the division test

Difficile à croire qu’il soit enfin là. The Division, sans conteste le titre le plus ambitieux de Ubisoft, est disponible après une annonce qui remonte déjà à l’E3 2013. Trois années ponctuées par deux reports (le jeu était initialement prévu pour 2015), et un nombre incalculable d’annonces alléchantes. Ce n’est pas sans lever un sourcil que nous buvions les paroles d’Ubisoft. On a arbitrairement fait le procès de The Division avant sa sortie. Accusé d’office d’être promis à un destin à la Watch_Dogs, dont certains joueurs ne semblent toujours pas se remettre du downgrade graphique. Si le lustre graphique du titre a effectivement été revu à la baisse par Massive, Reflection et Ubisoft, qui codéveloppent The Division, l’ambition, elle, est demeurée intacte.

Ubisoft n’est jamais le dernier lorsqu’il s’agit de se retrousser les manches et de plonger dans l’arène, armé d’une nouvelle licence. L’éditeur sort tout juste d’un pari hautement risqué : proposer un spin-off préhistorique à sa série Far Cry avec Primal. S’y risquer si loin des achats de Noël, il fallait être fou. Même pas peur, répondra Ubisoft, pourtant en pleine débâcle dans l’affaire qui l’oppose à Vivendi. Deux blockbusters à deux semaines d’intervalle. Voilà un beau chiffre. Parlant, de surcroît, quant à l’audace d’un éditeur qui n’a pas froid aux yeux.

C’est donc avec une double inconnue dans son équation que The Division s’est développé. Proposer un TPS en monde ouvert à forte consonance MMO, autant de grandes premières pour la marque. Fort de plusieurs phases de Bêta test très convaincantes, The Division est d’ores et déjà un pari gagné par Ubisoft. Pour cause, le jeu fait office de meilleur démarrage de l’histoire de l’éditeur. Un succès commercial indéniable, qui laisse désormais ouverte la question de la qualité du jeu. La communication ayant rempli son office, l’heure est au bilan. The Division est-il un jeu pour vous ? Réponse dans les lignes qui suivent.

thedivision_nousyorkUn jour de novembre, en plein Black Friday, un agent pathogène extrêmement nocif est diffusé par un groupe terroriste sur le centre-ville de New York. Quelques semaines plus tard, la ville est mise sous quarantaine. Le chaos règne, la ville est déserte et jonchée de cadavres. Les survivants s’organisent pour retrouver un semblant de société, dans ce monde redevenu brut et primal. Les pillards cherchent à s’approprier le bien d’autrui, et des groupes de fanatiques cherchent à immoler toute personne vivante, voyant là une bonne méthode d’éradiquer le virus. Bref, la ville qui ne dort jamais a pris un sacré coup dans le menton. Par chance, une organisation connue sous le nom de la Division, a pris soin de former un énorme contingent de personnes afin de reprendre le contrôle en cas de situation analogue. Des agents dormants, qui n’attendent que le déclenchement de la directive 51 pour sortir de leur torpeur. Vous incarnez l’un de ces agents. Votre mission : débarrasser la ville de sa vermine, et faire régner un semblant d’ordre dans des rues qui en ont diablement besoin.

Un scénario un brin générique, qui n’est finalement là que pour poser un contexte. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait le post-apocalyptique. Sur ce point, The Division fait le job. Les productions Ubisoft n’ont pas leur pareil pour retranscrire l’âme des grandes villes. On retrouve un souci du détail hérité de Assassin’s Creed dans ce Manhattan dévasté. Autant dire que l’immersion est l’un des aspects les plus plaisants du jeu de Massive. Une immersion telle, qu’elle vous encourage à penser que The Division tient effectivement beaucoup du jeu de rôle. Car ce n’est clairement pas dans le maigre éditeur de personnage que vous pourrez trouver de quoi satisfaire votre fibre rôliste. Ne proposant que quelques options, c’est plutôt en customisant votre équipement que vous trouverez le loisir de vous différencier des autres joueurs.

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Les Planques sont des HUB sociaux où vous pouvez former des groupes avec d’autres joueurs et vous ravitailler

Une interface en réalité augmentée. Jolie, mais un peu brouillonne.

