No Man's Sky vidéo

No Man’s Sky. Tellement attendu que l’on commençait à croire que finalement on ne le voulait pas tant que ça. Maintenant que le jeu est sorti, et que nous l’avons entre les mains, nous sommes confrontés à la dure réalité d’un jeu qui n’est plus fantasmé, mais bel et bien existant, avec ses mécaniques, ses qualités, et ses défauts. Et après ce moment de découverte il est venu le temps pour nous, testeurs, de vous en rendre compte.

Mais avant de plonger tête baissée, retraçons un peu d’où sort le jeu, vous avez probablement entendu l’histoire des centaines de fois, mais cela aura son importance. Issu de l’imagination de Sean Murray, ancienne petite main d’EA sur Burnout, et fondateur d’Hello Games, No Man’s Sky est un projet d’amour basé sur son souvenir des couvertures de SF délirantes de sa jeunesse et de son expérience sur Elite. En développement depuis le début des années 2010 le projet est repéré par Sony qui, sans l’éditer, prendra en charge la promo du jeu dès 2012 et sa présentation à l’E3 qui fit grand bruit. Et depuis le train de la hype, roulant sur les rails de notre excitation, n’a cessé d’avancer, provoquant de l’impatience dans notre impatience, et faisant du jeu un objet de fantasmes, et d’espoirs un peu fous. Mais c’est le souci avec quelque chose que l’on attend un petit peu trop…lorsque le produit final sort, on est forcément déçu. Et No Man’s Sky n’échappe pas à la règle. Décortiquons ce bébé, boursouflé de promotion, mais finalement pas en si mauvaise santé, pour peu que l’on se souvienne de ce que veulent faire Sean Murray et sa clique.


No Man’s Sky – Trailer de lancement par CooldownTV

À nous l’Univers, et son infinie variété …

No Man's Sky test

Avec ce genre de paysage, partir sera une priorité

Vous commencez votre aventure sur une planète aléatoire, dans l’univers immense de No Man’s Sky. Votre vaisseau, aussi ravagé que votre tête un 1er janvier, a besoin d’énormément de réparations si vous voulez partir vers l’aventure vers le centre de l’univers. Le jeu vous balance donc in media res, au beau milieu de nulle part avec votre Barda Interstellaire Technico-Electrique™ et votre couteau. Mais pas chien il vous guidera tout de même, vous indiquant de quelle ressource vous avez besoin pour réparer votre 2cv de l’espace, et vous apprenant les mécaniques au fur et à mesure. À vous d’explorer votre environnement, vous délectant des visions offertes par le moteur procédural du titre. Et des visions il y en a. Avec ses 18 quintillions de planètes explorables, No Man’s Sky fait dans le gigantisme. Un chiffre presque ridicule, grossier, qui ne renvoie pourtant nullement au semblant d’objectif qui est censé guider votre exploration de cet univers sans fin. Votre but ? Rallier le centre de la galaxie. Pour ? À vous de le découvrir. Que serait la Science Fiction sans son aura de mystère ? Reste que si le jeu vous permet de suivre un itinéraire tout tracé pour rejoindre le point zéro de la galaxie où vous vous trouvez, il vous offre également une seconde voie : celle de l’Atlas. Entité alien mystique, l’Atlas dispose de plusieurs stations, des « interfaces » qui, si vous décidez de lui prêter allégeance, vous guideront à travers l’espace pour accomplir votre destinée. Un proto-scénario qui, même s’il semblera insuffisant à toute personne souhaitant s’immerger dans le background de No Man’s Sky, permet d’en tracer un fil d’Ariane pas déplaisant à suivre. En fonction d’où vous êtes arrivé ce premier contact pourra être décevant, cloué sur un caillou triste au possible, stérile, et sans variété, ou alors exceptionnel, bloqué sur une planète paradisiaque. Et donc la foire à la collecte de commencer.

