Prey (2006) test

Si vous suivez l’actualité du jeu vidéo avec un œil avisé, ou bien que les publicités incessantes et les nombreux trailers du titre ont fini par vous atteindre, alors vous n’êtes pas sans savoir qu’un certain Prey débarque sur consoles et PC en ce mois de mai. Annoncé lors de l’E3 2016, ce shooter est développé par Arkane Studios, les papas de Dishonored ou encore Arx Fatalis, qui promet pas mal de choses notamment un arsenal et des pouvoirs originaux, ainsi qu’une histoire montrant la lente aliénation du protagoniste. Des promesses dont on ne sait évidemment pas encore si elles seront tenues, bien que les petits chanceux ayant eu la chance d’y poser les mains n’en ont rapporté que du bien. Et si je vous disais que ce Prey est en réalité un reboot d’un jeu du même nom paru le 13 juillet 2006 sur Xbox 360 et PC ?

Ah 2006, je m’en souviens comme si c’était hier ! La 360, console de nouvelle génération, envahissait le monde, et prenait une fière avance sur la PlayStation 3 qui ne sortirait pas avant le mois de novembre. Une avance durant laquelle la machine de salon de Microsoft publia quelques petites perles, dont certaines sont encore cultes aujourd’hui, notamment Saints Row et Dead Rising, et les ténors du FPS moderne n’en étaient qu’aux balbutiements de leur développement, voire n’avaient pas encore été imaginés. Et, bien entendu, Call of Duty 4 n’était pas encore de ce monde, et n’avait pas encore établi officiellement les nombreux changements que subirait le jeu de tir en vue subjective dans les années à venir. En bref, une bonne petite année, bien sympathique, où l’on pourrait en outre regarder à la télévision et au détour des ruelles, quelques fous furieux se procurer une PS3 au prix fort, affichée à l’époque à 600 euros. Et puis bon, le FPS avait encore une âme, mais passons… Dans ce contexte débarquait un certain Prey, un jeu sans grande aspiration développé par Human Head Studios, qui fut toutefois accueilli on ne peut plus chaleureusement.


Prey – trailer E3 2006 par CooldownTV

 

Bienvenue en enfer

Le First Person Shooter et le scénario, c’est presque deux univers différents tant on a peu l’habitude de les voir cohabiter en de bons termes. Aux prémices du genre, Wolfenstein et Doom n’en proposaient pas vraiment, ou du moins pas au sein de l’aventure, et c’était très bien comme ça. Quant aux FPS actuels, rares sont ceux qui disposent d’une histoire qui vaille vraiment le coup d’œil, hormis quelques exceptions comme Homefront (qui ne vaut malheureusement que dalle coté ludique), et l’on a appris à s’en accoutumer sans broncher. Et pourtant, rappelez vous, il y a une époque où l’on nous pondait des Metroid Prime, des Star Wars : Jedi Outcast, ou encore des Killzone, et l’on n’était guère surpris. C’est à la fin de cette époque que débarquait Prey, la veille de l’enterrement de la PlayStation 2, de la Gamecube et de la Xbox.

Prey (2006) test

L’architecture a vraiment quelque chose de spécial

Un jeu qui, comme indiqué plus haut, n’avait pas de grandes aspirations. Il est clair que Human Head Studios et 2K Games ne comptaient pas renverser le game avec ce titre sorti un peu de nulle part, et pourtant il faut lui reconnaître pas mal de qualités, et surtout une certaine originalité. D’abord du côté de son scénario donc, qui nous fait incarner un jeune amérindien vivant dans une réserve, et reniant quelque peu ses origines au profit de la découverte du monde extérieur. On est très vite projeté dans un vaisseau gigantesque et étrange, tant dans son ambiance sombre et glauque que dans son architecture organique presque dégueulasse, dans lequel les humains sont collectés et transformés en denrées à destination de monstres encore plus louches. Par un truchement scénaristique quelconque, Tommy, le héros donc, s’échappe, et c’est ainsi que l’on commence cette aventure pour le moins atypique, armé de cette bonne vieille clé à molette des familles. Un pitch qui n’a, il faut le reconnaître, pas grand chose d’original, puisque des histoires d’enlèvement par des petits hommes verts on en voit à la pelle (c’est même devenu un véritable cliché), mais qui amènera à une fin géniale et à quelques rebondissements vraiment chouettes.

Prey (2006) test

Certains monstres en imposent

À commencer par le fait que notre personnage ne peut pas mourir. Ou du moins, il pourra ressusciter chaque fois qu’il sera mis à terre, et c’est expliqué d’une façon tout à fait surprenante. Alors oui, je vois venir les puristes, la difficulté en est évidemment altérée, puisque de ce fait même les boss et autres gunfights complexes ne poseront pas vraiment problème. On se repose assez vite sur cette capacité particulière, et on se fiche presque de se protéger. Mais le fait est qu’on en oublie la frustration d’un Doom 3, par exemple, qui connaît lui aussi une montée en difficulté progressive, jusqu’à devenir très complexe, trop peut-être, au point d’en devenir presque agaçant. Un jeu que je ne cite d’ailleurs pas par hasard, puisque Prey lui emprunte son moteur graphique, encore très joli pour l’époque ; mais aussi parce que son architecture s’en sera pas mal inspirée, ce qui n’est pas pour nous déplaire étant donné le résultat particulièrement convaincant, bien que le coté organique du vaisseau donne parfois la gerbe.

