furi the game bakers review

Annoncé sans grande cérémonie en octobre dernier, la hype autour de ce jeu français qu’est Furi commence doucettement à grimper. D’ici quelques jours, le premier jeu console et PC à sortir des fourneaux de The Game Bakers s’offrira à l’épreuve des joueurs avides de nouvelles expériences. La démo que nous avions pu tester il y a quelques mois nous rassurait sur le potentiel de ce jeu de boss fight sous amphétamines. Le produit final est tout aussi satisfaisant, et promet dès ses premiers instants un véritable souffle épique de bout en bout.

Ils ont fait du chemin chez The Game Bakers. Après avoir écumé les océans du jeu mobile avec leur saga Squids, les développeurs montpelliérains se sont mis à pied d’oeuvre pour accoucher d’un premier jeu majuscule dans leur ludographie. Emmenés par Emmeric Thoa (transfuge d’Ubisoft), Furi est né d’une envie : celle de renouer avec les jeux aux postulat simple et efficace. Ici, ce postulat est le duel. Ce frisson qui vous parcours l’échine lorsque vous entamez un combat contre un boss à première vue pas si impressionnant que ça, mais qui cache bien des cartes à l’intérieur de sa manche. Cette idée de duel d’égal à égal fait partie intégrante du game design de Furi. L’idée n’est pas de vous mesurer à des boss colossaux, qui déborderait de votre écran, mais davantage de vous mettre à l’épreuve contre un semblable. Chacun a ses chances, mais un seul en sortira vivant.


Furi – Announcement Trailer par CooldownTV

Rythm and blues

furi ps4 test

Furi dévoile son scénario avec parcimonie

The Game Bakers n’a pas fait les choses à moitié en s’adjoignant les services de Takashi Okazaki (designer de Afro Samourai) pour chara-designer son jeu, et du fleuron de l’électro actuelle pour en habiller les combats. En découle l’impression d’un travail chiadé, d’un projet mené à son terme. Tout semble s’imbriquer parfaitement pour nous offrir une expérience aussi unique qu’imprévisible. Du scénario cryptique à la mise à l’épreuve perpétuelle que constitue chaque nouveau combat, Furi dégage une aura qu’il est difficile de définir en des termes péjoratifs. Si le jeu renoue clairement avec une certaine idée du gameplay comme étant central dans le jeu vidéo, il n’en oublie rien de ces 20 dernières années en terme de storytelling. Impossible, en 2016, de nous proposer des combats sans la promesse d’une récompense, en l’occurrence ici la vengeance, la découverte d’une nouvelle pièce du puzzle.

Vous n’êtes pas bien sûr de qui vous êtes, ni même d’où vous vous trouvez. À moitié mort dans la cellule d’une triste prison vous ne pouvez rien faire d’autre qu’encaisser les coups du gardien multiface qui vous colle beigne sur beigne. Soudain, un personnage énigmatique portant un masque de lapin (nous l’appellerons Donnie Darko) vous libère de vos fers et vous rend votre équipement. L’heure est venue de rendre la monnaie de sa pièce à votre geôlier. Sans plus de cérémonie, vous voilà propulsé dans votre premier combat. Faisant davantage office de tutoriel, ce premier boss ne devrait pas vous poser trop de souci. Il vous permettra d’apprendre à utiliser les quelques techniques indispensables à votre survie. Question contrôles, Furi fait là encore dans le simple et l’efficace. Déplacez-vous avec le stick gauche, tirez avec votre pistolet laser à l’aide du droit, attaquez avec Carré / X, dashez avec Croix / A, et parez avec Rond / B. Elementaire. À ceci près qu’il vous faudra doser ces différents mouvements avec soin pour optimiser vos attaques… et votre survie.

En effet dans Furi, tout est question de rythme. L’électrisante B.O qui vient doper vos combats à l’adrénaline n’est pas là par hasard. Il faudra être attentif aux sons, repérer les patterns. Les combats se déroulent en plusieurs phases ; chaque boss dispose de plusieurs réserves de PV qui, une fois vide, en déclenche une nouvelle. Vous devez tout d’abord entamer les boucliers de votre opposant, en utilisant la technique que vous préférez. Selon les boss, vous pouvez soit rester à distance et user de votre pistolet, ou attaquer de front avec votre sabre. Une fois le bouclier adverse désactivé, vous entrez dans une phase de combat rapproché. L’arène se ressert et la caméra se place derrière votre épaule. C’est le moment d’étudier votre ennemi et de parer ses coups. Le rythme revêt une importance capitale ici. Il s’agira de parer les assauts ennemis au plus près de la frame afin de pouvoir contre-attaquer. Si vous avez le compas dans l’oeil (ou l’oreille absolue), vous pourrez même déclencher une attaque spéciale en parant à l’exact moment où votre ennemi attaque. À noter enfin que votre avatar dispose quant à lui de trois réserves de PV que les parades permettent de regagner en partie. Aussi, terminer une phase d’un boss vous requinquera complètement, et vous permettra d’aborder la nouvelle avec une barre de vie à son maximum. Easy mode ? Attendez de vous confronter au troisième boss ou au sixième. Vous comprendrez votre douleur.

