Resident Evil 6 critique

À l’approche de Resident Evil 7, prévu pour le 24 janvier 2017, il me semblait intéressant de revenir sur le dernier épisode numéroté en date, afin de pouvoir comparer la recette action du sixième et celle horrifique de l’opus qui arrive.

Peu de séries auront marqué l’industrie du jeu vidéo, et les joueurs eux-mêmes, comme Resident Evil. Preuve en est, la licence imaginée par Shinji Mikami aura engendré un grand nombre d’épisodes, numérotés ou spin offs, de l’excellent au dispensable, et aura fini par devenir si rentable que même le gigantesque monde du cinéma s’y pencha. Mais on pourrait aussi prendre comme exemple, pour imager ce succès, l’orientation uniquement action qu’a entrepris Capcom depuis Resident Evil 3, clairement destiné à plaire à un plus vaste public, le Survival Horror ne parlant pas à tout le monde. Dans le même genre, Silent Hill aura aussi connu son heure cinématographique, et se sera exporté sur pas mal de supports… mais aura fini par disparaître peu à peu de la scène vidéoludique après l’épisode Downpour sorti en 2012 ; avant de subir un coup fatal porté par Konami, lorsque ce dernier annula purement et simplement le pourtant très prometteur Silent Hills qui mettait aux commandes Kojima, Guillermo Del Toro et Norman Reedus. En un sens, peut-être est-ce donc une bonne chose que Capcom ait rendu Resident Evil plus accessible, la série n’ayant connu que de successifs gros pics de popularité et de ventes depuis le premier épisode… Quoique cela se discute, car en effet la disparition des éléments de Survival Horror n’a pas plu à tout le monde, et nombreux sont ceux qui ont pesté contre le cinquième opus, notamment, véritable jeu d’action assumé. Mais cela n’empêcha pas pour autant l’éditeur japonais de réitérer dans cette voie, avec un Resident Evil 6 qui s’émancipe encore un peu plus de l’identité originelle de la série.

Sorti le 2 octobre 2012 sur PlayStation 3 et Xbox 360, Resident Evil 6 a divisé avant même d’être disponible. Il faut dire que Capcom n’a pas cherché à cacher l’orientation très cinématographique et explosive du titre, s’en servant même comme élément principal pour faire sa promotion dès les premières images diffusées. Difficile alors de se mettre les fans de la première heure dans la poche, d’autant qu’ils furent nombreux à réclamer un retour aux sources après le cinquième opus qui n’a lui non plus pas mis tout le monde d’accord… Reste que ce sixième épisode est plein de promesses ; quant au fait qu’il les tienne ou non, c’est une autre histoire.

Goodbye finesse

Resident Evil 6 review

La campagne de Léon essaye de poser un climat angoissant… Sans succès

Avec le nouveau gameplay en Third Person Shooter, initié par Resident Evil 4 en 2005, la série de Capcom a perdu beaucoup. Pas que ce quatrième opus soit mauvais, loin de là, puisqu’étant en outre considéré comme l’épisode du renouveau, mais il faut avouer que l’ambiance auparavant oppressante en a pris un coup. Et si à l’époque l’éditeur / développeur japonais tente encore de conserver un aspect horrifique et de faire sursauter à divers moments, il oublia totalement cette idée avec un Resident Evil 5 qui assume quant à lui parfaitement son orientation action, au détriment d’une ambiance pour le coup peu réussie. Et vous l’aurez compris, cela ne va pas en s’arrangeant avec ce sixième épisode, et ce pour diverses raisons.

Tout d’abord, si sur le papier l’idée d’avoir plusieurs scénarios différents semble être bonne, en jeu c’est une tout autre histoire, en premier lieu parce que l’immersion y perd énormément. Impossible de rentrer à fond dans chacune des quatre campagnes, consacrées respectivement à Léon, Chris, Jake et Ada, et impossible de s’attacher à chacun des personnages, cruellement mal écrits et mal joués. Et si Capcom a fait l’effort pour la première fois dans la saga de dépêcher des doubleurs français, force est de constater que le résultat est peu convaincant, et même risible car très surjouée. À tel point que l’envie nous prend très vite de récupérer les voix anglaises, chose malheureusement impossible…

Resident Evil 6 boss

Certains monstres sont assez… imposants

Que l’on aime ou pas, on saluera toutefois la mise en scène maîtrisée, blindée de Woaw Effects et d’explosions. L’ennui c’est que bien qu’elle soit réussie, en un sens, elle ouvre la porte à tout un tas de facilités, notamment du coté du scénario. Alors certes, l’histoire n’a jamais été le point fort de la série, mais Capcom était jusqu’ici parvenu à construire un univers propre et cohérent, qui prend dans Resident Evil 6 une immense claque à grands coups de Deus Ex Machina (comprenez des situations se résolvant comme par magie) et de fan service. Durant l’aventure on fait face à de nombreux clins d’œil, si nombreux même que c’en est gênant. Car si rendre hommage aux premiers épisodes passe encore, c’est une pratique courante et pas nécessairement déplaisante, le fait est qu’aller jusqu’à faire référence aux derniers jeux, même Resident Evil 5, ou encore aux films (qui se détachent totalement de l’univers vidéoludique) est clairement de trop.

