Si le genre des « novel game » est encore peu représenté en France, il commence cependant à attirer quelques curieux qui cherchent dans cette variante typiquement japonaise du jeu d’aventure un mode de narration unique et prenant. La faute à quelques très bonnes licences qui ont réussi à se faire un chemin jusque chez nous, ou du moins jusque chez les courageux anglophones de chez nous. Et parmi celles-ci, l’excellent Danganronpa et sa suite ont su captiver l’attention des possesseurs de PS Vita avec leur univers aussi cruel que coloré. Spike Chunsoft nous propose maintenant un spin-off sous la forme d’un Third-Person Shooter ; qu’a à proposer cette petite escapade en dehors des murs de la Hope’s Peak Academy ?

Ultra Spoiler Girls

On pourrait penser qu’abandonner le jeu d’aventure et son interactivité somme toute restreinte pour le genre bien plus répandu (surtout chez nous) qu’est le TPS pourrait être une tentative de Chunsoft de faire découvrir sa nouvelle licence phare au monde, et amener les joueurs à s’intéresser à la série principale (dont le 3ème volet vient justement d’être annoncé au TGS). Et bien pas du tout. Il est tout simplement impensable de pouvoir apprécier pleinement Ultra Despair Girls sans être allé au bout de Danganronpa 1 et 2. Commencer par cet opus, c’est d’abord vous assurer de n’y rien comprendre, mais aussi vous « spoiler » les incroyables twists qui font tout le sel des Danganronpa.
J’essayerai de rester le plus concis possible concernant le scenario, mais j’évoquerai forcément quelques notions qui pourraient être des indications sur les évènements des autres jeux…

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Sa Majesté des Monokuma

Cet épisode se situe donc entre les 2 opus de la série principale, et nous présente Komaru Naegi, petite sœur de Makoto, protagoniste du premier jeu, enfermée depuis un an et demi dans un appartement, jusqu’au jour où un Monokuma défonce la porte pour tenter de la tuer. A l’extérieur, elle découvre une ville en prise avec des centaines de Monokuma tueurs, et tente de survivre à l’aide de son « Hack Gun », un porte-voix qui projette des lignes de code permettant de « hacker » les Monokuma et donc de les détruire. Derrière ces prémices (volontairement) un peu folles, se cache en réalité ce qui a fait la réussite de la série : un scenario d’une noirceur qui n’a d’égal que les facéties des personnages qu’elle met en scène, et des retournements de situation aussi improbables qu’euphorisants.
Sans atteindre le niveau de qualité des 2 épisodes principaux, le scenario de ce spin-off reste terriblement prenant ; sorte de version japonaise survitaminée de « Sa Majestée des Mouches », nous sommes mis face à une société où les enfants ont pris le pouvoir et massacrent les adultes qu’ils considèrent comme des « Démons », menés par de petits surdoués qui contrôlent les Monokuma. Si le sang est toujours rose fluo et que vous ne verrez aucune représentation graphique de violence, le « 16 » sur la boîte est bien mérité, tant la cruauté des 5 antagonistes va loin. Une cruauté qui trouve sa source dans des histoires personnelles encore plus dérangeantes, touchant à des sujets extrêmement sensibles comme la violence domestiques et les agressions sexuelles. Rien ne vous sera épargné, et ce roller coaster émotionnel sera encore plus marquant qu’il est mis en scène de façon colorée et enfantine, teinté d’un humour noir particulièrement corrosif.
Malgré tout, la majorité de l’aventure reste très drôle, grâce aux dialogues terriblement bien écrits entre Komaru et Toko qui l’accompagne, cette dernière n’étant toujours pas avare en répliques bien senties et réparties hilarantes.

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La chasse à l’ours est ouverte

Le gameplay du Third-Person Shooter maintenant, qu’en est-il ? Et bien, rien de spécial de ce côté-là, le jeu est au final un « survival horror » tout à fait basique, avec ses ennemis lents et son personnage principal à la puissance de feu réduite. On sent que Spike Chunsoft n’est pas des plus à l’aise avec le genre, le gameplay souffrant de quelques imprécisions, dans la visée, ou dans le placement de la camera.
Mais rien de catastrophique, loin de là, Danganronpa Another Episode: Ultra Despair Girls reste un shooter tout à fait correct, qui n’apporte rien au genre, mais offre quelques séquences très agréables à jouer, même en présence de beaucoup d’ennemis. C’est d’ailleurs dans ces moments où vous vous retrouverez submergés de détestables ours noirs et blancs que vous pourrez faire appel à une des très bonnes idées du soft : Toko. L’auteure à lunettes qui accompagne l’héroïne n’est effectivement pas là seulement pour vous casser le moral, elle peut également se servir de sa 2ème personnalité, le tueur en série Genocide Jack, pour massacrer les Monokuma au corps à corps dans le plus pur style Dynasty Warriors. Dans l’ambiance tendue d’un survival horror ou votre personnage est affreusement lent, ces rares moments d’action frénétique (que vous pouvez cependant activer quand vous le souhaitez, tant que la jauge correspondante vous le permet) sont un véritable plaisir sadique.
Mais ce n’est pas la seule bonne idée qui vient rompre la monotonie du « viser-tirer ». Pour que vous n’oubliiez pas que vous jouez à un Danganronpa, un jeu qui vous demande de réfléchir, le jeu vous proposera parfois des petits tableaux façon énigme, ou une petite dose d’infiltration et une utilisation judicieuse de vos différentes « balles » et de l’environnement (que vous pouvez examiner en vue du dessus) vous permettra de tuer les dizaines de Monokuma de la pièce en un seul coup, sans vous salir les mains. Si l’utilisation des différentes balles du Hack-Gun (Balle normale, balle qui fait tomber le bouclier des ennemis, voire même balle qui leur donne une furieuse envie de danser) reste assez anecdotique au cours du jeu, ces passages « puzzle » leur donne tout leur sens et constituent des petits challenges qui, sans casser le rythme, font varier les plaisir.