Parer au bon moment vous permet de déclencher un coup très puissant

Die and retry

La comparaison un peu facile serait d’apposer l’épithète « dark soulesque » à Furi. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’un jeu difficile ? Qui met vos nerfs à l’épreuve ? Soit. Mais il tient davantage la comparaison avec un Titan Souls qu’avec le jeu de Myazaki. Pas question de se faire one shot ici, nous l’avons vu, mais la prudence est de mise, et chaque erreur peut vous coûter. En cela, Furi n’est pas punitif. Il est exigeant. Il demande au joueur un certain degré de concentration pour pouvoir accomplir sa tâche, et notamment dans les phases les plus épileptiques que ne renierait pas un shoot’em up. En effet durant la dernière phase des boss, ceux-ci s’amuseront à vous envoyez dans la gueule un véritable festival de laser, de boules plasmas et autre écrans gamma qu’il vous faudra esquiver à l’aide de votre dash. C’est dans ces moments-là que vous êtes bien content d’avoir trois réserves de PV. Si vous échouez durant cette dernière phase ? Vous êtes bon pour recommencer le combat depuis le début. Concentration, vous disais-je. Chaque boss dispose bien évidemment de son propre panel de mouvements et de coups spéciaux qu’il vous appartient d’apprendre (et de retenir) tout au long du combat. Précisons par ailleurs que ce pattern évolue pendant le combat, au gré des différentes phases de l’affrontement. De quoi vous faire retenir votre souffle durant les 10 minutes (en moyenne) que durent les duels

Les boss useront de techniques dévastatrices pour vous réduire en charpie

Mais alors, c’est tout ? Furi ne se limite-t’il qu’à des combats contre des boss ? Pas tout à fait. Je parlais de storytelling un peu plus haut. Entre chaque affrontement, vous entrez dans un chemin. C’est un moment un peu suspendu, qui vous permet de reprendre vos esprits, et de laisser votre personnage avancer vers sa nouvelle destination. Mutique, votre avatar écoutera attentivement les paroles de son sauveur Donnie Darko, qui lui révélera de précieux détails sur sa condition et sa situation. L’occasion également de s’ébahir devant la mise en scène fantastique du jeu et sa direction artistique. Mention spéciale au chemin qui vous emmène vers l’un des tout premiers affrontements du jeu, et qui voit vos perceptions se brouiller et la gravité faire des siennes. Toujours guidés par une composition originale de, au choix, Danger, Carpenter Brut, Lorn et j’en passe, il se dégage définitivement une sacré ambiance de Furi. Il vous faudra compter environ 7 heures pour venir à bout de l’aventure. Honorable, pour un jeu vendu 25 billets, d’autant qu’il dispose d’un mode de difficulté extrême (déblocable après avoir fini le jeu) qui permet d’augmenter la difficulté des combats.

Manga techno punk

furi ps4 testEn termes techniques, The Game Bakers a opté pour des graphismes un brin cel-shading tout à fait satisfaisants. Le ton n’est pas au photoréalisme, mais davantage aux couleurs saturées qui donnent toute leur saveur aux différents tableaux que vous parcourez. Le jeu affiche sur PS4 un framerate quasi constant de 30 images par seconde, mais accuse de quelques petits effets de stuttering lors des passages où vous abuserez du dash. Rien de gênant. Dommage pour vous, vous ne pourrez pas vous en prendre à la finition pour justifier votre mort humiliante face à un ennemi retors. Nul besoin, enfin, de préciser la qualité de la bande originale. Un travail titanesque a été fourni pour offrir à Furi des compositions de qualité, qui portent véritablement les affrontements sur leurs sinusoïdes. Un partenariat fructueux avec ce line-up musical de talent qui, espérons-le, continuera de venir garnir les OST de nos jeux vidéo.

L’attrait nippon du studio français n’est plus à démontrer. La structure du scénario, l’ambition vengeresse du héros partant laver son honneur ainsi que le character design et la direction artistique en général transpirent de cet amour pour l’archipel du Soleil Levant. Aussi, The Game Bakers a offert à son jeu des doublages aussi bien français, anglais que japonais. On ne saurait que vous conseiller ces derniers pour davantage d’immersion dans le monde très particulier de Furi.


Surprenant, épique, exigeant et excitant, Furi s’en sort admirablement bien. On sent que les développeurs ont bien cadré leur projet, et ont fait montre d’une certaine maîtrise dans son exécution. En découle un jeu fun et instantané qui, pourtant, ne se laisse pas apprivoiser si facilement. Il vous faudra apprendre de vos erreurs, remonter en selle lorsque vous échouerez, et adapter votre façon de jouer à votre opposant. Furi dépoussière le genre déliquescent des boss fighters de la plus belle des manières. Sous la forme d’un hommage, d’abord, et par des propositions tout à fait uniques dans le paysage vidéoludique actuel. Une réussite. 

FURI logo

Furi

Les plus
  • Concept délicieux
  • Une narration diaphane et mystérieuse
  • Des combats épiques aux stratégies variées
  • Une B.O du tonnerre
  • Des doublages de qualité
  • Belle durée de vie et rejouabilité
Les moins
  • Quelques petits ralentissements
  • Parfois de gros écarts de difficultés entre les combats
8 10