owlboy test

Presque 10 ans, voilà donc ce qu’il fallait attendre pour voir arriver Owlboy ailleurs qu’en vidéo et sur des salons. Une durée presque incroyable pour un jeu indépendant, mais qui, manette ou clavier en main, semble presque être justifiée.

Comment un jeu aux prétentions si modestes a pu nécessiter un tel temps de travail ? J’étais déjà revenu sur cela lorsque les développeurs avaient annoncé la sortie imminente du jeu, cet été. Un projet au départ plus vu comme un hobby, puis, face à l’engouement, une redirection totale des objectifs et de la manière de concevoir le jeu. En gros, c’est l’anti-No Man’s Sky : un projet simple, qui, face au succès, prend son temps, se dévoile peu, et communique toujours sur du concret.


Owlboy – Trailer annonce date de sortie par CooldownTV

Une quasi-décennie de préparation

Je n’ai pas connu la hype originelle autour du jeu, il y a donc de cela à peu près 8 ans. Mais c’est sûrement mieux ainsi, j’ai pu me concentrer sur le jeu et uniquement ce qu’il propose, loin des à priori que j’aurais pu avoir. Et j’ai donc été bien surpris de voir la simplicité du jeu et, surtout, son efficacité. Pour ceux qui seraient intéressés par les informations directement sur Owlboy, je vous invite à vous rendre sur la page Steam, et constater par vous même son succès.

Avant tout, petite digression pour mieux expliquer ce qu’est Owlboy. Il peut être caractérisé comme un « métroidvania« , comprendre par là un jeu d’action-aventure, qui suit les codes définis par les premiers Métroid et Castelvania. Il s’agit d’un jeu de plateforme librement explorable mais où les niveaux supérieurs sont souvent bloqués par des murs ou des portes qu’il faudra ouvrir une fois des capacités ou des objets acquis. Cela amène à refaire parfois certains niveaux, qui auront entre temps évolués (nouveaux ennemis, difficulté augmentée, etc). Gloire des jeux du milieu des années 80, le genre connaît une seconde vie depuis les années 2000 où de nombreux développeurs indépendants font appel à lui. Ca a été notamment le cas de VVVVVV, du récent Seasons after Fall, ou du somptueux Ori and the Blind Forest. Owlboy partage de nombreux points communs avec les deux derniers d’ailleurs. Voilà, on peut avancer dans le test !

O-O-Otuuus

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Otus ne sait pas encore ce qui l’attend…

Non, ce n’est pas qu’un jeu de mot nul avec l’émission télé de Thierry Beccaro, Otus est aussi le prénom du personnage que vous allez incarner dans Owlboy. Vous en prenez le contrôle alors qu’il galère lors de son entraînement de chouette (oui vous faites partie d’une race mi-humaine mi-chouette), et son mentor n’est pas des plus sympathiques. Pas de chance pour le héros, il est muet et il se contente de subir les réprimandes d’un peu tout le monde sans pouvoir réagir. Après des échecs successifs, le personnage a vraiment une très faible estime de lui-même. Heureusement, il  a quelques amis, notamment un artilleur qui s’occupe de la défense de Vellie, le village-volant qui sert de zone de départ, et qui sera votre premier vrai compagnon de combat. Après une petite phase narrative de prise en main, posant le contexte de l’histoire et présentant rapidement quelques personnages, vous vous retrouvez lancés dans l’aventure. Mais finalement, celle-ci ne s’enclenchera réellement que lorsque des mystérieux pirates du ciel viendront s’attaquer à Advent, la grande ville-volante la plus proche. Et l’aventure va prendre un vrai tournant initiatique, faisant d’Otus un véritable héros et l’amenant à prendre enfin confiance en lui.

On pourrait penser que le jeu ne ferait qu’un focus sur le gameplay, mais chaque personnage (comprendre par là, ceux qui ont une grande place dans l’intrigue, comme les différents compagnons qui nous aideront) possède son propre caractère, sa manière de penser. Et même Otus. Le choix d’un personnage muet ne lui ôte pas sa personnalité, et on se prend d’affection pour ce jeune héros trop dénigré et un peu effrayé. Le tout est intégré dans une histoire intéressante, et où l’on se retrouvera à rire comme à éprouver une certaine tristesse. L’intrigue du jeu n’est donc pas qu’un accessoire. Cependant, pour tout saisir, il faudra maîtriser l’anglais, le titre n’étant hélas pas traduit à l’heure actuelle.

