Bien qu’il ne s’agisse pas d’un titre rétro, puisque sorti il y a tout juste sept ans, Moon n’est pas non plus un jeu vidéo actuel. Pourquoi avoir rédigé un test à son sujet alors ? Eh bien parce que étrangement cela me tenait à coeur, étant un grand fan du travail de Renegade Kid, et à l’approche hypothétique d’un Dementium 3 qui a été évoqué il y a quelques semaines, il me semblait bon de revenir sur l’unique FPS qui ne soit pas horrifique développé par l’équipe américaine.

Moon
En un sens, la Nintendo DS c’est un peu la console de l’expérimentation. Deux écrans dont un tactile, un micro, et une puissance somme toute raisonnable pour une portable, de quoi permettre aux développeurs de s’adonner à toutes sortes de facéties, même les plus invraisemblables, ce qui donna lieu à pas mal de projets un peu foufous. C’est ainsi que l’on eut droit à des jeux de drague du genre Project Rub, à des ovnis tels que Hotel Dusk ou Scribblenauts, que Capcom a décidé de porter le premier Resident Evil sur le support, pourtant considéré par le plus grand nombre comme destiné aux enfants… et que quelques petits développeurs, dont Renegade Kid, se mirent en tête d’y développer de véritables jeux matures, dont le premier frappa d’ailleurs plutôt fort. Avec Dementium : L’Asile, paru en octobre 2007 outre Atlantique, le studio américain tenait un savant mélange de FPS et d’horreur, et aussi étrange que cela puisse paraître le résultat était convaincant et même véritablement immersif. Puis est arrivé Moon.

Si l’on retient tout particulièrement leur première production, peut-être bien leur plus réussie sur Nintendo DS, puisque bénéficiant en sus de l’effet de surprise, cela ne signifie pas que les petits gars se sont arrêtés là pour autant. En effet, avant un Dementium II passé totalement inaperçu si ce n’est dans sa version PC malheureusement un peu bâclée (mais ceci est une autre histoire), Renegade Kid s’est attelé à la création d’un FPS ne manquant lui aussi pas d’ambition. Moon, de son petit nom, qui prend place sur la Lune comme son nom l’indique, est étrangement paru le même jour que Dementium : L’asile en Europe, soit le 2 juillet 2009. Un jeu très inspiré, mais qui sera malheureusement sorti lui aussi dans le secret le plus total, comme bon nombre des titres considérés comme matures sur la portable aux deux écrans.

 

On prend les mêmes et on recommence

Dementium : L’Asile est un modèle d’ergonomie dans le style FPS sur DS, et sa suite l’est tout autant si ce n’est plus, avec quelques améliorations ponctuelles en bonus. Sorti pile poil entre les deux, Moon reprend trait pour trait la même recette. Ainsi, il s’agit une nouvelle fois d’un jeu de tir en vue à la première personne, et les mécaniques y sont identiques à ce que l’on trouvait dans le Survival Horror du développeur américain. C’est donc toujours le stylet qui servira à faire tourner la caméra, ce qui reste très agréable une fois les premières minutes d’acclimatation passées, et le reste du gameplay coule de source et se révèle une fois encore parfaitement efficace. Et si les plus regardants reprocheront peut-être à Renegade Kid d’avoir copié/collé le game system de leur premier FPS, deux fois en outre, il faut avouer que l’absence de réelle prise de risque à ce niveau n’est finalement pas dérangeante tant le tout se prend bien en main et offre des sensations correctes pour le support, qui ne semble pourtant pas s’y prêter à première vue.