Autre souci soulevé par la mise en scène : les facilités de gameplay. En effet, depuis le quatrième épisode on voit apparaître des QTE, qui sont ici utilisés à outrance, donnant parfois même l’impression d’être complètement passif. Et pour ne rien arranger, Resident Evil 6 a plutôt tendance à récompenser la rapidité dans ces très nombreuses actions contextuelles, plutôt que le talent même du joueur, la plupart des boss et des situations de crises se résolvant en martelant des boutons affichés à l’écran.

Pas radin pour un sous

Resident Evil 6 Némésis

Dans la campagne de Jake et Sherry on est souvent poursuivis par un monstre ressemblant beaucoup au Némésis.

Si le découpage en quatre campagnes distinctes pose plusieurs problèmes, comme indiqués plus haut, le fait est que c’est un bon moyen d’empêcher la lassitude de s’installer. Car si chacune a des similitudes avec les autres, et se révèle en outre très prévisible, il faut reconnaître qu’elles se démarquent tout de même relativement les unes des autres. La campagne de Léon, par exemple, est plus orientée Survival (bien que le mot reste très fort pour décrire cet Ersatz), et nécessite une gestion des munitions et des objets de soin assez pointilleuse ; tandis que les aventures de Chris ne sont composées que de gunfights et autres scènes de baston irréfléchies. De fait, étant donné qu’elles se terminent environ en cinq heures, on n’a pas vraiment le temps de se lasser (quoique), mais surtout on passe vite à une autre ambiance, ce qui a le mérite d’être grisant. Dommage que la gestion des checkpoints soit aussi aléatoire, tantôt trop éloignés, tantôt très proches les uns des autres.

Reste que la durée de vie de ce Resident Evil 6 est tout à fait convaincante, avec une vingtaine d’heures en solo, d’autant qu’il intègre une option coopération (en ligne ou en écran splitté) ainsi qu’un nouveau mode de jeu nommé Chasse à L’homme permettant d’incarner un infecté, et on retrouve en outre le fameux mode Mercenaries, de quoi pousser jusqu’à la quarantaine chez les acharnés.

Resident Evil 6 menu

Le système de compétences est plutôt sympa.

Resident Evil a toujours été très orienté action, depuis son tout premier épisode, mais a toutefois connu une véritable évolution dans ce sens au fil des années. Ainsi, Nemesis par exemple, se détachait presque totalement de ce qui constituait le game system de la série auparavant, en se transformant en un jeu bourrin, mais n’assumait pas complètement cette orientation puisqu’il conservait la maniabilité lourde des premiers épisodes. Resident Evil 6 souffre un peu du même problème. Complètement orienté action, le titre de Capcom n’a toutefois pas évolué énormément depuis son prédécesseur qui possédait déjà un gameplay perfectible. En effet, s’il dispose d’une caméra plus agréable, puisque totalement libre, et que l’on apprécie l’intégration d’attaques au corps à corps ne nécessitant qu’une seule touche (donnant en quelque sorte l’impression d’être un peu moins passif), le fait est qu’il reste toutefois assez lourd à prendre en main. Et si cela passait encore dans Resident Evil 5, puisque sa campagne et ses ennemis s’y prêtaient encore relativement, ici c’est clairement dérangeant.

On n’a plus à faire avec un bestiaire composé principalement de zombies et autres créatures lentes ou aux déplacements saccadés, ici principalement remplacés par des adversaires rapides, mais surtout utilisant des armes à feu comme dans n’importe quel TPS d’action. Pour ne rien arranger, le développeur a cru bon de conserver un inventaire dénué de pause, de quoi handicaper sérieusement le joueur dans de nombreuses situations. On note toutefois qu’il est désormais possible de tirer en marchant, une avancée qui a mis beaucoup trop de temps à arriver dans la série et que Resident Evil : Revelations a instaurée quelques mois plus tôt sur Nintendo 3DS.

 

Quant aux aspects positifs ?

Resident Evil 6 graphismes

Certains effets, comme les flammes, sont vraiment sublimes.