 

Coucou Cronenberg

Mais l’originalité provient surtout d’ailleurs, notamment l’arsenal vivant. Oui oui, vivant ! Certains outils ont des dents, d’autres suintent du liquide par on ne sait trop où, et hormis la clé à molette tout est fort étrange. Bien sûr, leur utilisation en combat sera bien plus classique, hormis une exception (la sangsue), puisque l’on retrouve finalement, sans le skin crade à la Cronenberg, des styles d’armes que l’on connaît bien.

Enfin, Prey n’est pas composé que de combats, fort heureusement d’ailleurs, et dispose de nombreuses énigmes, assez atypiques vous l’aurez compris. Celles-ci proposeront d’interagir avec la gravité (et celui qui me cite Inversion de Saber Interactive comme exemple similaire je lui pisse à la raie), mais aussi avec des portails. Pas à la Portal non plus, bien sûr, puisqu’il faudra actionner divers mécanismes pour pouvoir ouvrir ces dites portes, et que l’on sera somme toute limité, mais le concept est assez proche. Dans de nombreux cas, il faudra aussi jouer avec une seconde capacité du héros, lui permettant de séparer son esprit et son corps. Il sera ainsi possible de traverser divers champs de force, notamment, mais aussi de se rendre invisible. Et force est de constater que ça marche du tonnerre, d’autant que le développeur ne s’est pas contenté de placer des énigmes entre les phases de gunfight, il a parfois fait interagir les deux, et ça rend vraiment pas mal. Ça évite de surcroît à Prey de n’être qu’un simple shooter, et donc sape rapidement tout début de redondance. D’autant que je peux vous promettre que, sauf erreur de ma part,  vous n’avez jamais vu ailleurs une utilisation aussi raffinée de la gravité dans un jeu vidéo.

 

Un brin classique malgré tout

Prey (2006) test

Ce signe au sol indique qu’il faut séparer l’esprit du corps de Tommy

En dehors de ça on retrouve bien entendu une base assez classique. Le personnage est assez lent, et il n’est pas possible de courir (à l’ancienne quoi), tandis que les gunfights sont nerveux et jouissifs, ce qui est en partie dû à une IA pas dégueulasse, et à un aspect gore bien amené. Le level design est en outre plutôt bien fichu, même si très dirigiste, bien qu’il nous arrivera parfois de nous perdre bêtement. La faute à un cruel manque de lumière qui ajoute certes un petit coté glauque pas déplaisant, mais qui désoriente pas mal et qui peut se révéler assez gênant dans certaines situations. On aura vite fait de passer à coté d’une porte ou de munitions cachées dans l’ombre. Idem, le système de portail n’est pas là pour nous aider à mieux nous repérer, et l’on se retrouve souvent à se demander où l’on est, où l’on va, si l’on a bien pris le bon chemin… quelques allers et retours en perspective donc, mais rien de bien méchant, disons que cela ne prendra qu’une petite demie heure sur la dizaine que durera l’aventure. Une durée de vie qui, au passage, est relativement faible pour l’époque, mais de beaucoup supérieure aux FPS auxquels on joue ces dernières années.

Un dernier petit mot concernant l’aspect sonore du titre de Human Head Studios. Très sympathiques, les diverses musiques de Prey passent malheureusement inaperçues dans le relatif brouhaha ambiant. Il est fort dommage que le travail de Jeremy Soule, qui a notamment planché sur la bande son de The Elder Scrolls IV : Oblivion, ne soit pas mieux mis en valeur ; bien qu’en soit ce ne soit pas excessivement dérangeant, l’ambiance globale se révélant réussie sous toutes les coutures. Restent des doublages en anglais tout à fait convaincants.


 

Prey n’aura pas marqué son époque, et je suis certain que finalement assez peu de joueurs actuels ont entendu parler de ce premier volet. Pourtant, le titre de Human Head Studios est une véritable perle, à la fois violent et raffiné, qui jongle habilement entre les phases de gunfight jouissives et les énigmes intelligentes, mêlant parfois les deux. Si sa fin ouverte se révèle frustrante, maintenant que l’on connaît le malheureux destin de sa suite abandonnée, il n’en demeure pas moins que son histoire est très intéressante, et connaît plusieurs rebondissements surprenants. En bref, bien que certaines de ses mécaniques n’aient pas vieilli au mieux, Prey reste un excellent FPS.

 

Test réalisé via une édition personnelle sur Xbox 360.

Prey Wallpaper

Prey (2006)

Les plus
  • Jouissif mais pas idiot
  • Les énigmes intelligentes
  • Le bestiaire sympa
  • L'ambiance générale
  • Une fin et des rebondissements vraiment chouettes
Les moins
  • Il fait parfois un peu trop sombre
  • On ne peut pas mourir ?!
  • L'ambiance musicale en retrait
7.5 10