pokkén tournament test

À l’origine taillé pour les salles d’arcade nippones, Pokkén Tournament s’est longtemps fait secret quant à son arrivée potentielle sur Wii U. Un secret de polichinelle : Nintendo ne pouvait se passer de l’indispensable levier de Pokémon pour espérer vendre quelques unités de plus de sa console de salon. Pourtant Pokkén n’a rien de conventionnel. Présenté comme un mash-up entre Pokémon et Tekken, le jeu s’affiche comme un versus-fighting a thème comme on en voit tant. C’était sans compter sur la magie de la licence qui, 20 ans après, est toujours intacte.

Chapeauté par le papa de la série Tekken, Katsuhiro Harada, Pokkén Tournament s’annonçait clairement comme l’une des killer-apps d’une Wii U qui en manque cruellement. Il faut dire que Pokkén se présentait comme un fantasme mis sous boîte. La promesse de retrouver des combats de Pokémon en 3D, dynamiques et visuellement impressionnants comme au temps de Pokémon Stadium ou de sa suite RPG sur Gamecube.

Pourtant, force est de constater que The Pokémon Company ne s’est pas donné les moyens de réussir tant l’expérience aura vite fait d’effacer le sourire béat que vous arborez en regardant la cinématique d’introduction au jeu. Pokkén Tournament aurait été un bon jeu. S’il était une démo ; qu’il coûtait 40 euros de moins et qu’il ne se limitait pas qu’au minimum syndical pour espérer – dans une manoeuvre marketing un peu honteuse – de ramener dans son giron les fans de Pokémon, de jeux de baston, les casual gamers ainsi que les PGM tous azimuts.


Pokkén Tournament – Bande-annonce (Wii U) par CooldownTV

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Il semble important de débuter le test par cette déclaration, afin de ne pas vous mentir sur la marchandise : Pokkén Tournament ne comprend que 14 combattants. Dont deux versions quasi identiques de Pikachu. Nul ne sait comment a été réalisé le choix cornélien de retenir qu’une grosse douzaine de bestioles sur les 721 qu’en compte actuellement le Pokédex officiel. Pourtant, dire que le roster sent la naphtaline est un euphémisme.

Pokkén Tournament ne pouvait se passer de la présence de Dracaufeu, de Pikachu, ou dans une moindre mesure de Mackogneur. Soit. Mais la présence de Lugulabre ou d’une version « catcheur » de Pikachu interroge. Pas cultes pour un sou, on arrive déçu sur l’écran de sélection du combattant, qui pourtant vous est proposé très tôt au lancement du jeu. Alors on se dit que ce n’est rien, qu’il doit bien y avoir d’autres créatures à débloquer en avançant dans le jeu. Et on se rend compte que, à l’exception d’un MewTwo qui vous est teasé tout le long de l’aventure, aucun nouveau Pokémon ne viendra durcir vos rangs.

Pokkén tournament roster

Le roster de Pokkén Tournament est terriblement maigre

Un manque cruel de contenu qui ne se limite guère à la portion congrue de la liste des combattants. Ce vide étend son territoire sur l’ensemble du soft, ce que Bandai Namco tente de cacher avec la bonne vieille méthode des menus et des sous-menus qui donnent une impression de densité. Aussi la carte de la région, qui vous sert de Hub central, vous propose de vous rendre au village, de livrer des combats en ligne, des combats en solo, des combats en local, de vous entraîner, ou de jouer au « mode histoire » que la ligue Ferrum représente. Quant à savoir pourquoi les modes de combat ne sont pas groupés sous une égide commune, on s’interroge encore. Une interface un peu filoute, qui tente de brouiller les pistes et de dissimuler un vide abyssal en le remplissant de pacotille. Comme cette risible personnalisation de votre avatar (seule utilité trouvée à ces monceaux de thunes que vous gagnerez grâce à vos combats) qui atteint des sommets d’inutilité. Votre avatar, vous ne le voyez jamais. Pas une seule modélisation en 3D pour le personnage que, pourtant, vous incarnez. Même chose pour Nia, votre « coach », que vous mourrez d’envie de passer à trépas dans les 20 premières minutes du jeu, la faute à une voix nasillarde et à des élucubrations de tous les instants qui entameront la patience des plus stoïciens d’entre-nous.

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Pokkén Tournament test

Les combats alternent entre les phases de terrain et les phases de duel

Les premiers pugilats parviennent pourtant à nous rasséréner. Un petit tour par le didacticiel s’impose aux joueurs les moins à l’aise avec les jeux de combat. C’est dans une espèce d’hybridation que se trouve le salut de Pokkén Tournament. Les combats se déroulent dans l’alternance perpétuelle entre une phase de terrain, où les joueurs se déplacent librement comme cela peut être le cas dans les Naruto Shippuden Ultimate Ninja Storm, et entre une phase de duel, où le déplacement se fait de façon bien plus classique en se limitant aux axes X et Y. Dans cette seconde phase, les dégâts sont plus élevés, et la panoplie de coups est modifiée pour laisser plus de place aux contres, chopes et autres joyeusetés. Temporaire, cette phase de duel est la plus cruciale.

