Premier projet du jeune studio norvégien Antagonist, Through the Woods se présente comme un jeu angoissant en vue à la troisième personne. Développé grâce à un financement participatif il y a quelques temps, le titre a pour intention d’immerger le joueur dans la mythologie nordique en faisant intervenir des créatures plutôt effrayantes. Si le principe est louable, le résultat est loin d’être aussi satisfaisant que prévu.

 

 

C’est donc un test très halloweenesque (en retard) pour l’occasion. Through the Woods, disponible sur Steam pour un peu moins de 20€,  nous fait revivre la quête d’une mère pour retrouver Espen, son fils disparu. Déjà si vous bloquez sur son prénom étrange, sachez qu’il y a une explication : le jeu est norvégien, et l’intrigue se déroule en Norvège, près des côtes et d’une immense forêt, avec des paysages comme seule la Scandinavie en possède. Au départ au contrôle du jeune garçon, celui-ci est embarqué par un vieil homme sur une barque viking et on finit par prendre le contrôle de la maman qui lui avait pourtant dit de pas faire n’importe quoi. Mais que voulez-vous, il ne fallait pas faire de gosse hein. Il nous incombe donc de le retrouver, muni d’un clavier et d’une souris, ou d’une manette, au choix.

 

Ceci n’est pas un Slenderman

through the woods test

Très mystique cette Lune

Trolls, Wargs, Géants, le jeu fait appel à tout un bestiaire de créatures mystiques, afin de créer une ambiance étrange. Et c’est vraiment ce qui est caractérisera Through the Woods, ce rapport à l’étrange, la volonté de pousser le joueur à se confronter aux légendes nordiques, alors que le postulat de départ relève plus d’un kidnapping. Cela donne comme aspect d’être pris au piège dans une sorte de cauchemar d’enfants.  Pas question de multiples jumpscare, à la manière d’un Five Night à Freddy’s ou d’un Slenderman. Cette volonté des développeurs se traduit d’ailleurs par le choix du point de vue à la troisième personne, plutôt qu’une vue subjective type FPS. On sent directement que le studio Antagonist cherche davantage à se rapprocher des jeux comme Alan Wake, ou des premiers Resident Evil et Silent Hill, ou le but n’est pas tant d’effrayer le joueur en lui imposant des doses de peur par surprise, mais plutôt de créer l’angoisse par le gameplay. On retrouve donc un personnage lent, un équipement rudimentaire, des ennemis puissants, et un environnement à la frontière entre le réel et l’imaginaire. A mon sens, c’est un choix audacieux, puisque ça nécessite forcément de créer un scénario suffisamment intéressant pour éviter au joueur de s’ennuyer. D’où le choix de la narration réactive : tout ce qu’on joue s’est déjà déroulé, on joue dans une sorte de flashback qui sert d’énorme introduction pour la fin du jeu, qui sera donc le présent. C’est aussi une manière de justifier la linéarité dans l’avancement.

 

Beau de nuit

On ne fait pas un jeu sans lui créer sa propre identité graphique. Ce que Through the Woods réussit… à moitié. Choisir la Scandinavie, et plus précisément une côte norvégienne était vraiment judicieux, dans le sens où on se retrouve pris entre les éléments : l’eau, la forêt, et la montagne. Mais graphiquement, on oscille entre le très beau et le décevant. Les paysages sont enchanteurs (j’espère que ça se voit à peu près sur les screenshots) mais dès qu’on passe à une étude plus précise des modélisations, on constate un certain retard graphique. C’est comme une photo de groupe en soirée, elle rend super bien, mais si on regarde en détail, ça se voit que tout le monde est bourré et fait une tête stupide. Et d’après moi c’est du pas mal au fait que la quasi totalité du jeu se déroule de nuit. Les développeurs ont évidemment beaucoup travaillé le rendu des lumières, et les effets d’ombres sont sympathiques. Mais tout ce boulot empiète sur le design et les passages où il fait jour apporte la preuve des limites du studio. On ne peut pas mettre toute la faute sur le dos des développeurs, mais cela nuit à l’expérience de jeu, et donc à l’immersion, qui est pourtant crucial pour ce type de jeu. A côté de ça, c’est un vrai plaisir de parcourir des villages nordiques abandonnés.

