Dernier-né d’une longue lignée de crossovers, Jump Force a la lourde tâche de fêter dignement les 50 ans du Shonen Jump. Ce magazine mythique, père de nombreux mangas au succès interplanétaire, propose ici avec l’aide de Namco Bandai un jeu de combat 3D en 3v3 mâtiné d’Action-RPG. La question se pose : Jump Force arrive-t-il à dépasser sa condition d’objet publicitaire ?

New York est en flammes. Vous, simple péon égaré parmi les carcasses de voiture, tentez de survivre à l’assaut des Venins, une force d’attaque interdimensionnelle peuplée de guerriers lambda à l’esprit embrumé. Freezer et Sangoku se livrent bataille ; par malchance, un tir part et vous abat. Trunks, courageux voyageur temporel, vous ressuscite alors sous la forme d’un guerrier diablement costaud, naturellement doué pour la castagne. L’outil pour vous ramener à la vie ? Un cube d’Umbra, un artéfact doté de pouvoirs incroyables que toutes les factions veulent s’approprier. Sur ces entrefaites, vous partez rejoindre le QG de la Jump Force, un commando d’élite constitué de légendes du shonen comme de quidams nouvellement surhumains. Un seul but : réparer le tissu de l’univers qui s’est déchiré, laissant entrer les collisions les univers du Shonen Jump et notre monde contemporain.

Ce qui est formidable avec cette introduction, c’est qu’elle résume à elle seule chaque problème du jeu sans présenter ses qualités. Tentons d’éclaircir ces carabistouilles.

Têtes de pipes et cubes magiques

Premier point, fondamental pour un crossover : quid du casting ? Avec pas moins de 42 personnages jouables (dont 2 à débloquer via le mode Histoire), Jump Force est bon élève. Les développeurs se sont efforcés de mélanger les époques, quoiqu’il manque des mangas comiques : un parti-pris facilement explicable par l’envie d’ancrer l’action dans notre réalité. Excusable ? Sachant que l’ami Yugi est jouable… à vous de voir. Heureusement que l’inénarrable Nicky Larson (alias Ryo Saeba) vient mettre un peu de piment dans cette galerie d’épéistes, de ninjas et d’artistes martiaux surhumains. L’omniprésence de Dragon Ball et One Piece est regrettable : avec 6 représentants chacune, ces franchises s’accaparent voracement les places du casting. Les séries plus jeunes (comme My Hero Academia ou Black Clover) se retrouvent alors avec une seule tête d’affiche ; idem pour Ken le Survivant. Un choix moins facilement pardonnable, alors que les protagonistes de shonen tendent finalement à se ressembler. Inclure plus d’antagonistes ou personnages secondaires aurait été fort plaisant.

Avant d’aborder le reste du contenu, il est impossible d’esquiver le mode Histoire. S’imposant à vous dès votre première connexion, il vous balade de cutscenes en cutscenes. Pas franchement intéressants et loin d’être agréables visuellement, ces interludes sont ponctués de dialogues souvent mous voire profondément plan-plan. Un comble lorsque autant de fortes personnalités se télescopent. Heureusement, les seules récompenses du mode Histoire sont des vêtements pour votre avatar, et deux personnages originaux, Kane et Galena. A vous de voir si le jeu en vaut la chandelle, mais sachez une chose : les cutscenes ne peuvent pas être passées…

Kane, antagoniste principal de Jump Force

Ni franchement laid, ni très inspiré, Kane reste un antagoniste oubliable qui a le mérite d’être jouable une fois l’histoire terminée.

Au-delà des frustrations inhérentes aux cinématiques, il faut reconnaître que le scénario ne brille pas par son astuce ou sa créativité. Impliquant les cubes d’Umbra, des artefacts magiques aux milles pouvoirs, la trame se déroule en enchaînant les combats contre des héros possédés, ou des super-méchants purement chaotiques. Les différentes missions sont centralisées dans un hub librement explorable (quoique bien vide) qui sert également de menu principal. Pour créer une courbe de difficulté, Jump Force vient instaurer un système très RPG, où vous devrez accumuler de l’expérience et doter vos personnages de différentes capacités passives. Votre avatar peut également apprendre les techniques spéciales des autres héros qu’il croise. Personnellement, j’admets ne pas faire attention à ces mécaniques tant elles semblent gadget ici. Superflues, elles ne servent qu’à gonfler artificiellement la durée de vie en instaurant des barrières qui n’ont pas lieu d’être posées. Reste la customisation visuelle, toujours agréable, mais surtout un gameplay bien pêchu.

