L'affiche du prochain Homefront : The Revolution
Qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête des développeurs de créer un nouvel Homefront ? Alors oui, Homefront : The Revolution a été annoncé en 2011, juste après la sortie du premier titre et THQ, l’éditeur, ne savait probablement pas qu’il allait se casser la gueule en beauté quelques années plus tard. Et pourtant, le développement a continué. Pourquoi ? Le premier Homefront n’était clairement pas bon et ne devait ses recettes qu’à une campagne marketing menée de main de maître. La hype n’a jamais été présente, notamment lorsque le jeu est revenu sur le devant de la scène à la Gamescom 2015. Le soft faisait certes un peu plus envie que son grand frère, mais cela s’arrêtait là. Qu’en est-il donc aujourd’hui ? Dambuster  a-t-il réussi à faire mieux, et ce n’était pourtant pas très compliqué, que le travail de Kaos Studios ? Autant vous le dire tout de suite, non.

Avant toute chose, remettons-nous dans le contexte dans lequel a été créé ce Homefront : The Revolution. Annoncé en 2011, le deuxième épisode devait être développé par Crytek, le spécialiste des magnifiques coquilles vides, pour le compte de THQ. Mais en 2013, l’éditeur quitte la scène dans une dégringolade malheureusement annoncée. Crytek n’a pas voulu abandonner son bébé et a décidé de racheter la licence à l’éditeur défunt. Ce sont les studios britanniques du développeur qui s’occupent de construire le jeu mais, là encore, rien ne va. Des grèves secouent l’entreprise, bientôt suivies de départs nombreux au sein de l’équipe, dont celui du directeur Hasit Zala. En 2014, le futur de Homefront est encore très incertain. Crytek ne peut plus travailler dans ces conditions et décide alors de revendre la licence à Koch Media, entreprise qui possède l’éditeur Deep Silver. Le développement est repris presque à zéro par Dambuster, un nouveau studio composé… surprise… d’anciens membres de Crytek UK, dont Hasit Zala. Et voilà que le jeu arrive tant bien que mal par finir entre nos mains le 20 mai dernier.


Homefront The Revolution – Trailer ‘Freedom… par CooldownTV
 

Norko trafiquants

Homefront : The Revolution personnages

Ici, vos principaux alliés du nom de Burnett, Parrish et Dana Moore

Vous ne connaissiez pas Homefront ? Tant mieux, moi non plus. Revenons un coup sur le background de ces jeux, sur lequel les campagnes marketing ont été principalement axées. La société nord-coréenne Apex s’est fait connaître dans les années 1970 en prenant de court Apple en sortant son premier ordinateur destiné au grand public. Très vite, la Corée du Nord est devenue le centre de la recherche en matière de nouvelles technologies, grâce à sa Silicon River. Les décennies passent et Apex ne fait que confirmer sa supériorité dans la technologie de pointe. Dans ce monde, la Corée du Nord c’est tendance. Sauf que ses habitants n’ont pas oublié la guerre qui a secoué le pays dans les années 1950. Les grands méchants pas si communistes que ça jouent sur le capitalisme mondial pour s’imposer et devenir une référence mondiale, notamment auprès des Etats-Unis. Au début des années 2000, Apex se lance dans la création et la vente d’armes avancées. Bien sûr, son plus gros client est l’Amérique du Nord, terre de la liberté et de la démocratie, qui souhaite imposer son idéal au Moyen Orient. Mais les Coréens ont tout prévu. Ils décident un beau jour d’appuyer sur un bouton et tous les produits de la société à travers le monde cessent de fonctionner. Les Etats-Unis tombent en crise et la Corée du Nord se propose de leur apporter une aide logistique et humanitaire. Les Américains finissent par s’apercevoir que les « Norko » ont effectué ces manoeuvres pour envahir le plus grand pays du monde. Ils décident donc de passer à l’action pour retrouver leur liberté. Voilà, ce n’est pas très original mais on a connu pire.

Vous incarnez donc Ethan Brady, qu’un concours de circonstances va amener à rejoindre la Révolution dans la ville de Philadelphie. Il aura pour mission de retrouver Ben Walker, leader du mouvement qui s’est fait arrêter par les forces nord-coréennes. Brady va devoir se trimbaler à droite à gauche pour essayer de sauver cet homme qu’il n’a pourtant croisé qu’une fois.

