Il est enfin là. Le tout dernier volet. Le point final. L’épilogue tant attendu de la franchise Metal Gear Solid. Hideo Kojima, le génial instigateur de cette saga qui a traversé les âges vidéoludiques, a décidé que 2015 sonnerait le glas des aventures de Snake. Tout comme elle sonne celui de sa collaboration avec Konami. Fin d’une histoire, fin d’une époque. Chronique de la conclusion d’une mythologie.

Un projet d’envergure

Lorsqu’en 2012 Konami nous présente le premier trailer du futur Metal Gear Solid, le monde est en émoi. Un sentiment de gigantisme se dégage des premières images – magnifiques – d’un titre à venir qui s’annonce sans précédent dans l’histoire de la saga. D’autant qu’à l’époque, le doute est encore complet quant à la forme que prendra ce nouveau volet. Les mois passent, le dessein apparaît. Metal Gear Solid V : The Phantom Pain se verra épauler en amont par une démo onéreuse et d’un goût commercial douteux : Ground Zeroes.

Mais si le plan marketing ne plait pas au plus grand nombre, il faut avouer que Ground Zeroes a eu pour lui le mérite de s’imposer comme un teasing convaincant de ce qui nous attendait alors. Des mécaniques de jeu retravaillées, des séquences moins rigides au service d’un monde ouvert où l’on est libre de choisir son approche. Un Metal Gear Solid moderne en somme. Calibré pour ces consoles nouvelle génération qui ne jurent que par l’open-world et tout ce que ce format – devenu une norme – implique de quêtes annexes, de personnalisation et de durée de vie.

L’Odyssée de Snake

Kojima a toujours beaucoup versé dans le cinéma. Souvenez-vous, ces longues cinématiques, presque interminables, des opus précédents. Un art de la mise en scène qui ne fait pas défaut à ce Metal Gear Solid V, et ce dès les premières minutes du jeu.

L’aventure reprend là où nous l’avions laissé dans Metal Gear Solid : Ground Zeroes. La Mother Base n’est plus. Détruite par les troupes de Cipher qui, tel un cheval de Troie, s’était fait passer pour une brigade d’inspection nucléaire afin de détruire le centre de commandement de Snake et de ses acolytes. Neuf ans se sont écoulés. Snake se sort péniblement d’un coma dont il gardera de graves séquelles physiques et mentales. Naked Snake est mort dans le pacifique; de ses cendres renait Venom “Punished” Snake.

MGS V mise en scene

Kojima n’a pas perdu l’art de la mise en scène

Après un prologue de haute volée dont je ne vous gâcherai aucun détail, notre Big Boss international décide avec ses plus fidèles alliés Revolver Ocelot et Kazuhira Miller de rebâtir la Mother Base et de réduire à néant la menace que représente toujours Cipher. Les Diamond Dogs sont nés.

Mais Rome ne s’étant pas faite en un jour, il faudra à Big Boss recruter du personnel, décrocher des contrats et amasser une petite fortune pour développer comme il se doit sa base d’opérations ainsi que son utopie : Outer Heaven, un monde en paix où les soldats seraient libres de défendre la cause qui leur plaît sans être à la solde d’un gouvernement. Snake va donc devoir mouiller le maillot pour retrouver son lustre d’antan. Direction l’Afghanistan pour la première partie de son incroyable odyssée.

Une ouverture qui sonne creux

Vous le savez, l’une des particularités de ce Metal Gear Solid V est l’apparition pour la première fois de la saga d’un gigantesque monde ouvert. Très concrètement, vous pouvez débarquer en hélicoptère à peu près n’importe où sur les théâtres d’opérations où vous serez alors libres d’explorer et de mener à bien les missions qui vous sont proposées. Les cartes de l’Afghanistan et de la frontière Angola / Zaïre sont d’une taille plus qu’honorable, et comportent ce qu’il faut d’avant-postes à capturer. Cependant, il me semble important de ne pas apporter trop de crédit à cette dimension ouverte dans MGS V.

