Intro

Au loin, derrière les pentes et toboggans, ils se préparaient. Leurs armes chargées, le réservoir plein et l’ambition démesurée.

Alors que le signal retentit, les couleurs éclatèrent. Gerbes violettes et tâches verdâtres fusèrent de toutes parts. Le paysage neutre sous un ciel nuageux, prenait des allures de champ de bataille foutraque et peinturluré. Eclatantes et suintantes, les couleurs avalaient le décor comme une monstruosité. Chaque camp donnait son maximum pour encrer le plus de terrain, afin de remporter cette éreintante bataille artistique. Telle une toile abstraite, ce florilège pigmenté imprégnait les lieux. Les gouttes de sueurs se mélangeaient à la frénésie ambiante.

Le signal retentit une dernière fois, et chaque équipe repartit sans chahuter. Comme des enfants qui venaient de se rouler dans la boue, les vêtements tâchés mais le sourire jusqu’aux oreilles.

Introduction tachetée

E3 2014. Nintendo surprend tout le monde en présentant une nouvelle licence au public. Un TPS flashy au look étrange, dans lequel d’atypiques personnages équipés de pistolet à encre, bombardent le terrain de leurs couleurs criardes.

C’est ainsi que Splatoon fut annoncé, alors au tout début de son développement (seulement 10%). Nouvel univers, des héros pouvant se transformer en calamar, parti pris online… de quoi intriguer les joueurs, qui malgré la prise de risque, furent surtout sceptiques… jusqu’à ce qu’ils prennent le Gamepad en main !

Maintenant, on ne présente presque plus Splatoon tellement il a fait couler d’encre. L’équipe de Hisashi Nogami, autrefois derrière le menu de la Wii U et Nintendo Land, a réussi son coup. En plus de s’être vendu à plus d’1 million d’exemplaires dans le monde, Splatoon continue à faire parler de lui avec des mises à jour et dlc hebdomadaires. Gratuits bien entendu. Ce nouveau contenu permet d’alimenter le titre de façon régulière, en proposant des nouveautés tout en gardant son public sur le qui-vive.

Un été plus tard, ce test revient sur le jeu avec son contenu actuel, ses nouvelles cartes, armes et modes de jeu en ligne.

splatoon wallpapersplatoon wallpaper (2)Garçons vs filles

Bienvenue à Chromapolis

Après la montée des océans, de nombreuses espèces terrestres furent anéanties. Le calamar évolua afin de devenir une créature humanoïde. Un Inkling. Alors que vous lancez le jeu pour la première fois, vous pourrez choisir le votre. Son sexe, la couleur de sa peau et de ses yeux.

Un court didacticiel vous permettra alors de vous familiariser avec les commandes. Tirer, encrer et se transformer en calamar pour nager dans votre couleur sont les rudiments de base de Splatoon. ZR pour tirer, ZL pour se transformer. Le bouton X pour sauter, et R pour lancer son arme secondaire. La gyroscopie du Gamepad servira quant à elle à viser avec précision. Simples, efficaces et maîtrisées, les commandes répondent sans sourciller.

En mode humanoïde vous pouvez tirer avec votre arme. En mode calanage, vous pouvez plonger dans votre encre afin de recharger votre réservoir. Vos sauts sont plus performants et votre vitesse multipliée par deux. Vous pouvez ainsi encrer une surface verticale afin de l’escalader, et même passer à travers les grillages. De quoi donner un vrai dynamisme aux batailles !

Visuellement très coloré, Splatoon possède une direction artistique étonnante, à la fois rigolote et loufoque, non sans rappeler Jet Set Radio Future. Les musiques rock/electro à la sauce japonaise, ainsi que les bruitages de mucus écrasé contribuent eux aussi à donner une réelle identité au titre.

Toute partie commence sur la place centrale de Chromapolis. C’est un lieu d’échange où d’autres Inklings déambulent, laissant à l’occasion un message ou un dessin via Miiverse. Si leur tenue vestimentaire vous plaît, vous pourrez par la suite les commander afin d’avoir un look à toute épreuve.