Le désespoir n’est pas que dans la guerre

Dans Homefront, Philadelphie se présente comme un monde ouvert. La ville est coupée en différents quartiers plus ou moins contrôlés par les Norko ou la résistance. Les zones rouges sont les quartiers les plus détruits et les plus dangereux, les nord-coréens ont pour ordre de tirer à vue sur quiconque s’y trouve. Leur présence est abondante et se déplacer à couvert dans ces zones n’est pas aisé, si bien qu’il faudra souvent se frayer un chemin à coups de fusil. Ces zones étant grandes, il est également possible de les arpenter en moto. On le déconseillera fortement tant la conduite est aux fraises et les crashs nombreux. C’est dommage puisque les zones rouges sont bâties en partie pour leur utilisation, avec des rampes de toutes sortes.
Les zones jaunes sont des zones résidentielles dans lesquelles Brady peut circuler sans se faire tirer dessus au moindre mouvement. Attention cependant, les Norko connaissent son visage et il faudra donc se déplacer en se cachant soit dans des groupes de civils soit en contournant l’ennemi pour ne pas qu’il nous repère. C’est dans ces zones que l’influence de la résistance auprès des populations peut être la plus forte. Et c’est également ici que l’on s’aperçoit que la bande son n’est pas mauvaise du tout. Les quelques petites notes nous font comprendre le désespoir dans lequel vivent les habitants, affamés et frigorifiés. Franchement c’est pas mal.

Enfin, les zones vertes sont entièrement réservées aux Norko. Y pénétrer est souvent synonyme de suicide. Cette séparation de la ville en quartiers comme ceux-ci est, à vrai dire une bonne idée et permet des approches différentes en termes de gameplay. Malheureusement, les activités y sont peu nombreuses et répétitives. Chaque quartier doit être libéré de la même façon : soit en activant des postes de radio pour diffuser des messages de la résistance, soit en sabotant des installations ennemies ou soit en capturant un bâtiment pour en faire un nouvel avant-poste. Les missions principales comme secondaires consistent à faire strictement la même chose à savoir nettoyer un bâtiment ou assassiner des Norko.
Notons également la possibilité d’intervenir lors d’événements aléatoires (sauver un citoyen qui se fait maltraiter par des soldats, secourir un groupe de résistants coincés dans un immeuble) qui repopent vraiment trop souvent si bien qu’on n’a pas l’impression d’avoir accompli quelque chose d’utile. Au fur et à mesure qu’un quartier est libéré (surtout dans les zones jaunes), les habitants commencent à se révolter et à s’en prendre aux forces Norko. C’est sympathique même si on entend plus les nouveaux résistants qu’on ne les voit, la faute à un moteur incapable d’afficher plus de dix personnes d’un coup. Pour passer d’un quartier à un autre, la résistance a creusé des tunnels qui serviront de points de chargement entre deux zones. Des chargements très, très longs qui brisent un peu la fluidité du jeu (si tant est que celui-ci soit déjà fluide mais nous y reviendrons). En parlant de chargements d’ailleurs, le jeu est truffé de freeze dès que l’on effectue une action qui sollicite l’ouverture d’un menu ou que quelqu’un met à jour notre mission, secondaire ou pas.

La démocratie se distribue avec du plomb

Vous commencez à voir où je veux en venir ? Non ? D’accord continuons. Dans les différentes planques de la résistance, que l’on aura préalablement nettoyées de tout ennemi (pour les trouver facilement il suffit d’ouvrir son smartphone et d’aller sur la carte, attention aux oreilles, le bruit que fait votre portable est insupportable), se trouvent quelques panneaux de missions secondaires et, surtout, des placards d’armement. Ceux-ci seront vos plus précieux alliés puisqu’ils permettent de faire des achats d’armes, de matériel, d’ingrédients pour crafter différentes bombes ou autres engins de guérilla urbaine et des accessoires. Il y a du choix c’est clair. Les achats se font soit avec de l’argent, soit avec des points de guérilla, que l’on obtient en libérant des bâtiments. C’est ici que l’on prend connaissance d’une feature inattendue et franchement intelligente. Notre personnage ne peut porter que deux à trois armes sur lui, ce qui peut rapidement limiter l’action.
Mais Dambuster a eu cette idée de rajouter un système de conversion des armes. Avec la flèche haut Brady observe son arme et peut y rajouter ou enlever des accessoires comme un viseur laser ou un trépied, mais aussi la convertir en tout autre chose. Par exemple, le fusil de combat peut se transformer à l’envi (si tant est que l’on ait acheté cette conversion) en fusil de sniper ou carrément en « lanceur de la liberté » un genre de lance feu d’artifice aux couleurs des Etats-Unis (fuck yeah).
C’est une bonne idée mais pas forcément très logique. L’arbalète peut se transformer en tromblon, allez savoir pourquoi. L’appréhension des combats change donc en fonction de nos conversions possibles et on s’amusera à toutes les essayer. Enfin on « s’amusera ». Pourquoi des guillemets ? Mais je vais vous le dire jeunes lecteurs passionnés.