Une dimension multijoueur d’ailleurs assez floue au départ, mais qui devient quasiment indispensable une fois le prologue terminé. Manhattan est en réalité une zone instanciée — comprendre que seuls vous et les personnes de votre escouade partagez —. Aussi, si vous prenez le parti de jouer à The Division en solo, vous vous sentirez parfois vraiment seul. Les quelques passants que vous croiseront ne parviendront guère à vous sortir de cette impression. Explicitée par le contexte du jeu, cette solitude peut également être vue comme une incitation au jeu en groupe. En effet, vous trouverez un peu partout sur la carte des planques, en plus de votre base d’opérations. Cette dernière mise à part, les planques sont des HUB sociaux ou vous pouvez former des groupes avec d’autres joueurs afin de partir à l’aventure. Vous pouvez également opter pour le matchmaking, accessible à la volée par une commande dans l’interface du jeu. Une interface d’ailleurs assez bien fichue, même si elle surprendra au départ par le nombre d’informations qui s’y affichent. Après quelques bidouillages, l’ensemble vous paraîtra plus cohérent et bien plus ergonomique.

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La progression vers le cap du niveau 30 sera composée essentiellement de missions et d’événements qui parsèmeront votre route. À la manière de tout bon RPG, les différents quartiers de la ville sont classés par niveau. L’inconvénient étant que les missions et événements sus-cités ont une fâcheuse tendance à la redite. Vous rendre d’un point A à un point B, retrouver un agent disparu, venir en aide à des otages, escorter une patrouille militaire en difficulté, etc. On tourne rapidement en rond, a fortiori si on joue seul. Le jeu en coopération vous rendra bien moins regardant quant au scénario du jeu. Scénario qui, de toute façon, est assez difficile à suivre, à moins que vous ne preniez le temps de fouiller chaque document récupéré durant vos escapades. Aussi, c’est plus par appât du gain que par volonté de dénouer cette sombre affaire de terrorisme que vous poursuivrez malgré tout votre mission. En remplir les objectifs, et participer à des événements vous octroiera des ressources nécessaires à l’amélioration de votre base d’opérations. Cela vous permet de débloquer des compétences dans l’arbre de talent, ainsi que divers bonus passifs qui vous simplifieront la tâche.

Des missions de plus grande envergure vous sont également proposées. Conçues comme de véritables donjons, celles-ci vous opposeront à des ennemis plus coriaces, surtout si vous optez pour le mode Difficile. D’une durée moyenne de 25 minutes pour les premières, ces missions sont préconisent le travail de groupe. Il est d’ailleurs assez simple de joindre d’autres joueurs en utilisant le système de matchmaking, efficace et rapide. Classiques, ces donjons vous feront découvrir des environnements inédits, en intérieur comme en extérieur, et vous offriront de jolies récompenses une fois terminés et le boss de fin occis. On regrette cependant que la scénarisation de ces missions ne soit pas plus poussée. En effet celles-ci ont pourtant la lourde tâche de faire avancer l’histoire du jeu. Mais force est de constater qu’avec la seule voix de votre agent de liaison en fond pour vous expliquer les tenants et les aboutissants de la mission, vous n’arrivez pas à suivre la trame. A fortiori lorsque vous êtes au beau milieu d’une fusillade nécessitant toute votre concentration.

Les missions représentent des défis plus corsés. Et des usines à loot.

Avec sa forme liant shooter et MMO, The Division ne pouvait se prémunir d’une comparaison un peu facile avec Destiny. Il est vrai que les composantes RPG, ainsi que le système de loots y font irrémédiablement penser. Néanmoins le titre d’Ubisoft évite les écueils de son illustre modèle. The Division est plus ouvert, plus fluide dans son action, et incite bien plus à la coopération entre joueurs. D’ailleurs, signalons que le titre ne comporte quasiment pas de temps de chargements. Le passage des zones instanciées aux HUB s’effectue sans temps mort, tout comme l’arrivée en zone de mission ou dans la Dark Zone. Une petite prouesse technique, tant le titre semble exigeant pour nos machines. Le nouveau moteur du jeu, le Snowdrop — développé pour l’occasion — affiche des détails assez fins, et gère admirablement bien la lumière ambiante. Downgrade il y a eut, certes. Et alors ? Le jeu affiche des environnements de qualité, en plus de tenir fermement ses 30 FPS constants, même lors de phases d’action pêchues. On ne demande rien de plus.

 thedivision_zonarsthe division test dark zoneNous reste à aborder l’un des plus gros morceaux du titre d’Ubisoft : la Dark Zone. Véritable caution PvP du titre, cette aire de jeu, décrite comme étant l’épicentre de l’épidémie, un no man’s land en proie à tout ce qui se fait de pire à New York, la Dark Zone n’en est pas moins que la meilleure idée de The Division. Disposant de ses propres règles, la DZ (de son petit nom), propose un gameplay quasi alternatif, où la tension est permanente et la confiance envers les autres peut vous être fatale. Dans les faits, il s’agit davantage d’une zone PvPvE que réellement dédiée à l’affrontement entre joueurs. Les échauffourées entre agents de la Division sont un symptôme. La maladie est le loot.