Diverses boutiques des Galeries Lacrevette sont disséminées sur la place, afin de vous permettre d’assouvir votre passion de la mode ou encore d’acheter des armes. Mais ceci prendra tout son sens plus tard, lorsque vous aurez atteint quelques niveaux (et obtenu de l’argent).

En effet, le jeu propose un système de progression avec des points d’expérience, que vous engrangez en affrontant d’autres personnes en ligne. Vous pourrez ainsi monter jusqu’au niveau 50 et avoir un panel d’armes et d’équipements plus conséquents. Mais il n’y a presque rien de disponible au début, il faut donc aller faire ses premières armes sur le terrain… Ou se laisser tenter par le mode aventure.

Groupe garçonsGroupe fillesFond d'écran

La route encrée

On aurait pu la croire anecdotique, mais la campagne solo proposée par Splatoon fait office de prologue géant permettant de comprendre toutes les mécaniques de gameplay. L’Octovallée est composée de 5 îlots pour 30 niveaux, dont quelques boss. Ici, vous devrez aider l’amiral Macalamar à récupérer le Grand Poisson-Charge, source d’énergie de Chromapolis, tout en affrontant une horde d’Octariens, de vilaines pieuvres armées jusqu’aux dents. Le mode aventure vous habituera aussi au maniement du Gamepad, qui demande une certaine adaptation (si ça ne vous plaît pas, vous pouvez le désactiver et viser avec le stick droit).

Plein d’idées, les niveaux ne se ressemblent pas et ont chacun leur petite originalité. Des plates-formes devenant visibles lorsqu’on les asperge, aux geysers en passant par les câbles d’encre, on ne s’ennuie pas. De plus, lors de votre progression, vous trouverez des oeufs de poisson à utiliser afin d’améliorer vos armes. Chaque monde terminé se soldera par l’affrontement contre un boss. Très sympathiques, ces derniers restent plutôt facile (excepté le dernier, qui vous demandera de l’endurance).

Globalement très accessible, ce mode propose tout de même quelques séquences pénibles (ces grosses machines qui vous détectent au loin et vous envoie une douche d’encre) et une gestion des sauts approximative. Suivant un cheminement proche de Super Mario Galaxy, l’aventure vous occupera environ 6 heures. Vous pourrez en outre dénicher dans chaque niveau un parchemin caché, qui débloquera une arme à acheter pour les modes en ligne. Il s’agit là du seul lien avec le reste du jeu, les points d’expérience acquis ne servant aucunement en dehors de la campagne solo.

Les trois Amiibo Splatoon, Inkling fille, garçon et squid, permettent chacun de débloquer 20 défis supplémentaires (de nouvelles versions des niveaux avec d’autres armes). Un petit plus pour la durée de vie, mais heureusement dispensable.

mode solo (2)Mode solo - octoMode solo

Préparatifs de combat

Avant d’entrer dans le vif du sujet, le jeu en ligne, il faut se préparer. Tout d’abord, l’équipement. Chaussures, pantalons, t-shirts et accessoires sont renouvelés quotidiennement. En plus de vous permettre de ressembler à un samouraï ou un joueur de hockey, ils vous octroient des bonus. Vitesse de course améliorée, puissance augmentée, recharge plus rapide du réservoir, etc.

En allant rendre visite à Cartouche, vous pourrez acheter différentes armes. Il en existe 5 types.

  • Liquidateur : Il s’agit de l’arme la plus polyvalente, cumulant une bonne cadence de tir avec une portée moyenne. L’équivalent d’un pistolet.
  • Rouleau : Réservé au combat au corps à corps, il vous permet d’encrer une grande surface rapidement.
  • Fusil : Avec sa très grande portée, idéal pour défendre une zone et protéger ses camarades à distance.
  • Seauceur : Utile pour balancer une grosse quantité d’encre à moyenne portée, et de tirer par dessus les éléments du décor.
  • Badigeonneur : Cadence aussi élevée qu’une mitraillette, mais qui demande un chargement de quelques secondes. A double tranchant.

