Kamiko test

Je ne sais pas vous, mais pour ma part je n’ai pas été marqué par grand chose lors de la présentation tant attendue de la Nintendo Switch. Alors certes, il y a bien eu pas mal de grosses annonces, dont on retiendra bien évidemment Mario Odyssey, Splatoon 2 ou encore Fire Emblem, mais finalement rien d’excessivement surprenant. Non, moi ce qui m’a intéressé, c’est que Nintendo souhaite attirer les développeurs indépendants sur sa console hybride. Une intention déjà au cœur du concept de la DSi, qui a ensuite évolué avec la sortie de la 3DS et sa désormais gigantesque bibliothèque. Toutefois, la Wii U n’eut, quant à elle, droit qu’à de très rares titres indés, souvent de paresseux portages de ce qui se faisait ailleurs. Et n’ayons pas peur des mots, cette machine déchue n’aura pas attiré grand monde, pas même son propre constructeur qui finit par l’abandonner lâchement après quatre ans de débâcle. Bref, pour ce qui était de la Switch et du monde indépendant, ce n’était donc pas gagné, du moins pas avant qu’elle n’ait fait ses preuves. Mais Big N a visiblement fait mouche en abattant ses cartes, puisqu’après Rime (qui sort malheureusement plus cher sur ce nouveau support, mais passons), Yooka-Laylee ou encore Shovel Knight, plusieurs petites productions commencent à pointer le bout de leur nez. Parmi elles Kamiko, un titre que beaucoup ont comparé à une sorte de Zelda-like, sortait en exclusivité sur Switch le 27 avril dernier.

C’est étrange, mais alors que nous avions coutume de nous émerveiller sur les nouvelles consoles et la beauté toujours plus poussée de leurs jeux, voilà que depuis quelques années la tendance irait presque en s’inversant. Ainsi, on ne compte plus les petits jeunes qui se rachètent de veilles bécanes, estampillées Nintendo ou bien SEGA (parfois même Atari, pour les plus courageux), ou bien téléchargent de quoi les emuler sur leurs ordinateurs. En bref, le rétro est à la mode, et cette tendance influence même les nouvelles productions. Ainsi, si Minecraft fit l’effet d’une brique lancée dans un pare brise à toute allure, avec son design cubique devenu désormais un immanquable de la pop-culture et du paysage vidéoludique, voilà que tout le monde s’y met. Même les plus gros développeurs, comme Square Enix, par exemple, qui sortira prochainement sur Switch un certain Project Octopath Traveler, vibrant hommage aux RPG 16 bit. Mais bien entendu, les champions de cette catégorie restent les indépendants. Il faut dire que faire du gros pixel c’est souvent plus simple que de développer de la 3D, même basique, et ça permet de tester de nouveaux concepts à moindres coûts. Kamiko se permet, quant à lui, de reprendre de très loin la recette d’un Zelda en 2D, le tout, vous l’aurez compris, trempé dans une esthétique qui sent bon le gros pixel qui tache.


Kamiko – nintendo Eshop trailer par CooldownTV

 

Un petit jeu à petit prix

Kamiko

Voilà pour vous montrer à quel point on peut finir l’aventure rapidement

Si je vous dis que Kamiko est affiché à moins de cinq euros, alors vous penserez évidemment qu’il s’agit d’un « petit jeu », bien que l’appellation soit parfois trompeuse. Alors oui, en théorie nous ne sommes pas censés pouvoir déterminer la taille d’un jeu à son prix, et l’eShop accueille par exemple Little Inferno à une dizaine d’euros, alors qu’il s’agit d’un titre minuscule, sorte de simulateur fantaisie de feu de cheminée. Toutefois, personne n’est dupe, avec un tarif aussi insignifiant, il n’a pas dû coûter grand chose au développement, et donc ne doit pas receler un contenu gigantesque… et c’est effectivement le cas ! Kamiko, bien qu’il soit particulièrement intense, s’avère cruellement avare en contenu. Le titre de Skipmore, un studio méconnu en Europe qui a toutefois développé pas mal de petites choses à destination de supports mobiles mais aussi de la Nintendo 3DS, ne vous occupera qu’une poignée d’heures, cinq tout au plus, avant de tirer sa révérence. Ceci étant dit, il n’en demeure pas moins digne d’intérêt.

Kamiko

Uzume (l’archère) est le personnage le moins pratique si vous voulez mon avis

Kamiko propose d’incarner au choix trois personnages différents, correspondant à trois styles de combats distincts. Nous avons ainsi droit à Yamato, une jeune demoiselle avec une très grosse épée, Uzume, une archère (à la portée relativement ridicule toutefois), et enfin Hinome qui se battra quant à elle avec un bouclier qu’elle lancera tel un boomerang, et une épée courte. Le titre ne s’encombrera toutefois que d’une seule histoire, vaguement présentée au début de l’aventure, et venant en ponctuer sa fin. Rien de très surprenant à ce niveau, nous incarnons une élue d’on ne sait trop quelle prophétie, devant mettre à mal les ténèbres régnant sur le monde, histoire que ce dernier redevienne paisible comme autrefois. On fait difficilement plus classique, et finalement on se serait bien passé de ce petit pitch qui n’apporte pas grand chose à l’expérience de jeu, si ce n’est une cinématique de fin trop longue pour le peu qu’elle a à raconter. Au moins le jeu essaye, c’est déjà ça si l’on puit dire. Quant à la durée de l’aventure, ne comptez pas plus d’une petite heure pour faire le tour des quatre niveaux. C’est court, et heureusement que les trois guerrières disponibles sont suffisamment différentes pour donner envie de s’y replonger de nouvelles fois.