L’idée est bonne. A fortiori si, comme moi, vous n’avez que très rarement touché à un jeu de combat qui sort des sentiers battus. Pourtant au fil des parties on s’aperçoit de la supercherie : la phase de terrain ne sert pas à grand-chose. Le passage en phase de duel se fait bien trop facilement, au point qu’apprendre certains combos vous permet de limiter au strict minimum la partie de cache-cache que représente la première phase du combat. Pokkén Tournament veut innover, mais ne se donne pas les moyens de ses ambitions. Reste que sur le dynamisme des combats, le jeu remplit son office. Prenants, les duels vous offrent de jolis combos et la mise en scène des finish et coups spéciaux est à saluer.

Mais cette dualité des combats n’est pas aidée par un équilibrage à revoir. Décomposé en plusieurs « classes » de combattants, le roster fait la part belle aux Pokémon de type Puissance, dont la moindre beigne aura pour effet de vous passer en mode Duel où les enchaînements pleuvront sur votre nez. Evidemment, il est possible de contrer ces colosses en apprenant deux ou trois bottes par le menu d’apprentissage des coups spéciaux, mais le novice sera vite décontenancé par tant de violence de la part de certains Pokémon. Autre problème : les attaques à distance. Certains, comme l’horripilant Lugulabre, se contenteront de spammer un Ultralaser à l’autre bout du ring pour venir à bout de votre jauge de vie en deux temps trois mouvements. Le plus dommage étant que le jeu n’incite pas vraiment à l’apprentissage de combos stylés ou d’enchaînements travaillés. Se contenter à deux ou trois touches convient parfaitement pour venir à bout de tout le mode histoire.

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Pokkén Tournament test

Des graphismes datés qui affichent un filtre flouté aussi dérangeant qu’incompréhensible

La notion de difficulté est à peu près aussi absente du jeu que ne l’est son contenu. Enchaîner les victoires dans le mode histoire ne demandera absolument aucun effort au joueur, même s’il n’est pas expert en versus-fighting. Pire, la Ligue Ferrum en devient soporifique du fait de son manque de défi. Vaguement alimentée par un embryon de scénario, cette quête pour découvrir qui se cache derrière « la fille à la capuche qui semble contrôler Shadow MewTwo » ne vous palpitera pas le moins du monde. Le jeu a également la bien mauvaise idée de vous mettre des bâtons dans les roues durant votre progression. Pour accéder au rang supérieur dans la ligue, et donc atteindre son sommet, il vous faudra grimper dans le classement idoine. Si l’ascension de la Ligue Verte se fait sans mal (je vous mets au défi de perdre un seul combat), la Ligue Bleue qui lui succède impose de se retaper plusieurs fois les mêmes adversaires pour grimper toujours plus haut dans le classement afin d’accéder à la Ligue supérieure. La découverte de cette spécificité vous laissera la joue rouge par votre propre main.

Alors on pourrait également pester contre ces graphismes d’un autre âge, qui affichent une sorte de flou qui vous fait douter de votre propre acuité visuelle par moment. Les environnements ne sont absolument pas travaillés, comme si toute l’attention avait été portée sur les Pokémon qui, soit dit en passant, ne doivent pas être bien gourmands en polygones. Les PNJ à l’arrière-plan vous feront tout simplement pleurer de rire, et vous rappelleront bien vite que nous sommes là sur un jeu de borne d’arcade. Des sprites animés en deux temps ; des GIF dont la seule fonction est de remplir de leur laideur un environnement déjà bien fade (et, de toute façon, flou).

Si je louais la mise en scène des combats un peu plus haut, il est important de nuancer mes propos ici. Certes, les animations sont plutôt réussies, et une véritable sensation de puissance se dégage des coups spéciaux envoyés par vos combattants. Pourtant les textures peu fines vous font faire la grimace à certains instants qui devraient être des moments de plaisir. Exemple avec l’ultime de Suicune, qui envoie vers son antagoniste une vague de gel qui le scotche aux parois de l’arène. Stylé au possible, le coup fait flop dans son dernier moment, la faute à des polygones dégoulinants et à un déchaînement de couleurs qui recouvrent l’écran et rendent illisible l’action.


Un constat des plus amers pour un jeu dont on n’attendait pas un si gros ratage. La formule était pourtant bien préparée : imaginer des combats de Pokémon qui mixent le dynamisme d’un Naruto Shippuden UNS au classicisme ravissant d’un Tekken. Là où ça foire ? Dans le manque cruel de contenu, dans les tentatives douteuses des développeurs à tenter de créer de la densité là où il n’y a que vide. Dans ces graphismes, aussi, qui n’ont tout simplement pas été adaptés à leur nouvelle plateforme et qui restent cantonnés aux possibilités techniques d’une borne d’arcade. Nia, votre coach en jeu, a beau vous répéter ad nauseam que « le plus important, c’est de s’amuser ! », Pokkén Tournament ne nous laisse jamais l’occasion de prendre notre pied.

 

Pokkén Tournament

Pokkén Tournament

Les plus
  • Amusant...
  • Des combats dynamiques
  • Affrontements bien mis en scène
Les moins
  • ... La première heure
  • Contenu absent
  • L'horripilante Nia
  • Un mode histoire poussif
  • Des possibilités de personnalisation inutiles
  • Tristement laid pour la Wii U
4.5 10