Pour chaque type, il y a toute une ribambelle d’armes, et nul doute que vous trouverez celles qui vous conviennent. D’autant plus que leur choix devra être réfléchi en fonction du terrain et de votre façon de jouer. Chaque arme contiendra sa propre combinaison d’arme secondaire et spéciale. Les armes de seconde main vident la moitié de votre réservoir. Bombes ballons et mines sont donc à utiliser avec parcimonie. L’arme spéciale se débloque une fois que vous aurez recouvert une grande surface d’encre. Une pression sur le stick droit vous permet ensuite de l’utiliser quelques secondes. Bouclier, missile tornade ou sonar peuvent retourner bon nombre de situations.

Avant de passer à la caisse, vous pourrez essayer les armes sur l’aire de tir, afin de tester leur capacités sur des cibles. Un très bon point. En revanche, il aurait été intéressant de pouvoir revendre l’équipement que l’on n’utilise plus.

Turf war (3)FusilLe rouleau

La bataille de peinture

Nous en arrivons donc au mode online, là où tout l’intérêt du soft réside. Le principal est intitulé Guerre de territoire. Il s’agit d’un match en équipe à 4 contre 4, dans lequel vous devez affronter des joueurs de par le monde. Le but ? Encrer plus de terrain que vos adversaires dans la limite de 3 minutes. Un principe à la simplicité effarante, mais diablement addictif et fun. Asperger, badigeonner et colorier le décor est vraiment jouissif. Les joueurs de tous niveaux peuvent s’y amuser, l’équilibrage du titre étant particulièrement réussi.

Contrairement à d’autres TPS ou les frags sont essentiels, dans Splatoon, c’est surtout la quantité de surface encrée qui importe. Même s’il faudra défendre votre territoire en tirant frénétiquement sur vos adversaires. L’alternance entre le mode humanoïde et calamar est indispensable. Tirer, puis se cacher dans l’encre afin de surprendre son ennemi et l’écraser avec son rouleau, ou encore se transformer en Kraken afin d’anéantir vos concurrents, sont quelques unes des nombreuses possibilités offertes par Splatoon. Pour pousser encore plus le dynamisme, vous pouvez faire un super saut afin de rejoindre d’autres membres de votre équipe, d’une pression sur l’écran tactile du Gamepad. C’est frais, prenant et surtout bon enfant. Pas de sang, pas de gore. Seulement de l’encre de couleur.

Petit bémol tout de même; impossible de changer d’arme et de tenue sans quitter les serveurs. Heureusement que les chargements sont courts.

Les arènes, au nombre de 11, continuent de se renouveler au fil des semaines (il n’y en avait que 5 au lancement du jeu). Des niveaux tout en longueur comme les Docks Haddock ou l’Encrepôt, aux terrains vicieux comme la Mine Marine et l’Hippo-Camping, en passant par la verticalité avec les Tours Girelle. Il y a vraiment de quoi faire, d’autant plus que les niveaux tournent au rythme de 2 toutes les 2 heures. De quoi changer d’arme et d’adapter sa stratégie selon le terrain. Le roulement des arènes est annoncée lors de la chronique de Chromapolis, par deux demoiselles Inkling du nom de Ayo et Oli. Elles sont aussi chargés d’annoncer toute nouveauté dans le jeu, que ce soit l’apparition de nouvelles armes ou modes.

Nintendo a même penser à ajouter un mini-jeu sur le Gamepad lors des chargements en ligne !

Centre ArowanaHippo CampingTours Girelle

Encrer comme un maître

En plus de pouvoir faire des matchs avec vos amis, en privé ou en groupe, vous pourrez découvrir le mode match pro dès que vous aurez atteint le niveau 10. Ce mode professionnel propose 2 niveaux différents toutes les 2 heures lui aussi. Il vous permet d’évoluer selon votre rang. Plus il sera élevé, meilleurs seront les adversaires que vous affronterez. Il existe actuellement 3 types de matchs pro, tournant aléatoirement selon les jours :

