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Après un trailer tonitruant à la gamescom 2015 dont tout le monde se souvient, et après une bonne trentaine de trailers que tout le monde a oublié, Mafia 3 se présente enfin à l’évaluation. C’est peu dire que le premier jeu de Hangar 13 a fait du bruit. Une omniprésence tapageuse, dont on se rend vite compte, manette en main, qu’elle n’était là que pour noyer le poisson.

Mafia, c’est cette licence un peu bâtarde qui n’a vraiment acquis l’intérêt des joueurs qu’au prix d’un deuxième épisode plus ambitieux qui surfait — comme son prédécesseur — allègrement sur la vague du succès de GTA. Un passage de relais entre 2K Czech et Hangar 13 plus tard, le troisième opus s’avance en traînant les pieds. Des pieds qui, de toute façon, se prennent dans l’épais tapis de la hype déçue en tout début de course. Mafia 3 est-il un mauvais jeu pour autant ? Loin s’en faut.


Mafia III Trailer « Pente Glissante » par CooldownTV

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Émail Diamant

En 1968, Lincoln Clay est finalement détaché de l’enfer du Vietnam et rentre couler des jours heureux à distribuer le Gombo national aux sans-dents de New Bordeaux. Une vie d’ascète (mais pas trop), qui consiste à renouer avec sa famille de coeur domiciliée dans le bar de Sammy, son mentor. Mais quelques péripéties plus tard, qui conduiront les services publics à devoir ramasser du verre brisé dans le bar ainsi que des corps calcinés difficilement identifiables, Lincoln se trouve une bonne raison de renfiler la veste militaire et les bottines épaisses. Sal Marcano (le verre brisé et les corps calcinés, c’est lui) fera office de Némésis pour notre vétéran. Et la chute de son empire son fil d’Ariane.

Passé un prologue un brin poussif, entrecoupé brutalement de quelques cutscenes mettant en exergue une tentative de narration agréable, ce n’est qu’après une poignée d’heures au compteur que Mafia 3 révèle sa vraie nature. Et celle-ci déçoit. En clair, ce qui ruine le vernis déjà un brin écaillé par une technique désastreuse est la répétitivité de Mafia 3.

Capo. Toujours pareil.

Dans sa vendetta pour venger sa famille, Lincoln Clay optera pour la stratégie de la décapitation. Le hic ? L’hydre Marcano a d’innombrables têtes qu’il vous faudra sectionner méticuleusement. Les huit quartiers de la ville de New Bordeaux sont dirigés par l’un des lieutenants de votre cible. L’idée sera donc de remonter le réseau du Parrain pour le mettre au tapis une bonne fois pour toutes. L’inconvénient est que dans un déficit profond d’inspiration, Hangar 13 s’est contenté de décliner par huit fois le processus de capture de territoire. Une “ubisoftisation” de la progression qu’on ne peut que regretter.

Le pied posé dans chaque nouveau quartier, il vous faudra vous faire briefer par Donovan, votre gars sûr. S’ensuit une série de missions où l’on vous demande de mettre à mal le petit trafic local du capo du coin. Libération de prostituées, destruction de distilleries clandestines, ou de laboratoires pharmaceutiques pas très catholiques… Vous voyez le tableau. Une fois l’économie locale mise en branle, le loup sort de sa tanière et à vous de lui faire passer l’arme à gauche. Déjà terminé ? Mais non voyons. Faites exactement la même chose une seconde fois (en remplaçant cette fois les prostituées par des esclaves, ou la gnôle par la drogue à la mode), et le lieutenant de Marcano pointera enfin le bout de son pif enfariné. Une fois gravie la place-forte du capo, vous assisterez à une cinématique joliment mise en scène où notre protagoniste déploie force imagination pour rendre sa vengeance la plus graphique possible.

Outre l’extrême redondance dans laquelle s’enfonce très rapidement Mafia 3, il est important de noter que l’écriture est des plus réjouissantes. Il faut dire qu’elle est particulièrement bien aidée d’une narration sous forme de documentaire où différents protagonistes sont interrogés sur “ce qui s’est passé cette année-là à New Bordeaux”. Un cachet très seventies se dégage de ces cutscenes de qualité, et nous replonge par intermittence dans le bain. Reste que l’eau refroidit bien trop vite, pour les raisons citées plus haut.

Théorie Générale des Organisations

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Un petit aspect gestion qui n’est pas pour déplaire

Vous n’arriverez pas tout seul au sommet de l’ascenseur social de la pègre de la Nouvelle Orléans. Aussi Lincoln Clay devra endosser le rôle de chef d’entreprise à la petite semaine afin de garder la mainmise sur les quartiers qu’il a capturés. Une bien belle idée qui, bien qu’elle soit elle aussi redondante, ne mobilise qu’assez peu souvent le temps du joueur. Pardonnable donc.

