Hyper Light Drifter test logo
Fort d’une campagne Kickstarter très fructueuse et de deux ans de développement, Hyper Light Drifter a enfin débarqué sur nos PC et consoles le 31 mars dernier. Un jeu attendu de la communauté indé, qui voyait déjà en lui la nouvelle perle du genre. Faut-il lui donner raison ?

En 2014, le petit studio indépendant Heart Machine met en place une campagne Kickstarter pour un projet qui leur tient à cœur, un action-RPG en vue isométrique du nom de Hyper Light Drifter. Sont déjà annoncés des graphismes en pixel art séduisants et surtout, la présence à la musique de ni plus ni moins que Disasterpeace, à l’origine de la bande-son de Fez, Mini Metro et It Follows. Budget demandé ? 100 000 $. Mais les joueurs ont été tellement emballés, d’autant que le studio jouissait du soutien de Phil Fish, créateur de Fez, que la campagne a au final récolté plus de 650 000 $. Un des plus gros succès de la plate-forme de financement participatif qui est passé relativement inaperçu du grand public. Après de nombreux reports, mais une communication régulière de la part du studio, Hyper Light Drifter est enfin disponible pour la plus grande joie de nos yeux, mais pas de notre santé mentale. Et c’est tant mieux.


Hyper Light Drifter – Trailer par CooldownTV

Simulateur d’éblouissement

Nous sommes directement mis dans le bain avec une séquence d’introduction aussi belle qu’intrigante. Le monde se retrouve ravagé par un cataclysme provoqué par quatre géants qui finissent par disparaître au fil du temps. Vous contrôlez un Drifter, chargé de collecter les savoirs oubliés, les technologies perdues et les souvenirs d’une époque révolue. Malheureusement, notre héros, ainsi que ses collègues, est atteint d’une étrange maladie. Il devra parcourir ce monde post-apocalyptique pour vaincre cette malédiction qui pèse sur lui. A première vue, le scénario semble assez simple mais le jeu ne distille d’informations claires qu’au compte goutte. Le reste de la narration se fait à travers l’exploration du monde que le studio Heart Machine appelle « le monde des Temps Enfouis » ou par des images qui tiennent lieu de dialogues entre deux protagonistes. Aucun mot n’est en effet prononcé ou même écrit dans ce jeu.

Hyper Light Drifter world map

La map du jeu est découpée en cinq parties distinctes

Premier constat, que l’on soit sensible au pixel art ou pas, Hyper Light Drifter est indéniablement beau, bénéficiant d’une direction artistique soignée, travaillée, proposant un monde cohérent et sombre malgré les couleurs chatoyantes du titre. On n’en attendait pas moins bien sûr, mais l’avoir directement sous nos yeux procure un véritable sentiment de dépaysement. Sentiment décuplé lorsqu’un panorama apparaît, représentant par exemple un géant pourrissant sur le flanc d’une montagne à des kilomètres de là. Le mot somptueux peut être utilisé sans doute possible. La direction artistique a été très influencée par les films de Miyazaki, et notamment Nausicaä de la vallée du vent et Le Château dans le ciel.

Çà et là traînent les carcasses de robots d’une époque lointaine, les anciennes villes ont été envahies par la nature sauvage, qui a repris ses droits sur le monde. On sent qu’il y a eu une vie avant le cataclysme, et que les habitants mettent du temps à se réorganiser. Les longues pérégrinations de notre Drifter, qui bénéficie d’un chara-design de qualité, comme tous les personnages du jeu et surtout les boss (le dernier est impressionnant), se font en plus au son des musiques de Richard Vreeland alias Disasterpeace, qui se surpasse encore une fois en livrant des compositions douces et calmes pour la plupart, qui témoignent du sentiment éprouvé par le joueur en fonction des endroits visités. Il sait aussi monter le ton lors des superbes affrontements de boss. Chaque thème est juste et correspond parfaitement au lieu. On se retrouve transporté dans l’univers de Hyper Light Drifter et, avouons le, on a du mal à en sortir. Un tour de force de la part de Heart Machine qui privilégie l’immersion sonore et narrative plutôt que l’immersion visuelle et technique comme le font certains AAA.

Hyper Light Drifter test géants

Assurément un des plans les plus impressionnants du jeu.