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Le moteur est capable du meilleur …

Mais avant ça parlons un peu du moteur, et du physique de No Man’s Sky. Comme toujours les vidéos de l’E3 nous envoyaient du rêve, tournant probablement sur une machine de guerre. Au final nous nous retrouvons face à un jeu, si ce n’est moche, beaucoup moins beau que ce que pouvaient nous laisser entendre 4 ans de promotion intenses. Les couleurs sont vibrantes, les paysages souvent magnifiques, aux panoramas fous. Mais voilà dès que l’on y regarde à plus près le jeu se trouve doté de textures baveuses, de modèles aux polygones apparents et bourrés de curiosités graphiques originales. Très franchement ce n’est pas forcément un défaut. Pour peu que vous ayez la machine pour, No Man’s Sky reste le meilleur générateur de fond d’écrans du marché, à condition de prendre des screenshots de paysages, et pas d’éléments individuels. Bon point pour les vaisseaux, et autres objets artificiels, qui ont un petit air de jouets pas désagréable à l’oeil. Reste tout de même que le clipping est présent, et pas toujours agréable. Si l’on peut comprendre que le jeu calcule à la volée ce qu’il doit afficher, il est plus compliqué de justifier des décors qui apparaissent à 10 ou 20 mètres de votre avatar. Les joueurs de Minecraft subiront un flashback des débuts du jeu où un chunk entier de la map pouvait apparaître au dernier moment. Considérant qu’une technologie similaire est utilisée pour les deux jeux, ce n’est qu’à moitié étonnant, et nul doute que l’optimisation suivra. Mais voilà pour l’instant l’immersion est un peu brisée par cet arbre qui apparaît au moment où l’on s’y attend le moins. Et ici l’on juge les jeux sur leur état à l’instant T, pas selon d’hypothétiques correctifs. Zut alors.

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… comme du pire

Et sinon ça donne quoi la variété infinie de l’univers procédural de No Man’s Sky ? Eh bien ça donne une variété de sentiments allant de « Mouais » à « Oh lalalala c’est la plus belle chose que j’ai jamais vue, enfin sauf cette texture de PS2 ». Ce qu’il faut comprendre c’est que l’aspect aléatoire total de la génération est à la fois la plus grande force, mais aussi le handicap du titre. Pour toute planète unique, magnifique, aux créatures folles, et aux paysages de SF à faire baver n’importe quel illustrateur, il y a une multitude de planètes mornes, rocailleuses, aux formes bizarres, pas naturelles, et dénuées de toute forme de vie. L’un des principaux défauts du titre c’est que la génération procédurale ne crée pas de paysages « réalistes ». Plus une sorte de bruit blanc de formes et de panoramas, n’ayant aucune logique naturelle. Ce sentiment est arrivé lorsque je me suis rendu compte que les planètes n’avaient pas de rivières. C’est peut-être bête, mais un paysage trouve sa logique, et son réalisme, en particulier via son érosion. Ici nous avons des collines, des reliefs, et creux, des lacs, qui sont là, mais qui ne vivent pas, et ne semblent pas être apparu naturellement au fils des millions d’années, mais sont simplement arrivés ici, et n’ont jamais changé. Néanmoins ce moteur est une prouesse majeure. Quelque chose d’unique dans le jeu vidéo, sorte de cousin éloigné du moteur de Minecraft, puissance 1000. Au final l’expérience des décors vides, est occultée lorsque l’on trouve cette planète unique et magnifique pour la première fois, tandis que l’on déambule dans la nature au milieu de créatures issues de l’imagination d’un biologiste sous ecstasy et LSD.

… mais pas avant d’avoir trouvé x unités de plutonium

Mais qu’est-ce que vous faites dans toutes ces planètes ? Et bien vous récoltez des trucs. Plein de trucs. Tellement de trucs. Ces trucs servent à leur tour à crafter d’autres trucs, pour crafter des machins, qui amélioreront votre vaisseau, votre combinaison et votre multi-outil (votre arme/laser d’extraction). Il faudra aussi penser à récolter du carburant pour vos modules (chacun utilise une ressource, la plus courante étant le plutonium). Et vous allez en récolter des minéraux, et des ressources. À vrai dire vous n’allez faire que ça. Atterrir, récolter, décoller, sauter en hyper-espace, répétez, ad nauseam. Et oui le grind est présent, voire même envahissant. Sans compter que vous devrez en plus jongler avec un inventaire riquiqui (heureusement vous pourrez, n’importe où, téléporter le bazar de votre combi, directement dans votre vaisseau), et pas particulièrement bien fichu.