Un dynamisme bienvenu

Car il suffit d’énumérer les défauts majeurs du titre ; Jump Force garde de sérieux atouts dans sa manche. En premier lieu, le gameplay se prend simplement en main : deux boutons d’attaque, une ruée, une choppe et des attaques spéciales – roulez jeunesse ! Aucun combattant ne nécessite un apprentissage particulier, ce qui est un atout pour les parties rapides avec les potes mais un défaut sur le long terme. Tant pis, le fun arrive rapidement grâce aux attaques spectaculaires que l’on déclenche d’une pression du joystick. Avec des combats en 3v3, vous pouvez bien sûr demander de l’aide à vos camarades hors du terrain. Construire son équipe selon les soutiens que l’on veut recevoir est une bonne idée. Notez que la barre de vie est partagée par toute l’équipe. Une décision qui accélère les combats et force les joueurs à toujours rester vigilants.

Screenshot de Naruto dans Jump Force

Quand il s’agit de lancer une attaque ultime, les développeurs ne lésinent pas sur le grand spectacle.

Plus que la dextérité des joueurs, c’est leurs réflexes qui seront mis à l’épreuves. Avec 4 combos de base par combattant, le panel d’options reste limité. Le nerf de la guerre se situe dans vos décisions : quelle attaque utiliser au bon moment. En parant ou ripostant à l’instant exact de l’impact ennemi, vous pouvez contrer leur assaut et les désarçonner. Tout le sel du système de combat se trouve là, dans le bluff et le rythme des coups portés. La jauge de déplacement conditionne aussi les approches choisies. Elle est consommée en partie lors d’une ruée vers l’avant, ou totalement lors d’un Combo Breaker. Un faux-pas peut vous immobiliser ou vous laisser ouvert face à l’ennemi. Malgré un éventail de coups limités, on prend donc plaisir à jauger son concurrent et tenter de le feinter avec astuce.

Un spectacle son et (beaucoup de) lumière

L’ingrédient mystère qui donne sa saveur à la formule Jump Force, c’est sans doute sa débauche d’effets visuels. Chaque attaque spéciale est une nouvelle occasion d’emplir l’écran de particules virevoltant dans les airs et de lumières chatoyantes. Force est de reconnaître que les VFX sont de très bonne facture. Le seul souci, c’est qu’on les voit même trop : il est facilement possible de se perdre dans un écran dévoré par les lasers et les flammes. Un problème de lisibilité surtout gênant en ligne, ou dans tout match qui se veut sérieux : le plaisir d’une partie ordinaire n’est pas trop gâché par ces soucis de lisibilité et de caméra (car elle n’a pas toujours l’angle juste). Les arènes ne sont pas en retrait et sont agréables à l’oeil. La fusion entre les univers est parfois maladroite (Big Ben posée aléatoirement au milieu de Konoha…) mais quand les développeurs ont su trouver le juste équilibre, le résultat a une belle gueule. Les effets secondaires, comme les reflets dans les flaques d’eau, perfectionnent un beau rendu et une direction artistique agréable.

Screenshot de Yugi dans Jump Force

Mieux vaut ne pas regarder les personnages de trop près…

Au sujet des animations elles-même, elles réussissent l’exploit d’être trop statiques durant les cutscenes et presque trop excitées durant les combats. La fluidité en pleine castagne est impressionnante : aucun temps mort n’est à noter et chaque action s’enchaîne avec vitesse et clarté. Par contre, les attaques spéciales donnant lieu à des cutscenes sont souvent mal cadrées, cachant une partie de l’action. Dommage ! Et justement, les cutscenes du jeu sont (fallait-il le répéter ?) d’une qualité abyssale d’un point de vue technique.


Malgré des forces indéniables, Jump Force est mis à terre par de trop nombreux défauts qui, alignés bout à bout, finissent par sévèrement ternir l’expérience de jeu. Reste un crossover avec assez de personnages pour vous amuser un moment, et un gameplay assez simple à prendre en main pour jouer sans prise de tête avec vos amis. En espérant que les inévitables DLC diversifient le casting et que les patchs seront d’assez bonnes rustines.

Jump Force - Titre

Jump Force

Les plus
  • Un casting bien développé
  • Un gameplay dynamique et facile à prendre en main
  • L'animation fluide et les belles arènes
Les moins
  • Des modèles 3D particulièrement douteux pour les personnages
  • Cutscenes inintéressantes et molles
  • Histoire anecdotique avec des antagonistes peu mémorables
  • Un déluge de particules et des soucis de caméra qui complexifient la lecture de l'action
6 10