Au même titre que The Last Guardian et Final Fantasy XV, Nioh est devenu au fil des années une véritable arlésienne du jeu vidéo. En développement depuis plus de 10 ans, le jeu est passé par de nombreuses étapes laborieuses pour enfin arriver sur PS4 le 8 février dernier. Le résultat, plutôt convaincant, a réussi à s’émanciper de son modèle de base, la fameuse saga Dark Souls.

Débuté en 2004, le développement de Nioh a connu moults rebondissements avant de se voir confier aux studios de la Team Ninja, connus pour les exigeants Ninja Gaiden et les sulfureux Dead or Alive. C’est donc en 2015 que le jeu refait parler de lui plus sérieusement avec quelques informations comme l’exclusivité PS4 du titre. Durant l’année 2016, les développeurs proposeront aux joueurs de tester plusieurs fois leur bébé soit par l’intermédiaire de phases de bêta soit directement lors d’événements tels que la Paris Games Week 2016. Aujourd’hui, Nioh est enfin disponible et c’est l’occasion de voir si ce développement chaotique a laissé de lourdes séquelles, comme cela fut le cas pour un certain Duke Nukem Forever.

William ou la découverte du Japon

Nioh - Test

Un des grands méchants de l’histoire

Commençons ce test par l’histoire du jeu. Le joueur contrôle un dénommé William Adams, personnage historique ayant réellement existé, qui part découvrir le pays du soleil levant pour contrer une invasion de Yokais, des démons venus du fin fond de la Terre. Une fois arrivé sur place, le héros fera la rencontre de quelques PNJ qui le guideront dans sa quête pour retrouver un esprit protecteur qui l’a aidé à s’échapper de la prison de la Tour de Londres. Un certain Hattori Hanzo viendra également en aide à William dès le début du périple et présentera le climat de tension palpable au Japon. En effet, le pays est en proie à la guerre entre les clans rivaux Ishida et Tokugawa, sans compter l’apparition des monstres. Des esprits protecteurs feront également partie de l’histoire et permettront d’acquérir diverses capacités. Ils se présentent sous la forme d’animaux mystiques qui accompagnent le joueur tout au long de son aventure. Le fait est que l’on se rend compte assez rapidement que le scénario n’est finalement qu’un prétexte à aller taquiner du démon. Ceci est un peu dommage pour un titre qui s’efforce de développer un contexte historique et de posséder des environnements enivrants.

Néanmoins, le titre possède des cinématiques plutôt sympathiques qui permettent de faire quelques pauses bien senties même si le jeu accuse un retard technique incontestable. C’est là le plus gros point noir du titre : Nioh n’est pas très beau. Dès les premières minutes du jeu, l’aspect visuel pêche par des textures datées et un aliasing parfois assez marqué mais ses défauts sont compensés par l’univers que dépeint le titre. Même si les graphismes ne suivent pas, Nioh tente d’emmener le joueur dans un Japon féodal fidèlement retranscrit autant dans ses environnements que dans les personnages. Le folklore nippon possède une grande place à l’intérieur du titre, ce qui n’est pas sans rappeler une certaine saga de Capcom, la regrettée Onimusha. Des monstres aux bâtiments en passant par les armes et armures, Nioh plonge littéralement le joueur au coeur d’une aventure fantastique qui ravira les fans de culture nippone.

Le level design de Nioh s’inspire en partie de celui instauré par Dark Souls à la différence que le jeu se décompose en différents niveaux que le joueur peut sélectionner par le biais d’une carte du monde. Le titre s’en retrouve plus fractionné et ceci permet d’introduire les missions secondaires, se déroulant dans les mêmes niveaux que les principales. Chaque niveau est cependant différent, William explorera aussi bien une mine d’argent qu’un château japonais, et le level design conserve un aspect labyrinthique qui prend aux tripes. Les autels (les feus de camp de Nioh) sont disposés de manière sporadique dans les niveaux ce qui fait vite monter le stress dès lors que l’on accumule beaucoup d’Amrita, les âmes du jeu disparaissant à chaque mort. Des raccourcis peuvent être débloqués au fur et à mesure de la progression et garantissent l’accès à un des autels et par conséquent à un chekpoint en cas de décès. Les levels regorgent également de nombreux embranchements et autres passages secrets que les fans d’exploration tenteront de trouver dans l’espoir d’obtenir de nouvelles pièces d’équipement et de dénicher de nouveaux raccourcis.