Que les choses soient dites, nous ne sommes pas dans The Witcher 3. Autrement dit, le nombre de quêtes annexes est assez réduit et surtout les objectifs sont très redondants. Délivrer des prisonniers d’un camp, extraire un soldat hautement qualifié pour le forcer à rejoindre vos rangs, mettre hors d’état de nuire une unité de chars ou encore récupérer des plans pour développer de nouvelles armes. Voilà à peu de choses près les différentes tâches que vous pourrez effectuer lors de vos pérégrinations sur les environnements ouverts de MGS V. Enfin pas tout à fait. Au bout de quelques dizaines d’heures de jeu, vous commencez à concevoir tout le potentiel que recèle votre Mother Base, et l’importance de la développer au mieux.

La Mother Base et sa gestion sauront vous occuper des heures durant

La Mother Base et sa gestion sauront vous occuper des heures durant

Assez obscur au début du jeu, la Mother Base ne fait office que de hub où vous pouvez flâner entre deux missions. Commencez à développer de nouvelles bases opérationnelles sur votre plateforme, et vous verrez à quel point cette feature est centrale dans le gameplay de MGS V. Votre meilleur allié pour cela est le ballon Fulton. Un dispositif qui permet d’extraire ultra rapidement un soldat, un véhicule, une arme fixe ou même un conteneur grâce à un ballon gonflable. Une fois extrait, vous retrouverez l’objet de votre larcin dans votre Mother Base, qu’il ne tient qu’à vous d’agencer à votre convenance. Les soldats que vous extrayez disposent de caractéristiques de combat, de reconnaissance, de soutien ou encore médicales. Créez des unités performantes dans chacune des catégories que je viens de citer, et vous pourrez développer de puissants objets pour vous accompagner durant vos missions. Morceaux choisis : un avatar de Snake gonflable afin de leurrer les ennemis, une pilule vous permettant de voir dans le noir ou encore un camouflage optique.

Vous vous retrouverez donc très rapidement à extraire tout ce qui bouge durant vos missions. Attention cependant à ne pas vous faire repérer lorsque vous extrayez un ennemi. Les troupes ennemies pourraient trouver ça étrange que l’un des leurs s’envole soudainement grâce à un ballon gonflable. L’occasion d’aborder un point d’importance : l’infiltration.

Le renouveau de l’infiltration ?

Avec son gameplay dépoussiéré de toute sa rigidité d’antan et grâce à son open world, MGS V vous permet d’aborder vos missions comme vous le souhaitez. Vous pouvez foncer dans le tas, évidemment, mais comme le suggère le sous-titre du jeu “Tactical Espionnage Operation”, il est plutôt conseillé de se la jouer finement. D’autant que cette partie du jeu est très soignée et procure d’excellentes sensations lors de vos infiltrations. Vous disposez pour ce faire d’une palette de mouvements assez honnête, et d’une tonne d’objets à récupérer grâce aux gardes desquels vous pouvez soutirer de précieuses informations. Titre japonais oblige, on retrouve également un système de classement après chaque mission qui note votre performance selon plusieurs critères tels que le nombre d’ennemis alertés, le temps qu’a duré la mission ou encore le nombre d’objets récupérés. De quoi gonfler encore un peu plus la durée de vie d’un titre déjà inépuisable.

L’infiltration est un vrai plaisir

Une narration gâchée

Vous l’aurez compris, jusqu’ici, peu de chose à reprocher au monde ouvert de MGS V, si ce n’est son manque de créativité dans ses objectifs annexes. Voici autre chose que nous pouvons néanmoins porter au discrédit de cet open world : la narration de MGS. Et bien plus qu’un défaut, il s’agit là d’une véritable tare qui sera en mesure de décevoir grandement tout fan de Metal Gear Solid qui se respecte. Si vous avez déjà joué à ne serait-ce qu’un jeu issu de la franchise, vous avez forcément été frappés par le grand soin apporté à la narration, à la scénarisation très cinématographique et aux dialogues hyper soignés. Il faut dire que Kojima a eu le temps de peaufiner sa diégèse en plus de trente ans ! Mais le fait est là : du point de vue narratif, ce Metal Gear Solid V : The Phantom Pain fait figure de mauvais élève.

