hitman preview pc

Un retour annoncé en grande pompe à l’E3 dernier, un format épisodique aussi inédit que douteux… c’est peu dire que HITMAN souffle le chaud et le froid sur nos attentes. Le nouvel opus, toujours développé par IO Interactive, s’est laissé approcher à la faveur d’une phase de Bêta fermée sur PS4 le week-end dernier, et sur PC à l’heure où ces lignes sont écrites. 

Les fans attendent beaucoup de ce HITMAN nouveau. Mais peut-être pas pour les bonnes raisons. Dévoilé récemment, le modèle économique de ce nouvel épisode fait jaser. Il a d’inédit le fait de s’approprier un format, l’épisodique, que l’on croyait cantonné aux productions indépendantes. Le défi est de taille pour Square Enix, puisque pour que les joueurs consentent à donner 60€ pour un jeu qui leur sera livré en cinq parties sur plusieurs mois, il va falloir envoyer du très très lourd. Malheureusement pour l’éditeur, l’entreprise est aussi labile que prévu. À très exactement 20 jours de la sortie du premier épisode, la Bêta montre des lacunes assez peu engageantes.

hitman_titre1La série imaginée par le studio danois IO Interactive au début des années 2000 a toujours su rester parcimonieuse. Cinq épisodes en douze ans, pour être exact. Aussi la longue gestation de cette sixième itération laissait suggérer un travail de fond exemplaire, qui saurait prendre du recul sur ce qui avait déplu aux puristes sur Hitman : Absolution, sorti en 2012. C’est donc avec Hitman : Blood Money comme mètre étalon que le studio a entrepris de réinventer sa licence, en se concentrant sur l’essentiel (et le plus fun) : les assassinats, et les différentes façons de les aborder. Sur ce point, plutôt difficile de se faire une idée précise de ce que nous réserve le jeu final. Cette Bêta est particulièrement chiche en contenu. Deux missions au compteur (ou plutôt disons deux didacticiels), c’est très peu pour se faire une idée.

Les deux missions sont en réalité des simulations. Les événements de cette introduction se déroulant 20 ans avant les événements décrits dans HITMAN, nous assistons au recrutement de l’Agent 47 et à sa mise à l’épreuve initiatique. Aussi, ne vous offusquez pas de voir que les décors sont en carton-pâte, et que l’éclairage des scènes est simulé : les missions se déroulent dans un centre d’entraînement. La première se déroule sur le Yacht de Kalvin Ritter, esthète et trafiquant d’art à ses heures. N’ayant pas de carton d’invitation, ni franchement la gueule d’un amateur d’art, il va falloir ruser pour se joindre à la fête. En dépit de ce que l’on pourrait croire, le chemin est plutôt bien balisé. Cette mission n’ayant pour réel intérêt que de vous apprendre les mécaniques du jeu, et vous introduire les possibilités futures. Aussi, votre premier run se passera sans trop d’encombres, guidez que vous serez tout du long. Votre opératrice, Dana Burnwood, vous propose ensuite de rejouer la mission en étant cette fois libre de vos mouvements. Vous découvrez alors les Challenges, une bonne douzaine de défis qui vous proposent de venir à bout de votre cible de maintes façons. Poison, arme à feu, strangulation, noyade, chute… Si nous étions sadiques, nous dirions qu’il y a de quoi s’amuser.

hitman preview pc

Un détail vous sautera probablement au visage en visionnant ces quelques images. HITMAN est laid. Mais genre, vraiment laid. Le jeu affiche des textures datées, des ombres peu travaillées et un jeu de lumière à la précision douteuse. C’est bien simple : le jeu d’IO Interactive affiche un lustre graphique digne de la Xbox 360 ou de la PlayStation 3. Pourtant, nous sommes ici sur la version PC du jeu, avec tous les réglages au maximum. Ajoutons d’ailleurs que dans l’état, le jeu est extrêmement mal optimisé, ce qui donne lieu – en plus ! – à d’importantes baisses de framerate au cours des missions (entre 40 et 60 images par secondes en moyenne ; le jeu étant testé sur une GTX 970 couplée à un i5 4690K). Pas bien grave, me direz-vous. Les aventures de l’Agent 47 n’ont jamais vraiment brillé par leur mise en beauté. Cependant, les impairs ne s’arrêtent pas là. Le jeu est bugué. Beaucoup. Alors en effet, c’est une Bêta. Mais quand on voit l’état de la technique à, rappelons-le, 20 jours de la sortie du premier épisode, il devient difficile de ne pas penser que le format épisodique n’est là que pour permettre aux équipes de continuer à peaufiner certains aspects du jeu entre deux épisodes.hitman pc bug Au rang des bugs nous trouvons donc essentiellement des erreurs d’animations ; les membres des personnages qui se placent mal lors d’un étranglement à la corde à piano par exemple. Mais le cas le plus récurrent avait trait à des personnages qui se bloquaient tout simplement dans les éléments du décor, et qui se débattaient comme des aliénés. Un drôle de spectacle, qui rappellera au bon souvenir de certains, les fameux head shakes de certains monstres de Silent Hill ou de L’Echelle de Jacob.

