Among The Sleep, développé par Killbite Studios, un studio norvégien indépendant, est un jeu d’aventure à l’ambiance horrifique. Ayant réussi sa campagne Kickstarter, le jeu sort le 29 mai 2014 sur PC et Playstation 4. Porté par le moteur de jeu Unity, pouvant être apprécié avec l’Oculus Rift, le jeu propose une aventure à l’ambiance mélangeant merveilleusement la poésie féerique à la terreur cauchemardesque, tout cela en incarnant une petite fille de deux ans, en vue subjective.

Among The Story

A la poursuite du secours maternel avec l’aide d’un ours en peluche réconfortant, Teddy, guidée par la mélopée de sa chère maman, la petite fille perdue dans un cauchemar devra traverser les méandres et les griffes de traumatismes profonds. Laissant le sens de son propos s’attraper avec élégance, l’histoire se révèle au travers de dessins d’enfant croisés ci et là, aux hurlements de conflits familiaux pétrifiants et, telles les landes de souvenirs, à la mise en connexion d’objets dispersés dans l’espace, révélant un sujet de fond fort et poignant. Le scénario, discrètement inspiré de l’aventure de David (et, clin d’œil, de son ours en peluche Teddy) du film A.I de Spielberg, propose un sujet raconté de façon poétique et sensitif. A travers un monde effrayant, Among The Sleep vous livrera une fin poignante, qui saura tirer une larme aux plus braves. L’histoire est merveilleuse et sombre, osant s’attaquer à un sujet unique dans le jeu vidéo, le studio norvégien nous a concocté un scénario mature et enivrant, incroyablement porté par une ambiance unique.

Teddy deviendra votre soutient dans cette aventure

Teddy deviendra votre soutien dans cette aventure

Among dream and nightmare

Among the Sleep va vous plonger dans une ambiance unique, de la douceur d’un monde d’enfant rêvé, aux terreurs naïves des monstres cachés sous le lit dans la noirceur de la nuit, où vous empoignez votre doudou favori pour trouver un peu de courage.

Le cauchemar peut commencer...

Le cauchemar peut commencer…

Cette immersion est grandement étoffée avec une direction artistique mêlant habilement le poétique et le cauchemardesque. Si vous commencez l’aventure dans une maison chaude, douce et magique, la féerie tourne très vite à l’épouvante. Graphiquement, le jeu est artistiquement une grande réussite, les décors sont remplis de détails, avec une touche de magie, à l’image de la chambre de la petite, pleine de couleurs et d’objets enfantins joyeux, provoquant très vite une forme de joie naïve en nous. Réussissant merveilleusement à nous mettre dans la peau d’un enfant, tirant les quelques fragments de votre tendre enfance de votre mémoire, les graphismes sont seulement mis à mal par des textures loin d’être techniquement incroyables. Mais Among The Sleep reste un jeu indépendant et on peu vite pardonner à Killbite Studios cette faille, tant la direction artistique est puissante de sens.

La chambre de la petite est très plaisante à explorer

La chambre de la petite est très plaisante à explorer

Le travail sonore n’est pas en reste et il prend pleinement sa grandeur lorsqu’on nous plonge dans des mondes cauchemardesques, car c’est bien dans la peur que le studio excelle à nous immerger. La spatialisation et la gestion des niveaux sonores sont très travaillées et suggère la peur à la perfection. Loin du gore et du malsain, la terreur s’installe dans des décors inspirés, terrifiants et inquiétants. Soumise aux lois du cauchemar, où les souvenirs et les traumas se tordent et s’entremêlent, une présence insidieuse semble nous dévorer les sens. D’abord introduite par une mise en scène sonore maîtrisée et pleine de sens, cette présence redoutable viens nous pourchasser et nous harceler. Les décors sont menaçant, le jeu des lumières et des couleurs nous plonge dans un cheminement évocateur de terreurs traumatiques d’enfant, ajoutez à tout cela une ambiance sonore voguant entre les mélodies féeriques d’une berceuse de maman et des bruits de bois grinçant et vous obtenez un jeu qui interpelle farouchement nos sens. La musique est tout autant réussie et souligne chaque phase de jeu à la perfection.