MGS V Skull Face

MGS V souffre d’une narration trop brouillonne et éparse

La grande liberté accordée au joueur est certes au service du gameplay et de la durée de vie, mais elle nuit grandement à la façon dont on nous propose d’avancer dans l’aventure. Grossièrement, chaque cinématique (de bonne facture malgré tout), est perdue entre plusieurs missions et ne fait bien souvent pas avancer l’intrigue d’un iota. Il est bien trop aisé de se perdre dans les méandres du scénario tentaculaire de MGS. Kojima semble sur ce point bien inconséquent. Il oublie que, du fait de la communication matraquante de Konami sur son jeu, un grand nombre de joueurs vont se lancer à corps perdu dans le dernier Metal Gear Solid. Et qu’ils n’y comprendront rien. Loin (très loin) d’être expert dans l’univers de MGS, je pense avoir un bagage suffisant pour au moins comprendre de quoi on me parle à l’écran. Bien souvent, je ne comprenais pas un broc de ce qu’il m’était montré. Kojima a beau avoir de la suite dans les idées, la façon dont il a sacrifié son récit sur l’autel de la jouabilité fait grincer des dents.

Sur la fin, l’auteur tente un raccrochage aux branches honorable, et propose des séquences bien plus prenantes. Mais si l’on considère l’oeuvre dans son ensemble, quelque chose gêne, dérange. Cette sensation ne m’a pas quitté de toute l’aventure. On joue a un jeu formidable, techniquement superbe et correspondant à tout ce que l’on est en droit d’attendre d’un jeu AAA en 2015. Mais il manque le supplément d’âme qui fait (ou faisait) de Metal Gear Solid un jeu finement scénarisé. On s’amuse beaucoup dans MGS V, mais on en oublie trop souvent la finalité de nos missions. Egalement beaucoup décrié par les fans : l’absence de véritable némésis. Volgin, Liquid Ocelot, Psycho Mantis, j’en passe et des meilleurs. Si la franchise MGS est aussi connue, c’est aussi par l’empreinte forte que ses personnages ont laissé dans son sillage. Les antagonistes de cette dernière itération font pâle figure. Il y aurait bien Skull Face qui sauve la partie, mais son vautrage en fin de parcours le disqualifie malheureusement. Qui reste-t-il dès lors au casting de The Phantom Pain ? Quiet. La Snipeuse à la tenue légère est une nouvelle venue dans l’univers de MGS. Son personnage, énigmatique jusqu’au dénouement, est sans conteste l’une des meilleures pépites que recèle MGS V. Difficile d’en parler sans spoiler quoi que ce soit, aussi nous vous conseillerons simplement de prêter attention aux détails.

Les détails, on sait l’importance qu’ils revêtent pour Hideo Kojima. Le créateur génial n’en est pas à son coup d’essai, et passe avec The Phantom Pain maître dans l’art de l’easter egg et du clin d’oeil. Mon préféré ? Le vieux transistor qui diffuse le message radio issu de P.T, le prologue au Silent Hills qui ne verra jamais le jour, mais qui était signé Kojima. Ça fait son petit effet.

Malgré une narration éparse, MGS V propose son lot de frissons dans l’échine


Tout a une fin. Metal Gear Solid V : The Phantom Pain n’est peut être pas l’opus parfait, mais il clôture de la plus belle des manières une saga dont le petit monde vidéoludique ne se remettra jamais. Fort de messages poignants sur la guerre, l’exploitation militaire et le nucléaire, cette dernière itération s’accompagne en prime d’un contenu gargantuesque dont on ne voit jamais le bout, et dont on se lasse rarement. Plus qu’une dernière pierre à un édifice qui a traversé le millénaire, MGS V est une offrande à tous les fans. Le chant du cygne d’un personnage, Snake, et le baroud d’honneur d’un créateur génial qui appose son point final au travail d’une vie. 

Metal Gear Solid V : The Phantom Pain

Metal Gear Solid V : The Phantom Pain

Les plus
  • Durée de vie
  • Un gameplay dépoussiéré
  • Techniquement au top (et bien optimisé)
  • Des fonctionnalités online plaisantes
  • Quand y'en a plus, y'en a encore
Les moins
  • Narration saccadée et brouillonne
  • Un Big Boss laconique
  • Objectifs secondaires peu variés
8.5 10