L’histoire de Project CARS est un peu singulière. Si Slightly Mad Studios a toujours fait part de son envie de retourner à la simulation pure et dure le studio a dû passer par le crowdfunding pour réussir à financer son prochain jeu. Plus qu’un simple soutient financier, Slightly Mad Studios a surtout profité d’une communauté hyper active pour développer le jeu en tenant compte en permanence de l’avis des joueurs pour peaufiner son jeu au maximum afin d’être certain qu’il corresponde aux attentes des pilotes virtuels. Celui que l’on a facilement désigné comme l’un des plus beaux de son genre débarque donc enfin sur PC, PlayStation 4 et Xbox One (la Wii U reviendra sûrement un jour). Repoussé à maintes reprises, le jeu de Slightly Mad Studios a été porté par un marketing agressif qui n’a eu de cesse de vanter les mérites de ce nouveau challenger au titre de meilleure simulation automobile. Maintenant que le jeu est entre nos mains il est temps de voir si oui ou non ce Project CARS est capable de venir botter le derrière de studios comme Turn10 ou encore Polyphony Digital. (Indice: la réponse est oui !).

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Dis moi qui tu es, je te dirai si Project CARS est fait pour toi.

Évidemment la première réponse que l’on est en droit d’attendre lorsque l’on s’apprête à acheter Project CARS, c’est de savoir où se situe le jeu. Véritable simulation auto ou simple jeu d’arcade, c’est là l’un des points les plus importants. Malheureusement la réponse n’est pas aussi simple qu’il y parait. La raison derrière cette hésitation vient principalement du contexte dans lequel on se place. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’univers des consoles et celui du PC ne sont pas nécessairement logés à la même enseigne lorsqu’il s’agit de parler de simulations automobiles, surtout quand on regarde de plus près le catalogue de chaque support. Sur console il est difficile, lorsque l’on parle de simulations « réalistes », de ne pas citer Forza ou Gran Tursimo qui se placent largement au dessus des jeux purement arcade que peuvent proposer les dits supports. Pour les amateurs de ces jeux là, le passage à Project CARS risque de se présenter comme un véritable chemin de croix puisque le jeu de Slightly Mad Studios se veut bien plus réaliste en terme de conduite. Il en résultera une période d’adaptation qui pourra se montrer particulièrement douloureuse voire même plus longue qu’initialement prévue. La vraie raison c’est que le comportement des voitures est particulièrement riche en sensations avec un énorme ressenti du travail des pneumatiques (le modèle utilisé se veut particulièrement pointu) et des aspérités de l’asphalte. La voiture réagit aux moindres variations d’adhérence et les suspensions renvoient avec une précision diabolique le relief de la piste. La conséquence directe de ces qualités c’est qu’en désactivant toutes les aides beaucoup auront le sentiment que les voitures les plus puissantes sont de véritables caisses à savon impossible à maintenir sur le droit chemin.

Pour ceux là, il faudra donc y aller petit à petit afin de ne pas perdre toute motivation et, surtout, prendre le temps d’apprendre et à reconnaître les sensations offertes par les différents véhicules. Car non, maîtriser une Megan RS ne signifie pas que l’on est prêt à poser ses fesses tranquillement dans une Formule A ou une LMP1. Chaque catégorie demandera un effort d’apprentissage et il faudra se montrer vraiment patient et persévérant pour arriver à ses fins. Le jeu demande réellement un investissement important en terme de temps et, en cas d’échec, une remise en question permanente. Pour cette raison Project CARS n’est clairement pas fait pour tout le monde. Pour les joueurs PC le constat sera pratiquement opposé vu que le support propose des titres déjà bien plus réalistes que ce Project CARS. La progression sera donc forcément plus aisée pour des joueurs qui ont déjà usé leur volant sur des simulations comme rFactor ou Assetto Corsa, même si ici certains n’hésiteront pas à parler, avec raison, d’un certain manque de réalisme. Car si Project CARS tente de coller le plus possible avec la réalité, il s’autorise une certaine légèreté dans la finition de sa conduite dans certaines situations bien particulières. Mais il ne faut pas s’y tromper, le jeu est suffisamment pointu pour offrir une expérience exigeante, plaisante et immersive au possible. Ressentir la différence entre des pneus froids et chauds, sentir ses roues se délester en haut d’une montée ou partir en crabe après un un freinage trop appuyé sur une piste détrempée offre des sensations vraiment rarement ressenties dans les jeux du genre à large diffusion. Voir ses chronos diminuer au fur et à mesure que l’on prend la mesure de la piste dans une voiture est une sensation terriblement grisante, surtout quand les décors filent à toute allure et que l’on est concentré à 100% sur ses points de freinage.