Grâce à un scénario et une ambiance sortant du lot, contrastés et harmonieux, le jeu sauve son seul maillon faible, des mécaniques de jeu trop simples, s’essoufflant facilement.

Among The Baby

Utiliser comme avatar un enfant de deux ans sachant à peine marcher, suggère tout de suite un gameplay unique mais aussi limité par ce choix artistique.

Voilà déjà un point qui fait mouche, incarner une petite fille, qui sait à peine marcher, dans une aventure d’horreur. Une idée qui visuellement reste brillante dans un tel contexte, ainsi, la caméra fait vivre au joueur l’aventure du point de vue de la petite, en constante contre plongée. Cette vision donne alors au joueur un sentiment de faiblesse et de petitesse fasse à cet immense espace intimidant. Qui plus est, ce choix scénaristique impacte grandement le gameplay du jeu, chaque mouvement est lent et tous les objets autour de vous deviennent des montagnes à déplacer. A la manière d’un Project Zero, les créateurs du jeu ont eu l’intelligence de s’éloigner de l’avatar ayant des habilités puissantes, pour nous immerger dans un être faible et vulnérable. La lourdeur et la maniabilité approximative vont malheureusement vous faire vivre des passages contre-productifs au niveau de l’immersion, devoir tourner une manivelle avec votre souris deviendra un travail quelque peu rageant, seule la patience du Jedi vous sera secourable dans des moments comme cela.

Un point de vue constamment oppressant, où tout est gigantesque et menaçant

Un point de vue constamment oppressant, où tout est gigantesque et menaçant

Le game design réussit a plonger le joueur dans la peau de son protagoniste grâce à des mécaniques narratives, mais un peu limitées. Le joueur devra pour la plupart du temps avancer prudemment, avec pour seul et réel challenge, la peur qui émerge de l’ambiance. Les énigmes, à gérer façon point’and’click, seront vite résolues. Seuls les quelques levels face au « monstre » proposeront un gameplay plus exigeant. A la façon d’un Alien Isolation, le joueur devra se terrer dans une cachette pour éviter l’immonde créature, bien que ces phases soient totalement scriptées, à la différence de l’Alien, et le pattern des « rondes » du monstre vite appréhendé, le level design rehausse la sauce. Car dans cet environnement ou tout est gigantesque, couplé à la lenteur de l’enfant, le level design travaillé, nous tire et nous attire de sorte que la tension ne baisse jamais.

C'est là...dans l'ombre...

C’est là…dans l’ombre…

Les niveaux et l’aventure ne sont pas trop longs, ce qui aurait rendu le jeu lassant au vue de la maigre densité du game design et de la lourdeur des déplacements du personnage. Et oui, le jeu est court, mais coûte tout de même un peu cher, faisant d’une aventure de 4-5 heures à 20 euros, une pilule difficile à avaler pour certains. De plus, le challenge ludique est clairement absent, permettant à l’histoire et l’ambiance de vivre et s’épanouir pleinement, sans chercher à frustrer le joueur. Il manque juste ce petit game design ambitieux qui aurait généré un gameplay moins lassant en maintenant une angoisse au top et Among The Sleep aurait pu être un jeu marquant le monde de l’horreur ludique.

Reste que vos 20 euros seront bien placés si vous en avez les moyens. Car Among The Sleep vous fera vivre une expérience d’épouvante unique, profonde. La mise en scène vraiment splendide et maîtrisée vous guidera simplement vers une conclusion bouleversante. Un jeu vraiment original, terrifiant et poétique, qui n’annonce que du bon pour ce studio.

Among the Sleep

Among the Sleep

Les plus
  • L'ambiance graphique et sonore
  • L'histoire et son fond
  • Le mélange poétique/cauchemardesque
  • Un level design travaillé
Les moins
  • Le game design limité
  • Une aventure courte;
7.5 10