Balade en forêt

Si on finit par ressentir une forme d’empathie pour cette mère désespérée, c’est plus du à l’ambiance qu’à l’émotion transmise par le personnage. En jouant à Through the Woods, j’essayais plutôt de m’imaginer seul dans cette immense forêt, tant sa détresse avait du mal à m’atteindre. Et un des points cruciaux qui ont joué en faveur de cette solitude, c’est l’importance des sons. Puisqu’on joue de nuit, le champ de vision, même en vue à la troisième personne, est limitée à la portée du faisceau de notre lampe de poche. Evidemment, la végétation imposante et des rochers aux formes parfois étranges vont créer une forme d’oppression : le joueur se sent démuni et dépassé par l’environnement. Mais dès lors qu’on sait la faiblesse du personnage, on craint le moindre ennemi. La lumière n’aidant que sur une faible zone, le moindre son qui semble parvenir d’en dehors du champ de vision représente une menace potentielle. Et les développeurs ont bien travaillé sur ça. Bruissement de feuilles, cris lointains, et grincements pour plus ou moins tout ce qui est en bois (sauf les arbres). Les sons n’ont pas pour but de faire stresser le joueur, mais de l’imprégner d’une ambiance irréelle, s’approchant de ce que ressent la mère alors qu’elle doit pourtant se focaliser sur la recherche de son fils. Autre point sonore, les musiques de Through the Woods sont assez stylées. Mention spéciale à certains passages où résonne une musique très nordique, qui rappellera à certains joueurs de WoW la zone des Grisonnes. Logique en même temps, c’est plus ou moins le même environnement.

 

Promenons-nous, dans les bois

through the woods test

Sympathique promenade, dommage que ce soit chiant

L’utilisation de ce sous-titre n’est pas là uniquement pour faire référence au nom de Through the Woods. Il me permet en fait d’évoquer deux points importants. Déjà le fait que l’on se promène est presque vrai. Le manque d’action sans pour autant pour réellement être dans le contemplatif est parfois pesant. Peut-être pas assez pour faire du jeu un « walking simulator » mais pas loin. Et cet aspect déplacement est en plus gâché par tout un tas de petits bugs de collisions. Je suis par exemple resté bloqué 2 fois au même endroit parce que mon personnage glissait en continu et n’arrivait pas à revenir sur le chemin, j’ai du quitter le jeu et revenir à mon point de sauvegarde le plus récent (ceux-ci sont symbolisés assez habilement d’ailleurs dans le jeu, par des pierres avec tout un tas de runes inscrites dessus). Cela gêne aussi lorsque des ennemis viennent sur vous, et qu’il faut les faire fuir avec la lampe torche rapidement.
Autre point en lien avec la comptine pour enfant, l’existence d’un « Loup » au coeur même de l’enlèvement du garçon, et de plus ou moins tout ce qui va pas pour les habitants de la région, et de la fin du jeu. D’ailleurs, petit mot sur la fin en évitant de spoiler. Celle-ci est d’après moi une grosse déception, il y avait un potentiel de sous-texte vraiment intéressant et dans lequel je croyais vraiment, mais les développeurs de Trough the Woods n’ont pas décidé d’aller dans cette voie.

 


J’avais abordé ce jeu en l’imaginant beaucoup plus axé sur la peur et la résolution d’énigmes. Et au final, Through the Woods ne propose ni énigme ni véritable peur. Au mieux, on sent une certaine tension montée quand on craint qu’une créature arrive dans notre dos, mais c’est surtout à cause de la maniabilité. A côté de ça, le folklore nordique est bien amené, et on se rend compte qu’on ne connaît que peu de choses dessus (et merci Tolkien qui a puisé dedans pour Le Seigneur des Anneaux). Les environnements sont sympathiques de jour, mais en plan large. De nuit, le travail des développeurs sur la lumière s’apprécie, appuyé par une bande-son qui apporte un vrai plus. On  Mais ça ne suffit pas à éclipser les nombreux défauts de design (bugs de collisions surtout), et l’ennui dans beaucoup de phases de jeu, alors que celui-ci ne dure qu’environ 5 heures. Avec pourtant un bon potentiel, le résultat est plutôt décevant.

throught the woods

Through the Woods

Les plus
  • Culture et mythologie nordique
  • Décors sympathiques
  • Ambiance parfois oppressante
  • Les jeux de lumières
Les moins
  • Maniabilité lourde
  • Nombreux bugs de collision
  • Rythme inégal
  • Gameplay pauvre
  • La fin
5.5 10