Bioshock Infinite test

Testé sur PC : i5 750, GTX 660, 8go de RAM

Troisième épisode d’une saga qui a su s’inscrire dans le patrimoine vidéoludique, Bioshock Infinite est censé être l’épisode pivot. Celui qui rassemble un petit peu des deux précédents tout en apportant sa touche.

Finalement être troisième d’une saga culte c’est peut-être la place la plus enviable. Surtout si, comme Bioshock Infinite, vous décidez de tout remettre à plat, de changer la recette au maximum, tout ça pour vous lier au reste histoire de donner une cohérence thématique à l’intégralité de la trilogie. Bioshock Infinite c’est l’épisode de la saga où Ken Levine nous dit qu’il en a finit avec Bioshock, et que de toute façon comment aller plus loin. Mais Levine n’allait pas laisser son bébé partir avec une simple redite des deux précédents. Rapture est peut-être un des décors les plus glorieux de l’histoire du jeu vidéo, mais il faut faire plus beau, plus grandiose, et idéalement complètement opposé, tout en racontant la même chose, ou presque. Bienvenu à Columbia, cité des nuages, dictature religieuse, et Amérique fantasmée.


BioShock Infinite se lance en vidéo par CooldownTV

C’est l’histoire d’un mec

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Encore un phare, décidémment

1912. Vous êtes Booker DeWitt, alcoolique, vétéran, briseur de grève. Un gars sympathique. Pour rembourser vos dettes de jeux, vos débiteurs vous ont chargé d’une mission simple : leur ramener une jeune fille, retenue quelque part dans une cité volante. Oui s’il y a un truc qui vous gêne c’est normal, et il est impossible d’expliquer pourquoi sans gâcher le jeu. Sachez juste que Bioshock Infinite adopte la recette du premier jeu, avec un twist qui change totalement le sens de la dizaine d’heures que vous venez de faire. Certains trouveront le scénario convenu, si ce n’est extrêmement fainéant, d’autre seront soufflés lorsque tout leur tombera sur le coin du nez. C’est le souci des twists finaux : ça ne marche pas pour tout le monde, et ça ne marche pas à tous les coups.

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Columbia est résolument plus lumineuse

Fraîchement largué au pied d’un phare (oh), vous vous retrouvez très vite à bord d’une capsule, direction la cité volante de Columbia. Columbia est l’antithèse totale de Rapture : lumineuse, vivante, et encore debout. C’est également l’exact contraire au niveau politique. Là où Rapture est une utopie capitaliste, éloignée de toute forme de contrôle étatique, religieux et moral, où la liberté est la clé de voûte, Columbia est une dictature théologique extrêmement contrôlée, qui représente tout ce qui peut se faire de pire dans les États-Unis du début du 20e siècle. Racisme d’état, cloisonnement des classes, inégalité galopante, Columbia est le paradis de l’américain sudiste déçu par la Guerre de Sécession. Mais elle semble marcher, et quand vous arrivez la ville va bien, les citoyens semblent heureux, et ne sont pas drogués jusqu’aux yeux. Enfin jusqu’à que vous débarquiez, que les autorités vous identifient comme le faux prophète, et que vous commenciez à répandre le chaos dans Columbia.

Là où Rapture était la cité de Ryan, Columbia est celle de Comstock. Autoproclamé prophète, il a fait sécession des États-Unis lorsque le gouvernement de Washington a condamné ses actions lors de la révolte des Boxers en Chine. Il est alors parti avec sa cité volante (commandée par les US, et présentée à l’exposition universelle) pour ne jamais revenir dans la « Sodome de la surface », sauf si ce n’est pour « noyer sous les flammes les montagnes des hommes ». Un gars sympa également. Détournant les codes du christianisme il a déifié les pères fondateurs, diabolisé Lincoln, et a inventé une prophétie de toute pièce à propos de lui et de sa descendance qui sera celle qui noiera les montagnes des hommes sous les flammes. Vous comprenez vite que Elizabeth, la fille de votre mission, est la fameuse « semence du prophète ».