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Le soin du détail

S’il est difficile d’affirmer avec certitude que Project CARS plaira à tout le monde, il est en revanche impossible de ne pas accorder à Slightly Mad Studios la palme d’or du souci du détail. C’est bien simple, le jeu propose absolument tout ce qu’un amateur de courses automobiles est en droit d’attendre. Un mode carrière bien évidemment (sur lequel nous reviendrons un peu plus tard), des sessions de chasse au chrono et d’essai libres et, enfin, un mode multijoueur très réussi. Conscient que son public en demanderait toujours plus, Slightly Mad Studios a fait en sorte que tout soit entièrement paramétrable. A commencer par les réglages des voitures qu’il est possible de modifier dans tous les sens afin de coller au mieux à ses habitudes et aux conditions de roulage. Des conditions que l’on peut faire évoluer comme bon nous semble en faisant varier la météo suivant différents critères. Météo fixe ou changeante, heure fixe ou cycle jour nuit complet, tout est possible. On peut également décider de se lancer dans une course rapide ou, au contraire, jouer la totalité d’un week-end de course en s’offrant les essais libres, les qualifications, le warm-up pour terminer avec la course. Et bien entendu chaque session peut-être modifiée au niveau de sa durée et du niveau des opposants. Les plus pointilleux pourront même jouer avec le taux d’usure des pneumatiques et la consommation d’essence, afin de coller au plus près avec la réalité. Une course simple ne demandera finalement que peu d’investissement alors qu’en jouant avec la totalité des options on devra y passer l’après midi, gérer ses stratégies d’arrêt aux stands et prendre soin de sa mécanique pour éviter la panne et être sur de pouvoir jouer la victoire. En bref, Project CARS se veut d’une générosité débordante au niveau de son contenu et les amateurs y trouveront leur compte sans aucun doute.

Une générosité que l’on retrouve également au niveau du multijoueur, du moins, dans les multiples possibilités de réglages. En lui même le jeu en ligne ne propose rien de vraiment original mais il fait remarquablement bien son boulot. Le problème principal viendra plutôt des joueurs que l’on est amené à rencontrer en ligne qui confondent bien trop souvent simulation automobile et course de stock car. Pour aider les joueurs à trouver des parties en ligne qui correspondent à leurs critères, Slightly Mad Studios s’est basé sur deux fonctionnalités principales. La première c’est le driver profile qui est associé à chaque compte et rapporte les états de service de chacun. Lorsque l’on rejoint un lobby il est ainsi facile de voir à qui on est opposé. Avec un coup d’œil rapide il est facile de savoir ce que chaque joueur vaut réellement. Il est ainsi facile de fuir les joueurs qui collectionnent les pénalités et ceux qui abandonnent les courses auxquelles ils s’inscrivent. C’est simple et il faut bien avouer que ça fonctionne plutôt bien. L’autre avantage du jeu en ligne de Project CARS c’est la possibilité, pour l’hôte de la partie, de tout paramétrer et d’imposer les paramètres à tout le monde. Il est ainsi tout à fait possible de participer à des courses sachant que tout le monde sera en boite manuelle et en vue cockpit par exemple. On peut aussi trouver des courses où les hôtes n’imposeront rien, laissant chacun dans la configuration qu’il préfère. Ainsi il est quasiment impossible de se tromper sur le niveau de la partie que l’on a décidé de rejoindre.

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L’IA de la honte

Finalement seul le mode solo apporte son petit lots de déceptions sur quelques points. Au niveau des circuits, pas grand chose à lui reprocher. Avec sa trentaine de lieux différents et plus d’une centaine de tracés (parmi lesquels figurent des grands noms du sport auto) Project CARS offre de quoi passer de longues heures avant de se lasser. C’est déjà un peu moins florissant au niveau des voitures puisque, à l’heure actuelle, on recense tout juste soixante-dix véhicules différents. C’est peu en comparaison de la concurrence, mais il faut bien voir que Project CARS offre un éventail complet au niveau des catégories. Du karting de base à la Formule A (l’équivalent de la Formule 1 sans la licence FIA) en passant par les GT, WEC, citadines sportives et bien d’autres encore Slightly Mad Studios a fait le choix de la variété soignée plutôt que d’offrir des tonnes de véhicules tous semblables parfois sans intérêt. Surtout que la conduite particulière de chaque type de véhicule offre du coup une durée de vie plus que gargantuesque pour qui souhaitera tout maîtriser. Il faut également souligner que la modélisation des véhicules est tout bonnement stupéfiante avec un niveau de détails rarement atteint jusque là. Non seulement les carrosseries sont superbes mais si par malheur on en perd un bout on se rend compte que même ce qui n’est pas visible a été soigné au plus haut point. On peut ainsi voir toute la mécanique en ordre de marche et ce pour tous les véhicules présents dans le jeu. Le niveau de détails est tellement poussé qu’il est parfaitement possible de jouer en vue cockpit et/ou casque en supprimant tout le HUD du jeu. Le tableau de bord de chaque bolide étant suffisamment précis pour afficher tout ce dont le pilote à besoin. Niveau immersion, difficile de faire mieux surtout avec un casque audio vissé sur la tête pour profiter de l’ambiance sonore aux petits oignons.