Parlons-en de ce monde grandiose. Celui-ci est constitué de cinq parties accessibles à mesure que l’on avance dans le jeu. La partie centrale est la ville, sorte de Hub principal dans lequel le joueur peut upgrader son personnage. Le monde est ensuite découpé en quatre niveaux, un à chaque point cardinal, qu’il faudra parcourir un par un. Chaque niveau, d’une ambiance et d’un thème différent que nous vous laisserons découvrir (personnellement, j’ai une préférence pour le deuxième niveau), est composé de sa surface mais aussi d’un monde souterrain plus sombre. Ceux-ci, sont vastes mais ne nous perdent jamais, malgré leur aspect labyrinthique. On sait toujours où aller, le chemin se dessinant de façon logique à nos yeux. Il faudra donc les visiter en entier pour pouvoir activer quatre mécanismes à chaque fois.
Un boss est toujours présent à la fin des niveaux. Mais la route est semée d’embûches pour y parvenir. Il faudra nettoyer de nombreuses salles remplies d’ennemis divers plus ou moins puissants qui apparaissent parfois par paquets de dix. Le gameplay des combats est d’ailleurs très bien pensé. Le Drifter possède une arme de corps à corps (une épée) et peut porter deux armes à distance (des pistolets aux effets différents que l’on recharge en tapant des ennemis). Les combats avec cet équipement pourraient faire penser à ceux du remake de Strider, sorti en 2014, en un peu moins dynamique. Mais surtout, il est possible d’effectuer des dash pour esquiver des coups ou se rapprocher rapidement d’une cible. Le level design est essentiellement basé sur l’utilisation du dash. Les niveaux regorgent de gouffres à franchir avec cette feature et on se plaira beaucoup à essayer d’accéder aux différentes plates-formes et rebords pour voir ce qui se cache derrière.
Il faudra faire preuve de réflexes et de courage pour venir à bout de tous les ennemis tout en conservant le plus de points de vie possible pour affronter le boss. Notre Drifter possède en effet un nombre limité de kits de soins (5 maximum au bout de l’aventure ou moins mais chaque chose en son temps) qu’il faudra sauvegarder le plus possible, car ils se font de plus en plus rares au fur et à mesure de l’avancée dans le niveau. Ce serait dommage d’arriver face au boss avec quatre points de vie et zéro kit (histoire vécue et résolue dans la douleur).

Hyper Light Driter test panorama

Les panoramas sont parfois à couper le souffle

Du sang et des larmes

C’est ici que nous allons aborder la partie qui fâche. Le jeu est dur. Parfois même très dur. Notre survie ne dépend pas que de notre talent ou de nos réflexes mais presque principalement du nombre de kits de soins que l’on a sur soi et qu’il faudra en plus utiliser régulièrement. Des kits sont cachés un peu partout dans les niveaux, poussant le joueur à les explorer à fond lorsqu’il est dans le besoin. Malheureusement, il est fréquent qu’un périple entrepris pour récupérer un kit ne fasse revenir le Drifter avec moins de points de vie et de kits qu’il n’en avait au départ. Cela peut-être très embêtant et c’est pourquoi la gestion de ces kits est importante. On pourra donc regretter l’absence d’un magasin ou d’une zone qui puisse nous les restaurer, mais le challenge est là et ne peut que nous exciter.
Il faudra parfois choisir de mourir plusieurs fois dans une salle pour enfin réussir à la traverser sans avoir à utiliser de kit. Arriver devant un boss avec le maximum de kits de soins peut être synonyme de victoire relativement rapide et moins rageante. Car oui, les boss sont durs à battre. Ils laissent peu de temps à la réflexion et nous font plutôt dépendre de nos réflexes. J’ai moi-même pu découvrir l’étendue de mon langage grossier à force de recommencer des combats encore et encore, jusqu’à trouver la faille ou à m’habituer aux attaques du boss. Je peux donc vous dire d’expérience que se retrouver sans kit devant un boss est la pire chose qui puisse vous arriver dans Hyper Light Drifter. Ceux-ci mènent contre le joueur une guerre d’usure morale qu’il est nécessaire de remporter pour ne pas sombrer dans une spirale autodestructrice. Battre un boss a donc quelque chose de grisant, un sentiment que les joueurs de Dark Souls ou Bloodborne pourraient connaître. Cette difficulté n’est pourtant jamais injuste et dépend des capacités du joueur. Elle ajoute un challenge bien réel qui nous fera stresser avant chaque affrontement. Elle pourrait cependant en rebuter un certain nombre. Chose tout de même intéressante concernant ces combats, ceux-ci donnent parfois lieu à un changement de style sympathique. En effet, les boss ont souvent des attaques typiques du shoot’em up, dans lequel il faut éviter des attaques de zones et de multiples projectiles arrivant de toutes les directions.