Préparez vous à jongler avec vos inventaires

Et donc votre aventure se résumera à ça. Oh évidemment occasionnellement vous tomberez sur des points d’intérêts qui redonneront un peu de coeur à l’ouvrage : une base abandonnée, un monolithe antique, une cache de matériaux. À vrai dire les planètes sont jonchées d’emplacements de ce genre, ce qui gâche un petit peu l’impression d’exploration de territoires vierges. Mais au moins ça donne un petit peu de variété aux planètes et à ce que vous pourrez y faire. Ajoutons à ça les divers avant-postes habités, avec des aliens qui vous donneront conseils, stuffs, et technologie, le tout via des descriptions/dialogue qui rappellent un peu Out There. Autre chose qui rappelle le jeu mobile de Mi-Clos Studio : l’aspect apprentissage des langues. Au fil de vos aventures, vous apprendrez divers mots, de divers langages, augmentant peu à peu votre compréhension des aliens que vous croiserez. C’est une mécanique amusante, même si pas follement originale. Évidemment dans tous ces avant-postes et autres stations spatiales vous pourrez vendre les ressources trouvées dans la pampa. Vous soulageant un slot d’inventaire, qui sera de toute façon aussitôt rempli par autre chose.

Donc votre aventure sera de collecter des machins pour vous aider. Mais attentions collecter n’est pas sans risque. En effet les planètes sont protégées par des Sentinelles, des robots qui défendent coûte que coûte les ressources naturelles des astres qu’elles gardent, de leur vigilance constante. Pour peu que vous vous fassiez repérer par ces gardiens vous êtes partis pour vous défendre, dans des phases de FPS pas forcément de qualité, mais qui ont l’immense mérite de donner un peu de peps à un gameplay autrement répétitif. Au même titre les phases de shoot spatial ne sont pas non plus exemptes de défauts, la maniabilité de votre vaisseau étant assez lourde, mais apportent un peu d’action. Mais le coeur du jeu reste tout de même la collecte de données sur les espèces peuplant l’univers. Les créatures, parfois classes et élégantes, plus souvent tordantes d’illogisme et de laideur, sont nombreuses, et on se surprend à rester pas mal de temps sur la même planète pour remplir son pokédex des créatures immondes qui peuplent la planète (d’autant que le bonus pécuniaire est non négligeable lorsque l’on upload les données sur les serveurs). Ce qui fait que parfois on se laisse bercer par l’impression d’explorateur à la recherche des créatures peuplant cet univers, oubliant que l’on a passé l’heure précédente à collecter des tonnes de plutonium sans but. Certains aimeront le grind, ou saurons le mettre de côté pour le faire en parallèle de la collecte de données ; la plupart sera lassée à vitesse lumière par la petitesse de l’inventaire.

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L’inspiration Elite est présente

Une étincelle du rêve

On le voit, le constat purement mécanique, et technique, est extrêmement mitigé. D’autant plus que le jeu souffre apparemment de problèmes d’optimisation sur PC, que je n’ai pas rencontré sur mon i5 de 2009, avec 8go de RAM et une vieille GTX 650 : le jeu tourne correctement en haut, sans VSync et avec l’antialiasing au minimum. Quoi qu’il en soit le lancement sur PC n’a pas été de tout repos, et Hello Games aura encore beaucoup de travail pour revoir sa copie et peaufiner le jeu. Chose d’autant plus étonnante alors que le jeu a été repoussé de deux mois afin de faire tout cela. Ça laisse songeur quant à la qualité de la version de juin. En bref No Man’s Sky est imparfait…mais.

Mais : il y a quelque chose. Sous la surface bourrue, sous la couverture de mécaniques lourdes, et ennuyeuses, il y a un petit peu du rêve que la promotion de Sony nous offrait. Malgré tous ses défauts on peut se retrouver à vouloir y retourner, en espérant tomber sur une autre planète paradisiaque, ou magnifique, que l’on a croisée il y a de cela 3h de gameplay. On a envie de voir quel mystère nous réserve la galaxie, en sachant pertinemment qu’il y a de fortes de chance que ce soit une autre pièce vide, avec un message se contentant de révéler un autre monolithe, dont vous avez vu la variation 1000 fois. Hello Games a réussi le tour de force de faire un jeu à la fois décevant, mais également fascinant. No Man’s Sky, avec son univers coloré, et ses créatures absurdes à quelque chose du bac à sable de notre enfance. Il n’y a presque rien, mais pour peu que l’on y mette un peu d’effort intellectuel et que l’on fasse tourner son imagination, un univers de possibilité s’offre à vous.

