Mirror's Edge Catalyst test ps4

2008, le monde encaisse tant bien que mal un huitième épisode d’Alexandra Ledermann ; Call of Duty commence à partir en couille en nous proposant des zombies et les développeurs de TimeSplitters accouchent de Haze sur PS3. Bref, le monde va mal. Pourtant, Electronic Arts dégaine en fin d’année l’une des licences les plus improbables et les plus novatrices de sa génération : Mirror’s Edge. La critique est unanime ; le jeu se vautre dans les chiffres et bide méchamment. Mais un véritable lobby de s’organiser et de réclamer à l’éditeur et à DICE une suite à ce jeu de parkour minimaliste. Suite qui, huit ans après, nous arrive dans une formule à peine retravaillée, et qui nous laisse avec l’amère impression de déballer un cadeau de Noël que l’on n’attend plus depuis longtemps.

Annoncé à l’E3 2013, il aura fallu trois ans aux Suédois de DICE pour nous proposer une suite – ou plutôt un préquel – à l’un des jeux qui illustre probablement le mieux le concept de longue traîne. La hype autour de Mirror’s Edge n’a jamais décru, notamment grâce aux insolentes soldes desquels le titre a allègrement profité pour se laisser doser par le plus grand nombre.

Seulement, huit ans c’est long. Mirror’s Edge était peut-être rafraîchissant lors de sa sortie, mais celles et ceux qui ont pris la peine de relancer le jeu ces derniers mois ont ben conscience qu’une simple transposition du modèle dans un écrin, même vaguement dépoussiéré, ne suffirait pas à inscrire cette suite dans les annales. D’autant qu’en terme de parkour et de level design vertical, Dying Light est passé par là entre temps. Y a-t-il encore une place, en 2016, pour Faith Connors et ses souliers rouges ?


Mirror s Edge Catalyst Trailer de Lancement… par CooldownTV

Les chroniques de Faith Connors

Dans un élan d’originalité et d’inspiration littéraire, DICE a opté pour un récit des origines. Qui est donc Faith, cette messagère aux pieds légers qui arpente la cité de Glass pour le compte de clients peu recommandables ? Vous apprendrez assez tôt que la jeune femme a connu son lot de tristitude. Des moments plein de sel narrés à travers des flashback, dont l’ajout d’un sad piano en surcouche sonore n’enlèverait rien de la finesse originelle. L’aventure s’entame donc à la sortie de zonzon de notre coursière, qui s’empressera de retrouver sa bande de Yamakasi afin de donner du fil à retordre à Kruger (quoi de mieux qu’un patronyme teuton pour susciter la peur ?), le tyran de la ville aux motivations aussi obscures que son charisme est inexistant. De toute façon, on s’en fout : il est méchant, point.

Mirror's Edge Catalyst kruger

Lui c’est le méchant, et il veut tuer la gentille

Vous aviez connu Faith solitaire dans le premier opus ? Sachez qu’elle a plein d’amis, et qu’ils sont tous très sympathiques. Un peu agaçants, aussi. Il faut dire que leur vilaine habitude de s’interpeller à base de “Hey ! Ca pulse ?” ne fait rien pour nous les rendre agréables. Pas plus que la VF obligatoire que doit subir la version console du jeu. Le script se perd à essayer de rendre cool et techno tous les échanges entre personnages. Des interactions gênantes où les archétypes de personnages sont d’autant plus visibles : le petit con arrogant mais au grand coeur, la figure paternelle de substitution, la copine geek asociale. Heureusement, la course à pied sur les toits de la ville suppose un certain degré de solitude bienvenue.

Faith et ses BFF

“Je met mon pied où je veux, et c’est souvent dans la gueule”

À l’instar du premier volet, la part de combats dans Mirror’s Edge Catalyst est des plus réduite. Contrairement à son prédécesseur, il est néanmoins impossible à Faith d’utiliser les armes des soldats de KrugerSec. L’occasion pour les développeurs de fournir davantage la panel de coups de Faith. La messagère peut se débarrasser de ses ennemis en usant de petites torgnoles assez inoffensives avec X/Carré (qui ont leur intérêt si l’adversaire est désorienté), ou alors attaquer de front avec ses gros sabots par une pression de Y/Triangle. Détail intéressant, il est possible de guider la chute des ennemis. Lors de vos attaques, orienter le stick dans une direction aura pour effet de pousser les adversaires dans ce sens. Je vous le donne en mille : le gros des affrontements se limite donc à essayer de pousser vos opposants dans le vide pour vous en débarrasser rapidement. Et ce n’est pas la variété du bestiaire qui changera votre façon de faire. Que ce soit les soldats armés ou les grosses brutes qui apparaissent en fin de jeu, votre objectif demeure inchangé.