Si vous suivez l’actualité du jeu depuis son annonce, vous savez évidemment que Vito Scaletta — le héros de Mafia 2 — joue ici un rôle important. Se partageant le contrôle de New Bordeaux avec Cassandra et Burke (les autres lieutenants de Lincoln), celui-ci accuse le poids des années et le changement de paradigme de la culture mafieuse. Globalement d’ailleurs, Mafia 3 parvient avec brio à nous raconter les métamorphoses d’une société en pleine ébullition, où même mafioso ne constitue plus un plan de carrière alléchant. Pour preuve : Sal Marcano, le grand méchant de l’affaire ne désire qu’une chose : construire un casino pour rentrer dans la légalité et mettre un terme à ses activités crapuleuses.

Tout le monde ne partage pas l’avis du vieux Sal, néanmoins. Et vos lieutenants vous récompenseront si vous décidez de leur accorder le contrôle d’un territoire plutôt qu’à un autre. Graisser la patte de Burke vous donnera certains avantages au volant d’une voiture, là où Cassandra se rendra plus utile en termes logistiques (vous pouvez demander à vous faire livrer des armes). Vito pour sa part constitue l’équilibre entre ces deux personnalités très différentes. Mais outre ces contreparties, Hangar 13 a fait en sorte que nos décisions au cours de ces conciliabules soient fortes en conséquences. Sur le papier en tout cas. Car si, effectivement, attribuer tel quartier à Vito provoquera l’ire des autres lieutenants, il sera difficile d’en mesurer les effets réels en jeu, mis à part deux ou trois fions balancés par téléphone à l’occasion.

Le Bordelais nouveau

Mafia 3 est sorti depuis un peu plus d’une semaine et un certain nombre de choses ont été dites sur son aspect technique. “Downgrade”, le terme a été lancé assez vite. Difficile de donner tort à ceux qui déplorent des graphismes revus (nettement) à la baisse en comparaison des premiers trailers. En réalité le jeu de Hangar 13 tient à peine la comparaison avec un GTA V sorti il y a pourtant trois ans. Encore que s’il n’y avait à reprocher au jeu que ses graphismes, on pardonnerait (d’autant que le moteur se réveille parfois… quand le soleil se couche). Le plus gros souci de Mafia 3 provient de son intelligence artificielle, que l’on renommera pour l’occasion “bêtise artificielle”.

Comment décrire autrement une IA (ou BA du coup) aussi outrageusement débile ? Privés d’au moins deux de leurs sens (la vue et l’ouïe), les gardes tombent immanquablement dans le panneau de vos stratagèmes d’infiltration, aussi improbables paraissent-ils. Pour vous donner une idée du niveau : imaginez-vous cet ami, qui se fait toujours avoir lorsque vous passez derrière lui en lui tapotant une épaule, avant de vous faufiler de l’autre côté, sourire béat. Pas étonnant que la quête de Lincoln représente davantage une dépense de temps qu’une mobilisation d’efforts face au défi. Rien ne se mettra en travers de votre route, si bien que vous comprendrez assez vite qu’aussi peuplé puisse être un bastion ennemi, la meilleure solution consistera à rusher le mini boss et à le liquider rapidement pour passer à autre chose (tous les ennemis disparaissent lorsque le PNJ principal meurt). Tant pis pour l’immersion, de toute façon vous avez déjà répété la manoeuvre une dizaine de fois auparavant.

Rien ne viendra donc sauver l’immersion dans la Nouvelle Orléans de 1968 ? Si. La ville, en quelque sorte. Plutôt bien modélisée, et de bonne taille, New Bordeaux vous fera vivre un petit voyage sympathique au coeur de l’État américain de l’époque. Lorsque le moteur graphique est en état de grâce (aux levers et couchers de soleil donc), vous pourriez tout à fait vous y croire. Il faut dire que Hangar 13 a peaufiné ses détails, notamment avec une B.O dont aucun titre ne vient gâcher la fête. Le studio a même fait en sorte de faire grésiller votre transistor lorsque vous passez sous un pont. Le genre de petit détail qui pourrait tout à fait être porté au crédit du jeu… si l’essentiel du cahier des charges était rempli.


Mafia 3 n’est pas un mauvais jeu. Il ne fait juste aucun effort. La paresse de son gameplay et la faiblesse de la proposition de son open world en font un GTA-like qui aurait pu sortir des usines Ubisoft plutôt que de celles de 2K. Reste qu’en suivant le scénario et en ne vous attardant pas sur les quêtes secondaires sans intérêt, Hangar 13 vous donne les clés d’un bon moment de jeu vidéo. Si, toutefois, vous parvenez à gratter l’épaisse couche de bugs et d’errances graphiques imputables à un développement trop court, vous pourriez bien trouver ce que vous étiez venu chercher en vous procurant le titre : du sang, des larmes, et du Rock n’ Roll.

 

Mafia III

Mafia III

Les plus
  • Bien écrit
  • Narration agréable
  • Des affrontements brutaux et parfois grisants
  • La reconstitution de l'époque
Les moins
  • La répétitivité des activités
  • On n'a aucune envie de réaliser les objectifs secondaires
  • La bêtise artificielle
  • Des graphismes datés
  • Aucune prise de risque
6 10