se rappelant plus comment faire : pour créer une route par exemple, attribuer des productions précises à une cité ou encore décider des denrées d’une route commerciale… Des hésitations dues à un léger manque d’ergonomie ou de logique des différents onglets, ce qui demandera au début une attention toute particulière du joueur sur sa partie s’il ne veut pas se retrouver très vite perdu.

Une fois les rouages bien assimilés, le jeu devient quand même relativement agréable, même si un autre gros point noir vient rapidement entacher la fluidité d’exécution de nos actions : le déplacement du curseur sur la map est très loin d’être optimal. Si aller sur les bords de l’écran fait déplacer la map dans un sens ou dans l’autre, façon traditionnelle de procéder pour un jeu de stratégie, il n’est pas toujours évident de trouver comment déplacer des unités ou relier des caravanes commerciales à des villes. Là encore, c’est un coup à prendre à force de pratique. La mini-map, elle aussi, est curieusement faite, puisque cliquer à un endroit sur cette dernière ne vous emmène pas automatique sur la vue de ce point précis. A la place, il faut maintenir enfoncé le bouton droit de la souris, et déplacer son curseur dans le sens inverse de la direction souhaitée. Une complication inutile, qui fait perdre du temps dans l’exécution des actions, et vous fera assurément rager plus d’une fois.

Autre point négatif, visant à rendre volontairement le jeu plus lent : le temps de construction des bâtiments et de recrutement des unités. Si à première vue c’est une bonne idée de ne pas avoir à disposition immédiatement tout ce que l’on achète ou commande, la lenteur d’exécution que cela entraîne risque malheureusement d’en rebuter plus d’un. En effet, nous ne sommes pas ici dans un jeu demandant de programmer et d’anticiper des dizaines d’actions à l’avance et ce de manière constante. Une fois nos commerces établis, l’on se retrouve alors souvent avec du temps de libre, que l’on passe en augmentant la vitesse du jeu. Mais comme tout ce que l’on construit a un temps d’attente, l’on se retrouve très vite à passer le plus clair de son temps le doigt pressé sur la touche espace du clavier pour faire défiler la vitesse en x10… et même avec cette vitesse maximum, l’attente nous parait encore bien trop longue. Il aurait été préférable de mieux maîtriser le défilement du temps, ou alors de faire un jeu plus dynamique basé sur des actions constantes à réaliser…

L’on peut également s’essayer au mode « partie ouverte » : ce dernier reprend en jeu exactement les mêmes principes, si ce n’est que vous avez alors une liberté totale quand aux choix de développement de votre royaume. L’on peut fixer ainsi soi-même ses règles ou objectifs, grâce notamment au choix de sa ville ou région de départ, mais aussi en limitant par exemple la taille de la carte jouable si l’Europe toute entière nous parait trop grande. Mis à part cela, c’est au joueur de s’étendre et prospérer à son rythme. Un très bon mode pour évoluer sans contraintes…

 

ENTRE DEVELOPPEMENT COMMERCIAL ET REPETITIVITE:

Le commerce est l’un des deux grands aspects du jeu.
Le but de ce jeu est finalement, à partir de sa cité de départ, de chercher à étendre peu à peu son influence en faisant du commerce avec les villes voisines, puis à travers toute l’Europe, afin de revivre cet essor de production et d’artisanat qui a eu lieu lors de cette période historique.

Pour ce faire, les développeurs ont eu l’ingénieuse idée de restreindre les villes à 5 productions différentes. Ainsi, pour se procurer la multitude d’autres denrées existantes, il va falloir obligatoirement la faire livrer des autres cités. A l’inverse, ces villes elles aussi auront besoin de vos productions pour survivre et se développer, ce qui va entraîner un système d’import/export incessant de marchandises. Vous vous retrouverez ainsi progressivement avec de multiples caravanes commerciales se promenant un peu partout sur la map.

Grand Ages : Médiéval est un véritable jeu de négoce. En effet, les cités vont avoir envie d’évoluer, de s’agrandir, afin d’accueillir plus de population, de produire plus et donc d’accumuler plus de richesses. Cette population, qui a des besoins primaires au départ, va ainsi rapidement réclamer des ressources diverses et plus luxueuses au fur et à mesure, ce qui va vous contraindre à jeter un œil régulièrement sur ce que proposent les voisins afin de comparer et acheter au meilleur prix. Les finances ne sont pas extensibles, et c’est pourquoi il faudra pour prospérer se mettre dans la peau d’un trader toujours à l’affut de la bonne affaire. Pour se repérer rapidement, un système assez visuel de barils de couleur verte dans l’onglet négoces permet d’identifier en un coup d’œil la quantité de ressources disponibles. Ainsi, moins une cité possédera en quantité une denrée, plus le prix de cette dernière sera élevé… et inversement.

Pour commercer à proprement parler, le jeu s’appuie sur un système de routes commerciales, que l’on peut ouvrir assez facilement avec une autre cité, en général moyennant finances. Les commerçants sont alors envoyés pour vendre et acheter ce que l’on a programmé soi-même. S’il est possible de diriger ces caravanes manuellement, l’on se rend vite compte que c’est beaucoup moins contraignant et fastidieux de les automatiser. Afin d’avoir un commerce toujours plus qualitatif, il faudra acheter peu à peu de nouveaux wagons, permettant ainsi de transporter toujours plus.