hitman_titre2C’est peu dire si vous n’êtes déjà pas bien chauds après la première mission. Pourtant la seconde se révèle de bien meilleure facture. Prenant place cette fois dans un hangar militaire (toujours une simulation), il vous faut éliminer un général soviétique (évidemment). Cet épisode permet une liberté accrue dans la façon de l’aborder, même si en l’occurrence, la carte est trop petite pour s’autoriser toutes les folies. La progression s’effectue sensiblement de la même manière. Persona non grata, vous allez devoir briser quelques nuques pour vous grimer en quelque agent de sécurité ou garde soviétique. Evidemment, il est plus que conseillé de planquer les corps dans les nombreuses caisses, placards ou conteneurs réfrigérés qui parsèment votre route pour vous prémunir de toute suspicion. Une mécanique assez neuve dans le jeu d’IO d’ailleurs. Car même déguisé, certains personnages (reconnaissables à leur point blanc au-dessus de la tête) sont susceptibles de vous repérer. Si vous croisez leur route, vous disposez alors de quelques secondes pour tourner les talons et vous mettre hors de vue. Sympathique, mais la toute-puissance de la « vue omnisciente » comme on en voit désormais partout entrave toute difficulté. Par simple pression d’un bouton, vous distinguez tous les ennemis alentour, même à travers les murs. Cela dit, même sans cela, le défi n’est de toute manière pas bien élevé, la faute à une IA complètement aux fraises.

C’est bien simple : les gardes sont cons comme des tables. Vous êtes repérés ? Et alors ? Il vous suffit de trouver un placard et de vous y calfeutrer quelques minutes en attendant que ça passe. Aucune tension, comme l’avait si bien intégré Alien Isolation par exemple. Vos antagonistes ne regarderont tout simplement jamais dans ces endroits. Ils se contenteront de passer. Même chose concernant les cadavres que vous pourriez être amené à semer durant votre mission. Si un garde tombe dessus, il se contentera de le mettre dans un sac mortuaire, et de retourner bêtement à ses occupations. Des scènes que l’on guette, bien souvent, depuis les interstices d’un placard, non sans un léger levé de sourcil.

Pourtant tout n’est pas à jeter. HITMAN s’inspire de Assassin’s Creed, et vient nous proposer des « opportunités » d’assassinat. Au détour d’une conversation entre les gardes, vous pourriez obtenir une information qui vous permette de mettre en place un dispositif d’assassinat ingénieux. Dans la mission qui nous concerne ici, vous pouvez saboter le système de siège éjectable de l’avion de chasse que votre cible doit essayer durant son parcours. Amusant. Tout comme, il faut lui concéder cela, la certaine pression qui vous prend aux tripes une fois la dernière étape de votre plan d’action déclenchée. Le jeu est permissif mais la moindre erreur peut mettre votre plan à mal. Aussi, c’est avec une certaine satisfaction que l’on ressort d’un assassinat que l’on a pris du temps à planifier. Voilà sans doute la plus grosse réussite, à date, de HITMAN version 2016.


Mitigé, que le bilan de cette Bêta ouverte. L’état des lieux à 20 jours de la sortie de son premier épisode – le 11 mars – fait un peu froid dans le dos. Le jeu accuse d’une technique balbutiante et d’un gameplay efficace mais moins engageant qu’annoncé. Dans l’état, le format épisodique du titre de IO Interactive semble essentiellement destiné à étaler le développement du jeu sur quelques mois supplémentaires afin de peaufiner le produit final. HITMAN fait peut-être partie de ces jeux qui vaudront la peine de s’y attarder lorsqu’une version finale, en boîte, sera disponible. Si vous recherchez un jeu permissif, qui laisse libre court à votre imagination, il est important de savoir où se situe votre curseur. Car si HITMAN abandonne la linéarité qui avait gêné dans Absolution au profit d’environnements plus ouverts à la Blood Money, les possibilités semblaient dans cette Bêta assez mince pour que l’on ait envie d’y retourner encore et encore.

 

Hitman

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Les plus
  • La liberté d'action ...
  • Les Challenges d'assassinats
  • Un environnement plus ouvert que dans Absolution
Les moins
  • ... quoi qu'assez limitée
  • Techniquement à la ramasse
  • De nombreux bugs d'animation et d'affichage
  • Une IA codée avec les pieds