Mais tout n’est pas rose pour autant. En effet, le personnage principal portant un scaphandre d’astronaute, l’histoire se passant sur la Lune (d’où le nom n’est-ce pas), le développeur a cru bon d’insérer les contours de son casque à l’image, en les rendant toutefois partiellement transparents. Et si le résultat n’est pas vraiment laid, il faut avouer que c’est tout de même un coup dur porté à la petite taille de l’écran supérieur, qui se voit ici amputé d’une partie non négligeable de ses bordures, même lorsque l’on joue sur une DSi par exemple. Un choix qui aurait du renforcer l’immersion, mais qui se révèle finalement assez dérangeant, puisque réduisant un poil la visibilité du joueur, qui aura pourtant besoin d’être très réactif durant l’aventure. Reste que c’est un moyen pas idiot d’insérer la barre de vie et les munitions à portée de vue, tandis que Dementium les affichait, lui, sur l’écran tactile, ce qui nécessitait de réguliers coups d’œils pas toujours très pratiques surtout dans les gunfights nerveux.

Moon délaisse en grande partie le côté Survival Horror de Dementium pour se focaliser sur un mélange beaucoup plus porté sur l’action, et aussi plus linéaire, mais conserve toutefois en partie l’ambiance glauque que sait joliment mettre en place Renegade Kid. Ainsi, s’il sera toujours question de récupérer divers items aidant à notre survie, la grosse base du jeu se situe dans les affrontements. Fini les énigmes complexes (quoique le terme soit à prendre entre de larges guillemets), et adieu l’impression de liberté qu’offrait le monde partiellement ouvert des aventures de William Redmoore ; ici la progression se fera dans des niveaux fermés, bien que souvent assez vastes. Un changement qui ne plaira peut-être pas aux fans de Dementium s’étant rués sur Moon dans l’espoir d’y trouver des similitudes, mais qui a du sens étant donné la nature de cette nouvelle aventure. Le titre est en effet beaucoup plus nerveux et blindé d’ennemis à dégommer, et de fait cette progression 100% linéaire correspond parfaitement au rythme très soutenu. Quant aux gunfights, ils sont plutôt réussis, puisque dynamiques, et bien qu’ils soient répétitifs ils ne posent vraiment problème que lors de passages dans des zones étroites, puisque nécessitant pas mal d’esquives.

Le titre de Renegade Kid propose deux phases bien distinctes. Dans la première il s’agira de dégommer tout ce qui bouge en vue FPS, et dans la seconde il faudra conduire un tout terrain lunaire et… dégommer tout ce qui bouge, en évitant toutefois les nombreux obstacles. Une bonne idée, qui empêche Moon de n’être qu’un banal shooter durant les six à huit heures que dure sa campagne, et qui apporte un petit élan de fraîcheur au game system très classique qu’utilise le développeur depuis Dementium, en permettant d’évoluer sur le sol de cette bonne vieille lune. L’ennui c’est que, bien qu’elles soient sympathiques, les phases en véhicule sont grandement altérées par une maniabilité relevant plus de l’aléatoire que de la maîtrise. Difficile de comprendre comment les petits gars ont pu laisser passer un résultat aussi bancal, surtout étant donné la difficulté des niveaux à la surface, qui sont complètement blindés de mines et d’ennemis. Dommage, car ça partait d’un bon sentiment. On nous demandera aussi de manoeuvrer un petit robot pour activer ou désactiver certains mécanismes, mais ces passages sont assez sommaires.

Quand la technique ne fait pas tout

En terme de technique pure, Moon est un poil plus beau que Dementium : L’asile. Ainsi il est vraiment très joli pour le support, et le tout se révèle plutôt propre et lisse, bien que quelques ennemis restent encore un peu trop pixelisés. Seul le ciel, que l’on pourra observer durant les phases en surface, est véritablement infâme, puisqu’en toute logique il s’agit d’une banale image fixe, et ça se voit. Enfin bon, ce n’est que du chipotage bien entendu. L’ennui c’est qu’au delà de cet aspect, le jeu de Renegade Kid pêche par sa direction artistique qui, en dépit de sympathiques effets de lumière et de quelques bonnes idées, se révèle relativement vide. On passe notre temps à arpenter des couloirs et des salles qui se ressemblent terriblement, mais surtout qui manquent cruellement de fioritures. Les environnements semblent vides, malgré les vaines tentatives d’y apporter de la vie en balançant par-ci par-là des caisses et des bornes qui nous en disent un peu plus sur l’histoire. On est bien loin du design de Dementium II qui cassera la baraque un an plus tard.