Nioh, l’élève a-t-il dépassé le maître ?

Nioh Image

Les autels qui se feront souvent désirés

C’est à partir de ce point du test que nous allons commencer à citer fréquemment la saga des Souls étant donné que Nioh et celle-ci possèdent bon nombre de points communs. Cependant, les développeurs ne s’en cache aucunement et ont clairement dit que la série de From Software faisait partie de leurs influences. Et cela saute aux yeux dès les premières minutes de jeu notamment au travers de l’ATH. On retrouve la barre de santé (qui se vide très vite) située au-dessus d’une barre d’endurance qu’il faudra constamment surveiller sous peine de s’essouffler lors des combats. En effet, la gestion du KI s’avère être un élément central du gameplay qu’il faudra rapidement savoir maîtriser afin d’affronter les ennemis sans perdre la vie. Chaque mouvement du personnage consomme du KI que ce soit une attaque, un sprint ou bien une esquive, tout comme dans Dark Souls, à la nuance près qu’il est possible de récupérer une partie de cette énergie en appuyant sur la touche R1 à un moment précis. Cette simple fonctionnalité fera toute la différence entre une attaque réussie et une mort implacable puisqu’une fois la jauge de KI à zéro, William a la fâcheuse tendance à reprendre son souffle ce qui le rend très vulnérable l’espace de quelques précieuses secondes, suffisantes pour voir le message « Libérer de ce bas-monde » sur l’écran.

Ce message va apparaître très souvent au fil de l’aventure puisque Nioh est un jeu difficile, qui demandera patience et technique aux joueurs. A l’instar de la saga de From Software, le titre est exigeant et chaque mort n’est pas la faute du jeu mais bien celle du joueur qui devra constamment apprendre de ses erreurs pour surmonter les obstacles qui se présentent à lui. Il faudra être vigilant, même avec les ennemis les plus insignifiants, qui peuvent tout d’un coup se montrer redoutables et terrasser le héros en deux attaques. Le jeu a malheureusement eu la mauvaise idée de mettre une pause active, c’est-à-dire qu’il faudra généralement trouver un coin tranquille pour aller aux toilettes par exemple, un mécanisme issu de la saga des Souls qu’il aurait fallu oublier. Nioh possède un bestiaire assez développé, puisant son inspiration dans le folklore japonais, et comporte par exemple des squelettes en armure, des ogres, des masques flottants, ou encore des araignées qu’il faudra décidément arrêter de mettre dans les jeux vidéo. On relève néanmoins un petit manque de créativité de la part des développeurs concernant les ennemis puisque certains designs se ressemblent vraiment beaucoup et seuls quelques détails les différencient les uns des autres. Ceci peut devenir gênant lorsqu’un ennemi qui nous semble familier se met à utiliser des attaques inédites et nous tue sans prévenir.

On ne peut pas parler du bestiaire sans évoquer les boss du jeu, qui pimentent pas mal les parties. Déjà, chaque mission principale contient quelques ennemis plus coriaces qui apparaissent dans des zones de brouillard et qui, une fois éliminés, ne reviennent pas et ce même après la mort du héros. Ensuite, plusieurs boss peuvent être présents dans un même niveau. Généralement, on les trouve par deux, un au milieu de la mission et l’autre étant le boss final. Mais que l’on ne s’y trompe pas, les deux sont redoutables et il faut généralement quelques essais avant de comprendre les attaques ennemies et connaître les bons moments pour contre-attaquer. Les affrontements sont viscérales, intenses et ne laissent pas de place à la moindre erreur. Chaque attaque peut être potentiellement mortelle et la tension monte en parallèle que la jauge de vie ennemie descend. Cependant, malgré un nombre de boss important, on regrettera le manque de gigantisme et de charisme de quasiment tous ces ennemis, aucune présentation n’est faite ni aucun réel background alors que certains s’y prêtaient vraiment.