Homefront : The Revolution armes

Le système de conversion des armes est une des seules bonnes idées du jeu

Trop de choses bien ont été dites sur Homefront : The Revolution. En me lisant vous vous dites probablement, « oh ça a pas l’air si mal finalement ce Homefront ». Détrompez-vous. Si on arrive à s’amuser à peu près pendant la première heure et demie de jeu, le fun disparaît bien vite lorsque l’on prend conscience de ses soucis. Et des problèmes il y en a pléthore. Puisque nous parlions des armes juste avant, continuons sur notre lancée et abordons le gameplay ainsi que leur hitbox. Le gameplay de Homefront : The Revolution est très particulier. Pourtant habitué des FPS, j’ai été décontenancé, même après plusieurs heures de jeu, par les déplacements lourds dignes d’un sumo de 160 kg et la visée plus qu’hasardeuse des armes. Tantôt le viseur bouge trop vite, tantôt il bouge trop lentement, si bien qu’il devient rapidement difficile de tirer sur les amis Norko à moyenne distance. Et même si on y arrive et qu’on pense en avoir touché un, le marqueur de dégâts ne s’affiche pas tout le temps en fonction de l’arme qu’on a.
Oui, la hitbox dans ce jeu est absolument ridicule par moment. La palme d’or revient surement à l’arbalète, arme de discrétion ultime que les amateurs d’infiltration aiment tant. Il m’est arrivé un nombre incalculable de fois, en tentant de m’introduire silencieusement dans une base ennemie, de me faire repérer en essayant de tuer un garde, tout simplement parce que la flèche de l’arbalète est passée à travers son crâne sans occasionner le moindre dommage, alors que je me trouvais à 4 mètres derrière lui ! Et même, imaginons que j’ai réussi à le tuer, le résultat a de grandes chances d’être le même puisque le moindre bruit alerte tous les ennemis (bien que débiles la plupart du temps) alentour, qui vous trouveront assez rapidement. Dans la zone jaune, il est relativement facile de s’échapper et de trouver une benne à ordure où se cacher en attendant que les choses se tassent, mais en mission ou dans la zone rouge, c’est une autre paire de manches, vous êtes partis pour des dizaines de minutes de combat. Ce n’est pas expliqué dans l’histoire mais j’ai vite supposé que les Norko possédaient la technologie de la téléportation. Seule explication à l’arrivée constante de soldats lors d’une fusillade ou d’une mort prématurée parce qu’un ennemi se matérialise derrière vous. Quel cauchemar.

J’ai cru voir un bug

Je ne compte plus le nombre de missions que j’ai dû refaire dans Homefront à cause du pop totalement insensé des ennemis. La plupart du temps, ceux-ci popent juste derrière vous, sans prévenir. Pour retrouver le plus souvent ces cas, il n’y a qu’à aller dans une zone jaune. Après avoir regardé tout autour pour m’assurer que personne ne me voit, je détruis un haut-parleur diffusant des idioties sur la suprématie nord-coréenne (comme s’ils pouvaient être mieux que nous, les vrais Américains inventeurs de la liberté). Juste après, j’entends un soldat crier et commencer à me tirer dessus. Il n’y avait personne à 30 mètres à la ronde cinq secondes avant et maintenant, je fais face à une patrouille Norko. Ce gros problème sera un des facteurs principaux de l’arrêt prématuré de votre console pour se consacrer à la lecture d’un bon bouquin et se calmer les nerfs (personnellement, si vous ne l’avez pas lu, je vous conseille « La Horde du Contrevent » de Alain Damasio, un classique qui vous permettra de vite penser à autre chose).