Dans la Dark Zone, vous serez confrontés à des ennemis de niveau supérieur. Des « élites », comme on pourrait les nommer dans un MMORPG classique. Ceux-là offriront un équipement de meilleure qualité lorsqu’ils passeront l’arme à gauche. Mais tout à un prix dans la DZ (prononcer « dayzi », pour que ça rime). D’abord, vous ne pouvez transporter que 8 pièces d’équipement. Ensuite, pour pouvoir en profiter, il vous faudra extraire votre butin par hélicoptère, dont il faut demander le passage dans l’une des zones dédiées. Le hic, c’est qu’une fois appelé, le support aérien met près de 2 minutes à arriver. Pendant ce temps-là, tous les autres joueurs présents dans la Dark Zone sont notifiés qu’un hélicoptère a été appelé. Ils ont alors deux choix : vous rejoindre et attendre avec vous l’arrivée de l’hélico afin d’extraire leurs loots, ou se parjurer en vous tuant et en dérobant le vôtre. Ce faisant, les traîtres se voient gratifiés du grade de renégat, les signalant à la vue de tous sur la carte de la zone. Mieux, une prime est déposée à leur encontre, et la personne qui mettra fin à ses agissements recevra un bonus d’expérience et de monnaie de la DZ. Vous imaginez bien le genre de dérapages qui peuvent se produire.

the division test dark zoneUn climat anxiogène s’installe rapidement lorsque vous pénétrez sur la DZ. Chaque rencontre avec un autre joueur laisse place à cet étrange sentiment de doute. Dois-je lui faire confiance ? Dois-je l’attaquer le premier, ou tourner les talons ? Un inconfort systématique, dont seuls les joueurs aux nerfs d’aciers seront épargnés. S’aventurer seul dans la Dark Zone relève de la folie pure et simple. Les ennemis sont de toute façon bien plus coriaces. Aussi le jeu vous encourage à grouper avec d’autres joueurs ; à partir à l’attaque de ce territoire bien accompagné, et bien armé également. Quel est le but de ce no man’s land ? S’équiper, se frotter à d’autres joueurs bien sûr, mais aussi se confronter à l’inattendu. D’un aspect protéiforme, vous ne savez jamais réellement à quoi vous attendre dans la Dark Zone. Vous trouverez des troupes ennemies, des gangs rivaux qui s’affrontent sous cette neige toxique. Vous pourriez aussi bien tomber sur un immeuble d’apparence désaffecté, et qui pourtant recèle de bien jolis trésors, pour peu que vous soyez assez déterminés pour venir à bout de son gardien. Une drôle de zone qui, pourtant, cristallise l’essentiel de l’efficacité de The Division, sinon la seule réelle innovation que le jeu porte.


L’attente aura valu la peine. The Division tient ses promesses et propose une expérience multijoueur assez neuve dans le paysage vidéoludique actuel. Avec Destiny comme seul réel point de comparaison, le titre d’Ubisoft est assuré d’un avenir aussi fructueux que les premiers chiffres le laissent entendre. Manette en main, le jeu se laisse dévorer comme un excellent action-RPG bourré d’action. Particulièrement fun à plusieurs, certains pourront néanmoins pester contre un contenu un brin redondant, et un monde ouvert un peu vide. Pourtant les activités annexes ne manquent pas. Entre les ressources à récupérer pour améliorer votre base, la tonne de stuff à récupérer, et les Missions et événements auxquels prendre part, défions quiconque de nous dire qu’il n’y a rien à faire dans The Division. Ubisoft nous promet du contenu pendant au moins un an. De quoi attiser l’attrait des joueurs, et amener du sang neuf entre les quatre murs de la Dark Zone, sans doute l’une des meilleures idées du titre, qui justifierait peut-être à elle seule de s’essayer à The Division.

The Division

The Division

Les plus
  • Incroyablement immersif
  • La Dark Zone et son système punitif (donc jouissif)
  • Un contenu conséquent, du moins durant la progression
  • Une incitation permanente à la coopération
  • L'appât du gain, qui fonctionne toujours autant
  • La réalisation et la direction artistique
  • Un aspect technique honorable et stable
Les moins
  • Un scénario pas assez attrayant et mis en retrait
  • Peu d'options de personnalisation de son avatar
  • Des missions un brin redondantes
  • Un peu lassant si on joue seul
  • L'interface un peu lourde
7.5 10