Alors certes, beaucoup de choses semblent bonnes à jeter, surtout du point de vue du fan hardcore de la première heure, qui ne verra sans doute que trop la démarcation gargantuesque entre les épisodes PlayStation et ce Resident Evil 6. Pourtant, ce dernier opus dispose tout de même de bon nombre de qualités, et Capcom n’a pas lésiné sur les bonnes idées. Ainsi si l’on reproche au titre d’être trop composé de QTE, ce qui donne souvent une impression de passivité dans l’aventure, il arrive que celles-ci soient tout de même une bonne chose. Durant la plupart des combats de boss par exemple, elles viennent nous permettre de réaliser des actions que le gameplay de base ne permet pas, comme des esquives improbables ou des attaques au corps à corps destructrices, le tout rendant ce sixième opus encore plus spectaculaire. Car, en outre, si l’on peut clairement le qualifier de mauvais Resident Evil, d’autant qu’il a étrangement occulté le charisme de Léon, Chris et Ada, pourtant auparavant éléments importants du scénario, il s’agit toutefois d’un titre d’action réussi.

Et considéré ainsi, Resident Evil 6 est loin d’être mauvais, car en plus de proposer une aventure rythmée, quoique peut-être un peu trop, il nous en met plein les yeux du début à la fin, avec une nuée d’explosions et d’effets divers et variés, sublimés par une qualité graphique tout à fait convaincante. Car il est bien quelque chose que l’on n’a jamais pu reprocher à la série de Capcom, et c’est sa qualité graphique. Le premier épisode était magnifique, et chacun des suivants le fut lui aussi. Ainsi, Resident Evil 6 est clairement au top en termes de technique sur PlayStation 3 et Xbox 360, malgré quelques textures baveuses de rares bugs de collision, mais aussi il dispose de plusieurs environnements distincts et jolis, conçus autour d’une direction artistique réussie.

Resident Evil 6 mode Manhunt

Il est possible de jouer un infecté dans le mode Chasse à L’homme.

Bien que lourd à prendre en main, le titre a toutefois ses bons cotés. Comment ne pas insister sur la visée en marchant par exemple ? Bien que cela contraigne à un pas un peu trop lent, c’est une avancée dans la série, qui aurait dû arriver beaucoup plus tôt. Mais on note aussi le nouveau système de compétences très progressif, qui remplace ici les possibilités d’amélioration de l’équipement apparues avec Resident Evil 4. Bien que nombre d’entre elles soient anecdotiques, elles permettent au joueur d’adapter sa partie à ses envies ou à son style de jeu, et offrent même une personnalisation selon s’il joue en solo ou en coopération.

D’ailleurs, dans Resident Evil 6, solo ne rime pas avec problèmes d’IA, ce qui se révèle clairement libérateur. En effet, on se rappelle pour les mauvaises raisons d’Ashley et de Sheva dans les deux précédents opus, des personnages à l’intelligence artificielle bâclée. Et si ce n’était pas totalement un souci dans le quatrième épisode, puisque la jeune blonde était finalement rarement là, mais surtout parce qu’il était possible de lui demander de se cacher, notre partenaire dans Resident Evil 5 était toutefois un véritable handicap, qui posait de lourds problèmes lors des phases de combat un peu tendues car elle se faisait vite tuer ou mettre à terre. Ici, en plus d’être d’une grande aide lors des affrontements, nos camarades viennent à notre secours sans broncher, et surtout ils ne meurent pas ! À moins bien sûr de spécifier leur mortalité dans les paramètres de début de partie. Car comme dans tout jeu coopératif, il est ici possible de définir tout un tas de choses avant de se lancer, comme la difficulté, mais aussi de choisir d’activer ou non les munitions illimitées ou la chasse à l’homme, histoire de rendre le tout un peu plus fun.


 

Creusant un trou béant pour se démarquer définitivement des premiers épisodes, Resident Evil 6 ne plaira clairement pas à tout le monde. D’abord parce qu’il n’offrira pas de quoi contenter tous les fans de la série, mais aussi parce qu’il dispose d’un gameplay un peu trop lourd en comparaison à son orientation totalement action qui nécessitera une grande réactivité, et parce que l’énorme affluence de QTE donne parfois une désagréable impression de passivité. Reste que si l’on fait fi de ses divers problèmes d’optimisation en termes de prise en main, le titre propose une aventure spectaculaire qui, couplée à ses grandes qualités graphiques, a le mérite de nous en mettre plein les yeux. Et pour peu que l’on accroche, Resident Evil 6 a beaucoup à offrir, notamment un mode Chasse à L’homme grisant, ou des parties en multi assez funs, et dispose en outre d’une durée de vie conséquente. Il ne s’agit certes pas d’un bon Resident Evil, mais bel et bien d’un jeu d’action honnête.

Resident Evil 6

Resident Evil 6

Les plus
  • Une mise en scène explosive...
  • Doublage intégral en français...
  • Indéniablement beau
  • Le multi sympa
  • Le contenu très riche et la grande durée de vie
  • Nouveau système de compétence
  • L'IA alliée
Les moins
  • ... qui ouvre la porte à des facilités de scénario et de gameplay
  • ... malheureusement surjoué et souvent risible
  • Beaucoup trop d'actions contextuelles (QTE)
  • Le gameplay encore un peu trop lourd
6.5 10