Entretenant une relation discrète mais passionnée avec son public « de niche », la PS Vita continue de proposer régulièrement des RPG pointus à l’esthétique soignée au vieux continent. Parmi ces sous-genres, le « Dungeon RPG », dont le gameplay n’a souffert que très peu d’évolution depuis l’avènement de son mètre-étalon, Wizardry, en 1981, avait déjà tenté de séduire les joueurs européens avec un Demon Gaze respectant à la lettre l’immuable recette du Dungeon RPG tout en l’agrémentant de visuels attrayants d’une galerie de personnages attachants, et de quelques mécanismes plaisants. Exprience Inc., l’équipe derrière Demon Gaze, continue l’opération séduction avec Operation Abyss: New Tokyo Legacy, comment se passera le 2ème rendez-vous ?

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New Tokyo Legacy

Avant toute chose, pour bien situer Operation Abyss, il faut savoir qu’il est en réalité un remake des 2 premiers épisodes de la trilogie Generation Xth ; Code Hazard, sorti le 30 avril 2008, et Code Breaker, sorti le 30 novembre de la même année. Le 2ème opus, Operation Babel, qui adapte Code Realize, sorti le 30 mai 2009, est déjà d’ailleurs sorti au Japon. Tous 3 étant déjà des Dungeon RPG en vue à la première personne, eux-même inspirés par Wizardry Xth.
Voilà qui explique donc le « New Tokyo Legacy » du titre, mais surtout les 2 modes de jeu, Basic et Classic, qui nous sont proposés au lancement d’une nouvelle partie. Le mode Basic nous présente les magnifiques illustrations de Kurosawa Tetsu déjà vues dans Demon Gaze, et nous propose une équipe déjà toute prête de 6 héros, bien équilibrée et réunissant toutes les classes nécessaires à la suite du jeu, pour ceux qui ne seraient pas familiers avec la création d’une équipe d’exploration de donjons. Bien évidemment même ce mode Basic laisse le choix de créer de toute pièce son équipe, en permettant de choisir parmi la dizaine de portraits disponibles, sélection finalement relativement pauvre pour ce type de jeu. Le mode Classic quand à lui, reprend tout simplement le chara-design des jeux originaux, et leurs options de personnalisations bien plus poussés. Si l’esthétique du mode Basic est bien plus soignée et attrayante, il conviendra à chaque joueur de choisir son style préféré et le niveau de personnalisation qu’il souhaite.

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Une complexité abyssale

Et c’est en voulant créer ses premiers personnages qu’on découvre non seulement la profondeur du jeu, mais également son coté un peu alambiqué. On découvre notamment qu’en lieu et place des classes que l’on connaît (Paladin, Voleur, Sorcier, Mage Blanc…) on a des « archétypes » ; Musclé, Académique, Compétitif, etc. Evidemment, tout cela correspond à la perfection au setting scolaire du jeu, mais il nous faudra analyser les statistiques de chaque « archétype » pour déterminer qui est qui. Et donc comprendre que le Musclé, avec sa Vitalité démesurée est le Paladin, etc, ce qui demande évidemment une bonne connaissance des poncifs de ce genre de jeu.
Et, voulant nous immerger le plus possible dans cet univers très « anime » d’organisation secrète au cœur d’un lycée, les développeurs ont reproduit cette formule dans les menus, déjà très denses, même pour un Dungeon RPG. Si un joueur habitué à ces menus interminables comprendra rapidement que la « Section R&D » est en réalité le magasin, et que « Commander » signifie « Acheter » et « Livrer », « Vendre », un joueur qui connaît moins la structure récurrente de ces jeux pourra passer un long moment à errer dans les menus en essayant de tout situer, avant d’oser se lancer dans la découverte des donjons.

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Si tu regardes dans l’abysse, l’abysse te regarde aussi…