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Third-Person Novel game

Le rythme… Malheureusement, c’est là que le bât blesse… Je vous ai parlé du scenario grandiose, du gameplay qui compense sa simplicité et ses petits défauts par quelques très bonnes idées… Mais comment tout cela fonctionne ensemble ? Malheureusement, assez mal.
Pour ceux d’entre vous qui s’attendraient à un jeu d’action dans l’univers de Danganronpa, la douche va être très froide, et la frustration d’être interrompu toutes les 5 minutes par 30 minutes de texte va être énorme. En fait, il faut tout simplement se mettre en tête qu’on est devant un autre novel game de la série Danganronpa, mais qui a choisi de troquer ses séquences de procès et ses mini-jeux contre un third-person shooter. Ce n’est qu’une question d’attentes, mais c’est vraiment avec cet état d’esprit qu’il faut envisager le jeu, comme un novel game, entrecoupées de phases d’action. Mais à mon grand regret, même en considérant Ultra Despair Girls comme un novel game, le problème de rythme se pose toujours…
On ne se fâche plus d’être interrompu dans l’action pour devoir lire du texte, on en vient à être fâché que l’histoire s’interrompe pour nous faire jouer. En fait, tout le problème se situe dans le dosage. Les séquences d’action sont trop courtes (On vous fait parfois littéralement juste sortir d’une pièce entre deux passages novel game) et, au final, à part les moments-clés de l’histoire, les passages « novel game » le sont souvent aussi. On se retrouve donc à alterner entre les deux genres trop régulièrement et trop rapidement. Heureusement, cela s’améliore dès le deuxième chapitre, une fois que la narration devient un peu plus fluide (et qu’on est débarrassé des tutoriels, bien trop présents), mais cette narration hybride demeure et gâche beaucoup l’expérience de jeu.

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Plein les yeux

Le fait que le jeu n’arrive pas à se décider, sur ce qu’il est se retrouve jusque dans les « cinématiques » qui prennent pas moins de 4 formes différentes ! La majorité des dialogues se feront sous le format novel game que vous connaissez, mais les moments plus importants seront des cinématiques en 3D précalculées. Les moments clés sont par contre présentés sous forme de séquences animées, tandis que les scènes de décès reprendront les superbes cinématiques d’exécution de la série principale. Si toutes ces séquences sont de très bonnes qualités en soit, les légères différences de chara-design et de direction artistique sont suffisantes pour perdre le spectateur.
En dehors de cela, les modèles 3D sont très réussis, au rendu très « lisse » et propre et aux animations agréables à regarder. Les décors profitent de la folie typiquement Danganronpa et on n’aura que quelques textures un peu limites en gros plan à leur reprocher.

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Ni tout noir, ni tout blanc

Finalement², Ultra Despair Girls, est un jeu qui ne sait pas exactement où il se situe. Ni complétement aventure, ni complétement action, il erre entre les 2 genres, l’un cassant le rythme de l’autre et inversement. Il reste cependant une aventure marquante, aux personnages hauts en couleurs et à l’univers particulier qui vaut le coup d’être vécu par tous les fans de l’ours sadique et de ses pauvres victimes.

Danganronpa Another Episode : Ultra Despair Girls

Danganronpa Another Episode : Ultra Despair Girls

Les plus
  • -Un scenario intelligent et prenant
  • -La touche de folie Danganronpa
  • -Des personnages très bien écrits et des dialogues hilarants
  • -Les passages « puzzle game »
  • -L’utilisation de Toko
Les moins
  • -Trop de parlotte pour un third-person shooter…
  • -…Et trop d’action pour un novel game
  • -Les tutoriels trop présents sur le premier acte
  • -Toujours tout en anglais…
  • -Les voix japonaises à aller télécharger sur le PS Store
7 10