No Man's Sky test

No Man’s Sky offre tout de même des visions de pure SF

Le plus gros handicap du jeu a été sa promotion, et ses ambitions, réelles et imaginaires. Mais surtout c’est le jeu que se sont bâtis les joueurs du monde entier dans leur tête qui pose problème. Sean Murray et consort ont beau avoir répété pendant des années que leur jeu est un jeu de niche, qui n’intéressera qu’une micro-poignée de personnes, Sony et la machine du marketing ont enflammé l’imagination de millions de personnes à travers le monde. Nous vendant du Star Wars, du Star Trek, bataille spatiale, aventures, action, pour un jeu qui, de l’aveu même de Sean Murray, n’est qu’un jeu relaxant. « It’s a chill game » disait-il dans son poste de blog lors de la sortie de No Man’s Sky sur PS4. Et c’est parfaitement ça. L’on se relaxe à se balader dans les paysages oniriques, mais si on y vient en quête d’aventures, et d’action, on sera forcément déçu. Et la faute est en immense partie sur les épaules de Sony et de ses équipes marketing. Là où les équipes d’Hello Games nous ont fait une « Molyneux », c’est sur le multijoueur. Au fil des interviews et des années la version est passée de « un multi léger, où seulement vos actions les plus importantes seront persistantes » à « vous pourrez croiser d’autres joueurs dans la galaxie, même si c’est fort improbable« . Mais, comme l’ont démontré deux joueurs dès le jour 1, les joueurs ne peuvent se voir physiquement en se croisant. En effet la seule partie multijoueur consiste à uploader les informations sur vos découvertes. Mais au final No Man’s Sky n’a pas besoin de multijoueur de toute façon, et le jeu est très à l’aise en solo uniquement.

dudepeaksL’avis de Peterline6, rédacteur en chef de Cooldown.fr
No Man’s Sky est tout et son contraire. Si bien qu’il est plus facile de le définir par ce qu’il n’est pas que par ce qu’il est réellement. Tantôt formidable jeu d’exploration, que le moindre pas vous rend fébrile par la promesse d’une découverte que personne d’autre n’a faite, tantôt coquille vide jamais surprenante et affreusement redondante. Pourtant on pardonne ; le jeu est impossible à marketer. Sean Murray a fait ce qu’il a pu pour tenter d’expliciter un concept que, lui même peine à définir. Il s’agit en réalité d’une oeuvre éminemment personnelle que nous livre là Hello Games. Un jeu vidéo qui va chercher dans vos passions enfantines, dans votre imagination d’alors. Impossible de s’épanouir dans No Man’s Sky sans vous « faire votre propre histoire ». Une fois ceci fait, vous découvrez un jeu qui vous happe, qui, effectivement, se veut relaxant à souhait, et qui vous fait même passer la pilule du grind outrancier et de la génération procédurale parfois un peu chaotique. Malgré tous ces défauts (vide, répétitif, vain, techniquement à la ramasse), No Man’s Sky est un jeu-concept qui, s’il parvient à vous ramener dans ses filets, ne vous laissera pas en sortir. Une certaine idée de la réussite.

Grandiose et insignifiant. Magnifique et laid. Ennuyeux et fascinant. Touffu et vide. Pour paraphraser Peter, No Man’s Sky est tout ça à la fois. Empli de contradictions le jeu est extrêmement clivant. Avec son gameplay lourd et ennuyeux, son inventaire obtus et agaçant, sa technique aux fraises, ses graphismes pas franchement grandioses, No Man’s Sky était la recette d’un désastre rare dans l’histoire du jeu vidéo. Mais. Mais il y a une étincelle de magie qui fait que, pour peu que l’on passe outre ses soucis, celle-ci représente quelque chose d’unique dans le jeu vidéo. Néanmoins No Man’s Sky n’est en l’état qu’une magnifique expérience, vide de sens, et qui n’intéressera qu’une poignée de joueurs en quête d’exotisme, capables d’oublier tous les problèmes d’un titre décidément devenu trop grand pour son propre bien.

No Man’s Sky

No Man’s Sky

Les plus
  • Une expérience assez unique
  • Des planètes surprenantes
  • Une bande son aux petits oignons
  • Relaxant
Les moins
  • Souvent vide
  • Pas toujours très beau
  • Un inventaire trop contraignant
  • Répétitif
  • Un mauvais FPS, un mauvais shoot spatial
5 10