Nous voilà donc à la partie centrale d’un Dungeon RPG… Les donjons, quelle surprise. Si on pourra simplement regretter le manque de variété des environnements, les ambiances oppressantes, entre film Noir et thriller horrifique fonctionne à la perfection, et vous serez prit aux tripes par chaque exploration. C’est d’ailleurs sur ce point qu’Operation Abyss se démarque un peu des productions récentes, notamment Demon Gaze. Les combats, au fonctionnement très simplifié, semblent relégués au second plan dans les donjons, et c’est l’exploration qui occupera principalement votre esprit. Les cartes, dans la grande tradition du genre sont relativement vastes et labyrinthiques, truffées de cul-de-sac et surtout de pièges. Un aventurier vétéran y verra là son lot habituel de dalles explosives, de portes cachées, de trappes etc, et sera même plutôt heureux de retrouver des donjons qui en veulent réellement à votre vie, plutôt que de simples couloirs infestés de zombies, mais beaucoup de joueurs seront certainement frustrés de devoir reprendre ce même chemin des dizaines de fois et d’assimiler la carte de chaque donjon par cœur. A noter une idée de level design appréciable et assez originale, les donjons ne sont pas forcément nombreux, mais très complexes et ont plusieurs entrées. Au lieu d’avoir 4 donjons, on a par exemple 4 entrées (Nord-Sud-Est-Ouest) menant chacune à une partie du donjon, et il est très agréable d’enfin réussir à connecter ces différentes parties.
L’exploration pourra sembler d’autant plus laborieuse que si chaque combat vous fait gagner de l’expérience, il faudra rentrer à la base pour monter de niveau. L’idée est plutôt intéressante, pour ce qu’elle permet de contrôle sur l’évolution de vos personnages, mais vous aurez vite fait de vous sentir obligé d’abandonner une demi-heure de descente dans les égouts pour remonter, sentant que vous aurez besoin de ces niveaux potentiellement acquit pour continuer.
A noter une idée qui rend les combats tout de même assez uniques ; les capacités (sorts) ne se basent pas sur une jauge de points de magie ou de mana, mais ont chacune un nombre d’utilisations. Un détail original qui change beaucoup la gestion des différents « mages » et qui fonctionne terriblement bien, à retenir.

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Vie scolaire et meurtres sanglants

La motivation pourrait venir du cast haut en couleur et du scenario plaisant et riche en événements. Certains trouveront ça trop convenu, et les personnages trop proches des archétypes d’anime comédie scolaire, mais tous sont attachants et distillent un humour simple mais agréable.
Tout ce petit monde évolue dans un futur proche ou des meurtres étranges ont lieu dans Tokyo, en réalité causés par des « Variants », des victimes transformées en zombie et autres monstres horrifiques, au design toujours très inventifs et terriblement originaux, qui semblent avoir un lien avec une curieuse secte, qui évoluent des petites dimensions parallèles appelés labyrinthes, les donjons dans lesquels vous évoluerez. Vous vous réveillez dans un de ces labyrinthes entourés de cadavres et vous êtes sauvés par l’Escouade Xth, qui vous informe que vous possédez des pouvoirs permettant de contrôler le code génétiques de héros du passés, qui concrètement en matière de gameplay vous donneront vos capacités. Vous formez une nouvelle équipe qui devra vivre une vie de lycéen normal pendant la journée, et intervenir sur ces meurtres mystérieux une fois la nuit tombée. Le scénario oscille donc entre fantastique et enquêtes policières, le tout dans un style très anime qui plaira aux amateurs du genre. Gros point négatif pour un jeu aussi narrativement ancré dans la culture japonaise ; l’absence de VO, le jeu n’étant disponible qu’en version anglaise…

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Là où Demon Gaze conservait l’exigence cruelle des wizardry, mais se rendait accessible par des mécanismes simples et attrayants, Operation Abyss suppose que vous savez à quoi vous attendre et que vous êtes prêts à souffrir pour pouvoir vivre cette aventure prenante et qui vous laissera de beaux souvenirs. Des menus denses aux appellations alambiqués aux donjons sans pitié. L’expérience était plein d’assurance pour ce 2ème rendez-vous, fini de minauder, on ne vous épargne plus rien.
On se retrouve donc face à un Dungeon RPG de grande qualité, offrant toute la tension, le challenge et l’immersion qu’un vétéran peut demander au genre, mais qui du coup perdra complètement les novices. Un titre plein de bonnes choses, pour peu qu’on ait le courage de s’y investir complètement.

Operation Abyss: New Tokyo Legacy

Operation Abyss: New Tokyo Legacy

Les plus
  • Chara-design somptueux
  • Ambiance soignée et scenario simple mais prenant
  • Aspect exploration plein de challenge
  • Plein de petites idées intéressantes a priori
Les moins
  • … Mais qui parfois ne fonctionnent pas dans les faits
  • Les termes inutilement compliqués
  • Adressé aux joueurs habitués aux Dungeon RP
  • Pas de voix japonaises pour un titre purement ancré dans la culture japonaise
7 10