Si le joueur meurt, il reprend au dernier checkpoint, qui se situe en général à l’entrée de chaque salle remplie d’ennemis ou juste avant le boss. Il faudra donc tout refaire, comme dans un Hotline Miami. Vous l’aurez sûrement déjà remarqué, Hyper Light Drifter semble emprunter des mécanismes de pas mal de jeux, de bons jeux qui plus est, pour les retranscrire d’une manière tout à fait juste dans le titre. Cette capacité de synthétiser le meilleur de la part de Heart Machine ne peut que nous laisser admiratifs.

Afin de s’endurcir pour passer un endroit chaud ou un boss, le joueur peut se téléporter à tout moment au Hub central afin d’améliorer son personnage, si tant est qu’il ait assez de points à dépenser. Les améliorations sont en effet assez chères. Dispersés et bien cachés dans le monde ou sur les ennemis, ces points fonctionnent d’une manière particulière. Il faut rassembler quatre parties pour former un point entier que l’on pourra dépenser. La plupart des améliorations valent au moins trois points, d’où encore une fois, l’importance de bien explorer tous les niveaux. Ces parties à assembler se font plutôt rares, et il faudra donc bien réfléchir à l’usage que nous allons en faire. Est-ce qu’on privilégiera de nouvelles attaques à l’épée ? Un dash plus efficace ? Pouvoir transporter plus de kits de soins (je vous avais dit qu’on y reviendrait) ? De ce que j’ai pu voir, il est difficile de tout débloquer en une partie.


 

Que retenir donc de Hyper Light Drifter ? Si le jeu est assez différent sur la forme de ce que Heart Machine nous avait annoncé en 2014 (les looks des boss ont été revus et les niveaux ont été changés), la promesse, elle, est restée et a été tenue de bout en bout. La bande-son est aussi magnifique que les environnements. Les cinématiques, bien que rares, m’ont plus impressionnées que celles d’un AAA, par leur côté parfois démesuré et très inspiré des animés Japonais. Le gameplay est très bien travaillé et la prise en main se fait naturellement. Je vous conseille d’ailleurs, tout comme les développeurs, d’utiliser une manette pour jouer, car la jouabilité au clavier/souris est assez bordélique et brouillonne. Hyper Light Drifter laissera à coup sûr une marque dans le paysage du jeu vidéo indépendant pour toutes les raisons citées précédemment et même plus. Heart Machine fait étal de son savoir faire en matière de choix opportuns. Surprenant venant d’un studio si jeune. Si on peut parfois déplorer une difficulté trop forte par endroits, elle n’enlève rien au plaisir de jeu que j’ai pu éprouver, et Dieu sait que ces dires, venant de moi, signifient beaucoup, votre serviteur n’ayant jamais pu jouer plus de 2 h à un Dark Souls sans éclater de rage et abandonner complètement. Je ne dis pas non plus que je ne l’ai pas fait ici, mais dix minutes plus tard, j’étais retourné devant mon écran, le sourire aux lèvres, prêt à remettre le couvert. Et c’est ce que je ferai encore avec ce jeu avec le plus grand plaisir. Un plaisir que je n’ai pas eu depuis un bout de temps déjà.  Les amateurs de jeux indé peuvent se rassurer, la relève de Fez, Braid et Hotline Miami est bien arrivée. N’hésitez pas, plongez-vous dedans les yeux fermés.
Hyper Light Drifter

Hyper Light Drifter

Les plus
  • Des graphismes superbes
  • Un gameplay agréable
  • Une narration soignée
  • Des compositions de très bonne facture
  • Une compilation de ce qui se fait de mieux dans des grands jeux
  • Une atmosphère particulière
  • Le chara design
  • Un challenge bien présent...
Les moins
  • La jouabilité n'est pas adaptée au clavier et à la souris
  • La map n'est pas toujours très précise
  • ...parfois trop difficile pour le grand public
8.5 10