William sur la voie du bushido

Nioh Screenshot

Un inventaire pas toujours très clair

Pour l’aider dans sa tâche qui s’annonce ardue, William devra devenir un véritable expert en maniement d’armes. 5 types d’armement différents sont présents et possèdent bien entendu chacun leurs défauts et leurs avantages. Commençons avec le katana, emblème de la caste des samuraïs, qui allie force et rapidité malgré une allonge restreinte comparé aux lances qui permettent de prendre plus de distance par rapport à l’ennemi mais rendent le héros plus vulnérable du fait de la grande amplitude des coups. William peut également manipuler deux sabres, les attaques sont ainsi plus rapides mais le héros perd en puissance. A l’inverse, on trouve les haches et les marteaux, cette fois-ci très puissants mais forcément beaucoup plus lents et consommant beaucoup de KI. Enfin, plus atypique, il est possible d’utiliser un Kusarigama, une arme composée d’une faucille à laquelle est attachée une chaîne métallique. Son maniement est un peu plus complexe, mais elle peut être un bon compromis entre l’allonge, la rapidité et la puissance. Des armes à distance sont également présentes telles que des arcs ou des arquebuses et permettent d’attirer certains ennemis ou de les tuer de loin. William peut s’équiper de deux armes blanches et de deux armes à distance simultanément. La simple pression d’une touche permet de changer d’arme, idéal donc pour changer de style de combat durant un affrontement. Le fait de passer d’une arme à l’autre au moment opportun rechargera même une partie du KI. En matière de gameplay, l’aura de Ninja Gaiden plane au-dessus du jeu puisque les affrontements demande une certaine technicité tout en étant très dynamiques, un des traits majeurs de la série de Ryu Hayabusa. Pas étonnant quand on sait qu’il s’agit des mêmes développeurs qui ont certainement mis un peu de leurs anciens jeux dans Nioh.

Chaque catégorie d’arme possède son panel de mouvements qui lui est propre. Les combinaisons de touche reste sensiblement les mêmes mais les attaques et les contres sont bien entendu différents. Nioh amène une mécanique très intéressante à savoir celle des trois positions d’attaque. En effet, le protagoniste peut attaquer selon trois angles choisissant entre la rapidité et la puissance. La position haute est propice aux attaques fortes mais le héros perd en rapidité et consomme d’avantage de KI qu’une position basse, beaucoup plus rapide mais m. Le fait de pouvoir changer d’arme et de position très vite permet de s’adapter à l’ennemi d’en face mais également à l’environnement dans lequel l’affrontement se déroule. Le joueur privilégiera par exemple un katana dans un endroit exiguë plutôt qu’une lance qui nécessite plus d’amplitude. L’ensemble de ces fonctionnalités rendent les combats très nerveux et dynamiques, alternant attaques, esquives et parades toujours dans le but de terrasser l’ennemi avant qu’il ne le fasse. Enfin, un dernier mot concernant les esprits protecteurs qui suivent le héros tout au long de l’aventure. Le choix de l’esprit protecteur s’effectue par le biais de l’autel et ceux-ci se débloquent au fur et à mesure. Une jauge est alors visible à côté de la barre vie et une fois remplie, il est possible de faire appel à l’esprit. Les effets varient en fonction du choix du joueur mais un des esprits disponibles en début de partie permettra d’être invincible et d’asséner des coups dévastateurs durant un court laps de temps.

La personnalisation du combattant

Nioh démo bêta avis

L’arbre de compétences de la lance

Au fur et à mesure des affrontements, des points de compétence se débloquent qu’il est possible de dépenser à tout moment dans le but d’acquérir de nouvelles capacités. Chaque arme peut se développer indépendamment des autres, le jeu laissant ainsi le choix aux joueurs de son/ses armes favorites. Il est donc possible de privilégier le katana au détriment de la hache par exemple et d’ainsi réserver les précieux points pour les armes que l’on utilise réellement en jeu. Le style de jeu s’enrichit au fil de l’aventure grâce au déblocage de nombreuses nouvelles capacités qui varient le gameplay. D’avantage de possibilités d’attaque et de parade s’offrent aux joueurs comme le fait de pouvoir effectuer une attaque dans le dos des ennemis qui n’est malheureusement pas disponible dès le début. Durant son périple, William pourra également user de magie pour venir à bout des Yokais mais aussi utiliser des objets de la culture japonaise comme des shurikens ou des kunais. Tout ceci s’utilise de manière rapide par l’intermédiaire des raccourcis affiliés à la croix directionnelle et se débloque de la même manière que les compétences des armes.