Outre les caravanes, les villes elles-mêmes s’agrandissent via l’achat de bâtiments. Si l’on est bien limité à 5 produits différents, l’on peut et doit progressivement construire de multiples bâtiments du même type, comme par exemple de nombreuses scieries pour augmenter sa production de bois.

Pour s’enrichir un peu plus, l’on pourra trouver également ça et là sur la carte « des sites d’aventure » : des lieux à explorer, recélant en général des ressources. Si l’idée est intéressante, il faut toutefois avoir des yeux perçants pour les remarquer, car ces derniers sont si petits qu’on les confond bien souvent avec des éléments du décor.

Comme l’on est enfin face à un jeu d’expansion, il ne faudra pas oublier d’aller fonder de nouvelles villes aux quatre coins de l’Europe, en choisissant des terrains fertiles qui pourront apporter de nouvelles ressources encore inexploitées, et y envoyer des colons ou des navires expéditionnaires. Il est très important de ne pas laisser cet aspect du jeu de côté, puisqu’à terme, vous pourriez posséder un royaume suffisamment grand et prospère pour n’avoir plus qu’à commercer au sein de vos propres terres. Et c’est justement pour cela, pour le contrôle ou le monopole des ressources, que pourront se déclarer des guerres…

 

ENTRE EXPANSION MILITAIRE ET JEU PEU STRATEGIQUE:

Si l’aspect militaire est bien la seconde grande thématique du jeu, il reste néanmoins en retrait par rapport au commerce.
Très vite dans une partie, nous serons amené à construire une caserne, afin d’y entraîner des troupes. Tout d’abord de simples mercenaires, il sera possible d’améliorer ces unités grâce à d’autres bâtiments et technologies à débloquer. Outre les basiques fantassins, l’on retrouve les unités traditionnelles des Wargames : archers, cavaliers,… possédant tous des avantages et pénalités face aux autres types de troupes.

Cependant, ne vous attendez pas à des combats très stratégiques. Malheureusement, ces derniers se font de manière quasi automatique, les troupes ennemies se rentrant dedans lorsqu’elles s’aperçoivent, pour batailler jusqu’à la mort. Il n’est possible alors que de définir des ordres très simples à nos troupes, comme d’adopter une position offensive ou défensive. Les affrontements sont de plus en général très longs, ne s’achevant qu’avec la déroute complète de l’une des armées.

Les affrontements peuvent se faire n’importe où sur la map, sur n’importe quelle grande plaine d’Europe… Mais les combats les plus intéressants restent les sièges de villes. Ces dernières peuvent construire des palissades et remparts de pierre pour se défendre, tandis qu’il vous faudra de l’autre côté des armes de siège, comme des Trébuchets par exemple, pour venir à bout de ses murailles. Contrairement à un Total War, les combats se font sur la même map de jeu, ayant pour conséquence négative de restreindre cet aspect stratégique hautement prisé par les amoureux du genre, mais dans le même temps de permettre de donner un certain dynamisme aux parties puisque tout se fait de manière instantanée, sans temps de chargement.

Un dernier point intéressant est l’apparition de pirates en pleine mer. Ces derniers n’hésitent pas à piller les différents navires marchands, et il faudra assez rapidement développer sa propre flotte pour défendre ses marchandises.





Pour résumer ce Grand Ages : Médiéval, on peut dire que c’est un jeu perpétuellement dans l’entre deux… entre les bonnes idées, et les applications un peu bancales.

En effet, il y a beaucoup de choses intéressantes dans ce titre. L’époque historique et le lieu géographique choisis en premier lieu, et surtout ce mélange d’expansion et de domination à la fois par voie militaire et commerciale. Une idée originale, quand l’on sait que de nombreux Wargames par exemple délaissent totalement ce second aspect au profit de combats purs et durs.
Seulement voilà, à vouloir mélanger les genres, l’on se retrouve au final face à une réalisation donnant un arrière goût d’inachevé, ne maîtrisant totalement aucun de ces deux aspects. A ne pas vouloir tout miser sur les affrontements, les développeurs ont semble-t-il parés au plus simple, et enlevés tout l’aspect stratégique des combats qui est pourtant ce que recherche avant tout la communauté d’un tel type de jeu. Alors que la gestion de tout ce qui est commercial est de son côté très intéressante, mais assez vite lassante en grande partie à cause des temps d’attente entre chaque construction.

Grand Ages est tout de même à préconiser aux passionnés de jeux de stratégie et de gestion, qui risquent, malgré tous ses points négatifs, d’y trouver un peu de réconfort et de quoi passer un peu le temps en cette période de disette du genre…

Grand Ages : Médiéval

Grand Ages : Médiéval

Les plus
  • Un système de commerce intéressant
  • Un tutoriel assez complet et surtout très utile
  • De superbes images pendant les phases de narration
Les moins
  • Des graphismes assez moyens
  • Une répétition des actions à terme lassante
  • Un temps d'attente des constructions interminable
  • Un aspect militaire pas suffisamment poussé
6.5 10