Metroid : Samus Returns

Console cultissime s’il en est, la Game Boy première du nom aura perduré un long moment avant d’être remplacée, et aura bien entendu engendré un bon paquet de jeux géniaux, voire immanquables. Tout le monde connaît les éditions Bleue et Rouge de Pokémon par exemple, Tetris, ou encore Kirby. Mais ils ne sont que les plus connus d’une liste invraisemblable de titres qui valent le détour, avec par exemple des Castlevania aussi bons que les opus Nes, d’excellents jeux Mario, ou encore quelques RPG nippons malheureusement jamais parvenus jusqu’à l’Europe. Pour ma part, s’il ne fallait en retenir qu’un, je choisirai (presque) sans hésiter Metroid II. Une suite de l’épisode paru sur la Nintendo Entertainement System, qui aura principalement brillé par une difficulté on ne plus sévère, mais aussi par un environnement particulièrement labyrinthique. Un jeu d’une envergure rarement égalée sur la portable en noir et blanc. À l’occasion de l’E3 2017, salon du jeu vidéo californien, la firme au plombier moustachu nous dévoilait, entre autre, l’existence d’un remake de cet opus méconnu, j’ai nommé Metroid : Samus Returns.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette année Nintendo ne lésine pas sur les surprises. L’arrivée de la Switch, pour commencer, qui vient enterrer une bonne fois pour toutes une Wii U qui ne plaît guère, mais surtout qui dispose d’un catalogue tout à fait risible. Et par la même, des annonces en pagaille concernant les plus grosses licences de la firme nippone (mais pas seulement), avec notamment le retour tant attendu sur le devant de la scène de Metroid. Alors que les fans se noyaient dans le chagrin après un Metroid Prime : Federation Force crachant ouvertement sur ses origines, voilà qu’on nous annonçait à l’E3 le développement d’un certain Metroid Prime 4, et l’arrivée le 15 septembre 2017 de Metroid : Samus Returns, véritable remake du second volet sur 3DS. Que demander de plus ?

N’est pas remake qui veut

Metroid : Samus Returns

Les Metroid ressemblent trait pour trait à ceux du jeu original

Si beaucoup de jeux se targuent d’être des remakes, peu d’entre eux le sont véritablement. Je ne vous ferai pas ici un cours sur la différence entre remake et remaster, mais si vous avez un minimum de culture vidéoludique, alors vous voyez très certainement la différence entre Resident Evil Rebirth sur Gamecube, et le même jeu porté sur PS4. L’un reprend à zéro ce que le titre d’origine sur PlayStation proposait, offrant une vision totalement différente de son scénario et de son ambiance, tandis que l’autre calque l’opus GC en y incorporant un filtre HD et une poignée de nouveautés. Metroid : Samus Returns, pour sa part, est un véritable remake, et je vous défends de dire le contraire. Parce que le jeu de Big N reprend lui aussi à zéro, afin de porter un tout nouveau regard sur Metroid II, devenu depuis sa sortie plutôt austère, notamment à cause de son absence de couleurs mais surtout de son gameplay lourd et exigeant.

Nouveaux éléments de gameplay, et pas seulement des mises à jour nécessaires, nouveaux graphismes (bien évidemment), nouvelle bande sonore, environnements revus de A à Z… Vous l’aurez compris, on est en face d’une entité totalement différente du Metroid II vieillissant qui participa à la gloire de la Game Boy. Au premier coup d’oeil, même quelqu’un qui a déjà joué à l’épisode original aura du mal à déterminer qu’il s’agit bien du même jeu revisité, si ce n’est en voyant Samus sortir de son vaisseau au tout début de l’aventure. Et c’est là l’une des plus grosses forces de ce remake : même les puristes de la saga n’auront pas un seul instant l’impression de rejouer les mêmes niveaux. Excepté peut-être lorsqu’il s’agira de combattre des Metroid, car pour le coup ces affrontements sont encore très similaires à ce que proposait la cartouche d’antan. Dommage, car ces derniers auraient clairement mérité d’être retravaillés un minimum.

Joli ravalement de façade

Metroid : Samus Returns

Contrairement à Metroid II, les décors sont ici plutôt variés

On ne va pas se mentir, Metroid II a clairement pris un coup de vieux, ne serait-ce qu’au niveau de ses graphismes. L’absence de couleur passe peut-être sur Pokémon Version Bleue et Rouge, quoique, mais force est de reconnaître que c’est une toute autre histoire dès lors qu’il s’agit de traverser une multitude de couloirs se ressemblant tous. Car tandis que le jeu de Game Freak offrait en son temps un environnement et un bestiaire variés, Metroid II avait la désagréable particularité d’être pourvu de décors monochromes, et d’un faible nombre de créatures différentes. Tant et si bien qu’il était fort compliqué (si ce n’est impossible) de se repérer au jugé dans son environnement gigantesque. Et si réaliser une carte par nos propres moyens sur une feuille quadrillée se révélait amusant les premières minutes, tous ceux qui ont déjà eu recours à cette tactique savent que l’on a vite fait de perdre le fil, mais aussi que cela devient vite ennuyeux. Ainsi, s’il y a bien une nouveauté de Metroid : Samus Returns que j’aimerais personnellement mettre en lumière, c’est la présence d’une carte sur l’écran inférieur de la 3DS.