 

De l’inspiration des classiques

Kamiko

Les secrets sont rarement bien cachés

Mais comme je vous le disais plus haut, qu’il soit minuscule ne signifie absolument pas qu’il ne soit pas intense, ni digne de votre intérêt. D’abord parce son aventure ne laisse aucun répit, du début jusqu’à la fin, avec des monstres qui popent quasiment en continu, et des environnements de plus en plus retors. Et si l’on n’aurait pas tendance à parler ici de qualité sur un jeu plus long, chez Kamiko la recette se trouve parfaitement ajustée au temps de jeu, mais aussi au gameplay. Ce dernier n’aura bien évidemment rien de très complexe, puisqu’il s’agira seulement de défourailler des monstres à la pelle, et de résoudre quelques maigres énigmes, sur lesquelles nous reviendrons en dessous. Toutefois, force est de constater que le tout fonctionne à merveille, et se paye le luxe d’être jouissif à souhait, presque autant qu’un Splatterhouse dans un autre registre. Dommage qu’à côté de ça les boss, qui viennent ponctuer la fin de chaque niveau, manquent cruellement d’originalité, avec des paternes bateaux, et une mort très rapide. Seul l’adversaire final pourra éventuellement poser problème, bien qu’une fois encore il rendra l’âme en peu de temps.

Kamiko

Certaines énigmes sont plus simples que d’autres

Je vous parlais précédemment d’une influence provenant de The Legend of Zelda, et nous y venons enfin. Le titre, bien qu’il propose quatre niveaux, quand la série de Nintendo offre plutôt un monde prédéfinit, s’en est quelque peu inspiré, bien que l’on puisse plus largement dire qu’il se soit nourrit du jeu d’action / aventure en 2D. Ainsi, pour venir à bout d’un niveau, il faudra chaque fois allumer quatre autels, correspondant globalement chacun à une énigme. Rien de très compliqué, d’autant que ces mêmes énigmes se répètent dans tous les environnements, avec de petites variantes toutefois. Ceux-ci se dérouleront ainsi quasiment de la même façon, et n’auront finalement de différent que le bestiaire, le level design, et la taille (et bien sûr la difficulté, vous l’aurez compris). Reste que Kamiko n’est pas dénué de secrets, et aura caché dans chacun de ses niveaux des items spéciaux, servant à rallonger la barre de vie ou celle de mana (enfin elle ne porte pas vraiment de nom), cette dernière permettant d’ouvrir certains coffres ou d’utiliser une attaque chargée (très Zelda-esque si je puis me permettre).

 

Une petite fable en 2D

Kamiko

Y’a quand même des bestioles vraiment bizarres

Si son gameplay et son rythme effréné ne laissent absolument pas croire à un quelconque aspect poétique, Kamiko est toutefois pourvu d’un design très réussi, empruntant beaucoup au folklore nippon, et offrant quelques petites perles visuelles. On est bien sur du gros pixel, le tout fondu dans des couleurs très vives, parfois criardes, et pourtant difficile de ne pas s’en délecter, tant que le style rétro ne nous débecte pas. L’aspect monde déchu est très bien rendu, et n’est pas sans faire écho à d’autres grandes réussites du genre, notamment Titan Souls (un titre sur lequel je vous conseille grandement de vous renseigner si ce n’est pas déjà fait), en moins raffiné toutefois.

Reste un bestiaire spécial, et là encore très coloré, pas dégueulasse mais pas extraordinaire non plus. Enfin, l’aspect musical est plutôt sympathique, relativement doux, et l’on ne regrettera finalement que les bruitages, souvent un peu trop kitch. Au passage, permettez moi d’ajouter que Kamiko n’a pas été traduit de l’anglais… ce qui ne change finalement pas grand chose au constat final, étant donné l’intérêt quasi nul de son scénario.

Pour qui :

Pour ceux qui ont 5 balles et ne savent pas quoi en faire : Cinq euros, c’est pas grand chose, et il est vrai qu’en ces heures proches de son lancement, la Nintendo Switch n’a toujours que trop peu de titres sympas à offrir. Si vous avez quelques euros à balancer, peut-être devriez vous le faire dans Kamiko.

Pour ceux qui aiment le pixel art : S’il est beaucoup moins fin qu’un Titan Souls, pour ne citer que lui, et que son coté très coloré ne plaira pas à tout le monde, le titre de Skipmore et Flyhigh Works a toutefois un univers sympathique à vous faire découvrir.

Pour ceux qui cherchent un petit jeu à scoring sur Switch : Court, Kamiko propose toutefois un petit challenge, relatif à son rythme effréné. Et bien qu’il ne soit pas possible de partager ses résultats en ligne, reste qu’il s’agit d’un bon petit jeu à speedrun et à scoring.


 

Sortant de totalement nulle part, en cette période où la Switch manque encore cruellement de matière, Kamiko ne vous occupera certainement pas longtemps. Pourtant, pour ce prix il serait dommage de passer à coté d’un jeu aussi mignon, aussi dynamique et aussi inspiré. Presque poétique, il est effectivement très court, et l’on en verra la fin sans même s’en rendre compte, après quelques douces heures à défoncer des monstres étranges par centaines. Mais, après tout, cinq euros, ce n’est pas grand chose, et le titre de Skipmore les vaut largement.

Kamiko test

Kamiko

Les plus
  • Le design très sympa
  • Sa bande son douce
  • Jouissif à souhait
  • Un bon petit jeu Switch de plus
  • Son prix ridicule
Les moins
  • Très court
  • Le scénario inutile
  • Le relatif manque de challenge
  • Seulement trois personnages jouables
7 10