Mirror's Edge Catalyst combat

Les combats sont plutôt nerveux mais répétitifs

Fort heureusement (et on pouvait le craindre après avoir vu les trailers avant la sortie), les combats sont très loin d’être centraux dans Mirror’s Edge Catalyst. Le concept n’a pas changé : le parkour ; le freerun. Les toits de la cité de Glass sont toujours le principal terrain de jeu de Faith et des messagers qui doivent user de leur agilité pour rallier leurs objectifs. La nouveauté de taille se situe dans le monde ouvert que nous propose cette suite. Une bien belle promesse, qui trouve assez peu de répondant une fois en jeu. À l’image du minimalisme du jeu, ce monde ouvert vous apparaîtra rapidement comme creux et bien vide. Dans une démarche aussi trollesque que premier degré, le plus gros des activités annexes qui vous sont proposées ne sont rien d’autre que des traditionnelles quêtes FedEx : aller d’un point A à un point B pour y déposer un objet. Le multijoueur, asynchrone, ne permet malheureusement pas d’apporter plus de piquant à ces activités secondaires.

DICE a opté pour un multijoueur à la Journey, ou Dark Souls. Chacun évolue dans sa propre session, mais peut laisser sa trace dans la partie des autres joueurs. Cela prend la forme de petites pastilles Pulse à ramasser, ou encore de parcours contre-la-montre confectionnés par les joueurs et qui, vous vous en doutez, sont particulièrement retors. Pour ne pas dire complètement fumés. L’absence de modération laisse en effet libre court à, hum, l’imagination de la communauté qui prendra plaisir à vous faire tourner en bourrique dans les parcours d’obstacles. On essaiera pour la forme, puis on laissera définitivement tomber la feature pour se concentrer sur les autres aspects du jeu.

Mehrror’s Edge

Mirror's Edge Catalyst compétences

Ton arbre de compétences habituel

Pour remplir toutes les cases du bingo d’un jeu triple A en 2016, DICE a – on l’a vu – opté pour un monde ouvert, et l’arbre de compétences réglementaire qui va de pair pour transformer n’importe quel jeu en semblant d’action-RPG. Il a donc bien fallu retirer quelques mouvements de la palette de Faith pour motiver les puristes à engranger des niveaux afin de les débloquer. Faites ainsi une croix sur la roulade qui vous permet d’amortir votre chute en début de partie, ainsi qu’au fameux demi-tour qui vous facilite bien la tâche lorsque vous croisez une patrouille KSec. Divisées en trois arbres (Mouvements, Combat, Tenue) ces compétences sont aussi insipides qu’inutiles tant elles ne semblent pas modifier l’expérience de jeu outre mesure (les deux exemples cités ci-dessus mis à part). Seuls les speedrunners les plus invétérés se donneront du mal pour débloquer toutes les compétences afin de battre leur meilleur temps sur les différents parcours du jeu.

L’occasion d’aborder le level design général du titre qui est hautement décevant. Comme dans le premier opus, Faith dispose du Sens Urbain qui colore en rouge les éléments du décor sur lesquels s’appuyer pour progresser sur les toits de Glass. Monde ouvert oblige, cette feature fait désormais office de GPS pour naviguer d’une mission à l’autre, et vient casser de sa traînée rouge particulièrement inesthétique la pureté bicarbonate des décors du jeu. Pire, on nous autorise à désactiver l’aide à la navigation… sauf qu’il vous faudra connaître par coeur les rouages obscures du level design qui veut que certains éléments du panorama vous semblent tout à fait accessibles mais ne le sont finalement pas. Ce qui donne lieu à de grands moments de gêne où vous sautez pour attraper cette corniche que Faith ne saisit finalement pas, ou encore ce saut que vous ne jugiez pas si haut et qui vous passe malgré tout l’arme à gauche. Une architecture qui, si elle est assez bien mise en valeur en termes esthétiques, se révèle être plutôt cryptique pour les joueurs qui préféreront, par dépit, laisser le vilain GPS les guider sous peine de faire du face to Faith (copyright) avec le macadam.