Metroid : Samus Returns

Où qu’on se trouve, l’effet de profondeur est toujours réussi

Ceci couplé à un ravalement de façade total, avec des graphismes fort jolis au passage, et un effet de profondeur particulièrement réussi (surtout une fois le mode 3D enclenché), il devient désormais difficile de se perdre, malgré le fait que l’environnement reste labyrinthique. Bien sûr, c’est une très bonne chose, puisque Samus Returns est ainsi totalement accessible ; dommage que cela nuise quelque peu à l’ambiance du jeu auparavant plutôt mystérieuse. D’autant que, bien qu’il nous incombait de trouver tous les secrets et les zones cachées par le passé, ici la carte les affichera bien souvent. Bonne ou mauvaise chose, en soi tout dépend de ce que vous attendez de ce remake. Si vous attendiez un jeu fidèle à l’original, vous risquez d’être quelque peu déçu, entre autre à cause d’une difficulté qui a beaucoup baissé, et d’un dirigisme largement accru. Si vous souhaitiez toucher à un Metroid II plus accessible, cependant, vous frappez à la bonne porte.

Quant à son aspect sonore, rien à voir avec la cartouche Game Boy. Adieu à l’affreux bip répétitif qui nous détruisait les tympans lorsque notre vie était faible, mais aussi aux morceaux vieillots, souvent basiques, qui accompagnaient le jeu original. Ici toute la bande son a été repensée de sorte que la musique ne soit jamais intrusive, allant parfois jusqu’à instaurer un climat pesant, comme savaient le faire Super Metroid ou Metroid Fusion. Idem, dites adieu aux bruitages kitchs, bien entendu.

 

Nouveau gameplay pour une nouvelle vie

Metroid : Samus Returns

Le contre au corps à corps se révèle très pratique, mais rend le jeu encore plus simple

Mais ce qui a le moins bien vieilli chez Metroid II, c’est assurément son gameplay. Tandis que de nombreux jeux de plateforme à l’ancienne peuvent encore ravir les amateurs de 2D à l’heure actuelle, notamment le génial Super Metroid pour rester dans la même lignée, ce second volet souffre malheureusement de ce que j’appellerai : l’effet Game Boy. Comme Castlevania, pour ne citer que cette excellente série, le passage par la case portable n’aura pas été entièrement bénéfique, puisque c’est toute la lourdeur de son gameplay d’origine qui s’est vue accentuée. Idem, les environnements au plafond bas, à la taille souvent restreinte, n’étaient pas vraiment adaptés à cette maniabilité demandant un minimum de doigté. Voilà pourquoi, bien que les boss soient relativement aisés à mettre à terre, on avait très vite fait de se faire tailler en pièces ; et les ennemis basiques étant plus vifs que nous, difficile d’éviter chacune de leurs attaques.

Metroid : Samus Returns reprend là où Fusion s’était arrêté, avec un gameplay très réussi et facile d’accès, et comble chacune des dernières lacunes, allant même jusqu’à ajouter des éléments supplémentaires pour rendre la progression plus aisée. Un scanner pour nous aider à trouver les passages secrets, une barrière pour nous empêcher de prendre des dégâts pendant un court instant, une rafale de tirs éphémère pour faire de gros dommages, et enfin la possibilité de ralentir le temps autour de Samus quelques secondes. Quatre pouvoirs bien pratiques que l’aventure saura nous contraindre à utiliser pour progresser, et qui rendent le jeu beaucoup plus facile d’accès qu’il ne l’est de prime abord. Couplés à un mode de visée libre, mais aussi à une attaque au corps à corps permettant, si utilisée au bon moment, d’étourdir un ennemi, vous obtenez un titre totalement différent de l’original, et beaucoup plus facile.