  • Capture de zone : Vous devez défendre avec votre couleur une ou deux zones spécifiques dans l’arène. Il s’agit d’une épreuve d’endurance plutôt intense, dans laquelle l’équipe qui a gardé son territoire le plus longtemps gagne.
  • Expédition risquée : L’objectif est de ramener dans votre camp la plate-forme se situant au centre de la carte. Elle avance dès qu’un personnage est dessus, ce dernier devenant alors une cible facile pour ses adversaires. Un challenge éreintant et dynamique.
  • Mission bazookarpe : Votre mission est de récupérer le bazookarpe, une arme puissante lançant des tornades. Une fois en votre possession, il vous faudra l’amener dans le camp adverse, sans vous faire dézinguer entre temps. Une escorte ne sera pas du luxe. A mon sens l’épreuve la plus amusante.

Ces modes supplémentaires montrent bien qu’avec des variantes du même principe, il y a de quoi passer de nombreuses heures à s’amuser.

Capture de zoneExpédition risquéeTurf war (1)

Céphalopodes ambitieux

Mais la jeune équipe de Nintendo ne s’est pas arrêter là, puisque toutes les trois semaines, un festival a lieu. Il vous propose de choisir votre camp : Rock ou pop, manger ou dormir, chanter ou danser, puis d’affronter ceux du camp opposé. Un festival dure 24 heures et pour l’occasion, les niveaux se jouent de nuit, permettant de les découvrir d’une nouvelle façon. Même les musiques sont différentes. Vos parties vous donneront de l’expérience afin de passer du rang de novice à débutant, puis expert, virtuose et maître. Plus votre classement sera élevé, plus votre récompense sera importante. Après le décompte et l’annonce des vainqueurs, vous obtiendrez des super coquillages. En les échangeant à Kipik, un oursin isolé au fond d’une ruelle, vous pourrez obtenir de nouveaux emplacements pour vos bonus d’équipement. Chaque vêtement peut en porter jusqu’à 4.

Entre le mode aventure et surtout les modes en ligne, Splatoon propose déjà une durée de vie incroyable. Mais les développeurs auraient-ils pensé à un mode local ? En partie oui. Le mode Dojo, qui vous permettra d’affronter un ami en détruisant des ballons. Avec une petite sélection d’armes et sur l’une des 5 arènes de base, vous devrez donc exploser le plus grand nombre de ballons, en temps limité. Un des participant joue sur le Gamepad et son écran, tandis que l’autre peut utiliser une manette classique. Très limité, ce mode fait plus office de bonus qu’autre chose. Il y a bien des power-up afin d’embêter son adversaire, mais rien d’affolant. Il est dommage qu’un vrai mode local à 4 ne soit pas proposé. Un 2 contre 2 sur de petites maps auraient pu apporter cette convivialité entre amis absente des matchs en ligne.

FestivalKipikMode dojo

Conclusion toute en couleurs

Splatoon est un jeu qui fait du bien. Original, équilibré et décalé, avec un univers accrocheur et un gameplay délectable. Il offre des sensations grisantes et un réel confort. TPS compétitif farfelu aux personnages amusants et couleurs chatoyantes, Splatoon étonne, décoiffe et hypnotise les joueurs. Recouvrir des niveaux d’encre colorée, tout en affrontant une horde de calamars en culotte courte est devenu un second job. Le soir en rentrant à la maison, cela détend et divertit. La priorité n’était malheureusement pas le multi local, laissé de côté, mais bien le jeu online. Et là tout y est. Nintendo prend soin de son petit, et il est appréciable de les voir continuer à proposer du nouveau contenu, plusieurs mois après la sortie. Prenant le pas de Mario Kart et Super Smash Bros, on peut maintenant compter sur Splatoon pour des parties multijoueurs endiablées. Spla-ta-ta-ta-ta-ta-ta, Splatoon !

Splatoon

Splatoon

Les plus
  • Excessivement fun
  • Direction artistique atypique
  • Prise en main exemplaire
  • Richesse du jeu en ligne
  • Excellent équilibrage
  • Mode aventure complet
  • Durée de vie conséquente
Les moins
  • Mode multijoueur local décevant
  • Impossibilité de revendre son équipement
8 10