Choc de simplification

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Le grappin arme de mêlée efficace (et sanglante)

Nous reviendrons sur le scénario, et ses défauts, un petit peu plus tard. Bioshock Infinite est un jeu dense, et le scénario n’est qu’une partie de la bête. Le reste c’est le gameplay. Et là on doit dire qu’il ne rate rien. Si Bioshock 2 souffrait d’un manque d’imagination concernant la manière dont le jeu se jouait, mais aussi d’une raideur assez agaçante à la longue, Infinite fait tout l’inverse. On y retrouve les bases de ce qui fait la marque Bioshock : pouvoirs, flingues, et combinaison des deux, ou de pouvoirs entre eux. Du classique. Mais classique ne veut pas dire non original. Là où Bioshock 2 restait relativement conservateur, Infinite épure sa copie, garde le coeur de l’expérience  Bioshock pour la sublimer et nous offrir un gameplay délicieux, probablement un des plus funs à sa sortie. Et la première chose à noter dans cette évolution, plutôt que révolution, c’est la nervosité de la chose. Bioshock Infinite est un jeu constamment en mouvement. N’essayez pas d’adopter une approche de campeur, ça ne vous servira à rien. Vous devrez toujours être en mouvement, ne serait-ce parce que vos ennemis vous contourneront, et que tout couvert finira invariablement par être compromis. Mais aussi, car le jeu vous encourage à bouger : avec des ressources éparpillées partout sur le champ de bataille, ou avec des ennemis qui arrivent de partout à la foi, mais surtout grâce au grappin. Certaines parties de niveau sont pensées comme des arènes qu’il vous faudra vider pour avancer. Dans ces arènes vous trouverez des systèmes de rails. Attachez-vous avec votre grappin à ces rails et c’est parti pour virevolter et bouger comme jamais, et tomber sur vos ennemis avec des attaques planées dévastatrices. L’impression de vitesse et de puissance est grisante, et tant pis si la présence de ces rails détruit toute logique interne, c’est beaucoup trop amusant pour s’en formaliser.

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Elizabeth peut ouvrir des portes sur d’autres dimensions

Ici pas de plasmides, pas d’EVE, pas d’ADAM. À la place vous aurez des décoctions nommées les Toniques, et une barre de Sel qu’il faudra remplir. Le système a été grandement simplifié entre Bioshock 2 et Infinite : pas d’ADAM à récolter pour améliorer ses pouvoirs, et le Sel est bien plus abondant que l’EVE. Certains crieront à la casualisation, mais ça a le mérite de vous encourager à utiliser au maximum les pouvoirs, et de tenter des combinaisons assez amusantes. Parlons en des Toniques. On y retrouve les classiques : électricité, flammes, possession, et j’en passe. Certains nouveaux pouvoirs sont extrêmement funs comme cette lévitation qui vous aidera à vous débarrasser de groupes d’ennemis en les balançant dans le vide sans aucune forme de pitié. Chacun des toniques a deux formes : clic simple qui lance une boule de feu, ou un éclaire, ou quoi que ce soit, et la forme clic long qui lâche des pièges. Vu qu’il n’y a pas de situations de combats où vous devez tenir une position, les pièges seront utilisés assez rarement, mais ça donne l’avantage d’une certaine variété d’actions possibles qui offrent des situations assez réjouissantes. Encore une fois la volonté est de dynamiser le gameplay par la simplification.

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Le handyman, la version Columbia du Big Daddy

Et finalement vous aurez une troisième clé entre vos mains pour vous sortir des situations de combats : Elizabeth. La jeune fille vous accompagnera pendant les trois quarts du jeu et vous aidera : d’abord en cherchant des munitions, de la santé, du Sel sur le champ de bataille, puis peu à peu elle pourra ouvrir des failles dimensionnelles pour vous aider. Armes, santé, Sel, tourelles, et j’en passe, son aide vous sera d’un grand secours pendant votre aventure. C’est la troisième pierre d’un gameplay qui se veut définitivement l’antithèse de la lourdeur de Bioshock 2, et qui vise la simplification des mécaniques, pour pouvoir en proposer plus, et augmenter vos combinaisons et vos approches des combats. Et ça, c’est top. Dernier changement notable dans Bioshock Infinite : pas de piratage. Vous pourrez prendre le contrôle de n’importe quoi en utilisant le pouvoir de possession et c’est tout. Elizabeth a également la possibilité de crocheter les serrures pour accéder à des zones autrement bloquées.