Metroid : Samus Returns

Les Metroid sont faciles à écraser

Et c’est bien à ce niveau que se situe le plus gros défaut de Metroid : Samus Returns. Tandis que Metroid II était très exigeant, ce remake n’oppose quasiment aucune résistance. Une fois accommodé au système de parade au corps à corps, ça devient un jeu d’enfant de se balader à travers les environnements, même les plus difficiles d’entre eux. Les paternes des Metroid (des boss si vous préférez) sont quant à eux plutôt basiques, ayant finalement assez peu changé depuis la version en noir et blanc. Là encore, tout dépend de ce que vous attendez ce ce remake, puisque si c’est une édition plus accessible que vous espériez, alors vous ne pouvez qu’être comblé. Toutefois, les amateurs de la série de Nintendo le savent très bien, un bon Metroid est un Metroid exigeant, au moins suffisamment pour que l’on ne le boucle pas sans mourir une seule fois. Alors bon, un peu de facilité de temps en temps ne tue certes aucune licence, mais le hic c’est que même les très nombreux secrets du jeu (cachant chaque fois des bonus utiles) nous sont aisés à débusquer… ce qui est fort dommageable puisque l’on y perd tout le bonheur d’antan, qui nous envahissait dès que l’on trouvait par mégarde (ou non) une réserve de missiles ou une barre d’énergie supplémentaire.

Une progression différente

Bien heureusement, ce problème de facilité exacerbée n’entache pas la qualité générale de Samus Returns, qui n’est peut-être pas aussi surprenant qu’escompté, mais qui se révèle effectivement fort réussi. D’autant que si on lui reprochera effectivement de nous laisser trouver ses diverses caches de bonus trop aisément, le contenu derrière est gigantesque, et les environnements ont bien plus à offrir que par le passé. De plus, la progression a entièrement été revue, afin de devenir un peu plus dirigiste. Un défaut dans de nombreux jeux, par exemple récemment dans Yakuza Kiwami, mais qui vient ici donner un sens à une aventure qui se perdait dans des dédales de couloirs sans vie par le passé. Il n’est désormais plus question d’errer des heures dans un environnement monochrome pour trouver nos nombreux objectifs, le jeu se chargera le plus souvent de nous montrer vaguement la voie.

Dommage qu’à coté de ça, le titre ne dispose pas vraiment de scénario. Parce qu’en dehors d’une introduction très fidèle à la série, nous exposant clairement le contexte de ce volet de l’histoire, Samus Returns manque cruellement de trame. De sorte qu’on se sent bien seul à explorer la planète SR-388, avec aucun retournement de situation, si ce n’est un petit vers la fin, et aucune narration véritable, même pas contextuelle. Et même si je conçois qu’il aurait été difficile d’inclure une véritable trame scénaristique dans un jeu qui n’en disposait pas au départ, à cause de cela il manque toutefois quelque chose à Metroid : Samus Returns pour être aussi excellent qu’il espérait l’être.

Pour qui :

Pour les amoureux de la série : On ne va pas se mentir, le dernier véritable jeu Metroid commence à remonter sacrément, et je ne vous parle évidemment pas de l’ignoble Federation Force.

Pour les amateurs de jeux de plateforme : Bien qu’il se révèle assez facile dans son ensemble, Samus Returns est toutefois un très bon jeu de plateforme, plutôt original de surcroît.

Pour les réfractaires au jeu rétro : Difficile aujourd’hui de retoucher à la cartouche d’origine sur Game Boy, en raison de graphismes et d’un gameplay poussiéreux. Ce remake est donc un chouette moyen de découvrir l’un des classiques du jeu vidéo sans se frotter à son aspect austère.


 

Metroid : Samus Returns n’est peut-être pas la grosse claque que nombre de fans espéraient, toutefois il faut lui reconnaître de grandes qualités. D’abord parce qu’il s’agit d’une relecture honnête du jeu d’origine, ne dénaturant finalement pas ce qu’était la cartouche Game Boy, malgré ses très nombreux ajouts et changements. Et il faut bien l’avouer, en dépit d’une absence de trame, comme dans la version d’origine, le jeu a beaucoup à offrir, notamment des environnements revus de A à Z et un contenu fort riche. Dommage qu’à coté de ça la difficulté ait été grandement revue à la baisse, et que les combats contre les Metroid soient aussi convenus. Il ne manquait pas grand chose à Samus Returns pour être excellent. Il demeure toutefois un jeu de plateforme très réussi, peut-être pas aussi bon que la majeure partie des épisodes de la série de Nintendo, certes, mais ayant cependant bon nombre d’atouts dans sa manche.

 

Test réalisé via une version personnelle du jeu.

Metroid : Samus Returns

Metroid : Samus Returns

Les plus
  • Nombreux ajouts au gameplay
  • La visée libre <3
  • Une progression différente
  • La map sur l'écran inférieur <3
  • Du gros contenu
Les moins
  • Beaucoup trop facile
  • Les secrets dévoilés sur la map
  • Les combats de Metroid trop convenus
7 10