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Valorisation de l’univers

Après 8 ans de travail, il n’est pas anormal d’être exigeant face à Owlboy. Mais, aussi pointilleux qu’on soit, difficile de reprocher quoique ce soit au jeu tant pour les graphismes que l’ambiance générale.
Déjà, s’agissant des graphismes. Le choix du pixel art est judicieux, c’est objectivement beau. On peut, comme à chaque fois qu’on aborde ce type de graphismes, préférer la débauche d’effets 3D ou le rendu le plus réaliste possible, mais on ne peut pas reprocher aux développeurs de ne pas avoir réalisés un travail fantastique. Certains plans sont vraiment merveilleux et donnent une âme à l’univers dans lequel se déroule l’histoire. On retrouve un peu une ambiance à la studio Ghibli, à la fois onirique et éloigné de ce qu’on connait d’habitude. Cela donne la sensation d’être en face de tableaux pixelisés, pensés comme tels en tout cas.

Pour imprégner encore plus les joueurs dans le jeu, il fallait une bande-son de qualité. Et c’est le cas. Tantôt douce, tantôt dynamique, elle accompagne parfaitement les phases de plateforme, de combat, et d’exploration. Si l’envie vous prend de vous poser quelques minutes afin d’admirer le rendu d’un niveau, la musique viendra à coup sûr vous aider dans votre contemplation. On a tendance parfois à sous-estimer l’importance des sons dans un jeu de plateforme, qui pourrait au final ne privilégier que le gameplay, mais c’est ce qui donne un rythme spécifique, et fera la séparation entre des phases intenses et d’autres plus orientées vers l’exploration et la résolution des petites énigmes.

Un gameplay maitrisé

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Faire d’un compagnon d’aventure, une arme !

Pour mettre en valeur ce gameplay spécifique, les développeurs de D-Pad Studio ont choisi de faire voler Otus tout en ne lui accordant qu’une attaque qui étourdit et un dash, utilisable au sol comme en vol. Pour détruire les ennemis et passer les obstacles plus complexes, le joueur devra se servir des compagnons du héros au fur et à mesure qu’ils apparaissent dans l’aventure. Pour cela, il devra les attraper et voler, le joueur contrôlant alors Otus ET le compagnon attrapé. Le tout est très dynamique et instinctif, et c’est franchement un plaisir de switch entre chaque personnage, chacun possédant des capacités propres : un tireur rapide, un tireur puissant mais lent, un qui peut utiliser un grappin. A certains moments, l’un ou l’autre des compagnons ne sera pas disponible, et il faudra donc palier cette absence.

Le fait que le personnage vole apporte un sacré plus dans la manière de jouer, avec une profondeur de gameplay que d’autres jeux de plateforme ne possèdent pas forcément. Cela donne aussi un level-design très bien pensé, et les combats contre les boss demanderont une bonne dose de réactivité. Petit bémol, une fois que vous vous faites toucher, votre personnage est souvent projeté, et, s’il touche un mur ou une paroi, reprend des dégâts. Contre des vagues d’ennemis ou des boss avec des schémas d’attaques rapides, vous vous retrouverez à vous faire enchaîner sans trop pouvoir réagir. Mais on peut aussi penser que les développeurs ont voulu rendre nécessaire une bonne compréhension des adversaires plutôt que de juste foncer dans le tas.


Owlboy est spécial. Et pas que pour moi. Ses personnages drôles, parfois touchants, son gameplay parfait, et son ambiance unique font de l’ensemble un jeu merveilleux. Après presque une décennie de conception, on pourrait se dire « heureusement ! ». Mais rien n’empêchait D-Pad Studio de n’accoucher que d’un bon jeu. Au lieu de ça, on est face à un titre enchanteur, aux défauts très rares. Le rendu de l’univers, tout en pixel art est impressionnant, la bande-son est toujours cohérente avec la phase de jeu, et surtout, le gameplay et la prise en main sont instinctifs, sans compter une difficulté efficacement dosée. Que faut-il attendre de plus d’un jeu de plateforme, si ce n’est une suite, mais pas dans 10 ans.

Owlboy logo

Owlboy

Les plus
  • Patte graphique sublime
  • Gameplay sans accro
  • Personnages attachants
  • Bande-son superbe
Les moins
  • Langue anglaise uniquement
  • A quand une suite ?
9 10