Mirror's Edge Catalyst sens urbain

Le Sens Urbain défigure la DA mais se révèle indispensable

Je parlais du bingo du parfait jeu de 2016 tout à l’heure. En voici une autre case cochée avec allégresse par DICE : le grapin. Ou plutôt MagRope pour rester cool en société. Il s’agit d’un petit accessoire qui se débloque assez tôt dans l’aventure… et qui ne vous servira pas à grand-chose. Oubliez tout ce que vous savez sur les grapins. Batman Arkham n’a jamais existé, tout comme Just Cause (bon là, c’est vrai). Au lieux de profiter de l’accessoire comme exhausteur de mobilité, DICE a opté pour une inscription assez opaque dans le gameplay du jeu. En réalité, ce grapin ne vous servira qu’à justifier que certaines zones de la carte soient inaccessibles au début du jeu. Utilisable uniquement lorsqu’un point d’accroche se présente à vous, n’espérez pas vous servir du bousin à l’envi pour grimper facilement à n’importe quelle corniche. C’est d’autant plus dommage que, réalisant que son accessoire ne nous sert à rien durant toute l’aventure, DICE essaie de justifier la manoeuvre en le sur-utilisant dans la toute dernière partie du jeu. Un épisode aussi soporifique que dommageable en terme de game design.

Saint KSec

Mirror's Edge Catalyst graphismes

Le travail sur la finesse des textures est admirable

Il est assez difficile de se rendre compte des ajustements qui ont été réalisés en termes graphiques. Mirror’s Edge a toujours été un titre assez soigné, que sa direction artistique immaculée laissait à l’abris du poids des années. Aussi, on remarquera à peine que cette nouvelle mouture tourne sur le dernier Frostbite de DICE. La ville est bien modélisée, comme les visages des différents personnages. Là où le titre pèche méchamment, c’est en revanche dans son clipping. Les textures apparaissent très tardivement, et en découle une désagréable impression de flou. Il arrive même que vous soyez plus rapides que la machine, et fouliez du pied un bâtiment qui n’est même pas encore modélisé sur votre écran. La version PC du titre s’en sort évidemment bien mieux, mais le niveau de détail des itérations consoles n’est pas à plaindre. Le titre affiche du 60 fps constant, et accompagne parfaitement la fluidité des mouvements de Faith. On passera donc sur le petit aliasing qui vous sort parfois de l’immersion pour se concentrer sur l’expérience qui découle de ces efforts techniques. D’autant qu’en matière d’immersion, la B.O fait admirablement le taf.

Toujours confiée à Solar Field, l’OST de Mirror’s Edge Catalyst fait des merveilles. Les compositions collent parfaitement à cet univers toujours ensoleillé, où la dictature et la privation de liberté s’exerce sans un sursaut populaire aucun. Une tonalité un brin rétrofuturiste qui force le respect et qui participe beaucoup à l’immersion dans le jeu de DICE.

Le son, de manière générale, n’est pas en reste. Chaque matériau sur lequel vous courrez émet un bruit bien distinct ; vos chaussures glissent sur le sol et laissent s’échapper ce grincement aussi désagréable que fort bien rendu dans le jeu. Un soin indéniable a été apporté au réalisme de l’expérience, à la projection que pourront faire les joueurs de l’univers dans lequel ils seront amenés à découvrir dans Mirror’s Edge Catalyst.


Mirror’s Edge Catalyst n’est pas un mauvais jeu, mais il était dispensable. Autant pour les développeurs qui se sont donnés du mal pour apporter aux joueurs ce qu’ils voulaient, que pour ces derniers qui seront irrémédiablement déçus du produit fini. Ce second opus transpose la recette originelle afin de nous la rendre plus moderne, mais déçoit par son manque d’ambition. Le monde ouvert n’apporte strictement rien, les quêtes annexes sont plan-plan et l’arbre de compétences est aussi paresseux que ses changements sont imperceptibles. Portons malgré tout au crédit des développeurs d’avoir rendu les combats dynamiques et haletants, et d’offrir aux versions consoles des graphismes aussi corrects que fluides. Tout n’est clairement pas à jeter dans Mirror’s Edge Catalyst, mais les nouveautés de cet opus sont suffisamment sous-exploitées pour nous passer l’envie de réclamer corps et âme un troisième épisode aux aventures de Faith Connors.

Mirror’s Edge Catalyst

Mirror’s Edge Catalyst

Les plus
  • Une direction artistique top
  • Des combats rigolos...
  • La fluidité des mouvements
  • L'OST de Solar Fields
Les moins
  • Scénario complètement anecdotique et téléphoné
  • ... mais répétitifs
  • Des soucis d'affichage
  • Un level design parfois bien cryptique
  • Un multijoueur qui souffre de l'absence de modération
  • Le doublage français obligatoire sur consoles
5.5 10