En l’état il est donc facile de comprendre pourquoi le parc de voitures se limite à ce nombre qui pourrait paraître bien faible en comparaison de Gran Tursimo, le champion toutes catégories dans ce domaine. En revanche s’il y a un critère sur lequel Project CARS est impardonnable c’est celui de l’intelligence artificielle ou, devrait-on dire, la non intelligence artificielle. C’est bien simple, chaque voiture pilotée par l’IA se contente de suivre une ligne définie par les développeurs et n’en sortira sous aucun prétexte. Comprendre par là que si le joueur tente un intérieur un peu osé ou, plus simple, se présente en meilleure position à l’entrée d’un virage, il se fera systématiquement bousculer (pour ne pas dire virer) par l’IA qui cherchera à tout prix à se replacer sur sa « ligne » de conduite. Visuellement c’est assez pathétique à voir par moment puisque les courses se traduisent rapidement par un petit train train de voitures qui se suivent sans varier leur approche de la piste. Pour le gameplay c’est particulièrement frustrant car il faut souvent trouver un angle d’attaque improbable pour passer une voiture alors que celle-ci laisse la porte grande ouverte à l’intérieur. Les départs en nombre sont parfois un désastre total avec des voitures qui se percutent dans tous les sens et font n’importe quoi. De quoi donner des sueurs froides à ceux qui cherchent à jouer proprement, voire carrément les terrifier quand cela se produit à plus de 300 km/h.

Et puisqu’il faut finir, terminons ce tour d’horizon par le mode carrière proposé par le jeu de Slightly Mad Studios. Ici il n’est pas question de gagner de l’argent lorsque l’on remporte des courses pour se débloquer des bolides et ainsi passer aux courses suivantes. Non, Project CARS propose en fait quelque chose qui colle beaucoup plus à la réalité à savoir que plus on remporte de victoires durant une saison plus on a de chance de décrocher un contrat avec une grosse équipe pour la saison suivante et ainsi gravir les échelons de la hiérarchie dans le monde du sport automobile. Le plus intéressant est donc de commencer tout en bas de l’échelle, en karting, et d’enchaîner les week-end de course pour se faire une place au soleil. En plus des courses associées au championnat dans lequel on est inscrit, on reçoit régulièrement des invitations pour des championnats annexes qui enrichissent donc petit à petit le calendrier du pilote. Dans son envie de faire les choses « comme en vrai », Slightly Mad Studios a même poussé le soucis du détail avec une petite communauté qui suit et encourage le pilote à travers de faux tweets sur la page d’accueil du calendrier. C’est marrant mais vite dénué d’intérêt car à trop vouloir en faire Slightly Mad Studios a fini pas être dépassé par ses ambitions. On se retrouve en effet vite avec les mêmes messages tout au long de l’année et rapidement on finit par ne plus prêter attention à ses fans virtuels. Un détail tant au final ce mode carrière se veut intéressant et riche, avec une densité et une variété qui permet de ne pas s’ennuyer tout au long des différentes saisons avant d’arriver au titre suprême.

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Conclusion

Malgré ses petits défauts, il ne fait aucun doute que Project CARS est bien le grand jeu que les fans du genre attendaient. Ceux qui n’aiment pas passer leur après midi à régler leur voiture, à comprendre le comportement des pneumatiques ou à analyser leur télémétrie passeront certainement leur chemin. Les autres y prendront goût et y retourneront régulièrement pour profiter d’un jeu visuellement magnifique (sur PC) et qui délivre de vraies sensations derrière son volant. Car il ne faut pas s’y tromper, c’est bien avec un volant que l’on profite au maximum de ce que Project CARS nous offre. A savoir une simulation pointue mais qui reste malgré tout accessible pour peu que l’on prenne le temps de s’investir, dotée d’une communauté hyper active, participant aussi bien pour les retours de bugs que pour apporter de l’aide à ceux qui voudraient franchir le cap. C’est peut être aussi ça le secret de la réussite de Project CARS : avoir su, dès le début, impliquer ses joueurs pour s’assurer que le résultat soit vraiment celui qu’on attendait. Et si Slightly Mad Studios a encore quelques détails à réglerdes bugs à fixer et du contenu à livrer, le studio peut déjà se vanter d’avoir réussi à fédérer un grand nombre de joueurs autour de son jeu très réussi.

 

Project CARS

Project CARS

Les plus
  • Le plein de sensations
  • Le HUD entièrement personnalisable
  • La conduite immersive, prenante et exigeante
  • Techniquement très réussi
  • Des options en veux-tu en voilà
  • Le multijoueur simple mais efficace
  • Le Driver Profile
  • Des circuits fidèles
  • Des bolides grisants
  • La vue cockpit
  • L'ambiance sonore
  • La communauté hyper active
Les moins
  • La gestion des dégâts trop aléatoire et légère
  • IA insupportable
  • Le mode photo trop léger
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