Columbia explose en plein vol

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Les jumeaux Lutece, ou le dispositif cryptique pour complexifier le scénario

Comme promis revenons au scénario. Enfin à l’histoire globale de Bioshock Infinite. C’est là que les soucis du jeu sont flagrants. Si les équipes de Ken Levine ont réussi à simplifier le gameplay pour en garder l’essence, et offrir quelque chose qui paraisse neuf, avec du vieux, c’est l’exact inverse qui se passe avec son histoire. Plus précisément, et on va éviter de spoiler : sa complexité de façade. Autant la ville de Columbia, le personnage de Comstock, et l’histoire d’Elizabeth sont intéressants, voire même touchants, l’histoire globale, elle, se perd dans des méandres de mouvements de mains pour vous faire passer comme révolutionnaire un scénario de Star Trek (la série originale).  Attention ce n’est pas désagréable, pour peu que vous aimiez la SF un peu folle, qui ne s’embarrasse pas de cohérence scientifique, et aime le technoblabla, vous serez servis. En revanche si vous cherchez quelque chose d’original c’est loupé. Mais malgré tout, pendant l’intégralité du jeu vous suivrez avec un immense intérêt l’histoire de Booker DeWitt et d’Elizabeth, et, même si la fin peut vous frustrer, vous énerver, elle ne vous gâchera pas l’expérience d’Infinite, qui tient plus à son gameplay et à la relation Elizabeth/DeWitt qu’au twist final.

Là où Bioshock Infinite excelle en revanche c’est dans la fabrication d’un univers par le décor. Déjà à l’ère Rapture la ville racontait une histoire. C’était une histoire de chute d’utopie et de la folie d’un homme. Columbia aussi raconte une histoire par ses décors. Une histoire beaucoup plus sombre que laisse paraître la surface de la ville. Car elle est belle : lumineuse, colorée, vivante, en apparence Columbia est un paradis volant, où il semble faire bon vivre. Infinite est lumineux, là où Rapture était sombre. Votre aventure sera ponctuée de moments de contemplation de décors. Mais dès que l’on creuse un petit peu la surface, un monde de racisme, d’intolérance, d’inégalités, de violence systémique vous est dévoilé. Rapture c’était l’individualisme extrême provoquant la folie, Columbia c’est l’obéissance aveugle de la masse à un homme. Chacun y verra ce qu’il veut, et pour peu que l’on y fasse attention le message passe, avec une certaine naïveté, mais il est là. Le jeu vous parle de Faux Prophète à longueur de temps, à propos de votre avatar, mais le réel message c’est qu’il faut se méfier de tous les Prophètes autoproclamés, et que le faux prophète n’est généralement pas celui que l’on croit. C’était déjà pertinent en 2013, ça l’est d’autant plus en 2016.

De retour à des préoccupations plus terre à terre, parlons de la technique. Le jeu n’est pas remastérisé sur PC. Et on comprend pourquoi lorsque l’on pousse les options à fond : il n’en a pas besoin, et son style graphique l’empêche d’avoir pris un coup de vieux en 3 ans. Le jeu tourne au maximum sur une GTX 660, un i5 de 2009 et 8go de RAM, là dessus rien à dire. Niveau bugs rien à signaler, si ce n’est un retour bureau à un moment, mais possiblement du au fait que le PC tournait depuis 4 jours non-stop. Bioshock Infinite tournait déjà très bien à l’époque de sa sortie, autant dire que maintenant il tournera sur n’importe quel PC de bureau, et sur la plupart des portables de gamme moyenne.


Bioshock Infinite est la culmination de la trilogie. Si le scénario se perd dans les méandres d’une complexité pas forcément pertinente, le message global lui est intéressant. Le jeu est également plus personnel, se concentrant sur une relation forte et touchante entre Elizabeth et DeWitt, qui fait échos à celle de Bioshock 2 entre votre avatar et sa Petite Soeur. Mais surtout Infinite est un plaisir à jouer. Il garde l’ADN de ses aînés, et en fait quelque chose de nerveux et de bourrin. Le jeu construit sur des fondations solides pour offrir le meilleur des deux jeux précédents, en effaçant les défauts qu’ils pouvaient avoir. La réussite est totale et son scénario un peu facile n’entache absolument pas le plaisir de jeu.

Bioshock Infinite

Bioshock Infinite

Les plus
  • Beau
  • Un gameplay nerveux
  • La relation Booker/Elizabeth
  • Columbia
Les moins
  • Un scénario parfois brouillon
  • Peu d'ennemis différents
8.5 10