The Sexy Brutale. Un nom étrange qui n’invite pas forcément à s’attarder sur le jeu qui le porte. Et puis on jette un oeil à l’artwork, à cette direction artistique entre cartoon et baroque qui éveille notre intérêt. Et alors on s’attarde sur ce jeu et on découvre une pépite comme on en voit rarement. Car oui, ce jeu est une réussite méconnue. Nous allons ensemble voir pourquoi.

Un environnement plus profond qu’escompté

Dans les limbes de l’esprit

Douze heures, c’est la durée de la ligne temporelle du jeu. C’est court me direz-vous, mais attendez de voir. The Sexy Brutale est le nom d’un manoir. Ou plus précisément d’un casino implanté dans un manoir. Ce dernier est la propriété d’un Marquis, Lucas, très riche, extravagant, et aimant montrer sa fortune. L’intrigue prend place dans cette bâtisse. Boone, votre personnage, est invité, comme 9 autres convives, à un bal masqué comme tous les ans. Mais cette fois-ci, quelque chose est différent.

Sexy Brutale - début

C’est ici que tout commence…

La fête commence à midi, lors de votre entrée dans le manoir, et se termine à minuit, lorsque tous les convives auront été assassinés. Oui, tout simplement. Et c’est là que l’intrigue prend place. Il vous faudra empêcher tous ces meurtres, en trouver le coupable, et alors tout sera plus clair. Car nous sommes loin d’un huis-clos sordide avec un psychopathe. Au contraire, le scénario est bien plus profond, et bien plus sombre. Je n’en dirais pas plus sur l’intrigue, car la découverte des indices, l’avancée vers la vérité est l’un des points forts du jeu. Cependant, attendez-vous à quelques surprises, car l’ensemble est plutôt bien amené, même si on a parfois l’impression d’être mené en bateau sans raison.

Une direction artistique hors norme

Aurum-Trinity-Redd-Willow

Certains des 9 convives

Le manoir quant à lui est grand, presque labyrinthique, même si différents raccourcis seront débloqués au fur et à mesure de l’avancée dans la trame. Le parcourir est très agréable, le manoir étant magnifique et chaque zone étant différente. La direction artistique est excellente, mélangeant une apparence cartoon à une ambiance baroque (voire gothique). Il en résulte une ambiance dérangeante, belle comme peut l’être celle d’un manoir baroque, mais cachant subtilement des détails nous faisant penser que les secrets cachés ne sont pas roses.

Chapelle Sexy Brutale

La chapelle du manoir.

Que ce soit les protagonistes ou les décors, tout fourmille de détails, et il n’est pas rare de se surprendre à admirer les statues, les dorures ou les peintures que l’on croise, même alors qu’elles ne sont pas utiles dans l’avancé de l’intrigue. Tout cet ensemble participe au côté malsain du manoir, dérangeant, qui rend le joueur incertain, ne sachant plus qui est bon et qui est mauvais. Peut être qu’aucun ne l’est, et que tout est bien plus compliqué que cela. Même le manoir, au départ extravagant mais accueillant, se révèle alors que le joueur découvre des secrets plus ou moins avouables.

Et c’est dans cet univers aussi attirant que repoussant que le joueur devra batailler pour finir The Sexy Brutale.

Un gameplay au service de l’esprit

Des commandes intuitives

Sexy brutale masque

Tous n’ont pas de pouvoir !

Finir le jeu consiste en deux choses : empêcher les 9 meurtres, et mettre fin à la boucle dans laquelle est enfermée le manoir. Pour cela, le joueur aura plusieurs pouvoirs. Chacun est représenté par un masque, un par convive. Le premier, le joueur l’obtient durant le court tutoriel au début de l’aventure. Ce tutoriel explique tout ce qu’il y a à savoir, et sera la première enquête que le joueur devra résoudre. Il y gagnera le pouvoir de recommencer l’après midi des meurtres, à l’infini.

Une fois le tutoriel terminé, le manoir s’ouvre, et l’aventure commence vraiment. Le manoir n’est pas linéaire, certaines zones seront à revisiter plus tard pour résoudre un meurtre ou découvrir un secret.

Sexy brutale action

Se cacher quand un pnj arrive, ou alors…

Au fur et à mesure que les meurtres seront résolus par le joueur, ce dernier obtiendra de nouveaux pouvoirs. Crochetage, super-ouïe, possibilité de voir des fantômes… Tous ces pouvoirs seront nécessaires pour avancer dans le jeu. Un des regrets que l’on peut formuler est que certains masques semblent un peu sous utilisés par rapport à d’autres. Mais cela est compensé par la manière de jouer du joueur.

Car s’il n’existe qu’une seule manière d’empêcher un meurtre, il existe plusieurs manière d’en découvrir la mécanique. Les commandes du jeux sont relativement simples (même si le mappage des commandes par défaut est parfois étrange). Clic droit pour bouger, clic gauche pour activer les objets/portes/pnjs, et X pour toutes actions contextuelles (ouvrir un coffre, regarder par le trou de la serrure, etc…). Tout cela est extrêmement simple et intuitif. A cela se rajoute la touche espace permettant d’utiliser les pouvoirs et la touche Z les objets (qui sont relativement peu nombreux).