Si l’on n’y prêtera pas forcément attention tout de suite, pris dans le feu d’une action qui ne débande quasiment jamais, le fait est que couplé à un bestiaire très bateau et répétitif, le jeu finit par être redondant à bien des égards. Déjà que l’on fait toujours la même chose, c’est à dire dégommer tout ce qui bouche le passage, alors si en plus tout se ressemble… Heureusement, les boss sont là pour rehausser le niveau. Bien qu’assez rares, ils offrent des passages plus réfléchis que le restant du jeu, et disposent en outre d’un design plus intéressant. On se met souvent, et étrangement, à espérer tomber sur l’un de ces monstres surpuissant histoire de casser la routine qui s’impose dès la première demie heure de jeu, et qui finit par lasser un tant soit peu, quel que soit notre degré de patience. Et bien que les niveaux à la surface soient plus sympathiques à observer, ils laissent toutefois souvent eux aussi cet amer goût de couloir artificiel dans la bouche…

Mais l’aspect qui est le plus à plaindre, et c’est triste à dire étant donné la qualité de Dementium à ce niveau, est sans nul doute la bande sonore. En effet, bien que les premières minutes de jeu laissent entrevoir de jolis petits morceaux qui mettent aisément dans l’ambiance lunaire, passé le premier chapitre on se retrouve avec une sorte de bouillie indescriptible, composée de vifs bruits aigus et d’un fond musical très étrange, presque malsain. Et bien qu’on laisse Moon nous détruire les tympans quelques instants en se disant que ça va passer, il n’en est finalement rien et l’on finira par couper tout simplement le son par dépit. Une mesure radicale, certes, mais nécessaire devant un résultat aussi infâme. Alors certes, restent quelques passages intéressants et pas déplaisants, mais l’ennui c’est qu’ils sont rares, et surtout placés entre des phases inécoutables. On passera donc souvent à coté, le volume ayant volontairement été mis au plus bas, voire coupé, pour éviter de se vriller les oreilles. Reste un scénario qui commence dans le mystère le plus total, pour finir dans une apothéose de WTF sans intérêt, mais surtout qui n’avancera que via de petites scénettes écrites pas franchement folichonnes… Bref on est loin de ce que proposait Dementium, qui n’était pourtant pas exceptionnel sur ce point, mais avait le mérite de jouer sur l’énigmatique avec brio.


 

Moon n’est pas un mauvais bougre, d’autant qu’il compose avec une réalisation au top et un gameplay nerveux et facile à prendre en main. L’ennui c’est qu’au delà de ça, le titre se révèle un peu vide et répétitif, autant en terme de game design que de mécaniques de jeu, et ne parlons pas de son scénario. On tourne en rond, et ça se ressent, un peu comme dans un Call of Duty sur le même support par exemple, sauf que ce dernier aura au moins la décence d’offrir à nos yeux un panel de couleurs suffisamment vaste pour ne pas créer la désagréable impression que l’on parcourt sans cesse les mêmes couloirs. Alors certes, difficile d’en vouloir à Renegade Kid d’avoir voulu faire autre chose qu’un Dementium entre deux épisodes. Mais le fait est qu’il est difficile de passer de l’un de ces excellents Survivals Horrors à un FPS tel que Moon, malgré toute la bonne volonté du développeur. En résulte un jeu jouissif, certes, qui conserve en outre la très sympathique patte du développeur américain, mais malheureusement un peu trop linéaire. Dispensable à côté d’un Metroid Prime Hunters, dont il s’inspire en partie, il reste toutefois un jeu de tir en vue subjective agréable, mais sans prétention.

moon

Moon

Les plus
  • Une réalisation au top...
  • Le gameplay nerveux...
  • Quelques jolies musiques...
  • L'ambiance à la Renegade Kid
Les moins
  • ... mais un game design paresseux
  • ... mais répétitif
  • ... mais de nombreux étrons sonores
  • Le scaphandre visible
  • Difficile de passer après Dementium L'asile
5.5 10