Nioh possède un petit côté Diablo avec une recherche du loot très présente. Lors de l’exploration des niveaux, William ramasse beaucoup (trop) de pièces d’équipement et d’objets. L’inventaire se remplit alors de manière exponentielle et devient très vite bordélique. Heureusement, les développeurs ont jugé judicieux, et à juste titre, d’écrire en gros la valeur de défense ou d’attaque ce qui permet de choisir son équipement rapidement. Vient ensuite l’étape du recyclage de ses pièces. Deux méthodes sont ainsi proposées aux joueurs. La première consiste à les échanger purement et simplement contre de l’amrita (et d’autres objets) tandis que la seconde solution repose dans la forge. Cet endroit, présent dans le base alliée qui comporte également un dojo d’entrainement, permettra de démanteler les armes et les armures afin de récupérer des matériaux dans le but d’en créer d’autres, un système que l’on pouvait déjà retrouver dans l’excellent The Witcher 3 : Wild Hunt.

Finalement, abordons la partie technique du jeu. Les musiques de Nioh sont plutôt sympathiques et reprennent des sonorités orientales qui sont les bienvenues surtout lors de l’exploration des environnements typiquement japonais. Malheureusement aucun thème musical n’est réellement marquant, aucun grandiose ne ressort des affrontements de boss, comme cela a pu être le cas lors des combats de Dark Souls. Sur PS4 classique, le jeu propose deux modes d’affichage différents : le mode cinéma qui promet du 1080p mais plafonne à 30fps tandis que le mode action affichera du 60 fps constant pour une résolution comprise entre 720 et 900p. Ce dernier s’avère être le plus convaincant et permet de garder de la fluidité, élément essentiel surtout durant les combats.

Pour qui ?

Si vous êtes fan de Dark Souls : Nioh possède de nombreux points communs avec la saga de From Software et pourrait donc être une bonne alternative pour les joueurs désirant retrouver des combats viscérales et des morts à répétition. De plus, il a su s’émanciper de son aîné pour proposer une aventure et un gameplay différents.

Si vous aimez la culture japonaise : L’univers dépeint dans Nioh est enivrant des monstres aux pièces d’équipement en passant par les environnements ou l’architecture. Les développeurs ont puisé leur imagination dans le folklore et l’histoire nippons pour livrer une oeuvre qui plaira certainement aux nostalgiques d’Onimusha.

Si vous avez des tendances masochistes : Et oui il ne faut pas oublier que le jeu est dur, parfois même très dur. La mort attend donc tous les joueurs qui se lancent dans l’aventure et il faudra se montrer patient et tenace pour venir à bout du titre.


A l’instar de Dark Souls, Nioh est donc un titre qui vous fera criser, ou même pleurer (pour les plus sensibles) mais qui procure en contre-partie un sentiment de satisfaction incomparable dès lors qu’on bat un boss ou qu’on finit une mission. Malgré un aspect visible techniquement daté dont le jeu ne se cache pas, Nioh proposera un challenge de taille à tous les joueurs voulant se lancer dans l’aventure. Le jeu est punitif, certes, mais il sait également récompenser les joueurs patients grâce à de nombreux objets à récolter et à son ambiance japonaise dépaysante. Savant mélange entre Ninja Gaiden, Dark Souls et Onimusha, Nioh est un titre qui a su trouver sa voie malgré un développement plus que laborieux. Une exclusivité PS4 de qualité donc que nous ne saurions que trop vous conseiller. Que la voie du bushido vous guide.

Test réalisé sur une PS4 classique

ni-oh - titre

Nioh

Les plus
  • L'ambiance japonaise dépaysante
  • Un bestiaire varié....
  • Le gameplay nerveux et les différents styles de jeu
  • La BO aux influences orientales sympathique
  • La quête du loot
  • La durée de vie et les nombreuses missions
  • Un vrai challenge pour les gamers
Les moins
  • Un scénario plutôt anecdotique
  • ...mais assez redondant
  • L'aspect visuel daté
  • L'absence d'un mode pause
  • L'inventaire pas toujours très clair
8.5 10