Les zones du jeu, surtout les jaunes encore une fois, sont construites de manière à pouvoir proposer un gameplay plus vertical. Des plates-formes sont présentes pour nous permettre d’accéder à un toit ou à l’intérieur d’un bâtiment stratégique. Il faudra souvent un peu (parfois beaucoup) de jugeote pour trouver un moyen d’y accéder, celles-ci étant tellement mal mises qu’il faudra tourner autour quelques minutes pour comprendre comment y arriver. Deuxième étape, grimper dessus en escaladant différents éléments du décor. Gros problème, une fois sur deux, le personnage ne veut pas s’accrocher tant la touche saut est random. On essaye, on rate, on se déplace un mètre à gauche, ça ne veut pas, on se re-décale à gauche, ça marche. Bon… Vous en voulez encore ?

Homefront : The Revolution bug

Beaucoup de bugs dans ce jeu, ici une civile qui nous montre ses talents de lévitation

On l’a vu tout le long de ce texte, Homefront : The Revolution est truffé de bugs et cela n’est pas très amusant, ni rassurant pour l’avenir du jeu. Celui-ci est sorti il y’a plus d’un mois et j’ai pu remarquer qu’aucun correctif majeur n’a été ajouté depuis pour les supprimer. Bref, là où on commence enfin à rire, c’est lorsqu’on aperçoit un soldat tentant de descendre des marches et qui, au lieu d’enclencher le mécanisme naturel de ses jambes et effectuer ce qu’on appelle des pas, préfère glisser dessus. Un peu à la manière de ses ancêtres des débuts de l’ère 3D. A un coin de rue on peut également observer une civile pas contente du tout du traitement infligé aux populations par les Norko et qui le fait savoir en brandissant le poing tout en montrant sa technique de lévitation. Ailleurs, une résistante nous parle en tenant ce qui semble être une arme invisible d’un nouveau genre. J’ai pu aussi remarquer que les Norko ont réussi à développer une technique très fourbe pour piéger les joueurs dans des canapés les entraînant à relancer le dernier point de sauvegarde. Dans une planque, un homme a même tenté de communiquer avec moi en français avant de s’apercevoir que l’anglais serait en fait plus facile pour lui, puis d’encore changer d’avis en retournant à la langue de Molière. Et ça continue encore et encore et encore. Si un jeu à boire était inventé et dont les règles consistaient à ingurgiter un shot de vodka à chaque bug repéré, les parties seraient bien courtes.


Homefront : The Revolution est un mauvais jeu. Pourtant le titre aurait pu être vraiment très fun à jouer si la finition avait suivi ! De bonnes idées sont présentes comme la conversion des armes ou les trois types de quartiers qui nous obligent à jouer différemment. De même que la qualité graphique n’est pas si basse, contrairement à ce qu’on avait pu croire en voyant les différentes vidéos de gameplay, même si on aurait apprécié une fluidité toujours au dessus des 25 fps ce qui n’est pas souvent le cas. Malheureusement, de trop nombreux soucis techniques et un gameplay loin d’être au point enlèvent tout l’amusement possible et nous entraîne à lâcher la manette une heure après avoir commencé à jouer. Ce jeu peut tout à fait servir de référence auprès des développeurs en matière d’étapes nécessaires avant de commercialiser un jeu. On ne va pas non plus trop cracher sur les devs (oui bon je l’ai fait tout le long de ce test) car ils ont surement fait ce qu’ils pouvaient avec ce qu’ils avaient, mais quand même, même l’éditeur aurait pu se rendre compte que sortir Homefront dans cet état n’était vraiment pas une bonne idée. Enfin, on retiendra quand même les quelques rires nerveux lorsqu’on aperçoit un nouveau bug qui entraîne une situation complètement surréaliste. Comme on dit chez moi, il vaut mieux en rire qu’en pleurer.
Homefront : The Revolution

Homefront : The Revolution

Les plus
  • Les conversions d'armes
  • Les types de quartiers
  • La bande-son
Les moins
  • Des bugs de partout
  • Un gameplay trop lourd
  • La moto est inutile
  • Des bugs de partout
  • Le son du smartphone
  • Les fps au rabais
  • Des bugs de partout
3.5 10