resident-evil-gaidenComme toutes les licences qui marchent bien, Resident Evil eut droit à son lot de produits dérivés, malheureusement trop souvent dispensables. Outre des jouets et autres objets dits de collection, des romans contant des histoires parallèles et de gros nanars cinématographiques, la série de Capcom engendra surtout nombre de spin offs ; autrement dit des jeux ne s’inscrivant pas directement dans la liste des épisodes numérotés, mais se déroulant toutefois dans le même univers. S’ils sont beaucoup à ne pas avoir fait grand bruit, notamment à cause d’une qualité souvent largement en deçà, on retiendra tout de même des titres comme Code Veronica, Outbreak ou Dead Aim, suffisamment originaux ou bons pour mériter de figurer dans la liste des opus mémorables. Et s’il fallut un moment avant que Resident Evil ne débarque sur console portable, la transition se fit toutefois dans un relatif silence là encore.

Resident Evil et les consoles portable, c’est loin d’être une histoire d’amour. En effet si l’on retient l’épisode Revelations sur Nintendo 3DS, sorti début 2012, il n’y a pas grand chose à dire des autres jeux de la licence ayant vu le jour sur consoles mobiles. Les fans de la première heure garderont principalement en mémoire la déception après l’annonce puis l’annulation d’un Resident Evil Portable sur PSP, ou bien l’épisode Game Boy Color qui ne sorti jamais des cartons de Capcom et dont on trouve quelques roms incomplètes sur le net… Pourtant, la série sur portable ne s’arrête pas à cela, puisque ayant débutée avec Resident Evil Gaiden le 14 décembre 2001 en Europe, un Survival Horror pas dénué d’ambition qui nous plaçait aux commandes de Barry Burton, en mission sur un gigantesque bateau de croisière perdu en mer.

Ambitieux mais…

Le moins que l’on puisse en dire, en dépit du grand nombre de reproches qui suit, c’est que Resident Evil Gaiden est pour sûr un jeu culotté. D’abord parce qu’il propose un univers horrifique sur une console principalement destinée à un jeune public, mais aussi et surtout parce qu’il est l’un des deux seuls Survival Horror de la Game Boy Color, première machine portable à disposer de titres du genre. Et en cela, même si Alone in the Dark : The New Nightmare, sur le même support, se révèle beaucoup plus abouti et bien meilleur sur de nombreux aspects, difficile d’en vouloir à Capcom, qui aura porté cet ambitieux projet à bout de bras jusqu’à une sortie presque silencieuse.

Resident Evil Gaiden

Ce système de visée est un véritable cancer

D’autant que bien qu’il ne les exploite pas toujours avec une grande finesse, Gaiden dispose de quelques bonnes idées. Tout d’abord, ne pouvant que difficilement porter le système de combat des épisodes originaux, Capcom pris le pari osé de proposer une toute nouvelle façon de jouer, qui n’est pas sans rappeler le rail shooter, faisant écho avec un certain Resident Evil : Survivor qui mélangeait ce genre et le FPS. Ainsi, le personnage se déplace en vue du dessus dans l’environnement, et lorsqu’il entre en phase d’affrontement la vue passe à la première personne. L’écran affiche alors le ou les adversaire(s), et leur hit box vient s’inscrire tout en bas, sur une ligne blanche sur laquelle se balade de gauche à droite une barre rouge représentant la visée du joueur. S’il est difficile de qualifier cette idée de mauvaise, puisque l’on imagine difficilement comment adapter le gameplay de la série sur une console aussi limitée que la Game Boy Color, force est de constater que malheureusement le résultat est loin d’être probant. Et c’est là le plus gros reproche que l’on pourra asséner à Gaiden : son gameplay n’est pas au point ! Cela touche bien sûr ce système de combat, qui outre une prise en main imbuvable et une précision quasi-aléatoire se révèle très vite redondant, mais aussi l’intégralité des mécaniques de jeu : même les déplacements du personnage qui sont bien trop lourds et empêchent le joueur d’éviter la plupart des ennemis.

Resident Evil Gaiden

Le personnage est tellement lourd, et sa hit box tellement aléatoire, qu’on est certain de se faire attraper très souvent

Resident Evil Gaiden est un jeu difficile, le mot est faible, principalement parce qu’outre son système de combat raté et exigeant, le nombre d’ennemis est effarant, et celui des munitions ridicule. Tout du moins, celles que l’on pourra trouver dans les environnements que le scénario nous impose. Car comme dans les opus précédents, on pourra se balader relativement librement dans le bateau, et bien sûr découvrir des cachettes d’armes, d’objets de soin, ou de balles. Une recette qui fonctionnait parfaitement auparavant. L’ennui (car il y en a toujours un), c’est qu’au début du jeu, la grande majorité de ces salles sont fermées, et l’on n’en découvrira les clés qu’en fouinant, ce qui n’a rien d’aisé étant donné le nombre de zombies disséminés dans l’environnement, et apparaissant parfois on ne sait trop comment. Mais pire que cela, une fois une clé découverte, ce sera bien souvent à nous de trouver quelle porte elle ouvre, et elles sont nombreuses ! On se retrouve alors devant un choix qui n’a rien de facile : chercher cette salle en espérant que nos efforts en chemin (le grand nombre de munitions et d’objets de soin dépensés) seront récompensés par une découverte attrayante, ou bien laisser tomber et se retrouver inexorablement à cours de ressources… Vous l’aurez sans doute compris, on est en présence d’un jeu destiné aux acharnés ! Et pour le coup, contrairement à un Bloodborne qui tire toute sa force de sa grande difficulté, cela n’a rien d’un compliment !