Une liberté totale

Sexy Brutale - carte

Oui, c’est un grand manoir…

Malgré tout, la difficulté est présente dans The Sexy Brutale. Non pas dans le gameplay, mais dans le fait que rien ne guide le joueur. Une fois le meurtre trouvé, il doit espionner, réfléchir, enquêter. Il doit trouver lui même pourquoi, comment, et où. Il est important de noter que durant tout le jeu, le joueur n’aura accès qu’à un seul après-midi. Ce que j’entends par là, c’est que quoi qu’il fasse, ce sera toujours la même demi journée qui aura lieu, quelque soit le meurtre qu’il tentera de résoudre. Le joueur pourra donc apprendre et comprendre les routines de chaque pnj (sachant que tous les convives seront morts à la fin de la journée), mais aussi se perdre dans le manoir à chercher un indice qui en fait ne sera d’aucune aide sur le meurtre qu’il tente de résoudre.

Il faut toutefois tempérer tout cela. Si la difficulté est présente, elle n’est pas insurmontable, et une fois les premiers meurtres résolus, on commence à comprendre la routine. Surtout en ce qui concerne l’infiltration, notre personnage ne pouvant pas mourir. Cependant, je tiens à noter qu’aucune enquête ne se ressemble dans The Sexy Brutale. Chaque meurtre est vraiment différent, et certains demanderont même au joueur d’empêcher deux personnes de mourir. A chaque avancée dans l’intrigue, de nouveaux éléments apparaissent, ce qui poussent le joueur à réviser les options proposées. Il en ressort l’absence de redondance que ce genre de jeu est susceptible d’apporter.

Une découverte avec peu de défauts

Sexy brutale - bloody girl

Qui est donc cette femme ensanglantée ?

En résumé, The Sexy Brutale est un excellent jeu d’enquête, qui pêche cependant sur sa durée de vie. N’ayant pas de multiples résolutions pour les meurtres, la rejouabilité est faible. Il m’aura fallu entre 7 et 8 heures pour terminer l’histoire en explorant et en lisant tous les détails disponibles. Un peu plus d’une heure supplémentaire pour le platiner. A noter qu’il y a 3 fins différentes. Deux sont liées à un choix à la fin du jeu, et la troisième est cachée (et n’est pas liée à la fin de la trame principale, ce qui est assez perturbant quand on la découvre). A cela se rajoute la recherche des invitations de chaque convive (neuf au total), dont certaines sont vraiment bien cachées. Il n’est pas obligatoire de recommencer une partie pour obtenir toutes les fins.

Cette durée de vie est le défaut principal du jeu. Un mappage de touche étrange (ce qui est plus subjectif) et une irrégularité quant à la difficulté de certaines enquêtes sont la cause de quelques demi points perdus. Mais l’ensemble offre au joueur une expérience à la fois poétique et malsaine, pleine de surprises et plus profonde qu’elle ne le laisse entendre lorsque l’on découvre le jeu. Au prix de 20 euros sur steam (à l’heure de l’écriture de cet article), attendez peut être une solde quelconque pour vous jeter sur l’occasion de découvrir cet univers burlesque.

Pour qui ?

Pour les joueurs qui aiment les jeux d’enquête : C’est le coeur du jeu, les différentes enquêtes sur les meurtres, le manoir et l’assassin. Le joueur devra s’investir et réfléchir pour comprendre quel élément de l’environnement est susceptible de l’aider.

Pour ceux qui aiment les univers baroques : De la décoration du manoir aux masques et tenues de protagonistes, tout est à la fois, beau, coloré et malsain, voire glauque vers la fin du jeu. C’est un coup d’éclat que de mélanger à la fois une direction artistique cartoon avec une ambiance aussi dérangeante.

Pour ceux qui aiment les scénarios profonds : Loin d’être manichéen, le scénario est une ode à la remise en question et au repentir, ce qui se ressent de plus en plus en avançant dans l’intrigue. Il ne faut pas s’attendre à un Happy end ou à un retournement de situation final. Tout se suit, tout se tient, et rien n’est blanc ou noir dans The Sexy Brutale.

 


Sans hésitation je recommande The Sexy Brutale à tous ceux qui aiment explorer, réfléchir et avancer pour en apprendre d’avantage sur un univers plus construit et réfléchi que ne le laissent présager les premiers instants. Exempt de beaucoup de défauts des jeux du genre, il sait tirer son épingle du jeu en n’essayant pas d’en faire trop, en posant bien son univers et en le faisant vivre. Ici, le joueur n’est pas au dessus du jeu, il est dans le jeu, et ce dernier avance sans l’attendre. Il ne tient qu’au joueur de le rattraper pour en changer l’issue.

Testé sur une version PC achetée pour l’occasion.

The sexy brutale

The Sexy Brutale

Les plus
  • Univers baroque très bien amené, à la fois dans les décors et dans l'environnement scénaristique
  • Un gameplay simple à assimiler offrant de nombreuses possibilités
  • Un scénario profond et non manichéen faisant réfléchir
Les moins
  • Une durée de vie trop courte
  • Une certaine irrégularité dans la difficulté de certaines enquêtes
8.5 10