Exigent et pas généreux

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Le scénario est vraiment bateau (sans mauvais jeu de mot)

Parce qu’à moins de disposer d’une solution complète, nous indiquant comment éviter les ennemis et trouver les cachettes de munitions, il nous faudra un certain nombre de tentatives avant de terminer le jeu. Et si cela sert une durée de vie se révélant très faible, qui atteint en ligne droite l’heure et demie, le fait est que l’on ne prend pas plaisir à apprendre le jeu par cœur et à refaire sans cesse les mêmes trajets et les mêmes combats. D’autant que malgré toute sa bonne volonté, Capcom n’a pas cru bon d’insérer un scénario digne de ce nom, ne servant ici qu’à donner un prétexte faussé à des allez et retours incessants, irréfléchis et ennuyeux.

Il est d’ailleurs amusant, bien que navrant, de constater que l’éditeur n’a conservé aucune trace de l’histoire de Resident Evil Gaiden dans la série. Ainsi, même si le jeu s’achève d’une façon clairement ouverte, qui laisse supposer l’existence d’une suite, ou du moins des retombées évidentes sur le désormais gigantesque background, les épisodes ultérieurs ne feront jamais allusion aux événements s’étant déroulés sur le Starlight, comme si tout avait été effacé… Et on comprend aisément pourquoi, car en terme de scénario comme de gameplay, le titre est clairement dispensable dans l’histoire de la saga de Capcom. Dommage, car en somme l’idée de faire se rencontrer Barry Burton et Leon S. Kennedy était plutôt bonne, et placer les événements sur un environnement fermé tel qu’un bateau (ce que reprirent Dead Aim et Revelations) n’était pas idiot non plus.

 

Une terne croisière

La Game Boy Color est une console portable limitée, cela va sans dire, mais les bonnes surprises n’y sont pourtant pas rares. Certains jeux sortent vraiment du lot en terme de réalisation ou de patte artistique, comme l’incroyable The Fish Files par exemple, le mémorable Shantae, ou encore (et on ne le citera que trop) le très beau Alone in the Dark : The New Nightmare, qui adaptait avec brio les décors des versions PC et consoles de salon. Mais, c’est un fait établi, la machine de Nintendo n’eut pas besoin de graphismes exceptionnels pour nous livrer de grandes aventures. Ainsi, certains des gros hits du support n’étaient pas des modèles de beauté, c’est le cas de Pokémon Or et Argent et de Harry Potter à l’école des Sorciers, pour ne citer qu’eux. Tout ça pour en arriver à Resident Evil Gaiden.

Resident Evil Gaiden

Gaiden n’a été conçu qu’avec des couleurs ternes

Le titre de Capcom n’est pas foncièrement laid, mais on ne peut pas le qualifier de beau pour autant, loin de là. D’un côté, il dispose d’une direction artistique qui lui est propre, ce qui est une bonne chose, et de l’autre une grande partie de la technique est à revoir. En effet, en dehors de quelques animations lors des combats, ou bien de très rares décors jouant joliment avec les effets de lumière, le titre est relativement décevant sur le plan graphique. Le personnage, lourd à manœuvrer, dispose d’animations fluides comme un créneau avec un 36 tonnes, et c’est aussi le cas des zombies, qui arrivent pourtant à nous attraper sans mal dans beaucoup trop de situations. Mais aussi, et surtout, le level design est vomitif. Les premières pièces ne sont certes pas si dégueulasses que cela, mais dès que l’on aura atteint la première sauvegarde (10 minutes environ), c’est alors un déluge d’angles mal choisis, de trous dans le sol totalement impromptus, ou d’objets nous barrant la route on ne sait trop comment qui s’abat sur nous. Et pour ne rien arranger, les couleurs sont incroyablement ternes. Enfin le pire reste encore son immonde bande sonore, qui ne se compose pourtant pas de grand chose. Les trois misérables musiques, dont deux sont prévues pour les combats, tournent en boucle et nous font vriller les tympans, et le thème d’ambiance est coupé régulièrement par des grognements de zombies mal fichus… Le tout donne très vite envie de couper le son, sans exagérer.


S’il ne manque certes pas d’ambition, Resident Evil Gaiden n’est toutefois pas un bon Resident Evil, ni un bon Survival Horror, et encore moins un bon jeu. Répétitif à outrance, le titre est de plus terriblement exigeant pour de mauvaises raisons, dont un système de combat totalement imbuvable et des commandes beaucoup trop lourdes. En outre, son scénario est parfaitement anecdotique et, malgré sa fin ouverte qui n’est pas si mauvaise que cela (étonnant d’ailleurs), jamais Capcom ne fit allusion aux événements du Starlight dans les épisodes ultérieurs, on comprend pourquoi. Même le fan hardcore de la série n’y trouvera pas son compte, à moins d’être animé par une sorte de volonté masochiste malsaine (pléonasme ?). Clairement, on déconseille cet opus, même aux amateurs de Survival Horror rétro, que l’on renverra plutôt vers le très sympa Alone in the Dark : The New Nightmare sur le même support, qui occulte à lui seul ce très dispensable jeu Game Boy Color, fort heureusement sorti dans l’ombre, et tombé dans l’oubli pour des raisons évidentes. On aurait préféré que Capcom nous offre son adaptation 8 bits du premier épisode, malheureusement abandonnée sans raison.

Resident Evil Gaiden

Resident Evil Gaiden

Les plus
  • Ne manque pas d'ambition
  • L'un des deux seuls Survival Horror de la GBC
  • J'ai vraiment envie de te défendre, mais... en fait non
Les moins
  • La musique, bon sang cette musique horrible !
  • L'atroce système de visée
  • La lourdeur du personnage
  • Un scénario inutile et ennuyeux
  • La très faible durée de vie
  • La difficulté incompréhensible
  • La progression par de fastidieux allez/retours
3 10